LIVRE QUARANTIÈME
rappellerons les principales conséquences que ce savant géologue en a su tirer (*) :
1^ L'e.\istence d'une chaleur interne, indépendante de Tinfluence des rayons solaires , conséquemment propre au globe terrestre , et croissant rapidement avec la profondeur ;
T La probabilité que l'augmentation de la chaleur souterraine ne suit pas partout la môme loi , qu'elle peut être double et même triple d'un pays à un autre ;
3" La certitude que ces différences ne sont en rapport constant ni avec les latitudes ni avec les longitudes ;
4° Enfin, un accroissement beaucoup plus rapide qu'on ne l'avait supposé, puisqu'il peut aller à 1 degré pour 15 et même 13 mètres en certaines contrées, et que provisoirement son terme moyen ne peut pas être fixé à moins de 21 mètres;
Les applications que M. Cordler fait de ces données à la théorie de la terre sont très nombreuses, nous ne rapporterons que les principales : il admet que le globe a été fluide avant de prendre sa forme sphéroïdale , et que sa fluidité était due à la chaleur ;
Que cette chaleur était excessive, puisque, dans son état actuel , en la supposant de 1 degré pour 25 mètres de profondeur, elle serait de plus de 250,000 degrés du tliermomètre centigrade , au centre du sphéroïde ;
Qu'à une très petite profondeur, eu égard au diamètre de la terre, sur certains points de la France, par exemple de 55 lieues, de 5,000 mètres à Carmeaux, de 30 à Littry et de 23 à Decize, elle serait capable de fondre toutes les laves et une grande partie de roches connues ;
Que tout porte à croire que la masse intérieure du globe est encore dans sa fluidité originaire, et que c'est un astre refroidi seulement à sa surface, ainsi que Descartes et Leibnitz l'avaient pensé ;
Que les phénomènes volcaniques s'accordent avec les expériences rapportées plus haut pour prouver qu'il ne faudrait pas même descendre à la profondeur qui vient d'être indiquée pour y trouver la température de 100 degrés du pyromètre de Wedgwood , qui suffit / pour entretenir la fluidité;
^') Consultez V Essai sur la température de r intérieur d$ la terre , lu à 1* Académie des Sciences ptr M. Cordler, au mois de Juillet 1827, et inséré dans les Mémoire» du Muséum d^ histoire naturglU.
Que la croûte terrestre s'étant consolida par le refroidissement de la couche la plus superficielle, il s'ensuit que dans la série des roches primordiales, les plus profondes, au lieu d'être les plus anciennes, comme on Ta admis jusqu'à présent, sont au contraire les plus récentes;
Que bien qu'on ne puisse nier que le refroidissement de la surface de la terre est tout-àfait insensible, parce que les perles de chaleur y sont incessamment compensées par Ceffet if une propagation qui procède uniformément du dedans aU'dekors,\\ est plus que probable que ce refroidissement continue, que la croûte du globe s'accroît encore, et conséquemment que la formation des terrains primordiaux n'a pas cessé et ne cessera que lorsque le refroidissement aura atteint sa limite;
Que d'après la marche du refroidissement, les roches qui forment l'enveloppe de la terre doivent être disposées dans l'oi-dre de leur fusibilité; en effet, les couches magnésiennes, calcaires et quartzeuses, sont les plus voisines de In surface ;
Que l'épa'sseur moyenne de l'écorcc terrestre n'excède probablement pas 5 lieues de 5,000 mètres, et que d'après les expériences faites, il est probable que cette épaisseur moyenne n'équivaudrait pas à la soixante-troisième par^ tie du moyen rayon de la terre. Elle ne serait même que la quatre-centième partie de la longueur développée d'un méridien ;
Que l'épaisseur de cette écorce est probablement très in^le.
Suivant M. Cordler, la chaleur propre que le sol de chaque lieu dégage est l'élément fondamental de son climat, et cette chaleur n'étant point égale partout, est une nouvelle cause à ajouter à celles qui font que des pays situés à la même latitude ont, toutes choses égales d'ailleurs, des climats différents.
