LIVRE TRENTE-TROISIÈME
Siilto delà Théorie de la Géographie. ~ De la Mer et des Fahx marines. — Des Marées. — Des Çouranti..
« Les mers sont un des objets les plus importants dç la géographie physique. L'Océan par ses exhalaisons qiËTafcalchissent et humectent l'air ,' entretient la vie v^étale , et fournit des aliments nécessaires à ces admiriAles canaux^'eau courante qui , en coulant toujours, ne se vident jamais. Sans l'influence bienfaisante de ces vapeurs , qui à chaque Instant s'échappent de la surface des mers , toute la terre languirait, déserte et inanimée ; le dessèchement de l'Océan, lent ou subit, suffirait probablement pour plonger dans le néant toute la nature organisée. Ce vaste amas d*eaux sert également à engloutir et à décomposer beaueoup de ma^^ais gaz et de débris, tant
(■) Bruchmann, Magasin de Hambourg, II, ISfi; IV,603,elc,
(*) Kiman rapporte qu'en 1760 on découvrit qu'une des piles du pont de bois établi par Trajan sur le Danube, à peu de distance de Kemplacemcnt qu'occupe Belgrade , était siliciÛée à l'extérieur, it H.
du règne animal que du végétal. Enfin l'Océan ' en ouwant un vaste champ au commerce, rend voisines des nations que tantd'iqimeQses montagnes et tant de fleuves rapides semblaient avoir séparées pour toujours (»)•
(') On a calculé qu'en admettant que la superficie du globe soit d'environ 5,100,000 royriamétres carrés» celle des mers est de 3,700,000 myriam., c'est-à-dire qu'elles en occupent un peu moins des trois quarts ; mais elles sont réparties d'une manière fort inégale, l'hémisphère austral en contient plus que le boréal. Ainsi dans la proportion d'environ 8 à 6. La même inégalité se fait renmrquer dans le rapport des terres et des mers de chaque zone. Le tableau ci-dessouf présente ce rapport. ^^^^ ^^
Dans la zone glaciale du nord, sur 1000 met.
carrés on compte , . . , . . 400 600
— tempérée idem idem. 669 441
— torride idem idem, 197 803
— idem du sud idem, 312 688
— tempérée australe. . . idem, 75 9Î5
— glaciale idem idem, 15? 98ô?
* . h IL
ilVHË TREINT&-TROISIEHB.
» Nous avoQB parié de Taspect varié des c6tei, qui soDt les limites communes de la mer et de la terre. Quant au fond du bassin de la mer , il semble avoir des inégalités semblables à celles qu'offre la surface des continents ; mis à sec, il présenterait des montagnes ^ des vallées, des plaines; U est d'ailleurs presque partout habité par une immense quantité d*ar uimaux testacés , ou couvert par des sables et des graviers. Cesl ainsi que Donati a trouvé le fond de la mer Adriatique; la couche de testacés y a, selon lui , des centaines de pieds d'épaisseur (*). Le fameux plongeur Pesciuola, que Tempereur Frédéric II engagea à descendre dans le détroit de Messine, y vit avec effh>i d'énormes poulpes attachés aux rochers, et dont les bras , de pluûeurs aunes de long, étaient plos que suffisants pour étouffer un homme (^« En beaucoup d'endroits les madrépores forment comme une forêt pétrifiée, fixe au fond même de la mer ; souvent aussi ce fond présente à nu diverses couches de roches et de terres. Le granjfe s'y élève en écueils pohitus. Près de Marseille, on extrait du marbre d'une carrière sous-marine. 11 en jaillit même des sources d'eau douce et des sources bitumineuses : dans le golfe de la Spezzia , on voit un grand jet d'eau douce s'élever comme une colline liquide (3). Des sources semblables fournissaientaux habitants de la ville d' Aradus leur boisson ordinaire (^j. A la côte méridionale de Cuba , au sud-ouest du port de Batabano , dans la baie 4e Xagua , à deux ou trois mill^ nautiques de terre , des sources d'eau douce Jaillissent avee tant de force du milieu de l'eau salée, que les petites barques n'en approchent l}as sans danger ; plus on puise profondém^t, plus l'eau est douce (^j.
» On a observé que partout dans le voiàinage des côtes hautes et escarpées le fond de la mer aussi s'enfbnce subitement à une profondeur considérable ; tandis que près d'une côte basse et en pente douce la mer ne prend que peu à peu delà profondeur (<).
