‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 134 sur 229 · LIVRE TRENTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIEME

pesante à une certaine profondeur, puisqu'elle peut se comprimer au point qu'à 1800 mètres elle doit être comprimée de t^Jt par son propre poids. En acquérant plus de salure, Teau marine semble perdre, à une certaine profondeur, son amertume ; c'est du moins ce que démontrent les expériences de Sparmann, qui, ayant pris une bouteille d'eau de mer à 60 brasses de profondeur, lui trouva le goût d'eau douce dans laquelle on aurait dissous du sel commun. D'après l'analyse cbimique, il y avait extrêmement peu de magnésie (\'.

»> L'eau de mei- éprouve de grands changements par l'agitation des flots , ptir la variation des saisons et par l'action des courants. Près de Walloë en Norvège, où il y a une saline, on a remarqué que l'eau de mer, prise à sa superficie, contient -iV de son poids de sel au moment où les glaces se détachent, lesquelles occupent jusqu'à 30 pieds de profondeur, tandis que ce sel , dans toute autre saison, n'est en raison que de -tt' On éprouve sur les côtes de Cumberiand, en Angleterre, une évaporation encore plus forte , puisqu'on a ordinairement TT de sel , et , après beaucoup de pluie, seulement TT. Sur la côte de Malabar, l'eau marine devient quelquefois potable (^). Dans le Sund, les eaux changent de pesanteur . et de salure avec les vents et les courants : viennent-ils de l'est, l'eau ne pèse que \ut7 plus que la neige fondue; arrivent-ils, au contraire, de l'ouest, l'eau pèse

1 t«OI •

» On prétend qu'en Islande la mer est plus $alée pendant le flux que pendant le reflux , tandis que, dans le golfe de Bothnie, c'est justement le contraire; car les habitants y connaissent, par l'accroissement successif de la salure pendant le reflux, si le moment du flux approche. Dans ce même golfe la salure de la mer est , en général , la plus grande vers le solstice d'hiver et la plus petite vers celui d'été, ce qui doit provenir sans doute, non seulement de l'écoulement des fleuves, mais encore de la foate des glaces.

» Il est plus aisé de voir les utiles résultats de la salure des eaux marines que d'en découvrir l'origine. Sans cette salure et sans un mouvement continuel , les eaux de la mer se cor-

(') Bcrgmantit dans le Magasin de physique de Gotha, il,cah. I, p. 99-101 (2* édition allemande}. — (^) DuUamd , Pbllos. Burg. cité par Bergmann, I ,

rompraient; elles seraient inSnfment inoins propres à porter des vaisseaux^ et ne permettraient vraisemblablement pas à beaucoup d'animaux de vivre dans leur sein. Mais d'où vient cette salure ? des bancs de sel situés au fond de la mer? Mais- ils semblent plutôt èti-e euxHfnénies des dépôts que la mer a formés par précipitation. Viendrait-elle de la corruption des eaux fluviatiles, ainsi qu'on Ta prétendu? Dans cette supposition on- pourrait régler i'Oeéan commf un grand lac, l'égout commun de toutes les eaux terrestres. Mais, dit-on, dans ce cas la salure devrait augmenter de jour en jour. Halley, qui a développé cette opinion (0 9 désirait qu'on fit des e^spériences qui servirent, dans les siècles futurs, à éclaireir cette question. Que d'hypothèses n'a-t-on pas faites pour expliquer ^'important ptiénomèoe de la salure des eaux marines! Plusieurs natomlistes modernes considèrent la mer actuèHe comme le résidu d'un fluide primitif qui a dft tenir en dissolution toutes les substances dont le globe est composé; que ees eata-^raères ayant déposé tous les principes terreux, acides et métalliques dont dles étaient chargées, il est resté dans leur résidu, qui est la mer actuelle, quelques uns de ces principes élémentaires trop intimement combinés avec i*eau pour s'en échapper fî).

» Quant à l'amertume des eaux marines, comme elle diminue en raison de la profbndeur, elle pourrait bien venir uniquement de la grande quantité des matières animales et végétales, en décomposition et en putréfaction , qui flottent dans la mer, et que les eaux courantes ne cessent d'y apporter (^).

(') Philos. Transact., n» 334.

