LIVRE TRENTE- SIXIÈME
Suite de la Théonc de la Géographie. — De la disposition des parties solides de la Terre, — Première section : de la Stratification des Roches, des Bancs, des Lits qui les dirisent; des Amas; des Filons métalliques; des Bréchet osseoses: des Cavernes à ossements.
Lorsque les eaux de l'antique Océan couvraient toutes les régions de la terre aujourd'hui habitée, elles formèrent différents dépôts qui se disposèrent par couches parallèles, comme tous les sédiments qui se précipitent au fond des eaux. Ces divisions parallèles sont appelées strates [') dans le langage scientifique, et l'on donne le nom de stratification à la disposition générale de tous les strates.
On conçoit que si les couches sont horizonttiles, elles prouvent que la masse minérale à laquelle elles appartiennent est encore dans la même position que lorsqu'elles ont été déposées : c'est ce qu'on appelle stratification régulière; si les couches sont contournées dans différents sens, la stratification est appelée irrégulière : elles présentent quelquefois de larges fissures qui s'étendent sur une longueur considérable et auxquelles on a donné le nom de failles. Ces failles sont évidemment le résultat des changements de niveau dans une partie des couches. Les strates présentent beaucoup de variété dans leur position : souvent, après avoir gardé sur un espace plus ou m<Mns considérable leur horizontalité, ils s'inclment, puis se relèvent et redeviennent horizontaux ; queiquefœs ils sont contournés en formant des ondulations , comme on le voit dans certaines montagnes où les couches s'élèvent d'un côté dans le sens de la *pente, se courbent au sommet et redescendent vers la pente opposée ; d'autres fois ils sont repliés et brisés en zigzags, ainsi que le démontrent les couches houillères de Yalenciennes. L'inclinaison des couches varie de manière à former des angles de plus en plus ouverts, depuis 10° jusqu'à 80.
Lorsque deux systèmes de couches sont placés l'un sur l'autre en conservant le même parallélisme, on dit que ces systèmes sont en stratification concordante; dans le cas contraire, lis sont en stratification discordante ou transgressive. Dans ce dernier cas , il est
('} Du mot latin sirauim (couche).
évident que le système inférieur a éprouvé un soulèvement, un affaissement, un bouleversement quelconque avant que le supérieur s'y soit disposé. On voit par là combien, dans les observations géologiques, il est impcutant d'étudier la stratification des terrains d'une contrée.
Il y a des roches qui ne présentent point de stratification : tels sont le granité porphyrmde, la pegmatite, l'euphotide, l'ophioUte, le spilite, le mélaphyre, le porphyre, le mimophyre, le trachyte et le basalte. Mais ces deux dernières roches, et principalement le basalte, affectent la division prismatique. Tout le monde connaît les majestueuses colonnades que pré^ sente cette roche dans tous les pays qui ont été le théâtre d'une antique volcanisation. En France, le pavé des Géants à Chenavari, à Vais et à Bigaudel ; dans les îles Hébrides en Ecosse, la célèbre grotte de Fingal et le cirque basaltique de Mull ; dans le comté d'Aotrim, en Irlande, l'immense amas de colonnes basaltiques appelé aussi le pavé des Géants, en offrent de remarquables et célèbres exemples.
« On considère comme masses non strati' fiées, dit un habile géologue (^), les parties àe l'écorce du globe qui présentent une épaisseur considérable sans être divisée par des joints de stratification ; mais deux circonstances sont cause qu'il est souvent très difficile de distin* guer ces masses de rocbes stratifiées : la première, c'est qu'elles peuvent n'être que des couches d'une épaisseur considérable ; la seconde, c'est qu'étant ordinairement traversées par une grande quantité de fissures, il est très difficile de savoir si, parmi les joints que l'on aperçoit, il n'y en a pas qui soient le résultat de la stratification. »
Quoique parmi les roches qui n'offrent point de traces de stratification il s'en trouve qui affectent la forme prismatique, ce n'est pas à
(•) DOmaliMt d'Halloy : Éléments de Géologie.—
Gopgle
GÉOGRAPfflE PHYSIQUE.
dire pour 6ela que eesdeax manières d'être se repoussent mutuellement ; elUes ^nt au contraire quelquefois réunies : ainsi , dans les masses de gypse de Montmartre , les couelies appelées h(nfts piHerê par les ouvriers, Joignent à la division en strates la structure prismatique.
