LIVRE CINQUIÈME
Suite de l'Histoire de la Géographie. — Eipédition d'Alexandre. — Voyage de Pytbéas. — Systèmes d'Ératosthène et d'Hipparque. — Recherches de Polyhe et de Posidoniui. ^Voyage d'Eudoxe. — Géographie de Stral>on. — A. M. 3660-3983, ou Jusqu'à la naissance de J.-€.
a Le conquérant macédonien menait à sa suite plusieurs géographes, parmi lesquels on nomme Diagnétus et Béton; ils tracèrent dans des ouvrages particuliers les marches de l'armée en les déterminant d'après des observations astronomiques. Androstène, Néarque et Onésicritus furent chargés de recpmiaitre par mer les côtes méridionales de TAsie. CaUiitkènes, Aristobule, Ptolémée et Cratérùs, compagnons ou généraux d'Alexandre, tinrent note des choses mémorables qui avaient frappé leurs regards, et ces journaux devinrent la source d'une nouvelle géographie de l'Asie. Ajoutons que les livres enterrés dans les archives de Babylone et de Tyr furent, par suite des projets d'Alexandre, transférés dans la ville à laquelle il donna son nom, et que les observations astronomiques et nautiques des Phéniciens et desChaldéens, devenues plus accessibles aux savants de la Grèce, leur fournirent les bases mathématiques dont leurs systèmes géographiques avaient jusqu'alors été dépourvus. Tels furent en peu de mots les immenses avantages que la géographie retira des victoires d'un héros qui, pour nous servir d'une expression de Quinte-Gurce , ne voulait conquérir le monde entier que pour le livrer à la connaissance du genre humain (').
» Les généraux d'Alexandre, rois après sa mort, firent peu de conquêtes lointaines. Séleucu$ Nicanor seul porta ses armes victorieuses jusqu'aux bords du Gange ; ses ambassadeurs, Mégasthènes et Daimaehui, recueillirent à Pali|K)thm , capitale d'un grand royaume sur lé Gange, des détails étendus et intéressants sur l'histoire naturelle, civile et morale de ces contrées ['); l'amiral Patrocks navigua sur l'océan
(') Examen critique des historiens d'Alexandre , par M. de Satn/«- Croix, Pline, Arrien, Strabon, eic» — (•) Aucune Tille de l'Inde n'était comparable A Palibothra pour l'étendue et la richesse. Strabon et Arrien disent qu'elle avait 80 sUdes de iMg et 15 de large. J. If.
Indien et sur la mer jCaspienne ('). Mais Tesprit du commerce put seul établir des relations suivies avec les pays éloignés ; cet esprit, dans le siècle après Alexandre , devint dominant parmi les Grecs ; chaciAi d'eux, comme le marchand d'Horace , était décidé « à fuir la pauvreté à travers les flots , les écueils et les feux de la zone torride. » Tandis que les Marseillais profitaient des routes commerciales qu'avaient frayées Pythéas par ses deux voyages aa nord de l'Europe, et Ëutiiymèifes par cette course le long des côtes d'Afrique, dans laquelle il parvint à l'embouchure d'un grand fleuve semblable au Nil , fleuve qui ne saurait être que le Sénégal (^j , les rois grecs d'Egypte ' ouvrirent par les ports de Bérénice et de Myoêhormos , sur le golfe Arabique , un commerce direct avec les côtes occidentales de l'Inde et avec Taprobane, ati^ourd'hui Geylan. Ptolémée Philadelphe f) , le principal fondateur de ce commerce, envoya dans l'Inde des géographes chargés de décrire le pays(^j. Sous le même règne, Timo8thhne$ publia un Portulan ou description de tous les ports, et un ouvrage sur la mesure de la terre (^j. PhUostephanus , de Cyrène, donna beaucoup de descriptions particulières. Son compatriote, le granfi Ératosthène bibliothécaire d'Alexandrie sous Ptolémée Evei^ète, créa enfin un système complet de géographie fondé sur des bases mathématiques, et qui resta pendant quatre siècles l'ouvrage classique pour cette science.