(") Le célèbre chimiste suédois Croostedt semble avoir mieui compris la marche de la nature : il prétendait que le sel marin se Tormail joumellemeot au sein des mers. Il parait d*al>ord que Taclde hydroo*ilorique est le produit de TacUon de Tatmosphère, puisqu'on le trouve libre à la surface de TOcéan, tandis qu'on ne le trouve point dans les eaui marines, à quelque profondeur qu'on les prenne. J. H.

(3) L'eau de la mer est douée aussi d'une mucosité particulière, dont reflTet est d'empêcher que le linge que l'on a plongé dans cette eau sèche jamais coni' plétemcnl tant qu'on ne l'a pas bien lavé dans l'caa douce. I^ savcnr nmère et nauséabonde, l'odeii. particulière qui caractéri»c l'eau de mer, sont les résultats de cette mucosité : Il s'y Joint cependant aussi l'odeur de chlore, due à la présence du chlorure de sodium. M. Bory de Salnt-Vinccnt regarde la mucosité dont II est question ici comme oiw

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

» On a employé divers procédés pour rendi'e Teau de mer potable. Le seul qui réussit est la distillation , mais il demande trop de soins et trop de chauffage pour pouvoir être employé en grand. La distillation même n'enlève pas toute l'amartume des eaux marines lorsqu'elles contiennent du sel ammoniac. Ainsi les marins , quoique nageant au milieu de Teau , se voient souvent exposés à mourir de soif lorsque leur provision d'eau douce est épuisée. S'ils trouvent des glaces ûxes ou flottantes, ifï n^ont qu'à en prendre des morceaux, qui, en se fondant, donnent une eàu douce, quoiqu un peu fade (»).

>» La coulmr de la mer varie en apparence beaucoup; cependant elle est en gén^t d'un bleu verdâtre foncé , qui , vers les côtes, devient plus clair. Il parait -que cette couleur apparente de la mer ne provient que des mêmes causes qui font paraître les montagnes bleues dans l'éloignement, et qui donnent à l'atmosphère sa couleur azurée. Les rayons de lumière bleus, comme les plus réfrangibles de tous, sont renvoyés en plus grande quantité par le fluide aquatique, qui leur fiait subir une forte réfraction en raison de sa densité et de sa profondeur.

» Les autres nuances dans la couleur des eaux marines dépendent des ctfuses locales et quelquefois des illusions. On dit que la mer Méditerranée, dans sa partie supérieure, prend une teinte quelquefois pourprée. Dans le golfe de Guinée, la mer est blanche , et autour des lies Maldives, noire. Elle est jau-

(lépcndance de cette mucosité «limenlaire qui , par raction de l'air atmosphérique et de la lumière» produit ces molécules matérielles et ces corps orgaolsés qui se multiplient dans les eaiii douces, et qui doivent être en bien plus grand nombre dans les eaux marines. J. H.

(•) Voyez entre autres Forater, Observations faites pendant ses voyages, p. 60-52 (en allemand). Bre/t* mer, Nouvelle méthode pour distiller l'eau d^mer, ûansf^oigt, Magasin des sciences naturelles, VU, kn sqq.

Vers les deux tiers du dix-huitième siècle, un eiabilo médecin, nommé Poissonnier, inventa un procédé qui a été employé avec un tel succès par Bougalnvillc, que ce célèbre navigateur lui attribuait le salut de son équipage. Il consiste à distiller de l'eau de mer en y ajoutant 6 onces de soude par barrique. Cet alcali forme une sorte de savon avec les matières muqueuses et grasses que contient l'eau de mer. Gç savon enlevé rend Teau tout-À-fait potable. J. H.

nâtre entre la Chine et le Japon, verdâtre à Fouest des Canaries et des Açores. La mer Vermeille, près de la Californie, a reçu son nom de la couleur rouge qu'elle prend souvent. Le même phénomène a été observé à Fembouchure de la rivière delaPlata, ^v Magellan, et en d'autres endroits.

« Il n'est pas impossible qu'une grande quantité d'animalcules puisse, pour quelque temps, donner à une étendue de mer des teintes rougeâtres ou blanches. Un mélange avec certaines substances terreuses ou minérales , la nature du sol et plusieurs autres causes, peuvent produire ces apparences (*).

