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LIVRE DIX-HUITIÈME

Salte de THistoire de la Géographie. — Voyages et découvertes des Normands ou Scandinaves. — Première découverte de l'Amérique. ^ Discussion des relations des frères Zcni. An 800-1380.

« Tandis que le peuple de Mahomet étendait ses courses victorieuses jusqu'aux extrémités de rOrient, le peuple d'Odin,. toujours agité d'un héroïsme fanatique, continuait ses migrations qui avaient , depuis tant de siècles , ébranlé l'Europe. Les frères des Goths, des Hérules et des Anglo-Saxons, reparaissent de nouveau sur la scène, sous les noms de Nortnans, de Warègues, d*Ostmens et d'autres : mais, arrêtées au centre de l'Europe par les rois d'Allemagne et de France, ces nouvelles excursions des Scandinaves durent principalement avoir la mer pour théâtre.

>» Après le neuvième siècle, il sortit du milieu de ces pirates des géographes instruits et des navigateurs avides de découvertes. La mémoire des services qu'ils ont rendus à la géographie nous a été conservée par le roi Alfred, par Adam de Brème; par VUeims-Kringla, ouvrage historique de Snorron, écrit dans le douzième siècle; par diverses autres chroniques islandaises , et par la carte des deux frères Zeni. La plus ancienne description claire et drécise des pays du nord de l'Europe , est celle qu'en traça le roi Alfred. Ce roi d'Angleterre, qui régna de 872 à 900 , ipséra dans sa traduction anglo-saxonne d'Orosius, un extrait

de deux relations Scandinaves : dans l'une, le Norvégien Otker retraçait ses voyages dqpuis le Halogaland en Norvège , jusqu'à la Biarmic à l'est de la mer Blanche; et, d'un autre côté, le long des c^tes norvégiennes et danoises par le Sund, jusqu'à la ville de Hœthtm ou SIeswick ; enfin, il décrit la Suède, la Norvège, et le Queenland ou TOstro-Bothnie ; il parleaussi d'un port de Soiringas-Heal, sur la position duquel ses commentateurs ne sont pas d'accord. L'autre relation était celle d'un voyage du Danois Wulfstan, depuis Slesv^ck jusqu'à

(•) M. 7. Klapmh, dans ses Mémoires relatifs à l'Asie (t. II, p. 411), donne quelques éclaircissements sur une cartechinoise et Japonaise fortcarieuse dont il présente une copie. Cette carte confirme ce que nous avons dit ci-dessus relativement à l'igno* rance dans laquelle les Chinois sont tombés sons le rapport de la géographie, depuis qu'ils n'ont pins U prépondérance dont ils jouissaient en Asie sous la dynastie mongole. Quoiqu'elle porte un titre écrit en chinois et en Japonais, et qu'elle soit cependant bien Japonaise , M. Klaproth a reconnu , à la natare des mesures itinéraires qui y sont employées, qu'elle a été copiée d'après une carte chinoise. Elle doit avoir élé faite au xv siècle , mais d'après des matériaux dont plusieurs datent du vu*, etquipro"' vent qu'à celte époque les Chinois connaissaient assez bien le centre de fAsic et même Tlnde. J» *i'

(') Elle a 49 •/> pouces sur 3ï.

UISTOIHË DE LA GEOGRAPHIE

Truso, ville de conunerce dans le pays d'Estum ou la Prusse (<).

» Alfred comprend dans la Scandinavie les pays suivants : la Biarmie, la Finnmarkie , le Queenland, laGothie, la Suède, la Norvège et le Danemark. Le nom général le plus ancien pour désigner toutes les contrées de la Scandina\ie hai)itées par des Goths, parait avoir été celui de Mannakeim, c'est-à-dire patrie des hommes (2).

»La Norvège, ou N or thmannaland, coût sistait dans la côte occidentale de la Scandinave, depuis la rivière de Gotha jusqu*à Hal(^and [^. Les côtes méridionales se nommaient Viken, c'est>à-dire le golfe ; c'est là qu'il faut chercher la ville de Einingeskeal, le Koughille moderne , nommé Scyringesheal par une faute de copiste [*).

» La Finnmarchie ou le Finmœrk est la Laponie actuelle , dont les habitants avaient la réputation d'être sorciers. Ayant passé cette extrémité de l'Europe, Other entra dans le grand golfe nommé aujourd'hui la mer Blanche, alors Quen-Sia, mer des Quènes ou Gandvik ^]. Il visita ensuite la Biarmie ou Permie; c'est la côte habitée par les Samojèdes , le long de la mer Blanche , près de Fembouchure de la Dvina. Les Permiens ou Biarmiens, peuple de la race finnoise ou scythique, s'étendaient jusqu'aux Bulgares, vers les sources du Volga. Le commerce des pelleteries, et peut-être les mines de l'Oural, les enrichissaient. Les princes norvégiens ravageaient souvent ces contrées (^).

