‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 63 sur 229 · LIVRE DIX-SEPTIEMF · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEMF

chent ensuite pendant trente jours pour arriver dans le royaume de Kieï-tcha , ou de Cachemire. Ce royaume est au milieu des mcjtagnes Bleues ; le climat y est froid et la terre ne produit d'autre grain que le blé. Les habitants de tout le pays situé à Torient, c'est-à-dire du petit Tibet, portent des vêtements grossiers, mais semblables à ceux de la terre de Thsin. En avant des montagnes tout change ; les herbes , les arbres, les fruits, sont d'espèces toutes nouvelles. Trois végétaux seulement sont semblables à ceux de la Chine : le bambou, le grenadier et la canne à sucre. « Cette remarque du voyageur Indique assez précisément le point où nous le voyons parvenu. Revenant sur la région montagneuse qu'il vient de parcourir : Les montagnes bleues , dit-il, sont couvertes de neige Tété comme Thiver; on est , en les traversant, arrêté par toutes sortes d'obstacles : des dragons venimeux, le vent, la pluie , la neige , les sables volants , les galets ; il y a dix mille chances contre une pour qu'on n'édiappe pas à tous ces dangers. Les habitants se nomment les hommes des montagnes de neige. Ces derniers mots sont la traduction exacte de celui d'Himalaya. »

C'est après avoir marché pendantquarantecinq jours que les voyageurs arrivent,* en se dirigeant vers le sud-ouest, au bord du 5tntheou, le Sind de nos jours , et dans le royaume de 0u4chang, dont le nom ne se trouve plus maintenant parmi les dénominations géographiques de ces contrées : fait très facile à concevoir après les nombreuses révoluticms qui les ont bouleversées depuis quatorze siècles. Les anciens ont pratiqué une route jusqu'au fleuve, «n perçant les rochers; ils y ont placé des échelles qui ont 700 degrés, et du haut desquelles unecorde suspendue sert à passer d'une rive à l'autre à la distance de quatre-vingts pas. Au pays à!(hhtchang succède , dans la direction du sud, le petit Etat de Steourho^to, absolument inconnu. En cinq journées on va de ce pays dans celui de Kian^tho-weï, qui, sui- Tant un géographe chinois plus récent , doit être le Kian-tMo. M. Abel Rémusat fait remarquer que ce pays présente de l'analogie avec celai des Gandari de Strabon, le Gandhara àes Pouranas , et le Candahar des géographes musulmans, nom qui est resté affecté à une ville célèbre.

Tra-rersons rapidement avec nos voya-

geurs le royaume des Fé4eovreha, qui ctNrrespond au pays des Beloud-chys, le royaume de Norkiet, aussi difficile à préciser que It ville de Hi-lo , sa capitale ; et les deux petits pays de Xo-y t et de jPo-na; et après avoir passé de nouveau l'Indus, traversons le Ma4hê(nh la > le Mathoura de nos jours. « Tout ce cpd est au-delà des sables et de la rivière (Djumna), dit Fa-hian , forme les royaumes de l'Inde occidentale. Les rois y sont attachés à la loi de Fô, et témoignent un si grand respect pour les religieux, qu'ils n'osent pas, devant eux, prendre place sur un siège. »

Le tableau que Fa-hian fait de l'Inde, qu'il nomme le royaume du Milieu , d'après la signification de son nom sanscrit Madhyadua, est digne de fixer l'attention , qumqu'il soit un peu trc^ embelli. « Le climat offre un mélange tempéré de froid et de chaud ; la neige est inconnue. Le peuple jouit abondamment de tout ce qui est nécessaire à la vie. On ne sait ce que c'est que rôle d'impôts et recensement de population. 11 n'est nul besoin de juges : la liberté appartient à tous. Les rois ne font aucun usi^e des supplices : les fautes sont punies par des amendes. En cas de récidive, on se borne à couper la main du criminel. On ne donne point la mort aux êtres vivants , et l'on ue boit pas de vin. Il faut excepter les Tchanrtch&k (Tefiandalas] , sorte de misérables qui ont dei habitations séparées , et qui , lorsqu'ils entreal dans une ville , sont obligés de frapper sur un morceau de bois pour' avertir les habitants d'éviter leur approche. Ils sont aussi les seuls qui aillent à la chasse. Du reste , il n'y a dans les marchés ni boucheries ni boutiques de marchands de vin. Le commerce se fait avec des coquilles ou des dents , etc. »

