‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 187 sur 229 · LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME

plupart des arbres forestiers de l'Europe, même les plus robustes , disparaissent vers les monts Ouraliens, et surtout vers les bords du Tobol et de l'Irtysch : ils ne croissent pas eu Sibérie , quoique sous le même climat. Le chêne, le noisetier et le pommier sauvage, suivent cette commune loi. On en chercherait en vain un pied depuis le Tobol Jusqu'à la Daourie ; pourtant les deux premiers reparaissent tout--à-coup sur les bords de TArgoun et de r Amour; le dernier se montre de nouveau dans les lies Aléoutiennes (*).

» Ces remarques doivent faire sentir combien il serait difficile d'indiquer avec certitude des régions de géographie botanique , objet qui d'ailleurs semble appartenir à la partie de ce Précis qui contient les desciiptions particulières des divers pays. Ici nous devons nous borner à quelques aperçus sur l'aspect

(•) Géorgi, Description de la Russie , III* tome, 5* partie, p. 1301, 1305, 1315.

Les plantes de rAfriquc septentrionale se propagent en Italie par trois routes différentes : celles de la Libye se trouvent en Grèce, en Sicile et en Calabie; celles des côtes arricaines qui bordent la Méditerranée se retrouvent en Sardaigne et en Corse ; celles des côtes de r Afrique occidentale s'étendent en Espagne, en Provence et dans les environs de Gènes. Les principales de ces dernières qui, étant communes k l'Afrique orientalo-septentrionale , ne dépassent pas les montagnes de Gènes, sont Viris sisyrinchium , le ce» rinthe aspera , le convolvulut Mcolor, les prasium ma-' jiu et minut, et leteabiosa ureeo/aïa. Celles de l'Afrique septentrionalo-occidentale , et qui ne se trouvent pas dans l'Italie méridionale, sont Vaphyllanthes monspeiUenses , le cntorum tricoccum^ le leucrium lu^ eidum , Veleœagnus angiistifotia , le bttplevrttm frutico» tum , etc. Enfin les plantes de l'Afrique septentrionale, qui ne se rencontrent ni sur les plages occidentales de l'Europe, ui dans ritalie méridionale , mais qui vivent en Sardaigne, en Corse et aux environs de Gènes , sont Virit juncea^ Vorchis acuminata , le tcrophularia mellifera, le ranunculut flabellaïus et le carthamut creticus.

On a remarqué que \ephQUingium bicolor^ que l'on voit paraître aux environs d'Alger, traverse l'Espagne et les Pyrénées, et continue sa marche jusqu'en Bretagne ; que le meziezia polyfolia se trouve en Portugal , dans le sud-ouest de la France et Jusqu'en Irlande; que le ramondia pyrenaSca suit toutes les vallées qui sillonnent, dans la direction du nord, les deui versants des Pyrénées, tandis que celles qui se dirigent dans un autre sens en sont tout-A-fait dépourvues. D'autres enfin semblent avoir franchi l'immensité des mers pour se montrer sur les points les plus éloignés : quelques cryptogames qui habitent les côtes occidentales de l'ancienne Bretagne ont été retrouvées à l'eitrémité de l'Amérique australe et dans les lies Maloulnei. J. H

et les avantages de la végétation dans les diverses %(mes du globe.

i La zone glaciale renferme peu ^euphees ; mais comme dans les courts moments de l'été polaire la végétation est très rapide, ces espèces deviennent plus nombreuses en individus que Ton ne le croit communément La verdure de Tété polaire se bomeaux coteaux exposésau midi ; elle est momentanée^ mais elle est qudquefois brillante. Outre la mousse et les ^ chens, on y voit surtout des fougèrsê, des plantes rampantes et des arbustes à boiet, tels que les groseilliers, les rubus ehamœnuhrus^ les rubus arctieus et les divers veieeisUum, ressources et délices de la Sibérie et de la Laponie. Nulle part ces fruits n'abondent davantage, nulle part ils n'ont autant de saveur. La zone glaciale admet aussi quelques arbres, surtout des bouleaux et des saules; mais Us restent nains toute leur vie, et ne 8*élèvc&t qu'à un ou deux pieds. Tel est o^[»eDdant le privilège du climat de l'Europe; la Lapooie, qui est presque en totalité située dans la soae glaciale, produit du seigle, des légumef, et aurait, selon M. de Eermelin, de belles forêts, si une mauvaise économie n'avait pas entraîné leur destruction. Gomme les mousses , les lichens de l'Islande et du Groenland se retrouvant sur les Alpes et les Pyrénées , on peut dire que la zone glaciale ne possède aucune espèce végétale exclusivement.

» La zone tempérée bcNréale doit , sous le rapport du règne végétal, être partagée en deux moitiés ; mais la limite de ces demi-aonés varie , selon le climat local , d^uis le 60* jusqu'au 4o« parallèle.

i Sur la limite de la zone tempérée et de la glaciale commence l'étemelle voduredes pim et des sapins, ces arbres dont la forme se rsp» proche de la cristallisation , et qui, au miliei des hivers , conservant la dialeur de la vie, ressemblent aux peuples duNord qui, dans leur âpre climat, développent toutes les ressouro» du génie et du courage.