0 Les teintes vertes et Jaunâtres de la mer proviennent des végétaux marins. On connaît des endroits dans la mer où ces végétaux s'élèvent jusqu'à sa surface, et la couvrent même tout entière, comme entre les Iles Canaries et celles du Cap-Vert , dans les parages que les Hollandais appellent Kroos-zee, et les Portugais mare di Sargasso, Cette végétation marine présente en grand les mêmes phénomènes que la floraison des lacs. Dans les lacs, ce sont des plantes déliées et flexibles , couvertes d'un léger chevelu, qui s'élèvent pendant le jour à la surface de l'eau , et qui souvent s'y plongent pendant la nuit.

» Presque inconnue dans les mers voisines des cercles polaires , peu brillante dans les zones tempérées , c'est entre les tropiques eP dans leur voisinage que la lumière de mer est un spectacle magnifique et imposant. Quel- quefois le vaisseau , en fendant les ondes, sem- " ble tracer un sillon de feu ; chaque coup de ' rame fait jaillir des jets d'ime lumière id vive , et scintillante , là tranquille , et pour ainsi dire perlée. D'autres fois, des milliers d'étoiles semblent flotter et se Jouer à la surface ; ces points lumineux se multiplient, se réimissent, et bientêl ils ne forment qu'un vaste champ de

(') Dans le voyage qu'il fit en 1S25, M. Khrenberg s'assura que la couleur de la mer Rouge était due à une espèce d*oscillaria , être microscopique IntermédNiire entre ranimai et le végétal , et qui dépend d'une famille appartenant k Tordre des arthrodiées dé M. Bory de Saint-Vincent. Il est probable que les eaux de la mer de Californie doivent leur teinte rougeètre à la présence de nombreuses espèces du même genre. Le savant M. de Candolle a reconnu * aussi que la matière qui teignit en couleur de sang les eaux du lac de Morat en 1S25, n'était que l'ae» cumulation dans ce lac d'une espèce û^oscillaria qu'il appela rM^««nw. J. H*

UVllE TRENTE-TROISIEME.

lumière. En d*autres temps, la scène devient plus tumnitaeuse; des vagues lumineuses s*élèvent, roulent, et se brisent en écume brillante. On voit de gros corps étincelants , semblables pour la fbrme à des poissons , se poursuivre, se perdre, sVlancerde nouveau. Ctô mobiles foyers de lumière se groupent de mille manières. »

L'explication de ce phénomène a beaucoup occupé les naturalistes. Quelques uns prétendant que les eaux marinas sont douées de phosphorescence, et qu*eiles la communiquent même aux animaux qui les peuplent. Des expériences semblent Tattester {*). Mais des observations récentes , faites pendant l'expédition de découvertes commandée par le capitaine Freyduet , semblent aussi prouver que cette phosphorescence est due tout entière à la présence d'une iûnombrable quantité de mollusques et de xoophytes doués de cette faculté p).

(') Celte opinioB ett fondée priDcipaleroent sur tes expérlencei que fit Leroi , professeur de médecine à Montpellier. U reconnut que lorsqu'on mettait de Teau de mer dans un vase découvert , elle cessait d'être lumineuse an bout de deux Joars ; que si le vase restait bien clos, elle conservait beaucoup plus toni^-temps sa phosphorescence : ce qui semblerait ne devoir pas avoir lieu si cette phosphorescence était produite par des animalcules. Divers poissons, tels que defl harengs et des merlans mis dans de Teau de mer et même dans de l'eau douce , où l'on avait fait dissoudre du sel marin, rendirent, après • qu'ils eurent été en putréfdction, l'ean sensiblement lumineuse. Ce faH avait déjà été observé par Van - Heiroont. Enfin Lerol observa que plus on agiUil l'ean , plus elle était phosphorescente; qu'en la remuant avec nn instrument de fer, elle le devenait plus qu'avec la main , et avec la main plus qu'avec UB morceau de bois. J. H.

(>) Ces expériences ont été faites par MM. Quoy et Galmard, et communiquées é l'Académie des sciences le 18 octobre 18^4. Ces deux savants disent que c'est principalement dans les détroits et dans les litux peu profonds que les animalcules se reproduisent avec une admirable fécondité, et que c'est aussi dans ces mêmes lient que la mer est plus douée de phosphorescence. • Nous reconnûmes, ajoutent-ils en parlant de zones blanches qui entouraient le navire, qu'elles étalent produites par des xoophytes d'une petitesse extrême, et qui avaient en eux un principe phosphorescent si subtil et tellement susceptible d'expansion, qu'en nageant avec vitesse et' en zigzag , ils laissaient sur la mer des traînées éblouissantes, d'abord larges d'un pouce, qui allaient k deux ou trois par le mouvement des ondes. Leur longueur était quelquefois de plusieurs brasses. Générateurs de ce fluide , ces animaux l'émettaient à voioBlé ; on voyait tout-à-<oup un point inminenx JalUir de leur surface ei se développer tvee une

Au suiplus , ne peut-on pal admettre que les mollusques et les animalcules phosphorescoiU communiquent leur phosphorescence & Teau de la mer?

