‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 137 sur 229 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME

par un continent ; le courant équatorial qui s'y forme n'est donc que faible, ou peut-être nul, à cause de l'absence d'une masse d'eau froide au nord. D'un autre côté , l'océan Pacifique n'y peut point porter ses forces ; elles se sont brisées et dispersées parmi le grand labyrinthe d'Iles. Ainsi, la force des effluves polaires du sud domine sans rivale et sans obstacle dans l'océan Indien , et y produit ce courant perpétuel qui se dirige vers le golfe de Bengale , sur une ligne de plus en plus inclinée au nord-ouest , ou suivant la conformation des côtes (»).

» L'action du mouvement général de l'Océan, d'abord faible dans l'océan Indien , comme nous l'avons dit, augmente peu à peu, jusqu'à ce qu'elle prenne le dessus. Il est aisé de concevoir qu'une semblable force d'impulsion , qui agit dans un vaste fluide , et qui en anime toutes les molécules, doit s'accroître à mesure que ce fluide s'étend dans la direction de la force motrice. Alors une partie de la mer réagit sur l'autre, et la somme de ces effets répétés devient immense à la longue. Les principes expliquent pourquoi , vers l'île de Java , le mouvement naturel de la mer est remplacé par le courant-nord (^) dont nous avons parlé , et pourquoi ce même mouvement, vers l'occident, se trouve dans les parages de Ceylan et des Maldives. Mais bientôt une nouvelle circonstance locale fait décliner ce mouvement de sa direction naturelle. Une chaîne d'îles et de basfonds s'étend du cap Gomorin dans la presqu'île des Indes, jusqu'à la pointe septentrionale de Madagascar. Le courant principal , arrêté par ces obstacles , se tourne vers le sud-est; et , en conservant cette direction , il glisse le long de cette chaîne de montagnes , les unes sousmarines , les autres à découvert. Ayant passé Madagascar, il tourne vers l'Afrique , vient se heurter contre ce continent, et rase avec une grande violence les côtes de la Terre de Natal; au moment où la côte de l'Afrique , se tournant vers l'ouest , cesse d'opposer un obstacle à la marche des eaux , le courant perd toute son impétuosité et va se réunir au mouvement général de l'océan Ethiopien pj.

{') Farenius , Géographie générale, ch. XIV, prop. J4. Voyages de GeniU, de Macariney, de Marchand^ etc. — (OOn dit un couram-nord, ou uncourantsud, pour désigner un courant qui a telle direction.— W FareniuSf Géographie générale, ch. XIV, prop. 26.

» Nous avons dit que t«ps les Maldives le courant principal ou la grande masse d'eau se tourne au sud-ouest; mais des courants plus superficiels, et par conséquent plus variables, continuent d'aller de l'est vers l'ooddent, c'està-dire vers le golfe d'Arabie et les côtes de Zanguebar. Ce sont ces courants qui , tournés vers le sud-ouest, rendent le canal de Mcounbique d'une navigation si difficile , et qui ont donné au ci^ Corrientei , sur la côte alHcalDe d'Inhambane , le nom qu'il porte. Ils se réanissent au bas de ce cap avec le courant perpétuel.

» Remarquons ici qu'en général les courants qui ne s'étendent pas à une grande prof oDdeur sous le niveau des eaux, sont variables ou su- Jets à changer avec les vents , surtout lorsque ceux-ci agissent long-temps avec une force égale et constante, comme lefontlesmousiofu. Ce sont ces vents qui donnent tour à tour des directions entièrement opposées aux courants qui régnent depuis les Maldives jusqu'à l'Arabie et au Zanguebar. Les hauts-fonds et les rochers, dont ces parages sont parsemés, y contribuent également.

» Le courant-nord qui règne le long de k Nouvelle-Hollande et de l'Ile de Sumatra pousse une branche à travers le détroit de la Sonde. Ce courant, selon quelques auteurs , serait le même qui domine dans les mers de la Qiine , et que La Péi*ouse a ti*ouvé d'une si grande force dans les mers du Japon et dans la manche de Tatarie (<). Mais en comparant ensemble les rapports des divers navigateurs, il nous parait décidé que ces courants, non seulement varient avec les moussons, mais même qu'il n'y a pas de liaison continue en-^ tre eux* Tous les courants sud et nord qu'on observe le long des côtes orientales des continents, ne sont que des suites nécessaû*es du mouvement général de l'Océan vers Tocddent ; les eaux poussées parce mouvement vers les côtes orientales des deux continents , et n'y trouvant aucune issue, doivent forcém&it refluer le long des côtes , dans la direction sud ou nord , selon que les localité le détermment.

