‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 15 sur 229 · UVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

UVRE QUATRIÈME

rhonneur d*ètre insulté par Strabon à côté d* Hérodote ; oe qtd doit faire penser qu'il donnait , comme le père de Thistoire , beaucoup de relations véridiques et contraires aux systèmes des géographes {^]. Un autre écrivain célèbre , Ephore, de Gumes, vécut peu de temps après Eudoxe ; il entremêla ses ouvrages historiques de détails de géographie , et parait avoir été le premier qui divisa le genre humain, les Grecs exceptés , en quatre grandes races, les Indiens au levant d'hiver, les Ethiopiens au couchant d'hiver , les Celtes au couchant d'été , et les Scythes au levant d'été [^]. Ce premier système connu sur la diversité des races, a causé beaucoup de confusion dans l'histoire et dans la géographie ; c'est la source des rêves de quelques antiquaires , qui fyt descendre tous les peuples européens des Celtes.

» C'était dans un meilleur esprit , et indépendamment de tout système , que l'immortel Hippocrate, quelque temps avant Eudoxe et Ephore, avait écrit un traité qu'on doit regarder comme le plus ancien ouvrage de géographie physique (^j . Frappé de l'influence de l'air, des vents et dçs eaux sur les maladies rouantes, il recommande aux médecins d'étudier les localités des villes où ils vont exercer leur art (4). Il joignit l'exemple au précepte ; il pénétra chez les peuples de la Scythie (s), dont il dépeint la constitution physique ; il visita la Colchide, où il étudia avec un soin admirable la nature des climats chauds et humides (^;, et parcourut probablement toutes les côtes de la Thrace, la Thessalie, TAttique et TAsie-Mineure,peut-être même l'Egypte. C'est en appliquant ses observations, et même sa théorie, à ces contrées , qu'on apprend à l'admirer en l'appréciant, tandis que ses commentateurs, plus médecins quegéographes, ont compromis sa gloire en généralisant, sa classification des températures , que nous discuterons dans un autre endroit de cette géographie. Hippocrate tient fortement à la division du monde en deux parties seulement. Il oppose toujours l'Europe à l'Asie ('), et semble comprendre sous celle-ci l'Egypte et la Libye (*) ; c'est le système homérique, et, faute de l'avoir compris, les hellé-

('] Strab, I, 93. II, 148. Marc, io Geog. min. |, r.4. — («) Idem. — p) An du monde 3580.— (4) Hipp, Aer. aqu. loc. édit. de Coray. $ 1-8. — (s) Id. $ 92- 113. — (•) Id. ^ 83, 84. — n Uipp. Acr. aqu. loc. édll. de Coray, S 71, 7f , 88, etc., etc. — f ) Id. § 7C.

nistes ont mal à propos supposé des tacunes dans le texte.

t Tous ces ouvrages « et sans doute encore d'autres dont il ne reste aucun souvenir, étaient dus à des Grecs d'Asie ; c'étaient dans les villes industrieuses de l'Iouie, de la Doride et de TEolie , que le goût de la géographie et de toutes les sciences se développait avec le plus d'énergie (i). Cependant les hommes les plus distingués de la Grèce appréciaient oe genre d'étude. Xénophon dut à ses connaissances géographiques , quoique imparfaites , sa gloire et le salut de ses dix mille frères d'armes ; sa retraité tant vantée procura aux Grecs des aperçus nouveaux sur les pays qui aujourd'hui composent le Kourdistan et l'Arménie. Il trouva les Carduchi établis à l'ouest du lac de Van, dans les montagnes où nous connaissons actuellement les Kourdes (s) ; c'est probablement le même peuple. Ayant passé près des sources du Tigre, de l'Euphrate et de l'Araxe, qu'il semble avoir pris pour le Phase , il trouva dans les montagnes qui bordent le Pont-Euxin, des peuplades indépendantes et très sauvages, les Macrones, qui paraissent être les Macrocephali d'Hippocrate, et qui avaient la tête très allongée , probablement par une compression artiûcielle^') ; les Chalybes, divisés eh deux tribus, qui se servaient courageusement du fer qu'ils tiraient de leurs mines (*) ; lesMosynœci, qui vivaient de glands et faisaient en public tout ce que la pudeur ordonne de dérober aux yeux d'autrui(s); enfin les Tibarem{^)j chez qui les vieillards infirmes étaient précipités dans la mer (') , et l'époux , après les couches de sa femme , se mettait au lit comme un malade et se faisait servir par elle (*) : détails qui , en nous rappelant les sauvages de l'Amérique , prouvent combien la civilisation était peu ancienne, même en Asie, et combien il est absurde de supposer parmi les peuples de l'antiquité ces communications fréquentes et faciles , qui

(•) An du monde 3583. — (») Xénoph. F.xped. Cyr. IV, 5. — (3) Hippoc. Acr. aqu. loc. 80. Pline cl Pomponius Mêla les placent aux environs de la ville de Cérasus, J» H.

(4) Xénoph. Exped. IV, 5. 6, 7. V. 6. VII , 8.— (5) Id. IV, 4. Scymn. in Geog. min. II, 52. Strab, XI, 825. Alm. Diod. IVicolas de Damas, etc. — («) Xé^ nop/i. Exp. V, 5. VII , 8. — (7) Euseb. Pr«p. cvang. I. Theodoret, Opor. IV, 615, éd. Sirmondf. — (») Apoi^ Ion. Argon. U , 1012 iqq.

fflSTOffiE DE LA GEOGRAPHIE.

de nos Jours ont tant agrandi la sphère de la gé(^raphie.