« Fougeroux, Canton, Fonter, tt d*autreg bons observateurs , en convenant de l'existence des animaux phosphorescents, pensent que la lumière de mer, lorsqu'elle est tranquille, et comme unie avec les eaux de la mer, provient de la décomposition des matières végétales et animales rassemblées dans la nier, et qui, en se putréfiant, laissent échapper lent phosphore. Cette espèce de lumière marine se montre Surtout dans les longs calmes et après de grandes chaleurs [*]. Le fM des poissons semble aussi posséder la qualité de Jeter un certain éclat j c'est peutêtre h cette cause qu'on doit, dans les mers boréales, certaine apparences lumineuses appelées par les pécheurs heurs de karengê.

» On a observé que la lumière marine phosphorique était plus fhrte dans un temps il'orage ; ce qui a fait dire que le phénomène pouvait n'avoir d'autre cause que le flrattemcat des courants marins. »

Une question intéressante s'offre natorellement à l'esprit :

La lumière du soleil pénètre«>t-elle Jusque dans les plus grandes pirofondeuils de l'Océan? « Si l'on ne considérait que l'homme et la M- » blesse de ses organes, il serait facile de rén pondre à cette question , et l'on dirait que » les rayons solaires ne parviennent qu*â » une profondeur de 300 mètres an plus. Ce- » pendajM des étrss vivent dans les abimes » ineommensurablesd^rOcéanitontleprouve.

prodiglçuie rapidité. Vn bocsl, que nous mines i la surface de la mer , reçut deux de cet ânlmalcnlca qui rendirent immédiatement l'eau toute Inmineose. Peu à peu cette lueur diminua, et finit par disparaUre* Ce fut en vain qu'à la loupe el à la lumière ( moyen facile de dIsUnguer dans l'eau les mollusques tranaparents ) nous fîmes des efforts pour apercevoir quelque cbose , tout avait disparu. Seulement noas pouvons assurer qu'à l'aide de 4a lueur que répandaient ces animaux , nous discernâmes qu'ils étaient excessivement petits. > Vbyez le Mémoire inUtnlés Observations sur quelques mollusques et soopbfftes cnvUagén comme causes de la phosphorescence de la mer Annales des Sciences naturelles , tom. IV. J . H.

(') Forsier^ Observ., etc., p. 67-58. ïd,, dans 6'par^ munn , Voyage au Cap, p. 5. Canton , Pbilos. TransaCL, vol. LIX, p. 446. FottgerouXf sur la lumière que donne l'eau, etc. Mém. de l'Acad. de Parts»

GEOGRAl^HIE PHYSIQUE.

• Les pkinteiAnarines de 1000 mètres de lon- » gueuretaiHlelà, les rochers madréporiques » qui s'élèvent verticalement da fond de la • » mer dans les parages où la sonde reste flot- » tante , le corail ordinaire que Ton pêche à » plus de 1000 pieds de profondeur, enfin les » débris d*étre8 inconnus que les volcans, les ta tremblements de terre, les tempêtes arra- » chent du fond de la mer et Jettent sur le ri- » vage, nous démontrent chaque Jour que les ^ eaux sont habitées j usque dans les plus grau- ' n des profondeurs. D*après ces faits, Ton doit » dire que la lumière n'est pas nécessaire » à l'existence des êtres organisés, ou bien » que des ifayôns lumineux, pénétrant Juste qu'au fond des mers, quel qu'il soit, il n'y » règne pas une obscurité absolue. Ces rayons » ne peuvent être appréciés par nos organes; >» cependant la lueur qu'ils répandent suffit » pour des plantes , pour des animaux dont » les sensations sont peut-être aussi parfaites B que celles des polypes, susceptibles, a dit » ingénieusement un de nos plus savants pro- >» fësseurs (M. Dumérilj, de palper la lumière >» par toute la surface de leur corps (')• »