» Les noms de Quènss et de Qmenland, par leur ressemblance avec le mot gothique qui signifie femme, donnèrent occasion à tous les écrivains du moyen âge de placer dans l'extrême nord un royaume des Amazones p). Les

(')Zûii^e*e*,Scriplor, rer.Dan. Il, iOQ. Daines Barringion , tbe anglo-saxon version from the hislorian Orosios, by Alfred the Great, etc. Londres, 1773. Other H ff^ulfstan, Peripl.ad calcem ^ri Frode, edit. Bussl. — (>) Eyvind Skaldaspiller, poêle du x« siècle, chez Snorron, Heimskringla, I , cap. 9 , p. 10. —(3) Oiher , ad calcem y4ri Frode , 4 , el 14. — (*) Id. ib. 14. 16. Alfe saga, S.— (5) Torfœi, Hisl.Nonrcg. I, 163 fqq. Schœning, Geogr. norveg. 67.— t®) Chalcocondy las, Corp. Byz. XVI, lib. III, pag. 53. Sturlangs saga, p. 46 Alfs saga, p. 6. Herrands saga, c- 7. p. 24. Her. bersiein, Comm. rer. Moscovit. 86, 164. Muller, Eecueil sur la Russie , III , 339. VI. ICI sqq. elc. , etc. — (7) Geograph. Ravenn. IV, 4 et 46. Paul. Diac. I, 15. Adam. Brem. ap. Liadenbrog, 37, 58, etc.

Qîiènes s'étendaient depuis la mer Blanche jusqu'à Touest du golfe Botimique. Ils touchèrent la frontière de la Norvège. Ces pays, peu habites aujourd'hui, n'étaient alors que des déserts couverts de forêts épaisses (').

» La Suède (ou Suéonie) avait alors des bornes bien plus resserrées qu'aujourd'hui; d'ailleurs les voyages d'Other et de Wulfstan ne les y avaient pas conduits. Il faut donc se garder de conclure du silence d'Alfred sur cette contrée qu'elle était un désert inhabité. Le témoignage de Tacite , d'accord avec les historiens islandais, prouve assez que les Sviones, ou Smar[^)^ formaient, dès le premier siècle ^ plus tôt peut-être, une nation puissante et plus civilisée que les tribus de la Germanie. L*Hérodote du nord explique môme le passage obscur où Tacite parle des Sitones, en nous apprenant qu'une partie de l' Upland, le pays des Up-Sviar, c'est-à-dire te haute Suède , formait un État particulier qui, de sa capitale, prit le nom de Sigtun p).

>» Alfred, en se bornant aux pays visites par Other, ne put nommer que la Scanie, Sckofw^ryla Blekingie, BedngorEg ; le Méore, probablement une partie du Smoland, ainsi que les lies d'Œland et Gothland. Adam de Brème, qui écrivait deux cents ans après lui, feit mention de l'Ostrogothie et de la Vestro* gothie, déjà connues de Jornandès; du Yermeland et des villes de Birca, Sigtuna et Scara {*). Il est le premier qui ait nommé ïHeUingie, qui, long-temps déserte, avait peut-être été à une époque inconnue la demeure des Him$ Scandinaves (^). Les noms des autres provinces de la Suède sont de temps plus modernes (<*). Le royaume de Danemark portait déjà son nom et comprenait les lies de Seland , ou 5i/lande, de Langeland, Laland, Falster et autres, ainsi que le Jutland , où la ville de Sleswik était célèbre sous le nom de Hœthum ('].

a Toutes les relations sur la Scandinavie, depuis le siècle de Pythéas jusqu'à celui d' Al^ fred, offrent des noms gothiques^ D'un autre cêté, la mythologie Scandinave conservée dans

(») Alfred, Oroslas, p. 21-30. — (») Tac. Gcrm. cidessus , p. 291. Snorro, Heimskringla, I, pag. 527. — {yjSnorro, I. 6, Suhm, II, 180. — (*) De situ Daniae, éd. Lindenbrog , c. 231 , 232. Murray , DescripUo terraram septent. s«culis IX, XI, pag. 153.— (') Graberg, Annal, des Voyag. IX. — (<) Lagerbring , HIsl. de la Suède, I, c. 7 , p. 301 (en auédois).— (7) Oth»r et ff^ulfiian , Peiipl. 16 et 18.

UVRE DIX-HUITIÈME

TEdda ne présente que des traits physiques conformes à la nature des pays septentrionaux et des Uft&ges pris dans la vie d*un peuple guerrier et navigateur : c*est un dieu qui invente l'art de patiner; c'est un demi-dieu dont les restes mortels sont brûlés sur un vaisseau lancé à la mer; dans le Valhall même , le bruit des armes se mêle à celui des festins, et J*hydromel remplace le nectar à la table d'Odin. Tout cet ensemble des antiquités Scandinaves, soit poétiques, soit historiques, concourt avec la géographie à nous montrer, depuis les temps les plus reculés, un seul et unic[ue peuple conmie maître de la Scandinavie proprement dite.