» Plusieurs arbres fruitiers, les pommiers, les poiriers, les cerisiers, les pruniers ; certains légumes , comme le chou, les pois, les raves, viennent mieux ou sont plus cultivés dans la moitié septentrionale de la zone tempérée. Le lin et le chanvre y sont indigènes ; la verdure y est plus brillante, surtout dans les pays maritimes. Â mesure qu'on y avance, le chêne.

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

rërable, Tonne, le tilleul, prennent le dessus sur le pin et le sapin. Les fhiits plus délicats , Tolive, le citron, l'orange, laflgue, et, parmi les arbres sauvages, le cèdre, le cyprès, le 1!^, appartiennent plus spécialement à la partie la plus méridionale de la même zone. Il y a même une différence sensible entre la culture des légumes au-delà et en-deçà du 45* degré. Les fèves, les lentilles et le^ artichauts paraissent indigènes au sud de cette ligne ; les ognons y ont moins décrété ; plusieurs v^étaux délicats ou aromatiques (comme les truffée) ne viennent pas dans la même perfection aa nord de ce parallèle.

» La vigne et les mûriers occupent le milieu entre le 30* et le 60* parallèle. Disons même que si la vigne a suivi la civilisation jusqu'au 50* degré et au-delà, ce n'est qu'en France, en Allemagne et en Hongrie , partie du globe trop petite pour ne pas être regardée conmie une exception. La véritable patrie de la vigne est au sud du 45* degré ; les peuples qui habitent au nord de ce parallèle arrachent à leur sol , à force de travail et de science, ce que la nature prodigue à l'ignorance des vignerons d'Italie et à la paresse de ceux d'Espagne.

y* Les pécheê, les ahricoU, les amandee, les cognassiers, les châtaignes et les noix craignent également le voisinage du tropique et celui du cercle polaire.

» Quant aux céréales , V avoine et l'or je sont les espèces qui s'accommodent le mieux du froid; Torge surtout semble allonger ou raccourcir la période de sa vie végétale d'après la durée des étés ; en Laponie et à Olekminsk, en Sibérie, elle mûrit en sept à huit semaines ; malgré cette étonnante rapidité de croissance, rhiver de Sibérie la surprend quelquefois ('). Entre le 60* et le 40« degré, Tagriculteur plus heureux remplit ses granges de seigle, de froment, de millet^ de blé sarrasin; riche de ces trésors, il n'envie point à des climats plus méridionaux , et situés vers le tropique , leur rix, leur tnal«, et autres espèces semblables. Ces blés, moins favorables à la santé et à la vigueur de l'homme, peuvent même réussir Jusqu'à la latitude de 50 degrés; mais une bonne économie rurale leur préfère des cultures moins incertaines.

» L'Européen né an nord des Alpes est su-

(0 Giorgi , Description de la Russie, III, 716.

jet à se former une fausse idée du caractère de la zone comprise entre le 40* et le 25* d^ré de latitude. Sortant de nos belles forêts dechê* nés , de nos vergers riants , accoutumé à fouler même dans l'été un beau gazon , il fhmchit les Alpes, les Gevennes, les Pyrénées ; il est frappé de l'aspect nu et brAlé de la Provence, de l'Italie ou de l'Espagne ; il se représente au-delà de la Méditerranée les vastes mers de sables de l'AfHque, et il est tenté de croire que toute cette zone est naturellement dénuée d*arbres t il se trompe. Il est vrai que dans tous les pays voisins de la Méditerranée , et où domine le calcaire secondaire , une partie de la superficie du sol n'est qu'un rocher nu. La beauté pittoresque de l'Italie a surtout pour cause le contraste agréable qu'offrent la roche inanimée et la v^étation vigoureuse éparse çà et là sur sa surfece. Mais partout où cette roche moins crevassée retient l'eau à la surfoce de la terre, comme sur les bords enchantés du lac d'Albano, l'Italie a ses forêts de chênes aussi touffues et aussi vertes que celles qu'on admire dans le nord de l'Europe ('). Les grands déserts ou mers de sables d'AA-ique sont un phénomène local et qui ne tient point aux zones , puisqu'il se répète en Perse et en Tatarie sous une latitude beaucoup plus élevée. C'est un haut fond de l'ancienne mer du globe, si l'on admet la théorie de Deluc.

» Il faut cependant convenir que la zone tempérée chaude, ou celle du 40» Jusqu'au 25« parallèle, offre en général moins d'humidité constante et une végétation moins belle que la zone tempérée fh>ide ; il n'y a d'exception que pour les États-Unis et la Chine , régions où , par une suite de la situation géograr phique, le climat de la zone tempérée froide et celui de la zone torride se touchent immédiatement, et souvent alternent ensemble , ce qui y produit le mélange le plus agréable de la végétation boréale et de celle des régions équa* toriales.

» La zone torride possède des richesses végétales que l'on désirerait en vain naturaliser dans les autres régions du globe. C'est elle qui voit mûrir les fruits les plus succulents et les aromates les plus piquants ; toute la végétation y a plus de force, plus de variété et plus d'éclat; les rayons ardents du soleil y érigent la plante en arbuste, et l'arbuste en

(') Humbotdi, Tableaux de la nature, 1, 20.

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