‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 49 sur 229 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

vain étend VInde Sérique depuis Bactra Jusqu'à Palibotlira («).

» Les peuples et les villes de la Sérique, selon Ammien et Ptolémée , se retrouvent dans les contrées que nous venons d'indiquer. Les TocAart,les Attaeori, et quelques autres, nous sont déjà connus. Asmira parait être Cachemire ; hêedon r^nd à Iscerdon ou Shekerdon, dans le petit Tibet. Une montagne à Test de Gadiemire , nommée Naubandh (*) , a dcmné son nom aux Nabannœ de Ptolémée ('). La Tille de Ser-Hend est la Serinda , où , selon Procope, les Grecs du Bas-Empire allaient chercher les vers à soie (*). Après une étendue de r^ons inconnues , les Batœ de Ptolémée, ou les Beta d' Ammien , nous représentent le nom même du Tibet, composé de deux mots, Ten, pays , et Bout, le dieu Bouddha, et prononcé Tabathé par quelques nations voisines (*). Au centre du Tibet proprement dit, existe encore, quoique aujourd'hui peu connue et presque déserte, la ville de Sera, à laquelle Ptolémée donne Téplthète de tneirop<^ ou la capitale. Sera-Metropolis et Serl- Nagar sont évidemment les deux noms ancien et moderne de la même ville. On sait, dit Gossellin , que nagar, dans Tlnde et dans quelques contrées voisines , est un titre qui indique pour les cités le premier rang («), Le Datim, au nord du Tibet central , répond à la contrée des Damnœ de Ptolémée. D'autres noms se retrouveront quand la petite Boukhar rie et le nord du Tibet seront mieux connus. Ces explications nouvelles ne nous permettent plus de conserver Topinion de Gossellin sur les rivières de la Sérique. Dans l'hypothèse de ce savant, le fleuve OEchardes^ venant des montagnes de la Scythie, répond à celui d' Yarkend; le Bautei, avec ses deux branches , représente la partie supérieure du Gange, dont le bras principal , parmi d'autres surnoms indiens , porte celui de Badauti (t). Mais si l'on

(') Ânonym. Ravem, Geogr. V. — f») Asiatic Refearches, VI, 5îl.— (3) Rhabannœ, ap. Amm, Mareell. -.(*) Procop, BcU. Golli. IV, 17. — (s) Geogr. birmane, dans les Aneu, Hetearch, VI, 227. — («) Gotsellin^ Recherches sur la Sérique (Journal des Savants, juin 1792).

(7) Le GentU^ cité par Tiefenthaler, II, part. I, I6è. tt. Lelewel pense aussi que la Sérique est une partie du Tibet , mais il lui donne un autre emplaccmcrit que Malte-Brun. Il croit que depuis les Bifltœ , dont le pays est le Ballystan d'aujourd'hui ,

peut rester indécis sur l'OEchardes , il nous seiQble presque certain que le Bautes n'est autre chose que le Brahmapoutre , ou le grand fleuve du Tibet , nommé aussi le fleuoe de Bout ou de Bouddha.

» La route des caravanes marchandes se reconnaît avec assez de certitude, surtout si on se rappelle le genre de commerce qu'elles avaient pour objet. La matière sérique était, seloo toutes les probabilités , cette soie sauvage que y dans les pays au nord de l'Inde , l'aveugle industrie d'un insecte dépose sur les feuilles des mûriers (^j. Pline, quoiqu'en la prenant pour un duvet naturel (^j , la distingue pourtant du coton P). Outre la matière sérique, il faut re^ marquer le sericum, étoffe de soie, probablement du genre de celles qu'on fait encore dans le royaume d'Ascham, et que les. femmes ro-