» Mais à l'est de la terre héréditaire des Goths, erraient les tribus nomades des Scythes et des Sarmates. Cest aux entreprises des Scandinaves que les dixième et onzième siècles durent quelques notions positives sur ces nations. Déjà nous avons suivi Other et Alfred dans les régions lointaines des Permiens. D*au* très guides nous feront connaître les pays que baigne la mer Baltique.

» Jusqu'en U57, la Finlande n'était que le repaire de sauvages qui exerçaient la piraterie, et qu'on appelait Finnois et Kyriales. Les Finnois, que dans le premier siècle nous avons trouvés établis dans la Pologne actuelle, étaient déjà avant le sixième siècle en possession du pays qui a conservé leur nom (*) ; il paraît que des colonies finnoises pénétrèrent même dans quelques cantons de la Scandinavie. Le golfe de Finlande est appelé Kyriala-Botn dans le dixième ou le onzième siècle ; c'était une des arènes les plus fi*équentées par les pirates Scandinaves (^). Les Suédois, devenus chrétiens , soumirent les côtes de la Finlande vers la fin du douzième siècle. Dans cet intervalle, on bâtit dans le midi du pays la ville d'Abo , nommée en finnois Turku, du mot suédois Torg, qui veut dire une place ou marché. Trompé par ce nom, qu'il ne comprenait point, Adam de Brème a placé des Turcs en Finlande. On bâtit aussi Tavastehous et Yiborg. La mer Baltique, nommée par les Scandinaves Austur^Saltr, c'est-à-dire eau salée d'est, était le théâtre ordinaire où s'élançait une jeunesse avide de combats et de pillage. Les cô-

(•) Jomand. "Reb. GeU 8Î. Paul. Diac, I, 5. — (^} Ualfdan EiiUmons Saga , MSS. de la collection û^Amai Magnceus^ k Copenhague, nO 340, p. 535.

tes méridionale et orientale de cette mer portèrent les noms Scandinaves d*Austurveg, route d'est; d'Eystland, contrée d'est, et aU' très semblables ('). Nous pensons que les mots Epigia et Osericta, ou plutôt Esthia et Osterika,chez Pline, sont des modifications de ces dénominations Scandinaves, sans doute très anciennes. Mais les ténèbres de l'antiquité enveloppent les premières relations entre la Scandinavie et les régions orientales de l'Europe f*). Eginhard écrivit le premier une description de la mer Baltique; mais il n'en connaît pas l'extrémité orientale et se contente de nommer les principales peuplades {^). Le Danois Wulfislan, contemporain d'Other, en donna une description plus complète au roi Alfred. II lui marque en particulier les îles les plus considérables; et outre celles dont on a déjà parlé, il indique l'île de Bomholm sous le nom de Butgendcdand (^), nom que les Scandinaves rendaient plus souvent par Borgundar-Holm (*), et qui rappelle d'une manière frappante les Burgundi^ ou Boui^gnons, peuples autrefois voisins des Gothones sur les bords de la Yistule. Il donne l'embouchure de ce fleuve pour le point de séparation entre le Weonodland, ou le pays des Wendes , et les contrées des Estiens. Il ne connaît pas encore Jumme , on Vineta {^), république célèbre fondée cent ans plus tard par Palnatoke , soumise tantôt aux Normands et tantôt aux Wendes, et enfin détruite par l'archevêque Absalon (^).

» La première description exacte et détaillée de la Prusse est due aux Normands ; cependant ils ne parlèrent point de l'ambre jaune, qui y est si abondant. Wulfstan Mt mention de la Prusse sous le nom de Witland, nom dont on voit des indices dans les Vidiomiens de Jomandès , dans les Vitiens du géographe de Ravenne , et qu'une partie du Samland po^ taiteneore dans le treizième siècle(*). Les Scandinaves donnaient généralementrépithèted*£stiens à tous les peuples qui habitaient à l'est, à l'orient de la Vistule. C'est dans le pays des Estiens que Wulfstan trouva une ville nom-

(') Suhm, II, W; III, 1 17, etc., etc. — (») Id. Il, 165, 168. — P) Eginhartt, Vita Caroli M. edit. SchminkU, p.63. — (*) Peripl. p«g. W. — (*) Snorro, I, c. il, p. 218. — (6) Langebek, Sciiptores Dan. toro.1 ,52, n. k. — ('J Mag. Geogr. de Busching, VIII, 387. Sukm, m, 61, etc. — (•) Diplômes de 1264, cités par l^ay^'. Comment. Âcad. Petrop. Y , 359. Dreger, Cod. dip. Pomer. l, 476.

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

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