« La température de la mer change moins soudainement et moins fiaeilement que celle de f atmo^hère. L'eau marine est un mauvais conducteur du calorique ; cependant celui-ci y pénètre peut^^tre un peu plus avant que la lumière. La température du fond de la mer semblerait donc devoir suivre celle de Tintériear du globe dans les différentes latitudes. •

Les observations qui ont eu pour but de constater cette température sont encoreen trop petit nond[>re et n'ont point été faites avec assez d'exactitude ni à une assez grande profondeur, pour qu'il soit possible d'établir à cet égard autre cbose que des conjectures. Pérou, dans le voyage qu'il entreprit autour du monde avec le capitaine Baudin, s'empressa, à la suite de quelques expériences trop incomplètes, d'adopter l'opinion que la température de l'Océan s'abaissait à mesure que l'cm descendait dans ses abîmes, en sorte que ses eaux devaient reposer sur un noyau de glace. Cette opinion eut même quelque crédit, quoiqu'elle fût en opposition avec celle qui admettait l'existence d'un feu central, que tant d'expériences récentes confirment aujourd'hui de

(') Lamouroux , Résumé d'un cours élémcnlalre de Géographie phys.

plus en plus, et quoiqu'elle éét encore contre elle la l^èreté spécifique de la glace et la densité croissante de l'eau. Cependant, ainsi que l'a dit un savant naturaliste (*) qui les a constatés dans ses voyages, les faits suivants peuvent se déduire des recherches de Péron.

La température de l'Océan est générale* ment plus froide à raidi que celle de l'atmosphère observée à l'ombre ; elle est constamment plus forte à minuit ; le matin et le soir les deux températures sont ordinairement en équilibre ; le terme moyen d'un nombre donné d'observations comparatives entre la température de la surface des flots et celle de l'atmosphère, répétées quatre fois par Jour, à 6 heures du matin , à midi , à 6 heures du soir , à minuit , et dans les mêmes parages , est cou-* stamment plus fort pour les eaux de îa mer , par quelque latitude que les observations soient faites; le terme moyen de la température des eaux de la mer, à leur suriïice et loin du continent , est donc plus fort que celui de l'atmosphère avec lequel les eaux sont en contact.

Cette série de ftdts ne concerne que la surface delà mer , mais ils ne sont pas sans intérêt pour la théorie des climats physiques.

Ajoutons que M. de Humboldt a signalé plusieurs autres faits important^. Suivant ce célèbre voyageur , l'eau qui recouvre un banc de sable est toujours plus froide qu'en pleine mer : ainsi, en traversant de la Corogae au Férol , le thermomètre centigrade marquait près d'un banc 12*» 5' et 13*» 3', tandis qu'il se tenait à 15° ou à 16° 3' partout ailleurs où la mer était très profonde ; la température atmosphérique étant alors de 12<> 8^ La différence est d'autant plus grande que le banc est moins abaissé au-dessous de la surface des eaux. Plus un banc est étendu, plus l'eau qui le recouvre est froide ; il ne faut en excepter que les hauts-fonds compris entre des caps rapprochés ou dans des courants réguliers. L'abaissement de température €St très sensible à l'approche des terres (*).

Le phâEiomène qu'offre l'approche des bancs de sable a été attribué par H. Davy au refroidissement que l'eau éprouve par le rayonnenement et par l'évaporation.

On conçoit l'importance des observations de

(>) Bory de Saini-f^iiiceni, article Mer du Dictionnaire classique d'Histoire naturelle.— {*) Uwnboldi, Voyage aux régions équinoxiales.

LTVBE TRENTE-TROISIÈME

M. de Humboldtpar le fait seul que rabaissement de la température peut révéler au navigateur Texistence d*un danger inattendu, en lui indiquant l'approche d'un haut-fond.

Quant à la température générale des mers , tout porte à eroire, d'après les expériences de 'Forster, d'Irving, de Homer, de Langsdorff, de Mulgrave , de Péron et d'autres observateurs , qu'elle s'abaisse à mesure que l'eau descend jusqu'à une profondeur qu'on ne saurait déterminer ; mais au-delà de ce terme, la chaleur de la terre se faisant sentir, doit progressivement élever cette température.