» Cependant, la nature dès vents périodiques n'étant pas connue, la navigation dans la mer des Indes resta imparfaite. Les flottes de Ptolémée n'arrivèrent que Jusqu'aux bouches de rindus ai longeant les côtes. Leur principal conmierce se foisait sur celles de l'Ethiofûe, ou
(i) An du monde 3680. — (>) Sen, Kat. QuKSt. IV, 2. Comp. Plui, de Plac. philos. IV, 1. — (^) An du monde 3700.— (4) P/tn. Hist. naturelle , VI, 18.— (6) MoTcitm. HeracL Strab. IX, 421,
HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE
sur la cdte actaelLe d'Abesch et d*Adel, ainsi que dans les porto de 1* Arable Heureuse (']. Les caravanes sappléèrent aux vaisseaux ; elles se rendaient, par le nord de la Perse et par la Baetriane, dans Flnde septentrionale; les marchands pàiétraient d'un oAté jusqu*à Palibothra, en descendant le Gange, et de Fautre, en tournant les monts Imaûs ou Belour, lis se rendirent probablement dans la Sérique, qui comprenait le Tibet , une partie de la petite Boukharie, le Cachemire et quelques unes des vallées où naissent le Sind et le Gange (^j : du moins Ménandre, l'un des rois grecs de la Baetriane, a régné sur la Sérique ('). Mais cette route vers le centre de l'Asie resta longtemps inconnue aux écrivains géographiques. Nous la connaîtrions sans doii^ mieux si le temps destructeur eût épargné les immenses travaux di'ApoUodarut , surnommé Periegeies, c'est^-dire qui a fût le tour du monde (^).
» Vers la même époque, Agatharchideê , de Coide, publia des ouvrages qui, à en juger par les fragments qui nous restent, réunissaient tous les genres d'intérêt. Le savant auteur qui parlait la langue amharique usitée en Abyssinie (s), parait surtout avoir visité les établissements des Grecs sur les côtes de l'Ethiopie et de TArabie; sa description un peu romanesque du luxe et des richesses des Sahims a été répétée par tous les historiens et les poètes; c'est probablement aussi de lui que Diodore tira tous les détails; qu'il nous a laissés sur l'état éthiopien de Méroé i^]. Hipparque, célèbre astnmome, lui dut peut^tre ses idées sur une grande terre australe qui devait joindre l'Afrique orientale à l'Ipde. Le syst^e géographique d'Hipparque prouve que le cap Guardafui était de ce c6té la limite des découvertes de ses oontemporains. Il parait aussi qu'on avait reçu quelques notiims sur la côte de l'Asie au-delà du Gange ('). Hipparque essaya le premier de réduire toute la géographie à des bases astronomiques ; mais n'ayant que peu d'observations célestes, et décidé à rejeter tout autre élément, il remplit sa mappemonde d'hy-
(0 Gomp. f^nc^Rf, Voyage ëeNéarque, II, patsim, Heeren, Man. de VHIst. 310.— (•) An da monde 3804. — P) Bayer, Hisl. regn. Baclrianl. ~ (4) Strab. XIV, C77. Alm. Siq)h. de nrb. TseOet, — (^) Agath, de Mari Rnb. in Geog, min, 1 , 46. — (<) An du monde 3812.— (') Got$eUin, Recheri^ei, I^ 44.
potbèses aussi erronées que celles de ses prédécesseur&(i).
» Les expéditions des Romains contre Garthage et Numance fournirent au judicieux Polybe l'occasion de rassembler quelques renseignements exacts sur l'occident de l'Europe; il visita les côtes' occidentales de l'Afrique jusqu'au mont Atlas ; il eut encore des idées neuves et justes sur la zone torride, qu'il crut habitable; mais, dans la manière dont il a combiné ses connaissances de détail, il ne semble pas avoir mis l'accord et l'ensemble nécessaires (^}. Peu de temps après Polybe, les recherches de Posidonius engagèrent l'école d*Àlexandrieà changer lagraduation des cartes d*Eratosthène [^j, changement qui ne fit qu'aocroitre les erreurs de la géographie mathématique de ce siècle (^).
1) Pendant que les savants s'efforçaient, quoiqu'en vain, de créer un système général exact, les idées du siècle d'Homère et des Argonautes avaient été reproduites avec des modifications et des additions par un historien , Tlmée de Sicile ,. et deux poètes , l'obscur Lycophron et l'érudit Apollonius. Scym^ $ius , de Ghios , entreprit de revoir des formes de la poésie le système d'Eratostiiène (s). Son contemporain Artémidore composa des ouvrages importants, dont la perte est d'autant plus à regretter , que les passages qui nous en restent donnent entre autres , sur la côte d'A- • del et d'Ajan , des notions plus détaillées que celles des voyageurs modernes (^. Les navigations d'Egypte dans l'Inde s'étant ralenties, Eudoxe^ de Cyzique, les ranima sous les règnes de Ptolémée Physcon et de PtoLémée Lathure (') ; la courageuse entrq^rise de ce navigateur, soit en chercliant la route la plus di' recte de l'Inde, d'où U avait rapporté, à ce qu'il parait, les premiers diamants, soit en tentant de faire le tour de l'Afrique par l'ouest (^j, lui valut des persécutions et une réputation obscurcie par les fables dont Cornélius Nepos et Pomponius Mêla ont voulu l'embellir.
