LIVRE DIX-SEPTIÈME
Suite de l'Histoire de la Géographie. — GooDaissascef géographiques , voyages et cartes des GUbdIi et des Japonais. A. 200 af aot J.-G. Jusqu'au dix-huitième siècle de notre ère.
Ce serait une histoire fort curieuse que celle de la géographie des Chinois. Les renseignements qui ont été publiés sur cet intéressant sujet sont encore trop peu nombreux pour que nous puissions, comme dans le livre précédent, en donner une esquisse rapide, mais complète. Cette tâche est réservée à l'un de nos savants les plus familiarisés avec la langue et les connaissances des Chinois p). Essayons toutefois , d'après les travaux les plus importants que nous connaissions sur cette matière, d*en donner un aperçu qui nous parait indispensable.dans une histoire de la géographie.
Malgré la haute antiquité de Thistoire de la Chine, on ne peut foire remonter d'une manière précise, à une époque plus reculée que cent cinquante ans avant notre ère, la connaissance que les Chin(^ ont eue des régions qui s'étendent à l'occident de leur vaste empire. Ce ne fut que sous l'empereur Hiao-wou-ti , qui régna depuis l'an 142 jusqu'à l'an 87 avant J.-C., que la Chine commença à avoir des rappwts réglés avec les pays de l'occident p).
(') Nous verrons dans le li?re suiyantqne plusieurs siècles avant les Arahes, les navires chinois fréquentaient Java, et prohablement tout le grand archipel d'Asie. J. H.
(•) C'est aux diverses publications faites sur ce sujet par M. Abel Rémusat, c'est à l'obligeance qu'il BOUS a témoignée en nous conûant un Mémoire manuscrit qu'il a lu, vers la fin de l'année 1830, à r Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, sur un Foyage faiipar de$ Chmoi$ dans la Tartane et dans VInde au iv« siècle , que nous devons les principaux ■latériaux de ce XVII* livre. J. H.
(9) Nous ne comprenons pas, dans cet exposé de la géographie des Chinois , les descriptions de leur empire, earalors 11 faudrait Ciireremonter leurs connaissances géographiques au xxiu* siècle avant notre ère, date du CboM'kùtg, livre canonique de morale et d'hlstolie, dont un chapitre, intitulé /^HtoKn^, com-
Les Chinois connaissaient les Hioung-ncu^ qui différaient des Oti-mn et des autres nations tatares, en ce qu'ils vivaient dans des villes ^ s'adonnaient à l'agriculture. A l'ouest de ce peuple et au sud des Ou-siun , on comptait trent&>six États dont les princes avaient été soumis anciennement aux Hioung-nou, mais qui ne payaient plus à ceux-ci qu'un tribut honorifique. Le roi des Hioung-uou ayant forcé les Taue^hi vaincus à porter leurs établissements au loin, l'empereur conçut le projet d'entrer en relations avec ceux-ci , afin de pa^ venir à ruiner les Uioung-nou. Le général chinois Tchhangkian fut chargé de cette mission. Cet ambassadeur part accompagné de quelques ofilclers et d'une suite de cent personnes ; mais les Youeï-chi, après s'être emparés du pays des Saï , qui s'étaient réfugiés dans celui des Hian-tau, avaient été forcés par les Ou-sinn de s'établir dans le Ta-wan ou Schasch, puis dans le Ta^hia ou pays des Daces , et s'étaieot enfin fixés au bord de l'Oxus. TchbangiuaD, se dirigeant vers la Transoxane , est pris par les Hioung-nou, qui avaient pénétré ses desseins; cependant, après dix aimées de captivité, il s'échappe, arrive dans le Ta-wandoat les habitants l'accueillent et lui fodlitent les moyens d'aller dans le Kang-hm ou la Sogdiane, d'où il se rend chez les Youei-chi qu'il ne peut déterminer à revenir dans leurs anciennes possessions pour faire la guerre aux Hioung-nou. Tchhangkian, après avoir échoué dans sa mission, revient par le Tibet, afin d'éviter ces peuples ; mais comme leurs courses s'étendaient jusque dans cette contrée, il retombe entre leurs mains, et ne parvient qu'à
prend la description de la Chine, divisée eo neuf arrondissemenU ( tcheou ) , savoir: ifi, Ten, Tsing. Su, Vang, King, Yu, Leang et Y<mg, J. H.
HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE
la Aiveur des troubles causés par la mort de leur roi à retourner eu Chine, après une absence de treize années, suivi d'un seul de ses anciens compagnons. Il rapporta de son voyage des connaissances géographiques tout-à-fait nouvelles pour les Chinois; il leur fit connaître les Indiens sous le nom de Ckm4ou, et leur apprit que les habitants du Sset-chhouan venaient conunercer aux Indes, et Jusque dans la Bactriane, eu traversant des montagnes par iine*roiite beaucoup plus conrte que celle qu'il avait prise.
