‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 199 sur 229 · LIVRE QUARANTE-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-SIXIÈME

8ulte de la Théorie de la Géographie. — De la Terre, considérée comme la demeure des êtres orgvil^aeft. — Troi^ème section : De l'Horame physique.

« La terre dominait au-dessus des mers ; les nuages envoyaient leur douce rosée ; les ruisseaux serpentaient dans la plaine; les forêts revêtaient les flancs de la montagne; les fleurs émaillaient la colline; dans les airs, au fond de TOcéan , et sur toute la surface du globe, les animaux divers se livraient aux mouvements de leur intelligence imparfaite. Mais aucun être ne concevait la msgestueuse harmonie de ce vaste univers; aucune pensée libre et immortelle ne planait aunlessus de toute cette poussière animée; aucun œil ne s'élevait, humide de larmes pieuses, vers la source étemelle de la vie. Le Créateur du monde voulut qu'il existât dès êtres capables de comprendre son divin ouvrage, et V homme naquit.

» L'organisation physique de l'homme, en lui rendant commune ces lois de génération, d'accroissement et de destruction , auxquelles toute la nature vivante est soumise, porte cependant, dans toutes ses parties et dans son ensemble, un caractère si particulier, si extraordinaire, si sublime, qu'il est impossible de supposer aucune parenté , proche ou éloignée, entre les brutes qui ne font que vivre sur la terre, et celui qui est né pour y commander. Cette allure droite et élevée, qui annonce le courage et la dignité ; ces mains, fidè-

les exécutrices de la volonté, ouvrières adroites des travaux les plus surprenants ou ks plus utiles ; ces yeux , détournés de la vile poussière , et dont le regard pensif embrasse l'immensité des cieux ; ces organes , qui pe^ mettent à l'homme d'expiîmer la ptnsée par des sons articulés, variés et nuancés à l'Infini: ce mélange admirable de force et de souplesse dans tous ses membres ; en un mot, l'harmonie et la perfectibilité de tous ses sens, lui assignent le premier rang pamd tous les êtres vivants et lui assurent l'empire de^a terre.

» L'anatonûe et la physiologie ont mis ces vérités hors d'atteinte [']. Les naturalistes, qui ont prétendu confondre l'espèce humaine avec celle des singes , malgré la difTérenee essestielle des pieds, du bassin et des organes delà voix, paraissent n'admettre aucun principe constant pour la classification des espèces.

M Les désavantages apparents de notre ot^ nisation hêtent même le perfectionnement de notre existence. Doués de la force du licm, cuirassés comme Féléphant, couverts d'une pean impénétrable au froid et à l'humidité, nous serions peut-être restés engourdis dans une stupide indolence sans arts et sans industrie. La délicate faiblesse du corps humain, au mo^ ment de sa naissance , la lenteur de son ac- OVoyexOrttfer, Leçons d'analomiecompar. elc

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

crofssement , la multiplicité de ses besoins , toutes ces infirmités, tous ces maux que la nature nous a donnés pour escorte, sont autant d*aiguil!ons qui ont excité notre sens intérieur, autant de liens qui ont uni l'homme à Thomme et fait naître les premières sociétés. De la faiblesse prolongée de notre enfance résulte la société intime des parents et des enfants; de cette association natt la perpétuité de Tunion conjugale. La réunion des hommes enfiamilles est suivie de la formation des tribus et des nations. C'est en se réunissant à ses semblables, sous une commune loi, que l'homme s'est pour ainsi dire créé homme; c'est en appréciant sa faiblesse et en inventant des instruments, qu'il s'est emparé des forces infinies de la nature entière ; il a senti son indigence, voilà sa vraie richesse.

» Cet animal, si distingué de tous les autres, forme, dans la série des êtres , un ordre isolé qui ne contient qu'un seul genre et une seule espèce; car on entend par espèce un ensemble d*êtres organiques qui se reproduisent entre eux, et qui ne diffèrent que par des qualités variables et étrangères aux caractères qui constituent l'espèce. Or, toutes les races humaines que nous connaissons produisent par leurs mélanges des individus féconds ou capables de produire à leur tour (>)• D'un autre côté, les différences qu'on observe entre ces races se bornent à des qualités que nous voyons encore tous les jours varier par l'influence du climat, de la nourriture et des maladies (^j.

» La première de ces assertions n'a pas besoin d'être développée ; on connaît assez les nombreuses classes de métis et de tniUâtres qu'ont produites les unions des diverses races humadnes. Quant au second point, il est bon d'observer que les différences par lesquelles se

(') Nous devons faire observer cependant qne la définition de Vespèce, telle qu'elle est donnée ci-dessus, n'est point de nature, quoi qu'en aient dit quelques savants naturalistes , à faire rejeter la division du . genre humain en espèce* , puisqu'il est reconnu que des animaux d'espèces bien tranchées , entre autres le cbien et le loup, produisent des métis féconds.

(*) Blumenbach, de Varietate nativft generis humani, traduit en français par M. ChardeL

Plusieurs variétés accidentelles paraissent être en effet le résultat de quelques affections maladives. Cest ainsi que se perpétuent les albinos en Afrique, les cagots dans les Pyrénées , et les créiins dans les Alpes. J. H.

distinguent les variétés des espèces, sont relatives ou à la stature, ou à la physionomie, ou à la couleur, ou à la nature des cheveux, ou enfin à la forme du crâne.

>» Personne n'ignore qu'une vie simple, une nourriture abondante, un air salubre, donnent à tous les êtres organiques des formes plus belles et plus grandes. L'exemple des Lapons et des Hongrois, dont la langue indique l'origine commune , et qui diffèrent extrêmement par la taille et la physionomie , prouve assez que la beauté de la même race varie selon le climat et selon les qualités du pays. Les Germains de Tacite, ces Patagons de l'Europe, ne se trouvent plus dans l'Allemagne civilisée , tandis que le Hollandais , dans l'intérieur de la colonie du Cap, est devenu un géant (>). Combien de contrastes ne rencontre-t-on pas dans une seule nation et à de petites distances I Les paysannes de la Westrogothie sont des Vénus, et celles de la Dalécarlie sont généralement laides , quoique l'une et l'autre province soient au centre de la vraie patrie des Gothsp). I^ passions violentes, le joug de l'hypocrisie, les occupations tristes ou agréables, les habitudes de l'activité ou de l'inertie, impriment un caractère permanent aux physionomies des nations entières.

»» Plusieurs différences de physionomie sont l'ouvrage de l'art, du moins en partie. D'après les rapports nombreux de témoins oculaires, il est certain que les nègres, les habitants du Brésil et les Caraïbes , les peuples de Sumatra et ceux des iles de la Société, dépriment et aplatissent soigneusement le nez des nouveaux-nés , usage qui, sans doute, ne peut pas faire naître cette configuration héréditaire, mais qui contribue à rendre les exceptions infiniment rares.

» Les variétés de couleurs semblent également dépendre des circonstances extérieures. La même nation renferme souvent des individus de teintes extrêmement différentes. La cause de la couleur réside dans le tissu muqueux et réticulaire qui est Immédiatement sous l'épiderme. Si, par l'influence d'une extrême chaleur ou par quelque autre cause locale , le carbone surabonde dans l'économie animale, il est rejeté au-dehors avec l'hydrogène par l'action des vaisseaux sanguins du

(') Sarow, Voyage au Cap. Sparmann , Thumberg etc. — (•) Arendt , Voyage en Suéde , I , J34 , etc.

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