» On ressent , dans le détroit de Bering , le courant polaire qui amène les glaces des

(• ) Voyage de La Pérouse, Voyez ci-aprés let descriptions du Japon, de la Cwée, de It Tcnt d^FiH, etc.

GÉOGRAPUË PHYSIQUE.

mers polaires «ax environs du Kamtchatka.

» Passons aux courants de Focéan Atlantique. Ce qui détennine en grande partie ces courants, c'est la forme du bassin, qui est infiniment plus long que large.

» Le premier courant qui s'offre à nos regards est celui qui porte les eaux de Tocéan Ethiopien, le long des côtes du Brésil, dans le détroit de Magellan et dans Tocéan Pacifique. Ce mouvement est conforme à la marche générale de rOcéan. Il paraît par les voyages de Marchand et ù'In^raham, qu'il y a, entre la TeiTC de Feu , la Nouvelle-Géorgie du sud et la Terre de Sandwich (ou la Thule australe de Cook"), plusieurs courants opposés; mais on n'en a pas de connaissance complète. »

Parmi les plus remarquables des grands courants, on doit citer le courant des Agullas, qui parait être causé par les vents alizés. « Ces vents, en soufflant constamment dans l'océan Indien, de l'est à l'ouest, doivent produire, près de l'équateur , une intumescence liquide sur la côte orientale de l'Afrique. Cette eau accumulée se déverse sans cesse du nord au sud par le détroit de Mozambique. Dès que, parvenue au parallèle du cap , la digue orientale, qui l'avait maintenue jusque là, disparaît, cette eau doit se précipiter vers l'ouesi. C'est ainsi qu'elle forme le courant des Agullas. Ce courant, d'après les observations de M. John Davy , a une température de 4 à 5 degrés centigrades supérieure à celle des mers voisines (*). »

« Le plus célèbre courant perpétuel de l'océan Atlantique est celui par lequel les eaux , portées violemment dans le golfe du Mexique, d^orgent par le canal de Bahama, et courait avec une rapidité incroyable au noi^, ou plutôt au nord-est. Il suit les côtes des États-Unis , devient toujours plus large et en même temps plus faible , et s'étend , selon quelques navigateurs , jusque sur les côtes de l'Ecosse et de la Norvège. Il est facile à reconnaître par la belle couleur bleue de ses eaux p). >»

(') Nouveau Manuel de Géographie physique , ou Introduction à l'étude de la géologie, par J.-J.-N. Huol, 18ÎÎ7.

(>) Ce grand courant , qui suil dans les deux hémisphères la même direction que les vents alizés, est connu des marins du nord sous le nom de Gulf- Stream, M. de Humboldt Ic compare à un immense fleuve, au moyen duquel la navigation de l'océan Atlantique, depuis les côtes d'Espagne jusqu'aux

Parmi les courants parHcuUers, on peut citer celui qui entraîne dans le golfe de Guinée les vaisseaux qui s'approchent trop des côtes de l'Afrique , et qui ne leur permet de sortir de ce golfe qu'avec difficulté (•).