Nous ne détaillerons pas les petits royaumes qui divisaient alors l'Inde ; notre voyageur y remarque une foule de lieux célèbres par les miracles de Bouddha , et par des temples consacrés à son culte. Il parle avec admiration des établissements scientifiques et religieux réunis dans la ville de Patna, de ses hôpitaux , de ses académies , enfin de l'iodustrie et de la moralité de ses habitants ; il visite la ville de Bénarès , qu'il appelle Po-tonaî; on lui apprit qu'il existait au sud de cette ville un pays qu'il nomme Thorthsin, c'est-àdire le Dakschin, aujourd'hui le Décan^ il donne une descripticm poiiq[wuse de ces tem-

inSTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE.

pies Unllés dans le rocparGaya, premier successeur do patriarche Chakia-Mouui, neuf siècles avant notre ère, et que le savant Wilson croyait être d'une date postérieure auliuitième DO an neuvième siècle (^).

Fa-hian descendit le Gange Jusqu'à son emboncfaare dans le royaume de To-mo-K-rt, dont le nom se retrouve dans le canton et la viiie de Tamlouk, aujourd'hui à peu de distance de Calcutta. De là il s'emharqua sur un grand vaisseau marchand qui , faisant route vers le sud-ouest, arriva, après une navigation de quatorze jours et autant de nuits , dans le royaume des Zioiw, c'est-à-dire à Ceylan. Dans la description qu'il fait de cette tle, il mentioane les deux empreintes du pied de Fô qui se voyaient, Tune au nord de la ville royale et l'aotre au sommet d'une montagne ; il décrit une magnifique tour haute de 400 pieds et chargée d'ornements en or et en argent ; près de là un monastère habité par 5,000 religieux et renfermant une chapelle dans laquelle on voyait une statue de Bouddha en jaspe vert, haute de vingt pieds , et tenant un diamant d'un prix inestimable. Il vante la beauté des mes et la magnificence des édifices de la capitale de Geylan. Il assista à la grande cérémonie qui avait lieu à Téqulnoxe de printemps et dans laquelle on exposait à la vénération pu- Mique une dent de Bouddha, probablement la même qui, plus de mille ans plus tard, fut détruite par les Portugais.

Après un séjour de deux ans dans l'Ile, employé à rassembler une importante collection de traités religieux en langue sanscrite , Fa-hian s'embarqua pour retourner dans sa patrie; il éprouva une violente tempête, et après une navigation de quatre-vlngtrdix jours ÎL aborda à Java, qu'il appelle royaume de Ye-pho-ii. Il séjourna cinq mois dans cette lie, pais monta sur un navire qui se destinait pour Canton et qui avait des provisions pour cinquante jours. C'était beaucoup pour un pareil voyage; cependant les tempêtes ainsi que les accidents qui en furent la suite nécessitèrent quatre-vingt-deux jours de navigation. Fahian arriva à Si-an-fou après douze années d'absence, c'est-àrdireFan 414 de J.-C. Il avait îtàt par terre une course de plus de 1 ^00 lieues et de plus de 2,000 par mer, et avait visité plus

(') Catalogoes of tho Mackenzie collection , t. I,

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de trente royaumes. « Une excursion si lointaine, entreprise à une pareille époque, est,' par elle-même, dit avec raison M. Abel Bémusat, un fait assez remarquable. D'autres faits du même genre, reconnus depuis quelques années, ont déjà fort ébranlé les préjugés qu'on avait anciennement adoptés sur l'ignorance des Chinois à l'égard des nations étrangères ; mais on ne se serait peut-être pas attendu à voir les relations de leurs voyageurs jeter du jour sur* l'histoire religieuse des provinces orientales de la Perse et servir à compléter les matériaux contenus dans les ouvrages sanscrits sur la géographie ancienne de l'Inde. »