» Les philosophes de la Grèce, livrés à des spéculations abstraites, ne s'avisèrent que tard de suivre la route qu'Hérodote et Hippocrate leur avaient tracée (>j. Aristote fut le premier qui montra de vastes connaissances en géographie. Il reconnaît la form'e sphérique de notre terre : • Des astronomes, dit-il, ayant remarqué 9 qu'on n'apercevait pas en Chypre et enEgypte » plusieurs étoiles visibles en Grèce, en ont t conclu la courbure de la terre , et ont évalué » sa circonférence à quatre cent mille stades p) . • Calculée en stades ^ptiens , cette mesure se trouve à peu prèa juste {'). Aussi c'est probablement Eudoxe de Cnide qui, dans son voyage en Egypte, découvrit ou apprit cette vérité, et la répandit parmi ses amis de l'école de Socrate. Précédant Christophe Colomb dans ses savantes conjectures, Aristote pensa que les rivages de l'Espagne n'étaient pas très éloignés de ceux de l'Inde. Dans un autre ouvrage , il représente la terre habitable comme une grande lie, de figure presque ovale, longue de soixante-dix. mille stades (probablement olympiques), et large de quarante mille, environnée de la mer Atlantique ou l'Océan , dont le golfe Galaiique à l'ouest, et le golfe Indique à Test, font partie (*). Sa mappemonde se termine à l'orient à rindus, et à l'occident au fleuve TartessMon Guadalquivir; les monts Riphéens bornent le monde au nord ; au sud, la Libye offre « un grand fleuve Ckrétnètes, i qui, sorti de la même montagne que le Nil, >» se jettedansrOcéanp). • Serait-ce le CAr^/e« d'Hannon , et peut-être notre Sénégal ? car Aristote a pu confondre les sources du Nil avec celles du Niger. A l'extrémité orientale de l'Asie, sur les bords de l'Océan, il place une chaîne de montagnes nommée Paropamisus , d'où il fait découler la rivière de Bactrus (l'Oxus) et un fleuve qu'il nomme Araxes, et qui parait être un composé fabuleux de l'Iaxartes ou Sir- Deria , du Volga et du Don ; il dit expressément que le Tanaîs .est un bras de cet Araxes \f). Le nord de l'Europe ne se montre qu'obscurément à son esprit ; il parle confusé-

(>) An du monde 3598 à 36G1. — (•) Ariit, de Coelo, II, H, Cd. Duval, I, 667. Comp. Mort, Capella, 1. VII. — (3) Gossellin, Mesnrc3 Itlnér. p. 18. Tr. franc, de Strab. 1. — (*) AHst, de Mondo , 3 , 1. 1 , 849 , 850. — (S) Id. Meteor. 1, 18, p. 769. — (•) Ibid. p. 768.

ment des monts Arcynien$ et des Alpes , qu'il nomme Pyrènes ; cependant il connaît au nord de la Celtique deux grandes lies, Albion et lerne (») ; « mais ces lies, dit-il, sont pourtant » moins grandes que celles de Taprobane, aut> delà de l'Inde, et de Phébol, dans la mer » d'Arabie, o

» Ici la critique moderne s'étonne de voir Aristote nommer Taprobane long-temps avant le siècle des Ptolémée, et indiquer même l'Ile de Madagascar, nommée Phanbalou par les Arabes P). Ceux mêmes qui, avec nous, croient l'ouvrage de Mundo sorti sinon de la plume, du moins de l'école d' Aristote, semblant désavouer ce passage et n'y voir qu'une interpolation. Nous pensons que si, en général, ime saine critique doit circonscrire dans un cercle fort étroit les connaissances positives des an^ ciens, elle doit ouvrir un vaste champ à ces bruits vagues, à ces traditions obscures qui, dans tous les temps , ont devancé les notions exactes; c'est ainsi que les lueurs incejrtaines de l'aube matinale tantôt jaillissent des nuages et tantôt s'y replongent de nouveau.

» De quelque manière que l'on pense à l'égard de ces questions difficiles, on ne saurait méconnaître l'influence d' Aristote sur les progrès de la géographie. Non seulement ses riombreux ouvrages sont remplis de détaUs gé(^raphiques ft, mais il inspira le goût de ce genre d'étude à ses disciples. L'un d'eux, Dicéarque, donna une description de la Grèce dont il reste quelques fragments pleins d'intérêt et de charme; il chercha lé premier à déterminer les lieux situés sous le parallèle de Rhodes, travail qui devint la base d'un grand nombre d'autres opérations semblables (*) . Théopkraste avança beaucoup la géographie physique. Enfin Alexandre-le-Grand porta jusqu'aux bords de l'Hyphasis cet amour des connaissances positives que son maître lui avait inspiré; et, plus encore voyageur curieux que vainqueur rapide, il ouvrit aux regards de la science tous ' les pays qu'il soumit à son empire.

» L'expédition de ce conquérant fit ainsi naître une révolution dans toutes les connaissances humaines; la géographie s'en ressentit comme nous allons le dire dans le livre suivant. »>

(•) u4risu Meteor. de Mundo, 3. p. 850. — (•) Ma-

tudi, dans les Notices et Extraits, etc. I, 16. —

(3) Kamigsmann, de Geogr. Arlstol. proluslones sex,

» Flensbourg (en Danemark), 4804. — W Açathem. 1 , 2.

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