Canaries , et depuis ces lies Jusqu'aux côtes orien** taies de l'Amérique , offre moins de dangers que certains voyages depuis l'embouchure de quelques fleuves de France Jusqu'i une trentaine de lieues en remontant leur cours. l\ s'étend du 16* au 30* de* gré de laUtude de chaque côté de la ligne, suivant la situation apparente du soleil à la marche duquel il semble être subordonné. 11 commence à se faire sentir au sud-ouest des Açores. Il est très faible du 26* au 15« degré de latitude. Près de la ligne*sa direction est moins constante que vers le 10* ou le lô« degré. Après s'être dirigé vers la baie de Honduras, il traverse le golfe du Mexique, et se jette avec im* pétuosité dans le canal de Bahama , où il acquiert une vitesse d'environ 2 mètres par seconde, malgré un vent du nord très violent qui règne toujours dans CCS parages. A sa sortie de ce canal , le Gulf-Siream prend le nom de courant de la Floride. Il dirige alors avec une rapidité de 5 milles par heure sa route vers le nord-est. Au-delà de Maranham, le capitaine Sabine lui reconnut une vitesse de plus de 4 milles par heure. Entre Cayo-Discaino et le banc de Bahama , sa largeur est de IS lieues; de 17 sous le 28* degré de latitude, et de 40 i 50 sous le parallèle de Charlestovn. Au-delÀ de ce point , sa vitesse n'est plus que d'un mille par heure. Depuis le 41* Jusqu'au G7* degré, sa largeur est de 80 lieues marines. De là il se dirige lout-à-coup vers l'est et l'est-audest jusque près des Açores, d'où il suit sa route sur les Canaries et le détroit de Gibraltar, où il va former le courant appelé Oriental. Sous le 33* parallèle, dit M. de Humboldt, un navire peut passer dans le même jour du courant oriental dans le grand courant, équinoxial. Sous la latitude du cap Blanc, le courant après avoir longé la côte d'Afrique, se recourbe, re dirige d'abord vers le sud-ouest, et finit par rénnir ses eaux à celles de GiUf-'Streatn. Une zone de 140 lieues do largeur sépare le courant équatorial de celui qui se dirige vers l'orient. Ainsi les eaui marines de ce grand courant parcourent une espèce de cercle de 3,800 lieues de circonférence dans l'espace d'environ 3 ans, savoir : 13 mois pour aller des Canaries aux côtes de Caracas; 10 pour faire le tour du golfe du Mexique; 2 pour parvenir près du banc de Terre-Neuve , et 10 à il pour aller de ce banc à la côlc d'Afrique. Du 4&* au 60* degré de latitude , le Gulf'Stream ofl're un second bras qui se dirige du sud-ouest au nord-est vers les côtes de l'Europe.

La température de cet immense courant sous les 40* et 41* degrés de latitude , est de 18 degrés ; hors du courant, les eaux de la mer n'en ont que 14. Sous le parallèle de Charlestown, il en a 20, et les eaux qui sont en dehors du courant sont à environ

6 degrés plus bas; près du banc de Terre-Neuve il a

7 à 8 degrés. *'* ^*

(') On connaît encore un grand nombre d'autres courants particuliers: dans le golfe de Gascogne il

UYRB TRENTE--TROISIÈME.

« Les courants polaims da nord offrent des effets très remarquables (^j : ce sont eux qui apportent sur lesc6tes de l'Islande une si énorme quantité déglace, que tous les golfes sep» tentrianaux de ce pays s'en remplissent jusqu'au fond, quoiqu'ils aient souvent 500 pieds de profondeur ; la glace s'élève même sous la forme de montagnes. D'autres années il n'arrive point de glace, mais d'immenses amas de bois flottants , surtout des pins et des sapins. C'est dans l'enfoncement demi-circulaire de la côte septentrionale de l'Islande que ces bols et ces glaces s'amoncèient. Il est évident que c'est une seule et môme cause qui les y amène ; et comme il ne peut guère y avoir sous le pôle même un pays qui produise de grands arbres , il ne reste que la Sibérie ou l'Amérique septentrionale d'où ees bois pourraient venir.

» Le phénomène de ces forêts flottantes, qui ne se trouvent que dans les mers circumpolaires du nord> a beaucoup occupe les géographes, et il n'est pas encore parfaitement expliqué. On croit que ces bois viennent en partie du golfe du Mexique par le courant de Bahama, parce qu'oii a vu quelquefois des espèces qui ne croissent qu'au Mexique et au Brésil ; mais ces espèces y sont en petite quantité. La Sibérie et la côte septentrionale inconnue de l'Amérique y contribuent probablement davantage P).

M Bien ne s'oppose à ce qu'il puisse y avoir dans le même endroit deux courants, l'un audessus ou à la superficie des eaux, l'autre au fond. Plusieurs faits semblent prouver cette hypothèse, proposée par le célèbre Halley.

en est un qui se dirige vers le nord-est ; dans la Méditerranée, celui qui vient de l'océan Atlantique suit la cête septentrionale de rAfrique , remonte vers le nord sur les côtes de Syrie , et paraît s'arrêter à File de Candie, d'où il se dirige vers la Sicile , et de li vers la péninsule hispanique. Dans le détroit de Gonstantinople , dans celui des Dardanelles et dans r Archipel grec, les couranUse dirigent toujours vers le bassin de la Méditerranée. j. H.