(') Donati, Storia naturale roariiM del Adrialko. MarsigU , HIttoire pbyllqve de la mer. ~ (') Kircher, M nndus siibterranens , I. Il , ch. xv. ~ p) Spallanuini, Joamaà de physique , juillat 1786. — (^) Sirab,, Geog., 1, XVI , p. 7M, édil. Casaab. 2» Comp. Plin., Hist. nal., V, 31 îU, 103. — {*) Jiumboldi , TàhitAvLx de la nature, I, Î35. — («) Dampier, Voyage autour du monde, II , 119. Ponioppidan , Histoire naturelle de la Norvège , 1 ,409 ( en danois ).
» Il y a tes endroits dans rOoéan OÙ F«n li*s pas trouvé de fond ; mais il ne faut pas en conclure que la mer y soit réellement sans fond; idé^, sinon absurde, dû mi^ns peu cokiforme aux analogies de la physique. Lés montagnes des continents semblent répondre à ce qa'«û appelle les abîmes de la mer. Or, tes montagnes les plus hautes ne s'élèvent pas à 24,000 pleds^ Il est vrai qu'elles ont été dégradées par Tae^ tion des éléments; ainsi l'on peut êfôHtt que la mer n-'a jamais au-delà de S0,000 pieds de proHmdewir (*); mais il n'en fiiut pas le tiers pour qu'il soit impossible de trouver le fond avec nos petits Instraments. La plus grande profondeur qu'on ait essayé de mesurer est c^le trouvée dans l'Océan septentrional par le lord Maigrave. Il laissa tomber une sonde très pesante , et ûia du câble Jusqu'à 780 toises, Ou 4680 pieds , sans trouver le fond*
» Le niveau des mers est, généralement par^ lant, le même partout ; cela suit de la pression égale en tous sens qu'exercent les rooléeules d'un fluide l'une sur l'autre. L'Océan pris dans son ensemble a donc une surftiee sphérlqne, ou plutôt sphéroïdique, qui peut être regardée comme la vraie suifaçe de notre planète. Les golfes et les méditerranées, qui n*ont que peu de communication avec TOcéan , peuvent seuls faire une exception à cette thèse : dans ces parties de ta mer l'eau peut qttelquefbis être à un niveau un peu plus élevé que dans l'Océan. On prétend que les Hollandais ont trouvé le niveau du golfe de Zuyderzée considéTablement plus élevé que la mer du Nord f ; • Il paraît plus vraisemblable que Icfolfe Arabique soit plus élevé que la Méditerranée, et qu'en général les petites portions de mer ouvertes uniquement à l'est aient un niveau plus élpvé , à cause de Tâedunulation des eaux poussées dans ces golte comme dans un eul-de^sac par k mouvement général de la mer de l'est à l'ouest, mouvement dont nous parlerons plus loin (^. Il y a i
(') LapTace a démoDtré par l'influence que la lane et le soleil exercent sur notre planète, que la profondeur de la mer ne ponvait dépasser SOOO mètres.
(*) P^arenitu, Géograpbie g^érale.p. 101 édil. de Newton.
(^) La Méditerranée paraH être an même nircaa que l'Âtlamique , mais on sait qu*& la marée basse la mer Ronge est de S"*, 12 pins haute que la Méditerranée , et de 9",9 h la marée haute ; que , snivani M. de HttnU>el4i » Tocéan Pacifique est à 7 mètres au-
GEOGRAPHIE PHYSIQUE
des mé£ten*an<es où le niveau des eaux change avec les saisons : la Baltique et la mer Noire s*enilent au printemps par la quantité d'eau que les grands fleuves leur apportent. Ces deux mers intérieures se rapprochent de la nature des lacs , qui ont ordinairement un niveau plus élevé que celui de TOcéan.
» L*eiau de mer eontient, outre Feau pure, plusieurs substances étrangères dans des proportions qui varient selon les localités. L*acide hydrochlorique ou marin, Tacide vitrioliqueou sulfurique, la soude, la magnésie et le sulfate de chaux y entrent pour Tordinaire. Par la cuisson ou Tévaporation, ou en retire du sel commun (chlorure de sodium] qui est préféré, pour la salaison, au sel de sources. La salure et ramertume des eaux de mor les rendent déeagrables au goût et inutiles pour Tusage de rhomme (^).
dessus de PlUanUque; que le golfe du Mexique est à 20 pieds plus haut que l'océan Pacifique, et que la mer Caspienne e^t à 325 pieds au-dessous de la roer Noire. I>a cause de quelques unes de ces dUIérencea de DlTeau est facile ^ expliquer : la mer Rouge eM plus haute que la Méditerranée, parce que certains vents j portent les eaux de l'océan Indien; de noéme que les* vents alizés chassant les eaux de l'océan Atlantique dans le golfe du Mexique, élèvent son niveau au-dessus de eeini de Tecéaii Pacifique. J. H. ( ) Unck, Pfaff et LicbtemheKg , qui ont analyaé l'eau de la mer Baltique, ont trouxé sur 1000 parties les substances ci-après :
Lkicfe. Pfair. Urfatemb.
