LIVRE TBENTE-CDIQITIÊME
inai'bre gris de Tolède , les marbres gris de la Manche et de la Biscaye , le noir et Jaune de cette province , le noir veiné de blanc de Morviedro , les marbres violets de la Catalogne , le rouge de Séviile et de Molina , le vert de Grenade , le rose veiné de blanc de Santiago , et les lumachelles rouges de Grenade et de Cordoue. Le Portugal possède, comme le reste de la péninsule , des marbres du plus bel effet.
La Grande-Bretagne en exploite qui ne le cèdent eu beauté à aucun autre du continent. Les Pays-Bas font un grand commerce de ces marbres noirs bitumineux , employés dans les monuments funèbres ; de ces marbres d'un beau noir, sur lesquels se détachent des coquilles d*un blanc éclatant, et de ces marbres tendres noirâtres , remplis de madrépores , ce qui leur à valu le nom de petit granité : c'est le marbre e moins cher, et celui que nos ébénistes emploient le plus fréquemment pour les dessus de meubles ; enûn le marbre Sainte-Anne , d'un fond gris avec des taches irrégulières , et dont sont faits les dessus de tables de la plupart des cafés de Paris. Ces marbres s'exploitent dans les environs de Namur, de Saint-Remi et de Mons.
» Plus les marbres sont purs , c'est-à-dire plus ils sont blancs et d'un grain serré, plus ils sont susceptibles de résister à l'action de l'afmosphère. Les belles couleurs qui les distinguent et qui les font rechercher sont dues à différents oxides , mais surtout aux oxides de fer, dont les diverses modifications produisent la plupart de ces nuances si variées. J'ai eu plusieurs fois occasion de remarquer que l'oxide qui les colore est disposé à une décomposition que détermme l'action alternative de la pluie et des rayons solaires. Quelquefois les marbres renferment du fer sulfuré : leur décomposition est alors plus rapide , parce que ce métal uni au soufre ne résiste point à l'humidité. D'autres fols des marbres qui paraissent très durs cèdent avec le temps à l'intempérie des saisons, lorsqu'ils restent constamment exposés à l'air; mais le minéralogiste qui les examinera reconnaîtra facilement la cause de cette altération. Plusieurs renferment des parties d'argile, d'autres doivent quelques unes de leurs veines à leur mélange avec le schiste, avec la magnésie ou quelques matières talqueuses ; ces différentes matières se décomposent, des veines entières disparaissent et ne
laissent plus que leur place vide, et le plus beau marbre prend alors l'aspect sale et désa— gréable de tout ce qui porte l'empreinte de la dégradation. Les marbres deCampaa, dont les couleurs sont si agréables , et d'autres d'ime nature analogue , sont surtout sujets à cet inconvénient ; il fiaut donc avoir soin de ne les employer que dans les intérieurs , autrement on risquerait de les voh* se carier (*). »
Lorsque nous traiterons des terrains et des foimations g^'ologiques , nous parlerons de plusieurs autres calcaires, tels que le eompacU fin ou la pierre lithographique , le siUeeuxe qui abonde en quartz résinite, VooUHque qui fournit d'excellentes pièces de construcUon , la craie dont on fait le blanc d*Espagne ^\elias, calcaire bleu qui donne une chaux estimée, le travertin, calcahre concrétionné qiR a ser^i aux anciens à construire les temples de Pestum et les plus beaux édifices de Rome , et la dohmk, calcaire magnésifère, qui offire cela de particulier que, réduite en chaux par la calcination, et répandue dans les champs en culture, elle produit un effet contraire à celui des autres variétés de chaux , en ce qu'elle nuit à la végétation au lieu de l'activer.
La plus importante roche pierreuse à base de talc est la serpentine. Son poli onctueux, ses couleurs variées, dans lesquelles le vert domine assez ordinairement, la font exploiter pour en fabriquer des vases et d'autres objets de luxe.
Le gneiss, roche à structure feuilletée, essentiellement composée de mica et de feldspath, est riche en filons métallifères , principalement en cuivre, en étain, en carlxmate de fer, en argent et en plomb argentifère. Les mêmes métaux se trouvent dans le micasehi^te, sûkiite micacé, qui diffère du précédent en ce que le quartz y remplace le feldspath.
Un mélange à peu près ^al d'amphibole et de feldspath compacte forme les diorites, granitoides, schistotdes, porphyrotdes , et autres. Le beau granité orbîculaire de Corse, qui présente une réunion de sphéroïdes d'amphibole noir entourés d'une auréole de feldspath blanc, qui se détachent sur im fond grisâtre, est une variété de cette roche : on en fait des objets d'ornement d'autant plus précieux que cette variété est assez rare.
f') Extrait de notre article Marbre , dans TEaciclop. moderne. j. h.