(>) Ces courants sont surtout [bien sensibles dans l'océan Glacial arctique, sur les côtes du Groenland, de l'Islande et de la Laponie , au détroit de Bering, où ils se dirigent ordinairement du nord au sud , et quelquerois en sens contraire. Dans le Grand-Océan austral on en ressent k la Terre de Feu , à la Nouvelle-Zélande et dans les parages du Nouveau- Shetland austral. j. h.

(») Voyez, pour une discufiion plus ample, la description de YIsland€.

Dans ks parages des Antilles il y a des endroits où un bâthnent peut s'amarrer au mitiea d'an courant, en laissant tomber à une certaine pro' fondeur connue un céble auquel est attachée une sonde de plomb. Il doit sans donte, à cette profondeur, y avoir un courant ocmtraire à celui qui règne à la superficie des eaux ; le repos natt de réalité de ces deux forces, qui entraînent, Tune le bâtimoit, l'autre le eéble avec la sonde («). Des circonstances s^nblables ont été observées dans le Sund. II y a lieu de croire que la Méditerranée se dédiarge par un courant inférieur ou cadié. Une différente densité des couches d*eau, une grande rapidité de mouvement, et la cohérence des molécules fluides, voilà les raisons plausibles qu'on donne à cette espèce de doubles courants '').

» Il est plus aisé èe prouver et d'expliquer Texistence des courants opposés l'un à côté de l'autre. Dans le Katt^t, un courant-nord sort da la Baltique le long des côtes de la Suède, un autre courant-sud y entre le long des côtes du Jutland. Dans la mer du Nord, 11 y a un courant-nord qui vient du Pas-de-Calais, et un courant-sud qui va depuis les Iles Orcades le long des côtes britanniques. Les grands fleuves, en se déchargeant, occasionnent à leur embouchure des courants souvent contraires à ceux de la mer; il serait superflu d'en citer des exemples.

» Lorsque deux courants d'une direction plus ou moins contraire, et d'une Ibrce égale, se rencontrent dans un passage étroit, ils tournent tous les deux sur une courbe, qui quelquefois est une spirale , jusqu'à ce qu'ils se réunissent ou qu'un des deux s'échappe. C'est ce qu'on appelle un tournant. Les plus célè-

(■) Observations du Dr. Stubb. dans les Tnmir tîons philosophiques , no 27.

(>) L'eiialence de ces doubles contants inféfk»ê et supérieure est loin d'être prouvée ; on sait que dans un de ses plus récents ouvrages le savant M. Hoff a démontré que l'on pourrait expliquer ces apparences de doubles courants dans certains détroits par des différences de niveau qui existent au fond ûes mers. M. Bain, a Edinbourg, a de plus signalé, dans un ouvrage publié en 1817, un grand nombre de circonstances qui peuvent avoir Induit en erreur les marins, en leur faisant attribuer à l'action des courants la différence observée entre l'espace réellement parcouru par le navire et le chemin apparent indiqoé par la boussole. Consultez l'ouvrage de M. Hoff, intitulé ; Geschiichte der durch Ueberlieferung nackge tviesenen nalûr lichen veraenderungen der Erdoberfiac

OEOORAPHIE PHYSIQUE.

bressont : YEutipê, près de Ttle d'Eubée; le Charybde, dans le détroit de Sicile; le Mais-trœm, dans la Norvège septentrionale, et les Tamadoê, assez violents pour engloutir des vaisseaux, et que Ton connaît dans les mers de la CMie et du Japon. Ces tournants augmentent quelquefois de force par le concours de deux hautes marées contraires, ou par Faction des vents. Ils entraînent les vaisseaux, les brisent contre les rochers, ou les submergent, et en laissent reparaître les débris quelque temps après. On a brodé sur ce fond assez simple des fables merveilleuses; on a parlé de gouffres au fond de la mer, de ileuves souterrams, et d'autres choses semblables,

dont Texistence n'est rien moins que prouvée. M La profondeur des courants est un pro« blême de physique assez difQcile à résoudre. Cependant les courants, perpétuels par leur régularité et par leur action extrêmement forte, mtoie dans le plus grand calme, indiquent assez qu'ils ont une profondeur considérable. Leur vitesse n*est pas généralement connue; elle est indépendante de celle des vents et des ondulations, et très difiQcile à déterminer d'une manière précise (*). Il y a bien d'autres questions insolubles qu'on pourrait proposer au sujet de cet immense Océan , berceau de l'Univers , et qui peut-être en deviendra le tombeau. »

Page 1