» Une autre route dé l'Inde fut rétablie à la suite des conquêtes faites par Mithridate, roi
(') Gosselin, Recherches, I, 5 sqq. — (*) Id. U, l gqq. (5) An du monde 3840 A 3850. — (4) GosselUn, Géogr. des Grec» anal. 64-56. — («) Scymn. V, 112. — (6) Gossellin, Rficherohei, I, 171 sqq. II, 189-173, 232-237. — (7) An du monde 3850 i 38S0. — («) Po- 8idon. ap. Strab. U, H.
de Pont, et par son vainqueur Pompée (*). Au nord de Flbérie, de T Albanie et des autres pays caucasiens , dès lors mieux connus , on vit des peuples nomades apporter autour de la mer Caspienne des marchandises de Vlnde , arrivées par la Bactriane et l'Oxus* Mais les feusses idées ({u'on s*était créées sur ce fleuve et sur la Caspienne subsistèrent encore (^j.
i D'autres expéditions des Romains agrandirent la sphère de la géographie, ou en éclaircirent les parties obscures (') ; Jules César fit mieux connaître la Gaule et la Bretagne ; les armes de Germanicus pénétrèrent Jusqu'à TElbe; Elius Gallus parcourut Tintérieur de l'Arabie; et, par ordre d'Auguste, Agrippa rassembla dans un seul ouvrage les notions éparses dans le monde romain.
i Telle fut , pendant les quatre siècles qui suivirent la mort d'Alexandre , la marche des découvertes géographiques. Si nous n*en avons tracé, pour ainsi dire, que le squelette chronologique, c'est parce que les ouvrages originaux des auteurs que nous avons nommés ont péri dans le grand naufrage de l'antiquité. C'est par Strabon seul que nous connaissons l'histoire de la géographie pendant cette longue série d'années ; et c'est par conséquent en analysant le célèbre ouvrage de cet écrivain élégant et érudit, mais malheureusement trop partial et trop tranchant , que nous pouvons * passer en revue toutes les connaissances de ces quatre siècles.
» Il est , avant tout , nécessaire d'indiquer en peu de mots les systèmes généraux auxquels les anciens soumettaient leurs connais^ sauces de détail. Nous avons vu la terre considérée par Homère comme im disque rond ; nous l'avons vue paraître ailx yeux d'Hérodote comme une plaine d'une figure indéterminée , mais infiniment plus étendue que dans le système homérique; enfin, après beaucoup de tâtonnements , les astronomes , et sans doute Eudoxe de Cnide à leur tête, enseignent que la terre est un grand globe , et que la circonférence d'un grand cercle de ce globe est de 400,000 stades (*). D'autres, et parmi eux Archimède et Cléomède , assurent que la terre a 300,000 stades de circonférence (^j. Chez les
0) An du monde 8890 A 8930. — («) Mannert, rv, 886-346. — (3) An da monde 8930, cl de J.-C. 1. — (♦) ÀrUu deCœlo, I. II, c. 14. — (») Archim. Arenar. ui^i, CUcm. Meteor. 1, 8 , p. 43.
UVBE CIIfQITIÈlfE.
Egyptiens, Hermès passe pour avoir donné an périmètre de notre globe 360,000 stades (^). Posid<mius prétendit avoir mesuré un arc du méridien entre Rhodes et Alexandrie (qui ne sont point sous le même méridien), et m avoir conclu que la terre avait 240,000 stades de tour (2). Le même Posidonius, au rapport de Strabon et de Ptolémée, ne lui donnait aussi que 180,000 stades (») ; d'autres l'évaluent à 216,000 (<) , à 270,000 (*) et à 225,000 («). Enfin, Eratosthène , Hipparque et Strabon répètent qu'un grand cercle du globe contient 250,000 ou 252,000 stades (7).