6É06RAPHK PHYSTQUEL
L'aphamte d*Haùy, ou la eomé^nne de Do* loinieu, roche homogèDe en apparence, et le irapp ou le trappite, qui n^estque la méroe roche renfermant des cristaux de feldspath, paraissent être d'une origine ignée. Le spUite, qui semble avoir la même origine, est formé d'une pâte d'aphanite avec des noyaux et des veines calcaires. C'est de cette dernière roche que Ton tire la plupart des agates que Ton travaille à Oberstein. Lorsque le spilite est d'une texture poreuse et terreuse, lorsqu'il renferme du pyroxène et du mica, il prend le nom de vake ou de vakite.
Nous comprendrons encore parmi les roches d'origine ignée la dolériH, composée de feldspath lamellaire et de pyroxène, et qui se divise quelquefois en prismes et en sphéroïdes comme le basalte; le mélaphyre, mélange intime de pyroxène et de feldspath, renfermant des cristaux de cette dernière substance; et le basalte, roche noire à texture compacte, sur l'origine de laquelle les minéralogistes et les géologistes du siècle dernier étaient divisés d^opinion , mais sur laquelle on est d'accord aujourd'hui. Quel est le géologue qui oserait soutenir sérieusement que le basalte est le résultat d'une précipitation aqueuse?
Les pépérines sont des roches conglomérées ou remaniées par les eaux , ou bien sorties des cavités volcaniques sous forme d'éruptions boueuses. Elles sont composées de fragments ordinairement anguleux, qui ne sont que des débris de roches pyroxéniques décomposées. C'est une variété de cette roche qui a recouvert une partie de Pompéia; une autre forme, à Rome, la rodie Tarpéienne; enfin une autre a fourni la pierre de construction du tombeau de Gecilia Metella près de Borne.
Une des roches volcaniques les plus utiles, quoiqu'on ne la trouve qu'en fragments, c'est la ponce, qui doit son nom à un groupe d'Iles de la Méditerranée qui en fournissent beaucoup au commerce, l^a ponce sert à polir un grand nombre de corps, et s'emploie aussi, surtout en Italie, dans la composition de certains ciments.
Parmi les laves , il en est plusieurs d'une grande utilité comme pierres de construction; telles sont Ja téphrine pavimenteuse , ou la lave de Volvic, dont Clermont-Ferrand et Riom sont bâties, et dont on a essayé de revêtir les trottours de Paris; la téphnne feldspatkique,
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exploitée aux environs d'Andemadi ; la leueo^ êtine, que sa structure schisteuse fait employer à couvrir les habitations aux environs du Mont- Dor, et quelques variétés de trachyte, roche d'un aspect terne et mat, dont la pâte rougeâtre ou grisâtre est parsemée de cristaux de feldspath vitreux ou d'albite.
Le feldspath forme, dans certaines montagnes, des amas ou des couches dont la structure est tantôt laminaire, lamellaire ou grenue. Lorsque cette roche est mêlée de quartz, elle prend le nom de pegmatite ; l'une de ses plus jolies variétés est surnommée graphique, parce que le quartz, disposé en lignes brisée, y prend l'aspect de carad;ères hébraïques. Une autre doit à la couleur brun-rougeâtre du feldspath le nom de granité feuille morte. C'est une pegmatite pulvérisée qui sert à couvrir la porcelaine d'un enduit émaillé et brillant.
La réunion du feldspath , du quartz et du mica, constitue le véritable ^ramïe, dont nous nous dispenserons de rappeler les différents usages. Cette roche prend rarement un beau poli; mais on confond souvent avec elle la syénite^ dans laquelle l'amphibole remplace, comme partie essentielle, le mica, et qui doit son nom à la ville de Syène en Egypte, aux environs de laquelle les anciens l'exploitaient.
On connaît sept à huit variétés de jporphyres, que l'on désigne d'après leur couleur, et qui sont d'autant plus estimées que leur pâte est d'une nuance plus vive, et que les cristaux de feldspath tranchent dessus d'une manière plus nette. Les anciens employaient cette roche beaucoup plus fréquemment que les modernes : ce qu'atteste un grand nombre de leurs monuments. Le porphyre antique, dont la pâte est d'un brun-rouge vif et foncé, se tirait de l'Egypte et de l'Arabie : la même variété existe aux environs de Meissen et de Planitz en Saxe; une jolie variété, dont on fait des vases et d'autres objets d'ornement, est le porphyre brun de Sunderwald en Nor\'ége. Ce qu'on appelle porphyre orbiculaire de Corse est lepyroméride dont la pâte Jaunâtre, composée de feldspath compacte et de quartz, renferme de gros globules radiés du centre à la circonférence. La roche si estimée des anciens, et que l'on désigne communément sous le nom de porphyre vert antique, est Vophite, dont la pâte et les cristaux de feldspath sont d'une belle couleur verdâtre ; la commission scien-
UVRE TRENTE^NQUJÈME.
tifiqne, cavoyée par le gouvernement fran- I cals en Morée, a découvert au mont Taygète le gisement de cette précieuse substance. M. PuilloD de Boblaye a proposé de l'appeler prosophyre.