Les glaces marines semblent naître vers les pôles à mesure que la salure de la mer diminue, et que le mouvement de rotation de chaque point du globe devient moins rapide. On voit déjà vers le 40« degré de latitude de gros morceaux de glace flotter sur la mer; ils ont été détachés de quelque endroit plus septentrional , et entraînés par les courants qui vont du pôle à l'équateur. A 50 degrés, il est déjà assez ordinaire de voir les rivières, les lacs , et même les bords de la mer, se couvrir de glace. A 60 degrés de latitude boréale, les golfes , les mers intérieures se gèlent souvent sur toute leur surface. A 70 degrés , les glaçons flottants deviennent plus fréquents, plus énormes y et vers le 80« degré on trouve , le plus souvent, des glaces fixes , non pas que la mer y soit gelée jusqu'au fond , mais parce que les glaces, s'y sont accrochées et arrêtées par leur accumulation.

» Les glaces paraissent former deux vastes coupoles qui couronnent les deux extrémités polaires de notre planète ; mais dans l'hémisphère austral elles sont plus rapprochées de l'équateur d* environ 10 degrés, de sorte que les champs fermes de glaces se trouvent déjà à 70 degrés^ et les grandes lies de glaces flottantes se montrent en foule et quelquefois même se fixent en-deçà de 60 degrés 4e latitude. » *

Les glaces polaires se présentent sous forme de masses ou bancs, de protubérances ou monf'tagnes et de vastes champs.

« Les masses ou îles de glace ont souvent une demi^lieue de long, et s'élèvent au-dessus des eaux jusqu'à cent pieds. Ces masses énormes, dangereuses aux vaisseaux, se f3rment, dit-on, par l'accumulation des lames de glace qui glissent l'une sur l'autre. »

« Les montagnes da glace, âR LaÉmmrax, » se forment sur les îles ou 1^ CMnnents ; «elles bouchent l'ouverture dfô vallées, et » présentent communément une surface carrée n et perpendiculaire du côté de l'Océan ; elles A s'enfoncent dans les terres à des distances » indéterminées. Ces glaces se brisent, tom- » bent dans la mer, et forment les montagnes » de glaces flottantes de 50 à 60 mètres de » hauteur aux environs du Spitzberg, et de » près de 200 mètres dans la bâte de Baffiik » Leur surface est unie ou hérissée depicsquir n s'élèvent quelquefois à plus de 40 n^ètres* . » Ces montagnes sont d'un grand seoo^ poor M les navigateurs ; ils y trouvent un abri contre » les vents et les courants. Il eSt néanmoins » dangereux d'y amarrer les vaisseaux ; eltes )' sont si parfaitement équilibrées, qu'un léger » accident suffit pour les faire tourner et pour » engloutir le bâtiment. »

u Les champs de glaces ont souvent une étendue immense ; Gook en trouva une bande qui joignait TAsie orientale à l'Amérique s^ tentrionale. L'aspect de ces continents et lies de glace surpasse toute idée que l'imagination pourrait nous en donner. Tantôt on croit voir des montagnes d'un pur cristal et des vallées semées de diamants ; tantôt des tours grisâtres avec leurs flèches resplendissantes semblent s'élever au-dessus d'un rempart créndé de glaces. L'atmosphère brumeuse, qui agrandit et rapproche les objets, rend ce spectacle encore plus gigantesque. Mais il faut avoir un cœur d'airain pour oser s'enfoncer dans ces mers inhospitalières ; car si le navigateur n'y a point à craindre les tempêtes, extrêmement rares sous ces latitudes, si les trombes et les ouragans y sont inconnus, il *^court d'autres dangers bien plus capables d'effrayer les esprits les plus téméraires. Tant5t des glaçons énormes, agités par les vents et les coorants de mer, viennent se heurter contre son fiéle navire : point de rocher ou d'écueil si dangereux ni si difficile à éviter; tantôt ces montagnes flottantes entourent perfidement le voyageur, et lui ferment toute issue ; son vaisseau s'arrête, se fixe ; en vain la hache impuissante cherche à briser eestnasses énormes ; en vain les voiles appellent les vents : le bâtiment est comme soudé dans la glace ; et le navigateur, séparé du monde des vivants,

