‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 136 sur 229 · LIVRE TRENTB-THOISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTB-THOISIÈME

lourdes et immobiles, elles sont toat-à-coop toml)ées dans la sphère de la plus rapide mobilité; elles conservent, pour quelques instants, leur caractère primitif. Mais la partie solide du globe est toujours mue vers l'orient avec la même rapidité dont elle fuit réellement ces eaux, qui, en restant toujours un peu en arrière; semblent se mouvoir vers Toccid^t, et ainsi s'éloigner des rives occidentales des continents; tandis que, sur les rives orientales, la terre s'avance vers les eaux ; et cellesci , ne se conformant pas avec assez de rapidité au mouvement de rotation, semblent s'avancer vers la terre.

M Ainsi, ce grand et merveilleux mouvement n'est qu'une vaste et paisible oscillation, qui ne dépend que de l'équilibre seulement de l'Océan. Mais lorsqu'une oscillation si puissante trouve dans son chemin des passages étroits, des obstacles qui la gênent, la détournent sans l'arrêter, elle se change en courant violent et souvent dangereux.

» Cherchons maintenant à eiqposer, dans un système raisonné, les diverses modifications du mouvement propre de l'Océan.

« L'océan Pacifique s'éloigne , par le mouvement général , des côtes de l'Amérique , en se portant à l'est. Ce mouvement est très fort dans la libre et vaste étendue de cette mer. Près le cap Corrientes, au sud de l'embouchure de la Plata, on semble souvent voir la mer fuir la terre par cette seule cause. Les vaisseaux sont portés avec rapidité du port d'Acapulco , au Mexique , Jusqu'aux îles Philippines. Pour en revenir, on est obligé d'aller au nord des tropiques chercher le courant polaire et les vents variables. D'un autre côté, le courant polaire du sud , ne trouvant aucune terre qui l'arrête , entraine en toute liberté les glaces polaires Jusqu'à des latitudes où le mouvement du courant équatorial se fait déjà un peu sentir. Yollà pourquoi , dans l'hémisphère austral , on rencontre des glaces flottantes à 50 et même 40 degrés.

• L'océan Pacifique, dans son mouvement vers l'est, est arrêté par un immense archipel de bas-fonds , d'Iles , de montagnes sous-marines , et même de terres assez considérables ; il pénètre dans ce labyrinthe , et y forme un courant après l'autre. La direction qu'observent les principaux d'entre ces courants est conforme au mouvement général vers l'est. U

est naturel que les inégalitéfl du bassin de la mer, les côtes , les chaînes sous-marines , détournent quelquefois ces courants vers le nord ou au sud. On conçoit encore aisément qu*une forte répercussion des eaux de l'Océan , repoussées par une grande terre comme la Nouvelle-Hollande, peut même produire un oooimcourant qui retournera vers l'ouest , et qui , en se brisant , produirait encore d*autres coo« rants diversement dirigés. Voilà l'origine de ces courants si contraires et si dangereux dont fi est parlé dans les Voyages de Cook et de La Pérouse.

n Le courant principal , dirigé vers l'est, agit encore avec force dans le détroit de Basa qui sépare la Nouvelle-Hollaade de l'Ile deDiemen. C'est le courant qui y porta le capitaine Flinders, et qui empêcha tant d'anciens navigateurs d'y entrer, parce qu'ils s'en approchèrent dans une direction contraire à celle de la mer (*)• Le même courant agit dans le détroit de Terres qui sépare la Nouvelle-Hollande de la Nouvelle- Guinée ; mais ici fi est subdivisé , par les innombrables inégalités , en plusieurs courants d'une direction variée et biconstante. » Un autre grand courant très remarquable est celui qui venant du pôle austral se dirige vers l'est sur les côtes occidentales de l'Amérique méridionale pour retourner ensuite à l'ouest vers la Nouvelle-Guinée. On en doit la connaissance à un savant marin , M. Duperrey , qui nous a fourni les détails que nous allons donner sur les phénomènes curieux qu'il présente.

La bande méridionale de ce courant est par le 44« parallèle sous le IIS^ degré de longitude , et par le 45* parallèle sous le 90« degré. A cette latitude , mais sous le 77« méridien oriental , c'est-à-dire vers le golfe de Pennas , il se divise en deux parties dont l'une va doubler le cap Hom , et dont l'autre longe la côte occidentale du nouveau continent Jusque sous le 10« parallèle, où fi tourne à Touest en suivant la ligne équfaioxiale, qu'U ne frandiit point , parce que le cap Blanc ou la pointe de Payta le force à interrompre sa marche vers le nord pour prendre la direction que nous ve^ nous d'indiquer.