Les variolites sont des roches analogues aux porphyres quant à la pâte ; mais au lieu de cristaux, celle-ci renferme des noyaux sphéroïdaux d'une couleur différente, et quelquefois plus durs que le reste de la roche. Quoiqu'elles soient d'un aspect assez agréable, surtout lorsqu'elles sont polies, elles n'ont aucun emploi spécial dans les arts et l'industrie.
Les principales roches argileuses sont l'argile et la marne. V argile est une substance composée de silice, d'alumine et d'eau ; elle est onctueuse au toucher, facile à polir par le frottement de l'ongle, prompte à s'imprégner d'eau, et susceptible alors de prendre sous les doigts les formes les plus variées ; la terre à modeler est une argile. Lorsqu'elle est sèche, elle happe fortement à la langue, et répand une odeur particulière par le contact de l'haleine ; mais ce dernier caractère lui est commun avec les schistes et avec les substances analogues qui contiennent de l'oxide de fer. L'argile affecte des couleurs très variées, telles qiie le rouge, le jaune, le brun, le gris et le bleuâtre qu'elle doit à cet oxide. Quelquefois elle est veinée, ou tachetée de brun sur un fond gris : telle est celle qui contient quelques centièmes de chaux, et que l'on trouve en lits dans le gypse de Montmartre d'où on l'extrait pour la vendre à Paris sous le nom de pierre à détacher.
Parmi les nombreuses variétés de Vargile, plusieurs sont employées utilement dans le commerce et dans les arts : le dessinateur se sert d'une argile ocreuse, sous le nom de crayon rouge; le peintre trouve une belle couleur brune dans l'emgjoi d*une argile ferrugineuse, appelée terre de Sienne : d'autres couleurs, connues sous les noms de brun rouge, ocre de rue, terre ^ombrcy terre de Cologne^ rouge et Angleterre, sont autant d'argiles ferrugineuses. Le sculpteur ébauche son travail en se servant d'une ai^le pour modeler ses figures. La porcelaine doit sa finesse et sa beauté à l'argile blanche appelée kaolin; on la tirait autrefois de la Chine, mais depuis longt^smps on se sert de celle que Von trouve en
France près, de Limoges. Les poteries grossières se fabriquent avec une variété appelée argile plastique j du mot grec n\<xactù,je forme* parce qu'elle est employée par tous les potiers; c?lle de Montereau sert à la fabricatii» de la faïence fine, que l'on nomme terre anglaise ou terre de pipe. L'argile commune, vulgairement appelée terre glaise, dont la composition est de 32 parties d'alumine, de 63 de silice, et de 4 à 5 parties de fer, est employée à faire des tuiles, des briques et des fourneaux. C'est encore une argile qui, dans les fabriques, sert à dégraissai^ draps et à leur donner le lustre nécessaire : elle est connue sous le nom à" argile tmectiquéùa terre à foulon. Ce que les pharmaciens nomment bol d'Arménie est une argile ocreuse. EnflUi Yalmagre des Espagnols n'est autre chose qu'une argile dont ils se servent pour polir les glaces , et qu'ils mêlent à leur tabac pofur lui donner cette couleur rougeâtre qui le distingue; cette même substance entre avec le piment dans la plupart de leurs mets. Ainsi l'industrie humaine a su varier presqu*à Tinfini l'emploi d'une matière répandue avec tant de profusion sur la terre.
On désigne sous le nom de marne, e^ minéralogie, une substance essentiellement composée d'argile et de calcaire, ou, si l'on veut, de silice, d'alumine, de chaux et d'acide carbonique, en proportion variable, malgré son apparence homogène. Ses principaux caractères extérieurs sont : un aspect terreux, une texture lâche, très peu de dureté, enfin une solidité qui varie Jusqu'à la friabilité. Elle jouit aijssi, comme l'argile, de la faculté de faire pâte avec l'eau.
Suivant une loi qui s'applique a toutes les substances qui forment l'écorce de notre globe, les marnes les plus différentes passent deJ*une à l'autre par des nuances insensibles ; cependant on les divise en trois espèces principales : la marne argileuse, la marne calcaire, et la marne sableuse.