» FauMl supposer que , parmi les mesures de la terre, il y en avait de fausses ? ou peuton expliquer ces différences par l'emploi d'un stade différent? Telle est la grande question, de la solution de laquelle dépend toute la géo^ graphie systématique des anciens : on l'a résolue de plusieurs manières. Gossellin pense que ces neuf mesures étaient justes , mais exprimées en stades différents (*) ; savoir , la première, en stades de 1111 f à im de nos degrés de l'équateur ; la seconde , en stades de 8337; la troisième, en stades de 1000; la quatrième, en stades de 666 7 ; la cinquième , en stades de 500 ; la sixième, en stades de 600 ; la septième, en stades de 750 ; la huitième, en stades de 625, et la neuvième en stades de 694 1 ou de 700 stades. •
Des conjectures pleines de vraisemblance le mettent sur la trace des trois stades primitifs : « La plus simple des divisions du globe terrestre, dit-il, celle qui le partageait en quatre par l'équateur et par \m méridien, a dû être la première employée, de même que la division décimale de chacime de ces quatre parties en cent degrés, puis du degré en cent minutes, et de laminute en dix parties. Alors les centièmes dedegréterrestrefurentpris, comme onleverra, pour former les milles itinéraires, et les millièmes de degré pour former les stades: de sorte
(') L'Edrisi, célèbre géographe arabe du m* siècle: Geogr. Nubiens, in prolog. J. H.
(•) Posid, ap. Cleom, I, 10, pag. 62. — (») Slrab, lib. II. Piol. I. I , c. 7. — (*) C'est , dit Gossellin , le stade olympique compris huit fois dans le mille romain, et dont parlent Polybe, Strabon, Cblumelle» Pline, Frontin, CensoriD, Isidore de Séville, etc.
(B) Stade italique de 10 ou mille romain.— (<) Stade du dollque syrien. — (7) GosulUn , Géogr. des Grecs anal, passim. — (8) fbid. et dans les Mesures itinéraires avant la trad. de Strab.
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
que la circonférence de la terre se trouva partagée en 400 degrés et en 400,000 stades. »
» Ce mode de division , qui ne permettait d'avoir en nombres entiers que la moitié , le quart du cercle, le cinquième et leurs sousmultiples, fit imaginer ensuite de partager le cercle en 300 degrés , pour qu'il i^t en outre divisible par tiers, sixièmes, douzièmes, etc. Ces degrés, d'un tiers plus grands que les premiers, firent divisés, comme eux, en cent et en mille parties, et Ton ne compta plus, au périmètre du globe, \[ue 300,000 stades. »
« Enfin, le nomlure 360 offrant vingt-quatre diviseurs, et par conséquent encore plus de facilité dans les opérations, on fut porté définitivement à partager le cercle en 360 degrés ; on- les divisa comme on avait fait Jusqu'alors, et la circonférence de l'équateur eut 360,000 stades (*). »
Il prouve que beaucoup de mesures partielles indiquées par les anciens, surtout dans l'Orient, se trouvent justes, quand on les évar lue en stades de la première et de la troisième espèce i^). Il démontre que, nonobstant l'autorité contraire de d'Anville (s), le stade de la neuvième espèce était employé dans un très grand nombre de mesures partielles, prises sur les côtes de Grèce et d'Italie , dans toute la Méditerranée , et même dans l'Inde (*). Il démontre en outre que ce stade, employé par Eratosthène, n'était pas le résultat d'une nouvelle mesure de la terre, mais seulement une combinaison particulière aux Egyptiens d'une portion du stade de 300^000, dont il n'a pas su distinguer la valeur ; ce qui prouve, ajoutet-il, qu'en Egypte l'usage du stade de 252,000 avaitprécédé l'époque de la conquête des Macédoniens.
u Enfin, et c'est la plus importante de toutes ses observations, une série non interrompue des mesures itinéraires, depuis le cap Sacré (ou de Saint-Vincent) jusqu'à l'emboucbure du Gange, se trouve presque exacte dès qu'on révalue en stades de 833 au degré; cette ligne, dans tous les systèmes des anciens, depuis Eratosthène, était considérée comme la longueur de la terre connue d'ocddent en orient p) .
(») Recherches sur les difrérents systèmes métriques des anciens, lues a TAcadémle des inscriptions et belles-lettres, le 31 octobre 1817. — pj GosselUn, Mes. Ilin. lS-24. — P) jyAnviUe, Mes. Ilin. 81.— (4) GosfeUin, Mes. itin. 9-18. — W Id. Géogr. des Orecf , paum.
Le stade de ôOO au degré était moins connu du temps de Strabon; nous en parferons en exposant le système de Ptolémée, dans lequel l'emploi de ce stade a jeté tant de confusion.
» D'Anville, après avoir d'abord admis quatre espèces de stades (^), parmi lesquelles celui qu'il appelle py^Af^ lui parut dans la suite inutile, a fini par en reconnaître trois (^); savoir, V olympique, de 600 au degré; le nauti-^ que, de 500, et Végyptien, de 1,111; mais U convient du principe , en avouant que les mesures des anciens ne peuvent être justifiées quf par l'emploi d'un module différent. Eennel, Vincent et autres savants anglais admettent également le principe, sans en approfondir les conséquences. Gatterer, célèbre professeur de Gottingue, avant la publication des travaux de Grossellin, avait reconnu qu'il y avait des stades de différentes valeurs; outre l'olymptque de 600, le faux olympique de 600, et l'égyptien de 1,100, il admet un petit stade grec de 750, qu'il prétend déduire des mesures d'£ratoslbène et d'Hipparque (^j.