Nous avons vu plus haut que les mots strate et eouehe avaient la même signification; quelquefois on les emploie comme synonymes de banci et de lits. Cependant nous croyons utile de préciser ce que Ton doit entendre par ces diverses dénominations. Les strates ou couches désignent les grandes divisions d*un terrain ou d'une formation; les bancs sont les subdivisions des strates ; les lits peuvent être considérés comme les subdivisions des Iwincs. Prenons pour exemple le calcaire des environs de Paris: les carriersydistinguentdifférents bancs plus ou moins durs, et Ton doit dire que plusieurs de leurs dénominations, très bien comprises des architectes , ont passé dans le langage scientifique. Le calcaire grossier parisien est partagé en strates ou couches, parmi lesquelles on distingue le banc vert des ouvriers , auquel succèdent les bancs h lucines et à cérithes , qui doivent leur nom àla présence de ces deux geores de coquilles , et ces l)ancs sont séparés ou recouverts par des lits de marne.
Nous venons de donner une idée de la disposition générale qu^aiTectent les roches ; voyons maintaiant quelle est celle des métaux que Ton y exploite, fis s'y présentent en couches, en amas , en fnds, en filons et en veines,
IJne eouehe minérale est une masse.étendue en longueur et en largeur sur une failrfe épaisseur; elle est parallèle à la stratification, et parait être contemporaine de la masse qui la renferme. Les diverses espèces de fer, de plomb sulfuré et le cuivre pyriteux, se présentent fréquemment en couches. Les amas sont des coures d'une médiocre étendue, mais d'une épaisseur considérable, c'est ce qui leur a ftiît quelquefois donner le nom d*amas couehéê; la calamine , le cuivre pyriteux , le manîçanèse oxidé et le fèr, constituent de semblables amas ; les montagnes de fer magnétique ne sent même que des amas d'une grande proportion. Lorsque les amas sont peu considérables et disséminés dans la roche, on les appelle mds.
Voici ridée qu'un de nos savants donne des
amas métalliques : « Les amas sont ordinairement intercalés dans des masses de nature différente , et alors ils ont souvent la forme de boudins, d'oeufs ou de lentilles, mais dans des proportions gigantesques; d'autres fois ils sont déposés à la surface du sol , et alors ils prennent souvent la forme de nappes, de bateaux, de poches (*).♦»
Ce qui prouve que les filons et les veines sont d'une formation postérieure à celle des couches, des amas et des nids, c'est qu'ils coupent transversalement dans leur épaisseur les strates qui les renferment. On pourrait les considérer comme des fissures ou des fentes qui auraient été remplies par des substances métalliques. Les parties non métalliques qui forment la masse principale d'un filon portent le nom de gangue. Les veines ne sont que de très petits filons; elles sont tantôt droites, tantôt contournées , tantôt simples , tantôt ramifiées ; elles se croisent et se coupent de mille manières et traversent certaines roches dans tous les sens. Les npineurs allemands donnent le nom de stockwerk à une réunion de filons ou de veines qui pénètrent dans un massif en affectant la forme d'un réseau ; les veines de certains marbres en peuvent donner une idée. Les minéralogistes ne sont pas d'accord sur l'âge de ces réseaux : les uns les regardent comme contemporains de la roche qui les recèle; d'autres prétendent qu'ils sont postérieurs : ce qui paraît plus probable.
On a aussi donné le surnom de fragmentaires à des filons composés en général de fragments plus ou moins gros de diverses substances. Ils semblent avoir leur plus grande largeur vers la surface de la terre, et aller en se rétrécissant sans atteindre à de grandes profondeurs.
« Les uns sont presque exclusivement composés de fragments de roches unis par un ciment pierreux ; tels sont ceux qui traversent pluiieurs massifs calcaires des bords de la Méditen'anée, et qu'on connaît sous le nom de brèches osseuses , parce qu'ils sont composes d'une espèce de calcaire brèche renfermant des ossements de mammifères. D'autres fois ils sont composés d'arçile, d'ocre, de fer hydraté terreux renfermant des noyaux; des géodes, des blocs , et quelquefois des amas de fer hydraté, de galène, de calamine, de phtanite et
('] D^Omaliui ttHalloy t Éléments de Géologie.