‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 188 sur 229 · LIVRE QUARANTE^ÎUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE^ÎUATRIEME

arbre; ce n*e8t pas une simple sève qui coule dans les veines des végétaux, ce sont des baumes, des gommes, des sucs qui flattent et excitent le goût difficile et émoussé du voluptueux Européen , des remèdes précieux et uniques contre ces maux qui assiègent Thumanité. Quel paradis , si l'on pouvait y transporter la civilisation et la morale 1 C'est là que s'élèvent la canne à mère, le caféyer, le palmier ^ V arbre à pain, le pisang , l'immense baobab, les choux palmiêtes , le cacao, la vanille, la can^ nelle , la noix muscade , le poivrier, le cam^ phrier, etc. Il y a encore beaucoup de bois de teinture et des espèces particulières de blé, comme le durra, le holcus, le cambu, le kébru, qui appartiennent presque exclusivement à la zone torride, tandis que cette zone n'est privée d'aucune espèce de celles qui viennent sous un ciel moins ardent. La plante qui en Sibérie végète dans la plaine, se trouve aux plus bauts sommets des montagnes sous la ligue, et les flancs de ces mêmes monts représentent la zone tempérée.

» L'aspect de la végétation, sous Téquateur, enchante l'imagination; c'est là que les plantes déploient les formes les plus majestueuses. De même que dans les frimas du Nord l'écorce des arbres est couverte de lichens et de mousses, de même entre Tes tropiques le cymhidium et la vanille odorante animent le tronc de Vanacardium et du figuier gigantesque. La verdure fratche des feuilles du poihos contraste avec les fleurs des orchidées, variées de mille couleurs bizarres. Les bauhinia, les grenadilles grimpantes et les banisteria aux fleurs d'un jaune doré, enlacent le tronc des arbres des forêts. Des fleurs délicates nais- . sent des racines du theobroma-guazuma, ainsi que de l'écorce épaisse, rude et noircie du calebassier et du gustavia. Au milieu de cette végétation si riche, et de cette confusion de plantes grimpantes , le naturaliste a souvent de la peine à reconnaître à quelle tige appartiennent les feuilles et les fleurs. Un seul arbre orné de paulliniaj de bignonia et de den-drobium, forme un groupe de végétaux qui, séparés les uns des autres , couvriraient un espace considérable ('). Dans la zone torride, les plantes , plus abondantes en sucs , offrent une verdure plus éclatante et des feuilles plus grandes et plus brillantes que dans les climats (■) Humboldt, Tableaux de la nature, II, 60.

du Nord. Les végétaux qui vivent en société, et qui rendent monotone l'aspect des campagnes de l'Europe, manquent presque entièrement dans les régions équatoriales. Des arbres deux fois aussi élevés que nos chênes s*y parent de fleurs aussi grandes et aussi belles que nos lis. Sur les bords ombragés de la rivière de la Madeleine, dans l'Amérique méridionale, croit une aristoloche grimpante, dont les fleurs ont quatre pieds de drconférence. Les en£Emts s'amusent à s'en couvrir la tête. Ajoutez à ce tableau les formes gigantesques des baobabs, dont la circonférence s'étend quelquefois à 80 pieds, et la taille élégamment hardie des eucalypius et des palmiers à cire qui, atteignant de 150 à 180 pieds d'élévation, forment des portiques aériens au-dessus des forêts.

» La hauteur prodigieuse & laquelle s'élèvent sous les tropiques des contrées entières, et la température froide de cette élévation, procurent aux habitants de la zone torride un coup d'œil extraordinaire. Outre les groupes de palmiers et de bananiers, ils ont aussi autour d'eux des formes de végétaux qui semblent n'appartenir qu'aux régions du Nord. Des cyprès, des sapins et des chênes, des épinesvinettes et des aunes qui se rapprochent beaucoup des nôtres , couvrent les cantons montueux du sud du Mexique, ainsi que la chaîne des Andes sous Téquateur.