» Plusieurs géographes savants persistent à considérer toutes les contradictions des anciens comme venant des méprises dues à leurs mauvais instruments et à leurs méthodes imparfidtes, et, en faveur de cette opinion , ils invoquent et le témoignage exprès de Mareien (*), et l'analogie de semblables erreurs chez les modernes. Les explications données par Gossellin leur paraissent dues moins à la solidité de son idée principale , qu'à une sorte de jeu aritimiétique ; car toute contradiction en fait de mesures doit en effet s'expliquer sans effort, lorsqu'on y applique pèle-méle des stades qui sont à peu près entre eux comme 1, 2, 3; mais comment admettre ce mélange de stades dans le même chapitre , la même phrase ?
ji Nous croyons devohr adopter non seulement le principe de la différence des stades, mais même toutes les espèces de cette mesure qu'on vient d'indiquer. Cependant toutes ces mesures, loin d'être, comme Gossellin le veut, purement astronomiques, doivent, ce nous semble , tirer leur origine ^es différents systèmes de mesures adoptés par les différentes
• (») D'Anville, Mes. ilin. 85. — (») Id. Considérations géogr. 3fi. —(5) Gfl«erer. Géograph. 25. Introd. i THisl. universelle, 178 (en ail.). — W Marc. HeracL », 37, 67, in Geogt. min. I. Mannert, Barbie du Bocage, etc.
UTRE ONQUIÈBIE.
nattons de l'antiquité ; ce sont des mesures Uh cales dont les Grecs ont traduit les vraies appellations par le mot stade, qid leur était familier. Le stade égyptien n*est que la soixantième partie d'un schcene, mesure usitée en Egypte. On nomme aussi des sehœnes de 30 stades ; s*il est question des stades égyptiens, ces sehœnes eorrespondraient aux koss de Tlndoustan (<). Le mille arabique étant de 56 ou 57 au degré, la douzième partie de ce mille correspondrait au stade de Posidonius , à 666 au degré. Si, en modifiant et combinant les évaluations les plus vraisemblables qu*on ait de la farsang ou parasange (^j, nous comptons 14 de ces lieues persanes au degré, la soixantième partie d'une parasange serait égale à un stade de 833 au degré, stade dans lequel il parait que la terre a été mesurée depuis le Gange jusqu'en Espagne. Tant d'indices qui s'offrent au premier al)ord, font espérer que par des recherches et des découvertes ultérieures , on parviendra à retrouver les modules originaires des mesures géographiques anciennes.
» Les Grecs ayant, du temps d'Alexandre, eu connaissance des travaux des astronomes et des géographes de l'Asie, confondirent quelquefois ces mesures d'une valeur différente. Une distance en stades de 1,111 au degré, et une autre en stades de 500, étaient placées sur leurs eartes l'une à c6té de l'autre, et toutes les deux considérées comme si elles eussent été en stades de 700, généralement employés par Eratosthène, Hlpparque et Strabon. Ce stade même parait leur avoir été communiqué sans qu'ils en aient connu la nature. Si l'on suppose qu'une nation qui faisait usage du stade de 833 au degré, et qui habitait à trente-deux ou trente-trois degrés au nord de l'équateur, ait voulu tracer les pays situés sous ces mêmes parallèles sur une de ces cartes qu'on nomme plates^ et dont les navigateurs se servent, elle devait, conformément aux combinaisons ingénieusement fictives de ce genre de cartes, y donner 700 stades au degré. Il parait qu'une semblable échelle, purement conventionnelle,
[*) WAnville, Écktlrclssements sur la carte de riDde, 56. — (3) Langlès, Voyage du Bengale à Cbyraz, I, 44. Voyage d'Abdoul, Rérim. 19| 12S. Jiennel cité, it.
a été prise à la lettre par les Grecs qui copiaient les monuments échappés à la destruction récente de Tyr et de Babylone (>}.
» Gossellin a prouvé que les mesures phàiiciennesou babyloniennes, recueillies par les Grecs, offraient une série d'observations assez exactes depuis le cap Sacré ou de Saint-Vincent Jusqu'à Thinœ ou Tana-Serim, au-delà du Gange. Voici cette série telle qu'il l'a rétablie.