Ce courant fttippe perpendiculairement la côte du Chili, de manière que M. Duperrey lui

(') Flinden, Observations pendant son voyage an détroit de Bass. Londres, iSOlo Gomp. Voyage dt itEmrccaslMUS, l, HQ»

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

attribue le creusement des profonds golfes qui bordent cette côte , tels que celui de Pennas et celui dans lequel se trouve rarchlpel de Chiloé et quelques autres plus au nord , jusqu'à celui4e Yalparaiso ; tandis que la portion qui , depuis celui de Pennas, se dirige au sud {usqu'aux lies Maloulnes , a profondément découpé les côtes occidentales de la Patagonie, formé les Iles qui la bordent et séparé du ocmtinentrarehipelde laTerre-de-Feu. La portion, au omtraire , qui, au nord de Yalparaiso , se dirige vers Téquateur, semble avoir creusé le grand enfoncement que présentent les côtes oc- . ddentales du continait américain , entre le 2ô« et le 15* parallèle.

L'action de ce ooui;ant, suivant M. Duperrey , ne se serait pas bornée à donner à ces côtes la configuration qui les caractérise; tournant autour de la Terre-de-Feu, non seulement il se foit sentir au-delà du cap des Yierges, où il aurait ibrmé un assez grand golfe, mais il agirait journellement sous d'autres rapports non moins importants.

Ce courant est dans une relation intime avec la direction générale des vents, et ceux-ci avec la marche af^rente du soleil. Lorsque cet astre est dans l'hémisphère septentrional, c'està-dire depuis le 22 mars jusqu'au 22 septembre, le courant s'élève vers le nord; quand il est dans l'hémisphère austral , pendant les six autres mois, le courant descend vers le sud-est, en sorte qu'il oscille entre la position de Yalparaiso et celle de Yaldivia. A partir de ces deux points , il influe considérablement sur la température générale de tout le littoral occidental de r Amérique méridionale. Ainsi, dans la partie inférieure du courant, la chaleur augmente à mesure qu'on approche du cap Horn , tandis qu'elle diminue en longeant au nord les côtes du Pérou.

Cet effet est prouvé par l'examen de la température des eaux du courant avant qu'il n'ait atteint les côtes de l'Amérique, par exemple, entre le 105* et le 90« degré de longitude. En janvier, elle est de 4 degrés au-dessus de zéro, tandis qu'après avoir touché la côte, la portion qui va doubler le cap Horn présente à la même époque 9 degrés dans les parages de ce cap. Et ce qui démontre bien que cette élévation de température n'est point un effet de la chaleur continentale, c'est que, depuis le point de départ de cette portion du courant y la tempéra-

ture de la mer est supérieure à celle de Tair. Sur les côtes du Pérou, au contraire, la température de l'air est supérieure à celle de la mer.

On voit par là que ce courant, qui part du pôle austral, s'échauffe à mesure qu'il s'approche du 30* parallèle ; que de ce point il a acquis une température supérieure à celle des côtes du Chili, qu'il va bientôt modifier en l'élevant: tandis que la partie qui continue vers le nord , se trouvant inférieure à celle des côtes du Pérou , va la modifier en l'abaissant. Il est à remarquer encore que la température des côtes du Chili et du Pérou est inférieure à celle qu'on observe à la même latitude sur les côtes du Brésil et dans l'océan Atlantique.

Cette modification de température, produite par l'influence du courant austral, explique plusieurs faits dont on ne pourrait pas se rendre compte autrement. Ainsi, sur les côtes du Pérou, dont la température est abaissée par l'action du courant , il n'existe point d'esclaves ; on n'en a pas besoin pour la culture de la terre, et les colonies d'Eui*opéens s'y sont conservées dans leur pureté primitive : les hommes avec leur taille et leur vigueur , les femmes avec la blancheur de leur teint ; tandis que sur la côte opposée , c'est-à-dire au Brésil, sous les mêmes parallèles, l'excès de la chaleur oblige à avoir des esclaves afiricains pour cultiver le sol, et a fait sensiblement dégénérer l'espèce européenne. Enfin , l'élévation de température , produite par le courant , au Chili , explique pourquoi la végétation offre les mêmes caractères qu'à la Terre-de-Feu , et pourquoi les colibris se trouvent depuis le Chili jusqu'au cap Horn. Ces considérations prouvent tout le parti que Ton pourrait tirer, à l'aide d'observations bien faites , de l'action des courants pour expliquer certains faits relatifs aux climats y et même à la configuration des continents, des grandes lies et des archipels (^].

« Entrons maintenant dans l'océan Indien ; nous y trouverons ce fameux courant perpétuel qui va le long de la Nouvelle-Hollande et de l'ile de Sumatra, toujours au nord, jusqu'au fond du golfe de Bengale. Ce courant est un résultat nécifesaire de la pression des courants polaires sur la large ouverture qu'a l'océan Indien ausud. Cet océan est bordé, vers le nord,

(>} Nouvcaa Manuel de Géographie physique ou Introduction A Tétada de la géologie » 1839.

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