et que depuis le lieu appelé lAMnasp^r^oit nous n'avons rien que de vague sur la longue route que les caravanes des anciens parcouraient. Il présume que VQEchardes et le Bautes sont le Wosampou et la Casa d'aujourd'hui. Il abandonne la région Ca»m ou Catia, près des sources de la Casa, qu'il traverse avec les marchands entre Sipa et Nogarcot, dans k Neypal, et cherche la Sera-MeiropolU^ de l'eiistence de laquelle 11 doute fort. Selon ce savant polonais, les Ouorœorrkœ^ les jéthagori, les AtHœori d'AuM)metus et de Pline, qui sont en sanscrit les Utarû- Guru, occupaient' évidemment le Gorhab d'anjourd'hui: les Batœ ou Beiœ habitaient le Boutan; le Thaguris ou liaguris est le mont Utargol, dans le royaume d'Ascham ; Isteâon pourrait se rattacher é Tassessudon ; les Garineri occupaient la province de Ngari, dans le petit Tibet. Enfin, dit M. Ulevrd, quelles que soient les conjectures les plus vraisemblables, il est néanmoins certain que les savants semblent s'accorder à placer la Sérique non loin de rinde et proche du Tibet. (Voyez Histoire mseUmm de CInde , axec des Remarquts sur t influence qu'elle a exercée sur les contrées occidentales; par XeleweL 1 vol. Warsovie, 1820.) J. H.

(') Tavemier, II, p. 606; III, cap. 17. (Comp. De Guignes, Académ. des Inscr. XLVI, 534.)— (•) £anuginem qu» In aliis gentium/ona est. Plin. XVI, 24.

0) Voy. la Description du Cotonnier, Plin. XII, iO. « Lanigers arbores, alio modo quam Semm, etc. > Dion. Perieg. 7&7. Pausan. in Eliac Heê^ek. Snid. in voce Seres, Gossellin pense que la matière sérique, serica materies des anciens , était une véritable laine , remarquable par sa longueur et sa finesse : ce serait alors ce duvet de chèvre dont on fobriqae les châles de cachemire, et qui a donné tant de célébrité et de valeur aux chèvres du Tibet, que rindustrie des Temaui a su naturaliser en France. Ainsi, tandis que Malte-Brun regarde la eerioa materies et le sericum comme deux sortes de soie, l'une naturelle et l'autre tissée, il nous semble beaucoup plus probable de voir dans la première le duvet dé chèvre et dam l'autre la sole. J. U«

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

naines dépeçaieiit fil par fil y afin d'en tisser de oooveaa ces gazes transparentes sons lesquelles ooe matrone, vètne sans être couTerte, étalait CD public tons ses diarmes ('). L*ile de Gos , où croissait nne soie grossière (^) , avait donné le modèle de ces étoffes, d*abord réservées aux seules courtisanes (^). Lorsque les guerres avec les Parthes curent interrompu le compaerce direct avec la Sérique, la soie redevint si rare, qu*ou la payait au poids d'or (4). Des moines, envoyés par Justinien, apportèrent des bords de rindus ces vers précieux, devenus depuis une des richesses de TEurope méridionale. Un aatre objet du commerce de la Sérique , c'était de l'excellent fer p) ; c'est encore une des meilleures productions des pays où naissent le Gange et l'Indus {^). Enfin, on tirait de la Se-rique des pelleteries et des boules odorantes et aromatiques, nommées malabathrum; on a voulu y voir la feuille de bétel, ncmimée tamalapatra dans l'Indoustan (^j ; nous croirions plutôt que c'était du musc du Tibet.

» Les caravanes marchandes de la Sérique, parties de Bactra ou Balkh, remontaient chez les Comedœ près des sources de l'Iaxartes , se rendaient à Taschkend, qui est la tour de pierre de Ptolémée [^] ; passaient probablement par le défilé de Contez, traversaient la région Caiia, notre KacJ>ghar ; et de là, se dirigeant au sud-est, atteignaient la capitale des Sères, après une course de sept mois, employée sans doute à visiter le pays dans toutes les directions, et à ramasser partout du duvet de chèvre, de la soie et du malabathrum.