La marne argileuse, plus argileuse que cal^ caire, forme trois variétés : la scMstoide est amsi appelée de sa structure schisteuse et de sa facilité à se diviser en feuillets minces. La compacte est presque toujours solide, onc tueuse au toucher. La marne figuline^ d'une ténacité qui la rapproche de Targile, |picile à délayer dans Teau, est très recherchée pour
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
les fabriques de faïence, et fort connue sous le nom d*argile à potier.
La marne calcaire, plus calcaire au'argileuse, se distingue comme la précédente en plusieurs variétés. La marne schistoïdc, tendre et facile à se diviser en feuillets, se délaie aisément dans Teau, mais ne s'y met point en pâte. La marne compacte ne fait pâte avec Teau que lorsqu'elle a été long-temps broyée ; elle est blanche et s'emploie souvent dans la fabricatioa de la porcelaine tendre. Cette marne affecte, par l'effet du retrait, une disposition particulière qui présente la réunion de six pyramides à quatre faces striées parallèlement aui côtés de la base et rapprochées à lefir sommet. La marne friable^ quelquefois dure à la sortie de ses bancs, mais prompte à se déliter à l'air, où elle devient tendre et facile à se réduire en poudre, est le calcaire le plus récent des environs de Paris. La marne sableuse se délaie facilement dans l'eau ; elle ne pourrait être distinguée en variétés que si l'on prenait pour caractères les différentes nuances et la quantité de sable qu'elle présente.
L'usage de marner les terres remonte à la plus haute antiquité. Cependant, malgré son utilité reconnue, on ne pourra le pratiquer avec tout le succès désirable que lorsque de nombreux essais, faits avec sagacité, auront prouvé quelle est son action directe sur les terres et sur les végétaux. L'opinion la plus répandue est que le mamage modifie l'aridité ou la ténacité d'un terrain, de manière que les marnes argileuses paraissent convenir aux terres trop légères, et que les marnes calcaires produisent un effet salutaire sur les terres grasses. Mais si, comme l'ont observé quelques savants, l'action des marnes sur un sol a pour résultat l'absorption de l'oxigène de l'air, ou slles végétaux y puisent l'acide carbonique nécessaire à leur nutrition, on conçoit combien il y aurait encore d'études à faire pour calculer tous les effets du mamage (').
Le schiste^ par sa texture terreuse et terne, et par sa structure feuilletée, est le type des
'/) Voyez nos articles Argile et Terrains, dans rEoejclop. moderae. J. H.
roches schisteuses , soit parce qu'elles en ont la structuré, soit parce qu'il en forme la base. Quelques schistes sont utilisés dans les arts et l'industrie : le schiste argileux est nommé vulgairement |)»erre à feau, parce qu'on l'emploie avec de l'eau pour préparer certains métaux à recevoir le poli ; le schiste ardoise, par la facilité avec laquelle il se divise en feuilles minces, est employé à la couverture des édifices ; le schiste cotictde, plus dur que les précédents, use le fer, pourvu que celui-ci ne l'attaque pas avec une partie pointue ou anguleuse; il se compose de deux lits , l'un Jaune et l'an-tre noir : le premier sert à afQler les rasoirs, et le second les couteaux.
Vampélite est une roche feuilletée noire qui se divise en deux variétés : Vampélite alumi" neuœ renferme du soufre , du fer et de l'alumine : aussi fournit-il au commerce une grande quantité d'alun et de sulfate de îev\Vampélite graphique est assez tendre pour se laisser cou-* per facilement : on en fait des crayons connus sous le nom de pierre <f Italie ; c'est aussi ce que les menuisiers et les maçons appellent pierre noire.
Plusieurs métaux autopsides (^} forment, dans le sein de la terre , des couches assez épaisses et des amas assez puissants pour être considérés comme roches; telles sont la cala-^ mine, qui comprend le carbonate et le silicate de zinc ; le cuivre pyriteux, ou le sulfure de ^ ce métal ; le manganèse terne , ou l'oxide de manganèse ; la pyrite^ ou le sulfure de fer ; Yaimant, combinaison de peroxide et de protoxide de fer, qui forme des montagnes entières en Suède, en Norvège, dans l'Asie septentrionale et au Brésil ; le fer oligiste, ou le peroxide de fer ; la limonite, ou l'hydrate de fer, et la sidérose, ou le carbonate de fer. Enfin l'anthracite^ la houille, le lignite et la tourbe, peuvent être regardés comme des roches com-bustibles. . .
Maintenant que nous connaissons les minéraux et les roches qui composent l'écorce terrestre, nous allons examiner leurs dispositions.
(') C'est-à-dire qui tf offrent tous leur véritable aspect («vT^(, soi-même, S^tç, aspect).