» La zone tempérée australe viendrait maintenant terminer le tableau pbytographique du globe , si on osait assurer que sous le rapport de la végétation il existe une zone semblable. Mais il semble que les trois extrémités de l'Amérique, de l'Afrique et de la Nouvelle-Hollande, comprises dans cette zone, ne contiennent que des colonies végétales, qui, de la zone torride de chacune de ces régions, se sont répandues au sud. D'après ce point de vue, il est probable que la végétation de ces trois extrémités de continents, même lorsqu'elle sera mieux connue, offrira plutôt des scènes locales qu'un tableau général. »

Essayons maintenant de donner un aperça de la végétation marine (*).

(') Afin de compléter le Livre relatif à la diitribution géographique des plantes, nous le terminons pai un passage s.ir les plantes marines , extrait de l'ar Ucle f^égétaiion, que nous avons publié dans V Encyclopédie méthodique , et par un tableau qui indlqoe le nombre de plantes que Ton connaît dans les diverses contrées de la terre. J. H.

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Lamaurauœ, à qui l'on doit de nombreuses recherches sur la distribution des végétaux marins, a fait judicieusement observer que, de même que les plantes les moins compliquées dans leur organisation, telles que les agames, semblent braver les chaleurs les plus vives et les froids les plus rudes, et vivent par conséquent aussi bien sous la zone torride que sous la zone glaciale ; quelques hydrophytes des eaux salées, les tUvacées, par exemple, végètent indifféremment dans les mers équatoriales et sur les rochers marins du Groen- ' laod. Mais les nuances de végétation que nous avons remarquées aux différentes hauteurs pour les plantes terrestres, ne paraissent pas applicables aux plantes qui habitent le sein des mers. « Soumises, dit Lamouroux, à Tinfluence de la couche d*eau qui les couvre, elles suivent les courbures des côtes, et la quantité des espèces peut diminuer en partant d'un point déterminé et suivant la direction des terres , mais cette diminution ne rayonne Jamais. On ne peut pas compter comme une diminution rayonnante celle que présentent quelques genres, et qui a lieu d'une mer profonde vers la côte, ou des côtes vers la mer. Pour les hydrophytes, de même que pour les phanérogames, il y a des localités centrales où des formes particulières semblent dominer, soit dans des groupes de plusieurs genres, s<^t dans des groupes de plusieurs espèces. A mesure que Ton s'éloigne du point où elles se montrent dans toute leur beauté et dans toute leur profusion, ces formes perdent quelques uns de leurs caractères ; elles se dégradent, se confondent avec d'autres, et unissent par disparaître pour faire place à de nouveaux caractères, à de nouvelles formes, entièrement différentes des premières. »

Le savant naturaliste à qui nous empruntons ce passage a reconnu qu'il existe des diflérences marquées dans les hydrophytes qui croissent à de grandes distances. Ainsi, dans le grand bassin atlantique, on voit, depuis le p61e Jusqu'au 40« degré de latitude nord, ime végétation différente de celle de la mer des Antilles et du golfe du Mexique, de celle de la côte orientale de l'Amérique du Sud, de celle de l'océan Indien, de celle enfin de l'océan Pacifique et des parages de la Nouvelle-Hollande. Les hydrophytes de la Méditerranée et

de la mer Noire diffèrent de celles des Océans ; cependant on remarque aussi des différences, non seulement dans les mers voisines, mais dans différents parages de la même mer : ainsi la Méditerranée est peuplée de plantes que l'on retrouve dans la mer Noire , et cependant celles de la côte d'Alexandrie et de Syrie ne sont pas les mêmes que celles de Suez et du fond de la mer Rouge.