» Les Sèreê, peuple doux, mais sauvage, /oyaient la société des autres natimis , attendaient la visite des marchands étrangers, et édumgealent, sans leur adresser une parole, les produits de leur sol contre les métaux de l'Europe (*). Un sofublable comm«*ce suppose nécessairement un long séjour et des courses multipliées. C'est en voulant évaluer ces courses, que Marin et Ptolémée <mt porté la Sérique beaucoup trop à l'est. Mais le seul fait positif de cet itînâralre, la marche au tud-est depuis

(') PUn, VI, 17. Seneea , ep. 90. Oem, Alex» pœd. H, 10. — (•) Arisu Hist. anim. V. 19. PUn, XI, 28. — C) Cois Hbl pane ridera est nt nudam. Horai, — (*) P'opisc. in Aarel. 4&. — («) PUn. Hist. nat. LXXXIV, c. 14.— («) Thévenoi et le Kiatib-Tchiliby , eltéf par GosseUin, Journal des Savants. — H ff^aht, Indost. Il, 774. — (•) hayer. numismat. chinoise, p. tJ3. - («î PUn, VI. 17. DUm. Perieg. 7S3. Schol.

Kachghar jusqu'à Sera-MetrcpolU , se Joint à l'ensemble des preuves que nous avons apportées pour ne plus laisser de doute sur l'identité du Tibet et de la Sérique. C'est parmi ces Alpes de l'Asie et aux bords du grand désert de Gobi ou Ghamo, qu'expirent les dernières clartés de la géographie ancienne (i).

(■) AprësavoirmUen parallèle Gossellin, M; Leiewel et Malte-Brun, dont ropinion est d'un grand poids dans ce qui touche les questions relatives aux Séres, noas ferons observer que le savant Heeren dilTére de ces savants et se rapproche de l'avis de d'Anville en plaçant la Sérique dans la Mongolie , à Test du désert de Gobi.

Afin de compléter ce que l'on peut rassembler ici de plus important sur celte antique contrée, nous allons donner l'eitrait d'une Notice qu'a publiée un de nos naturalistes les plus distingués, M. Latreilie , membre de l'Académie des sciences. Ce savant compte trois Sériques. La première, la Sérique propre de Ptolémée , est celle de l'Asie supérieure. Elle occupait la partie septentrionale et occidentale de la petite Bonkharie; sa capitale, SerarMetropoUê, est aujourd'hui Turfan. Elle s'étendait Jusqu'au désert de Gobi. En se dirigeant vers l'est et en inclinant vers le midi , on trouvait VAsmirea reçh de Ptolémée. Son Throana paraît être notre Toboron. On voit qu'il a eu des renseignements sur les pays qu'occupent, entre les monts Alak et Ulug-Tag , les Kirghiz et les Kalmouks: il nomme les premiers Sysiges, mais on ne peut plus établir la même correspondance en plaçant la Sérique dans le Tibet. Gette partie de l'Asie, ainsi que la portion de la petite Boukharie située en-deçà de la rivière d'Yarkand , ont été , suivant M. Latreilie, inconnues à Ptolémée, de sorte que ce géographe a placé la Sérique immédiatement au-dessus des monts Emondi ou des Himalaya.

La seconde Sérique est celle da nord de l'Inde. Les invasions de différentes hordes tatares dans la première Sérique forcèrent les peuples de celle-ci à s'espatriere la Sogdiane^ la Bactriane, le Tibet et rinde furent leur asile. Denys le Périégèle noos montre d^à des Sères sur le bord du Sir-deria; le Ser-bend fut nne de leurs colonies; c'est de Serinda, l'une de leurs villes , dont parle Ammien Marcellin, que, du temps de Justinien , des œul^ de vers à soie furent transportés popr la première fols à Gonstantinople.

La troisième Sérique , dont les anciens ont le plus généralement parlé, est ceUe que M. Latreilie appelle Série {Séria); C'est l'Inde au-delà du Gange, aujourd'hui l'empire Birman , où se trouve le fleuve Seras , et la Sera^major d'Athlcus et des tables de Pentingcr. Deux espèces de bombyx ( myUsta de Fabrlcius et cynthia de Drary) y sont très communes, dit M. Wreille, et fournissent depuis un temps immémorial une soie d'un grand usage. Les ehenillet de ces bombyx sont les hers à soie sauvages de ia Ghine. G'est dans cette Sérique qu'il faut placer llle Séria de Pausanias , arrosée aussi par le fleuve Ser , dont les habitants cultivaient l'insecte qui produit la soie, et que eei auteur compare à une araignée. J. H.

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