Ce fut à cette époque que plusieurs nations tatares , telles que les Tou-kou-hoen, les Jouanrjouan et les Turcs, profltant des troubles qui agitaient l'intérieur de l'empire, commencèrent à acquérir une grande puissance. Cependant les connaissances géographiques continuèrent à se répandre: la dynastie des Weii, originaire de la Sibérie, qui régna depuis l'an 398 jusqu*en 534 sur la plus grande partie de la Tatarie , conserva des relations avec les tribus qui habitaient au-delà du lac Baïkal jusqu'à l'Obi et aux contrées voisines de V océan Glacial. « Jamais, dit M. Abel Bémusat, le nord de l'Asie ne fut mieux connu des Chinois. Un grand nombre de tribus sibériennes furent alors décrites avec beaucoup de soin ; celles du nord-oueSt, en tirant vers l'occident, le furent aussi quoiqu'avec moins de détails. On eut des rapports multipliés avec les pays de Schaschon, de Koueï-chan, avec les Sou-te ou Alans, avec les Persans, les A-si de Boukhara, les Ou-siun, les habitants de Balkh et de Kan« dahar et plusieurs peuples de l'ouest. Des officiers envoyés par Taî-wou-ti dans les contrées occidentales rapportèrent qu'elles étaient partagées en trois iu ou régions, dont la première était comprise entre la partie du Gobi qu'on nomme les sables mouvants^ et les monts Bleus ou la chaîne de Kachghar; la seconde comprenait le pays de Bîsch-balikh et s'étendait an midi jusque chez les Youeî-chi , et la troisième, comprise entre les deux mers (la mer Noire et la mer Caspienne), n'était bornée au nord que par les vastes marais que les géogra-* phes chinois placent dans la partie septentrion nale du Kaptchak. »

Du septième au huitième siècle, sous la dynastie des Thang, les Chinois eurent une grande

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influence Jusqae dans des contrées fort éloignées des limites naturelles de leur empire. La Perse est la plus ocddeutale avec laquelle ils aient eu des rapports. Entre Kach^ar et le Kachemyr, les géographes chinois placent deux pays qu'ils appellent le grand et le petit Po-- Un (Pourout). Ces pays, habités par des Tibétains, acquirent de l'importance au huitième siècle C^j.

Depuis le septième Jusqu'au dix-septième siècle, plusieurs auteurs chinois ont donné la description gé(^raphique et historique du Camboge; Tune d'elles, écrite en 1295 par un officier chinois, offre des détails si intéressants sur ee pays, que M. Abel Rémusat a cru rendre un service à la géographie en en donnant une traduction Ûdèle» Nous consulterons cette relation pour la partie descriptive de ce Précis. Vers la même époque , un auteur chinois nommé Mortou-lin composa, sous le titre de Re^ ehereke approfondie des anciens monuments, un recueil historique regardé comme le plus utile à consulter. 11 renferme une description historique et ethnographique des contrées connues des Chinois , et des notions très curieuses sur les peuples de la Tatarie, de la Boukharie, du Tibet, de l'Hindoustan et des lies orientales de l'Asie (<). Espérons que M. Abel Rémusat

0) M. jibel Rémusat, Mémoires lur ploiiean questions relatives à la géograpliie centrale. ( Recueil de l'Académie des Inscriptions. ]

(*) Ce qui prouve que les Chinois n'ont pas toujours été aussi arriérés qu'ils le sont en connaissances nautiques, n'est pas seulement le voyage de Fa-hian : Rlaprotb (dans un travail Intitulé: Lettre à M, le baroH de Uumboldt sur t invention de la Boussole, 1 vol. in-80, Paris, 1834) , a prouvé que dès le milieu du troisième siècle de notre ère, les Chinois , qui onze siècles avant J.-G. connaissaient l'aiguille aimantée, dirigeaient leurs navires d'après des indications magnétiques. Au commencement du sixième siècle, ils commencèrent à entretenir des relations avec l'archipel de LieoifJÛiieoUt qu'ils connaissaient précédemment. Dans les septième et huitième siècles, ils disaient de longues courses maritimes : ils partaient de Canton , traversaient le détroit de Malacca , allaient à Ceylan, au cap Comorin, à la côte de Malabar, aux bouches de l'Indus et Jusqu'à l'Enphrate. Ils naviguaient non seulement dans toute l'étendue de l'océan Indien , mais ils fréquentaient même les côtes de l'Arabie et de l'Egypte.