Chlorure de sodium. 106.04 72.dl 5S.75
Sulfate de magnésie , 0.86 . . . 2 30
-^ de soude 5.79
njdrochlorate de magnésie.. . 48.17 7.81 10.41
— de chaux. . . • &JZ1 ZlJtb . . .
Sulfate de ehaux 7.81 2.08 .
Carbonate de chaux 1.30 0.83
— de magnésie 0.41
Matière résineuse. 6.41 . . . 0.41
Adde carbonique (centimètref
cubes) 0.43
En 1813, Boulllon-Lagrange et Vogel firent l'analyse de l'eau de la Manche , de l'océan AUantique et de la Méditerranée. 1000 granpmes d'eau leur donnèrent :
Honchp. Or. AU. Slnlit.
Acide carbonique 0.23 0.23 0.11
Chlorure de sodium 25.10 25.10 25.10
— de magnésium 8.50 8.50 5.25
Sulfate de magnésie 5.78 5.78 6J25
Crbonate.|;\««^i,} .... 0.20 0.20 0..5
Sulfate de "baux 0.15 0.t5 0.15
Le résidu fixe est donc . . 34.73 34.73 3G.90
(Vorexfartkle Sous naiureUes , par M. Chevreul,
» La salure de la mer semble, en général ^ être moindre vers les pôles que sous Féquateur. Cependant il y a des exceptions pour certains pays , et en général pour tous les golfes qui reçoivent beaucoup de rivières. Voici quelques observations sur cet o^eX citées par Berg^ mann (i).
Pfèsderis1ande,laraercontienteDsel, JLàJUAtsoapoédw Prè8desc6t.deNorvège,mtfj'dMiKoi'd(») JL i Dans le Katlegat, près Warberg (3). JL
Dan» la mer Baltique -^
Dans le golfe de Bothnie t^'^ts
Dans / près le Norlhumberland. -^
la mer J près la Tamise ^
du Nord. ^ sur les côtes de Hollande. JL Dans la mer d'Irlande , près le CumF "
berland ^
Dans le canal d'Angleterre. 7;
■ Dans / côtes de France -^
l'océan | côtes d'Espagne ^
Atlantique. ^ côtes de Ténériffe. • • • 77 Dans l'océan Atlantique équinoxial . . *
Dans la | près GasUglIone -;
Méditer. , ^ 5 milles au N. de Malte. ^ («)
» L'eau de mer est, en plusieurs endroits, moins salée à sa superficie qu'au fond. Au détroit de Constantinople , la proportion est de 72 à 62; dans la Méditerranée, comme 32 à 29, On a trouvé, dit Bergmann, que dans TCEresund Teau prise à la superficie, à 5 et à 20 brasses de profondeur, était à Teau de neige ' fondue comme 10,047, 10,060 et 10,189 à 10,000 [^]. L'eau doit être plus épaisse et plus
dans le Dictionnaire des Sciences aatuielles). *-On a remarqué que les substances qui entrent dans la compoiitton de l'eau de mer augoMoCent en quantité depuis les pôles Jusqu'A Féquateur. Elles diminuent dans le voisinage des volcans , près de l'embouchure des fleuves , des sources d'eau douce et des glaces polaires. Elles varient aussi suivant les saisons, les eUmats, la température* J- H.
(') Géographie physique , 1 , 431. Comp. Ingenhous Expériences sur les végétaux, p. Î84. — (») Bieme, Teuum. chem., II, xn. — i^) Swedenborg, Miscel observât., t03.
;4) M. de Huraboldt a démontréque les pro portions de sel contenues dans les eaux marines étaient les suivantes :
Entre Véquateur et l4o de latitude. . . 0.0374 Entre ISo et 2^» • ... 0.0394
Entre 30» et 44« » ... 0.0386
Entre 6O0 et 6O0 » ... 0.0372
(&] On a reconnu que , dans le détroit de Gibraltar , le contre--couraiit inférieur parait être plus salé que le courant supérieur. J. H.