reste seul avec le néant. Qu'elle est affieuse

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

la situation de ceux qui, ainsi enfermés par la glace, n'ont d'autre ressource que de quitter leur vaisseau et de marcher sur cette croûte coDsolidée de la mer, qui, à chaque moment^ peut s'entr'onvrir sous leurs pieds 1 Heureux encore si, mourant de froid et de faim, tous ensemble réunis sur un morceau de glace flottante, ils peuvent être jetés sur les rivages de la Sibérie ou de la Nouvelle-Zemble ! Mais la plupart du temps il ne reste aucun espoir de vie aux malheureux naufragés sur cette terrible mer. Ou Tonde glaciale les engloutit, ou le tyran de cet affreux empire, l'ours blanc, les dévore; ou enfin, l'intensité du froid étouffe dans leurs corps la chaleur vitale^ leurs pieds se collent sur la glace, le sang s'arrête dans leurs veines, et pour eux la nuit polaire devient une éternelle nuit.

» Bernardin de Saint-Pierre a prétendu que la fonte journalière des deux coupoles de glaces polaires produisait le phénomène des marées, à peu près comme la fonte des neiges, dans les Alpes, produit des mouvements périodiques dans certains lacs et dans les fontaines. Mais ce phénomène ne peut s'expliquer de cette manière , et l'existence même de deux semblables coupoles est douteuse. Gomme il fàXkt une certaine agitation pour produire des glaces, il se pourrait bien que la congélation lût plus perpétuelle vers le 80« degré qu'au pôle même. Quelques coups de vent subits que les navigateurs éprouvent dans ces latitudes, et qui viennent du pôle, semblent indiquer des changements successifs dans l'état de ce point extrême du globe. Il est plus sûr que la fonte des glaces polaires contribue à former les courants qui vont du pôle à l'équateur.

n Les glaçons ne répandent pas un froid si vif autour d'eux, à leur place natale, que lorsque, détachés et déjà fondants, ils sont portés par les flots vers d'autres parages ; car, comme la glace n'est fermée que par l'absence du calorique, sa fusion ne s'opère que par une nouvelle combinaison avec le calorique. Où prendre cet élément? Dans l'air ambiant. Les glaces en absorbent avidement le calorique, et le rendent par conséquent extrêmement fipoid (').

(0 On a remarqué que les glaces polaires sont de deux espèces : celles d*eaa de mer et celles d'eau douce. Les premières sont blanches, poreuses,

n Les eaux de la mer cèdent à la plus légère impression : et quoique leur densité et leur pesanteur concourent à les retenir dans un équilibre stable, elles sont animées jusqu'à une certaine profondeiur de mouvements très rapides et très variés. On peut classer ces mouvements d'après la manière dont les molécules se meuvent, et d'après la nature des agents qui font naître le mouvement.

» La différence de direction distingue les mouvements horizontaux des mouvements verticaux. Dans les premiers, l'eau coule sur la surface du globe ; dans les autres, elle s'éloigne ou s'approche du centre de la terre. Les mouvements horizontaux peuvent être directs ou courbes, ou même circulaires, etc. De l'étendue et de la durée du mouvement dépend la différence entre les oscillations, dans lesquelles toute une masse d'eau est remuée à la fois , et les ondulations, dans lesquelles le mouvement se propage d'une partie de la masse à l'autre.

» Selon la nature des causes motrices, on peut distinguer trois genres de mouvements dans la mer. Les marées sont des mouvementé sidériques, puisqu'elles dépendent de la puissance des astres. Les courauts généraux, et la plupart des courants particuliers, ont leurs causes dans l'élément même qui en est agité ; ce sont donc les mouvements propres de la mer. La troisième espèce comprend les mowvements atmosphériques, produits par l'action des vents. Quant à ces oscillations violentes qui accompagnent les ti'cmblements de terre, et rendent ainsi l'Océan complice des volcans, je voudrais les appeler tremblements de mer ; ils sortent de la série des mouvements ordinaires.

» On peut distinguer dans la mer trois régions ou couches l'une au-dessus de l'autre, mais sans limite constante. La première, agitée par les vents, est la région des ondulations ; celle-ci est immédiatement suivie par la région des courants ; vient enfin la région immobile, où la densité des particules, par la pression, par leur adhérence au globe, par le frottement, rend le mouvement nul.

opaques ou d'une IraDsparence vcrdèlrc, plus légères, moins dures que les secondes , et donncnl de l'eau un peu saumàtre en se fondant. Celles d'eau douce ont un aspect noirâtre et une belle couleur verte. La pesantenr spécifique des premières est de 0.873 ; celle des secondes est de 0.937. J. H.

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