Il résulte évidemment de ces faits que l'on attribue i tort à Flavlo Gloia , né dans les élirons d'Amalfi vers la fin du treizième siècle , l'invention de la boussole ; que probablement il ne fit que la perfectionner, puisque cent ans avant lui elle était connue en Europe. Les Arabes la possédèrent à peu près

satisfera d'ici à peu d'années le monde savant, qui attend de lui la traduction de cet important ouvrage : selon lui , cette géographie historique est pour l'Asie ce qu*est la géographie deStrabon pour les contrées occidentales de Tanden continent.

Parmi les peuples dont il décrit le pays et les mœurs, nous citerons, à l'ouest du Tibet et au sud du Khotan, les Tang-thoung « qui , pour suppléer l'écriture, font des nœuds à des cordes ou des crans à des morceaux de bois; les hibitants du Nipho^lo ou du Nipol, qui rasent leurs cheveux et leurs sourcils, et portent des pendanfs d'oreilles, et qui se livrent au conmierceetàragriculture ; ceuxduroyaumede iCt-ptn, ou de l'ancienne Cophène^ industrieux, habiles à ciseler, à bâtir et à fabriquer toutes sortes d'objets de luxe ; à l'ouest des montagnes Bleues , les A-si, ou Ases de Strabon, qui épousent leurs sœurs et même leurs mères; les Takia, ou Dahœ de Strabon et de Pline, cfaei lesquels chaque ville a son prince particulier; les grands Youe%<hi, les Massagetes des aneiens , peuple nombreux et redoutable à la guerre; les An-^thsai, ou Asti et Asianif qui confinent à l'ouest de Tempire romain, et qui comptent plus de cent mille archers ; les 7etha , ou Oètes , originaires des pays au nord de la grande muraille, et qui ont les mêmes mœurs que les Turcs : diez eux les frères épousent en commun une même femme, et celleHû porte un bonnet qui a autant de cornes qu'elle a de maris. Ces peuples.sont nomades : ils swvent le cours des rivières pour trouver des pâturages, et s*y construisent des maisons eu feutre (*).

Au commencement du huitième siècle, les Chinois avaient des renseignements précis sur le Kaehmyr ou Cachemire , qu'ils appellent Ko^hy-my, et que, suivant une antique tradition , ils regardaient comme ayant été un lac rempli de dragons, qui se dessécha par la suite

à la même époque ; ils la reçurent directement oa indirectement des Chinois. Ce fût aux Arabesque la Francs l'empruntèrent à l'époque des premières croisades.

D'après les ouVrages chinois compulsés par t\sr protb, il est certain que l'ancienne boussole chinoise était ce qu'on appelle la boussole aquatique, bien qu'ils se servent depuis très long-temps de la boassole à pivot, qu'ils fabriquent avec une perfectioa qui la met au-dessus de celles des Européens. J. H.

(') M. Abel Rémusai, Nouveaux Mélanges asia^ tiques, t. !•%

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

des siècles. C'était une vaste contrée entourée de montagnes , assez peuplée pour pouvoir mettre sous les armes des troupes nombreuses, composée d*infanterie, de cavalerie, et d'hommes montés sur des éléphants. Il est à remarquer que ces derniers animaux ne sont plus connus dans le Cachemire. Parmi les dépendances de ce riche pays, qui envoya plusieurs ambassades à la Chine, on comptait cinq tribus ftèrcs et courageuses , habitant les montagnes et formant cinq Etats distincts, quoiqu'elles lussent sans princes et sans chefs.