On sait que la végétation marine des Gana« ries n'est pas semblable à celle des Antilles; mais Lamouroux nous apprend aussi que les laminaria'pyrifera des mers australes remontent jusqu'à Valparaiso, c'est-à-dire Jusqu'au 33* degrié de latitude, et que le laminariaporroidea, que l'on observe dans les parages de Callao, remonte jusqu'à 600 lieues plus au nord ; que cependant les hydrophytes des côtes du Portugal ne sont pas les mêmes que celles des côtes de la Normandie et de l'Angle* terre.

D'après les faits recueillis par divers botanistes et confirmés par le savant qui nous a fourni ces généralités, il existe de grands rapports entre les plantes de la baie d'Hudson , de celle de BafQn, du Spitzberg, de l'Islande et de la Norvège boréale ; mais les hydrophytes du détroit de Magellan n'ont plus d'identiques à la Nouvelle-Zélande ou sur la côte de Diemen. Entre les deux tropiques, les sargasses forment d'immenses prairies fiottantes; au-delà du 30* degré de latitude, elles ne sont plus que par groupes isolés. Les laminaires, si communes dans les mers froides , deviennent rares sous le 40* degré; les conferves forment environ les deux tiers des plantes des mers du Nord, la moitié de celles des côtes de France, et un peu plus du tiers de celle du golfe de Venise.

En se rapprochant des régions tempérées on chaudes, le nombre des fucaeées et des floridées augmente; ces dernières deviennent peu à peu trois ou quatre fois plus nombreuses que les précédentes; mais vers le 44* ou le 45* degré elles commencent à diminuer, tandis que lef fucaeées paraissent au contraire s'accrottre. Les dictyotées augmentent depuis le pôle Jusqu'à l'équateur; les ulvacées au contraire varient peu.

En attendant des observations plus exactes, ajoute Lamouroux, que celles qui ont été fodtes jusqu'à ce Jour, on peut évaluer que les

UVRE QUARANTEMJUATiUÈME.

eaux douoM et les oAtes de France offrent au moins six cents espèces d*hydrophytes.

Les êar§a$iei, communes entre les deux tropiques, dépassent rarement le 42* degré de latitude dans les deux hémisphères. Les turbitiairei ne se trouvent jamais qu'entre les deux tropiques ou dans leur voisinage* Les eystoceires dominent du 25* au 30* degré de latitude et sont rares au-delà; les vrais fueus, particuliers au bassin atlantique, se plaisent du 44* au 55* degré; les laminaires, communes sous les glaces polaires , sont très rares au 36* degré : elles dominent entre le 48* et le 60*. Cest laque commencent à paraître les deima-rtstitê, rares au 55*. Les ehardoi , plantes so* eiales que Ton observe en petit nombre aux Antilies , n*ont qu'une seule espèce en Europe. Les ciaudéês ne vivent que sur les oôtes de la IVouvelle-HolIande. Les $eminerve$ se plaisent dans les régions voisines des tropiques ; les halyménitê dans la partie moyenne des xones tempérées; les érinacées, sous les tropiques. Les laureneies^j les hypnéet et les aearUophores sont plus répandues entre les tropiques que dans les régions froides ou tempérées : les du^ monties appartiennent à ces dernières zones. Les amansies, rares partout, ne dépassent pas les tropiques. Les dictyoptères, les padines et les dietyotées augmentent des pôles à Téquateur; les flabeUaires n'existent que dans la Méditerranée. Les bryopiis appartiennent prin* dpalement à la zone tempérée ; les oauUrpet aux régions équatoriales; Xe^ipongodiéeê enfin sont pour ainsi dire cosmopolites.

Telles sont, d'après Lamouroux, et dans l'état actuel de la science, les principales régions qu'habitent les hydrophytes. On voit que leurs stations sont généralement moins tranchées que celles des végétaux terrestres; mais c'est qu'aussi le milieu dans lequel elles vivent est soumis à une température plus uniforme que celle à laquelle sont exposées les diverses régions terrestres.

Tableau Ooii?ABATif du nombre tfeêpèeet de phntei 0QmuH dam les diverie$ pégiont du gMm.

Page 1