L'une des conséquences de la fluidité du centre de la terre est l'élasticité de son écorce, ce qui porte à admettre que le phénomène des marées s'exerce sur la masse terrestre ellemême. Cet cfTet est aujourd'hui très faible, mais dans l'état originaire du globe, les marées terrestres ne durent pas avoir moins de 4 à 5 mètres.
Si l'on admet que la matière Incandescente, soumise au refroidissement séculaire actuel, se décompose de manière à fournir des parties
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
gazeuses et des parties solides, on expliqncra très natarellement Toriglne de la matière première des tremblements de terre. « Une cxces- » sive température maintient cette matière pre- » roière à t*état gazeux, malgré l'influence de » l*excesslve pression qu*el1e éprouve aux » grandes profondeurs dont il s*agit. Les capri- » deux phénomènes des tremblements de terre w tiendraient d'ailleurs à l*extréme inégalité de 9 la surface intérieure de l'écorce de la terre.»
On peut même évaluer le degré dlncandescence qui produit les phénomènes volcaniques: si les laves sont rejetées d'une profondeur de 20 lieues , il faut qu'elles soient pressées par une force équivalente à celle d'environ 28,000 atmosphères.
Les faits relatifs à la température intérieure de la terre peuvent encore fournir une explication de la formation des sources minérales. On sait que les substances qu'elles contiennent sont analogues à celles qui s'exhalent des cratères , des laves et des solfatares ; ce qui donne lieu de croire qu'elles proviennent d'un réservoir commun ; hypothèse qui expliqueleur température à peu près invariable , et qui s'accorde avec plusieurs faits géologiques pour prouver que, dans les temps antérieurs a l'époque géologique actuelle , elles étaient beaucoup plus nombreuses.
Dans son savant Mémoire, M. Cordîer fait encore remarquer combien l'hypothèse de la fluidité centrale peut jeter de jour sur les questions les plus importantes de la géologie. « Il n sera , dit-il , facile d'étendre ces inductions , »et, par exemple, d'expliquer d'une manière » également satisfaisante la formation des ter- » rains pnmor(/iat/j? non stratifiés, celle des » terrains dits iniermédiaires, celle des filons,
» celle des couches gypseuscs , sulfureuses , sa* » Unes , calcaires et magnésiennes du sol <e- » eondaire. >• On comprend combien est féconde cette hypothèse, tandis qu'on est frappé de la stérilité du système neptunîen, dont l'application rigoureuse , déduite de la comparaison de la masse d'eau de tout notre globe avec celle des matières terreuses et métalliques , forcerait à admettre que 50,000 kilogrammes de ces dernières ont pu se dissoudre dans im kilogramme d'eau.
M C'est ainsi que tous les éléments s'arment pour.s'entre-détruire. Et que sont pourtant ces révolutions que nous voyons, en comparaison de celles qui ont dû concourir à la création du monde , et qui peut-être un jour en amèneront la fin 7 Ces astres , ces soleils sans nombi*e qui nous éclairent , ne peuvent-ils pas s'éteindre ? Cette voilte du globe qui nous porte ne peutelle pas s'écrouler sous nos pieds? L'équilibre des mers ne peut-il pas être détruit, et les flots écuraants ne muleront-ils point un jour au-dessus de ces continents remplis des monuments de notre industrie? \jk terre ne s'approchera-t-elle pas du soleil pour s'y engloutir comme une goutte dans l'Océan? Ne s'égarerat-elle pas dans des régions où la lumièi*e et la chaleur affaiblies ne répandent plus aucun germe de vie? Qu'il serait affreux d'exister au milieu de ces éléments perfides , au sein de ce périssable univers , sans la consolante idée d'une suprême intelligence qui enchaîne ou dirige à son gré les redoutables et aveugles forces de la nature ! La croyance à un ordre de choses supérieure la matière, à un monde moral, peut seule nous fortifier contre les terreui*squi de toutes parts assiègent la frêle et précaire existence de notre être physique. »