Nous voici arrivés à Tépoque où la Chine étant gouvernée par des Mongols, et la Perse par un prince de la même famille, Tempire chinois ne connut pour ainsi dire plus de limites du côté de Toccident. Cette étendue démesurée dut avoir une grande influence sur les oonnaissan'^es gé(^aphiques des Chinois relatives à l'Asie, et même à une partie de l'Europe (^). Mais vers la fin de la dynastie des Ming, c'est-à-dire du seizième au dix-septième siècle, les rapports des Chinois avec les nations étrangères furent tellement restreints, que c'est de cette époque que date chez eux la décadence de la science géographique {^]. Comme leurs connaissances scientifiques ne sont que le résultat d'une étude pratique subordonnée aux besoins de l'administration, il s'ensuit que, de-

(0 Plusieurs ouvrages chinois attestent TexacUtude des notions qu'ils possédaient sur le centre de FAsie. On y trouve des itinéraires détaillés , depuis les frontières de la Chine Jusqu'aux différentes villes des Etats qu'ils considéraient comme soumis ou tributdres. C'est de ces ouvrages que M. Abel Rémusat a tiré les matériaux de celui qu'il a publié sous le Utre suivant: Histoire de h ville de Khotan , tirée des annales de la Chine ^ et traduite du chinois; suivie de Recherches sur la substance minérale appelée par les Chinois pierre de lu , et sur le Jaspe des anciens. lB-80, Paris, 1820. J. H.

(*) La géographie est à la Chine une science qui embrasse tout: topographie , hydrographie, histoire naturelle, antiquités, beaux-arts, industrie, agriculture, commerce, population, statistique, gouvernement, histoire spéciale, biographie et bibliographie. Aussi le recueil de toutes les descriptions de la Chine par provinces et rédigé sous la dynastie des Ming , forroe-t-il 260 gros volumes qui offrent des détails aussi complets que ceux que nous possédons sur les pays les mieux connus de l'Europe. Ce recueil se trouTe a la Bibliothèque royale de Paris. \\ est à regretter que les auteurs chinois n'aient pas employé m système descriptif aussi étendu relativement à la Tatarie, an Tibet et à la partie de l'Inde qu'ils ont bien eonnae. J. H

puis qu'ils n'ont plus d'influence sur les grandes nations de l'Asie, la géographie a été complètement n^ligée. Il n'est donc pas étonnant que les Européens, qui commencèrent seulement dès cette époque à connaitre la Chine, aient pris une idée très défavorable de ses connaissances géographiques ; idée que justifient en efTet les ouvrages qui furent publiés vers la fin de la dynastie des Ming, et qui firent penser que les Chinois ont nommé leur empire, Royaume du Milieu, parce qu'ils le croient au milieu de la terre, entouré seulement de quelques cen« taines d'Iles qui forment le reste de l'univers* En effet , la plupart de leurs cartes de cette époque placent l'Océan glacial arctique à peu de distance de la grande muraille. Toutefois, quoique les Chinois n'aient jamais su appliquer la géométrie et l'astronomie ^ la géographie, ils possèdent des cartes assez exactes des c6tes de leur empire , et de la position respective des villes de l'intérieur.

Quelques mots sur les cartes des Japonais, peuple qui a tant de rapports et de points de ressemblance avec les Chinois, termineront cet exposé. Cependant nous devons faire observer que , bien que disciples des Chinois, les Japonais témoignent moins de préventions contre les notions qui leur viennent des étrangers. Leurs ouvrages descriptifs ne sont pas moins étendus qu'à la Chine; ils se renouvellent d'ailleurs fréquemment par suite des variations perpétuelles qu'éprouvent les noms de lieux et de provinces, et qui font que tous les cinquante ans la plupart de ces noms sont méconnaissables. Leurs cartes ne sont encore que des imitations incomplètes ou infidèles des nôtres.

On conserve dans le Musée britannique de Londres une mappemonde japonaise qui parait avoir été faite vers la fin du dix-septième siècle. L'auteur s'est évidemment servi pour la dresser de quelque carte européenne; cependant il faut qu'il se soit attaché à ne pas copier exactement, ou qu'il ait cru rectifier les renseignements qu'il consultait, puisqu'elle diffère d'une manière essentielle de nos cartes (<}. Un grand continent qui s'avance à peu de distance de r Afrique , de l'Asie et de l'Amérique, occupe le bas ou la partie la plus méridionale de cette mappemonde ; une presqu'île de ce continent, qui s'avance vers l'équateur, parait re-

(') M. 7. Klaprotk, dans ses Mémoires relatib i l'Asie, t. III, p. 471 , en donne la description et la copie.

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