Le voyage de Tchhangkian inspira aux empereurs de la dynastie des Han le désir de porter leurs armes dans les contrées qu'il avait parcourues. Ce projet réussit. Vers le commencement de notre ère, la Tatarie occidentale forma cinquante-cinq petits États dont les princes étaient tous vassaux de l'empire ; la Chine exerçait en outre une sorte de protectorat sur la Sogdiane et sur la Bactriane. Deux routes traversaient d*abord la Tatarie occidentale; on s'empressa d'en tracer une troisième.
Dans le courant du premier siècle, plusieurs Chin<^ voyagèrent dans l'Inde dans le but de recndllir et de rapporter dans leur patrie des livres relatifiB à la religion de Bouddha.
\^s la fin du même siècle, la puissance diinoise fbtxm moment ébranlée; ses conquêtes dans l'occident fedllirent lui échapper. Les Hioung-nou s'étaient emparés du pays des Omgours; mais cet échec fut bientôt réparé ; on reçut même la soumission des Tadjikt^ ou de la Perse, des A-^i, ou de la Boukharie, et de tous les peuples qui habitaient jusqu'aux bords de la mer Caspienne. Un général chinois reçut alors la mission de visiter ces nouvelles possessions ; son voyage procura une foule de connaissances géographiques qu'on n'avait pas eues sous les précédentes dynasties.
Les expéditions des Chinois vers la mer Caspienne avaient principalement pour but le commerce entre la Chine et le Grand Thsin^ ou rempire romain. M. Abel Rémusat en trouve la preuve dans un auteur chinois qui prétend que les princes de cet empire avaient toujours eu le désir d'entrer en relations avec la Chine, mais que les A-si, qui vendaient leurs étoffes à ceux du Grand Thsin , tenaient soigneusement secrets les chemins à suivre et les moyens qui pouvaient favoriser les relations directes entre les deux empires. D'après ce même au-
teur , ce doit être vers l'an 166 de notre ère qu'arriva en Chine par Ji^nan, c'est-à-dire par le Tonking , la première ambassade envoyés par An-thun, roi du Grand Thsin.
Ainsi le témoignage d'un auteur chinois fournit la preuve positive de la connaissance que les anciens avaient de la Chine. Ce roi An* thun ne peut être que l'empereur Antonin. H mourut en 161 ; c'est donc après un voyage de plus de quatre années que ses ambassadeurs arrivèrent chez les Chinois*
Vers la fin de la dynastie des Thsin, c*est* àrdire l'an 399 de notre ère, plusieurs Samanéens chinois, exdtéspar ledésir d'aller étudier les originaux des préceptes du bouddhisme^ entreprirent un voyage dans l'Asie centrale , l'A^hanistan, le Beloutchistan et l'Inde. Cette relation, précieuse pour la géographie compa* rée, M. Abel Rémusat vient de la faire connat- Ire au monde savant en en donnant une ana« lyse raisonnée.
Partis de Si-^nrfou, nos pèlerins passent le mont Loung, et arrivent à Koua^cheou, près du grand désert, s'arrêtent aux envhrons du lac de Lop, dans le royaume de Chm^-^hm; ils y trouvent le bouddhisme établi et des livres sanscrits, fait assez curieux, qui prouve quelle était à la fin du quatrième siècle l'extension de l'influence indienne au nord du Tibet. Après un mois de séjour dans ce royaume , ils se rendent chez les Oulgours et dans le royaume de Kao-tehhang, du oôté de Tourfon ; c'est le point le plus septentrional de leur voyage; le bouddhisme y était également établî. A]^ quarante-cinq Journées de marche, ils arriva rent dans la ville de Khotan> où plusieurs des* voyageurs restèrent pour assister à une céré^ monie bouddhique qui se pratiquait vers le solstice d'été. Ceux-ci se rendir^t ensuite en vingt-cinq Jours dans le royaume de Tim^ho, pays situé à l'ouest de Khotan. Ils entrèrent dans les montagnes Bleues; c'est ainsi que les Chinois nomment les dialnes détadiées de l'Himalaya qui courent du sud au nord : mais Fa-hian, le chef de nos voyageurs, désigne sous ce nom le massif principal (^). Ils mar^
(O'SalYSDt un géographe de la dyatiUe des Than§!r dit IL Abei Rémusat dani son Mémoire » les moa- Ugnes Bleues sont situées sa midi et à Touest do Tieu'ho i liDsi Tsea-bo sst se nord et i Test ds* 1» branche septentrionale du Ctacase Indieo , oa «Irce que Ton nomme Belomr-Tagh iiir nos cartes ordinaires.