CHAPITRE CINQUIÈME
CMF.Wi:. — DÉPARTEMENTS DE LA GIRONDE, DE LOT-ET-GARONNF. , DE TARN-ET-GARONM- , DE l'aVEYRON, DU LOT, DE LA DORDOGNE.
§ I. Aperçu général et limites. — Les pays que nous avons jusqu'à présent décrits (Roussillon , comté de Foix , Gascogne et Béarn) , situés à l'une des extrémités de la France, composés presque entièrement de montagnes qui semblent favoriser l'esprit d'indépendance, ayant des affinités avec la région hispanique par leur climat, leurs productions, leurs mœurs, enfin étant habités par des peuples d'origine ibérique, nous ont paru avoir une physionomie étrangère , hostile , opposée à la France du nord , et leur réunion à l'unité française n'a pu se faire qu'au prix de grandes souffrances et par le double effort de la guerre et de la civilisation. Le pays que nous allons décrire a ce caractère encore mieux marqué : la Guyenne, qui comprend la plus grande partie du bassin de la Garonne, n'est que le noyau ou le débris d'un grand État, Y Aquitaine, qui allait des Pyrénées à la Loire; qui occupait toute cette région géologique dont nous avons vu la destinée naturelle, celle du plateau central; qui , outre la Gascogne, la Béarn, la Guyenne proprement dite, comprenait l'Auvergne, le Limousin, la Saintonge, le Poitou, le Berry; qui, après avoir soutenu une lutte héroïque pour son indépendance contre les Francs de Clovis et de Charlemagne, emprunta dans le moyen âge un drapeau étranger, celui de l'Angleterre, pour renouveler celte lutte; qui , au seizième siècle , embrassa des croyances contraires à celles du nord pour s'en faire des armes de liberté; qui, à l'époque de la Révolution, donna son nom, celui de la Gironde, au parti qui semblait l'ennemi de Paris et de l'unité française; qui cniln , à toutes les époques, sous tous les régimes, a gardé un air de dédain, d'isotome ii. \
lemeut, d'opposition aux provinces du nord, tout en donnant à la Franco quelquesunes de ses plus grandes illustrations: Marot, Palissy, Montaigne, Montesquieu, Fénelon, Lacépède, Desèze, Martignac, Bugcaud, etc.
La Guyenne tire son nom . selon les uns , des Visigoths , qui en avaient fait une partie de leur empire, Gol/iiona; selon les autres, et par corruption, de l'Aquitaine elle-même.
La Guyenne proprement dite s'étendait du nord au sud depuis le confluent de la Dordogne et de la Cère, près de Martel, jusqu'à Nérac, sur la Baîse; et de l'ouest a l'est depuis la pointe de Grave jusque vers Milhau, sur le Tarn. Elle était bornée au nord par la Saintonge, l'Angoumois, le Limousin et l'Auvergne; à l'est et au sud-est par le Languedoc, au sud-ouest par la Gas ogne, et à l'ouest par l'Océan. Elle n'avait pas moins de 640 kilomètres de long sur 132 de large, et une superficie totale de /i.092,271 hectares. On la divisait vulgairement en haute et basse Guyenne: la première comprenait le Rouergne et le Quercy, aujourd'hui départements de i'Aveyron H du Lot; la deuxième le Périgord, le Bordelais, le Mèdoc, le Bazadoit et YAgénois, aujourd'hui départements de la Dordogne, de la Gironde, de Lot-et-Garonne et d? Tarn-el-Garonne.
§ 11. Orographie kt constitution céolociqije. — La Guyenne est généralement un pays de plaines ou faiblement accidenté ; elle ne devient montagneuse que vers le nord , où s'épanouissent les ramifications méridionales des monts du Limousin , d'Auvergne, de la Margeride, et vers l'est, où elle touche lesCévennes; ses montagnes appartiennent donc à la chaîne des Cévennes et à ses contre-forts occidentaux, c'est à-dire au plateau des Causses et à la chaîne entre Loire cl Garonne.
1° Les Cévennes, que nous décrirons dans la province suivante , n'appartiennent à la Guyenne que par la partie septentrionale des monts de YEspinaus, les monts de l'Orb et la partie méridionale des monts Garrigue*, entre les sources du Dourdou, iillluent du Tarn , et celles du Vis, anluent de l'Hérault. Les monts de l'Espinous sont principalement formés de terrains de transition , les monts de l'Orb et les monts Garrigues de terrains jurassiques. On y trouve de riches carrières de schiste, de plâtre et d'argile. La hauteur moyenne de ces montagnes est de 11 à 1200 mètres. Leur versant occidental forme un long plan doucement incliné, quoique fortement accidenté, qui est le commencement du plateau central. La partie de ce plateau qui appartient principalement au Boucrgue est limitée par les monts Laigonat et Lozère, et par le Plomb du Cantal, dont les sommets apparaissent au sud-est et au nord de la contrée.
2° On entend par plateaux des Causses la série de contre-forts qui se détachent de* Cévennes depuis les sources de l'Agout jusqu'à ceUes du Lot , et dont l'ensemble compose la partie sud-est du plateau central. Ces plateaux , ordinairement arides et formés de calcaire jurassique, sont sillonnés par de nombreuses vallées, principalement par celles de l'Agout, du Tarn, de I'Aveyron , du Lot, qui en forment autant de plateaux partiels. La partie la plus importante est celle qui se détache du mont Lozère entre les sources du Tarn et du Lot , sépare ces deux rivières et se bifurque aux sources de I'Aveyron. Tous ces plateaux comprennent un pays mal habité, sans eaux, sans arbres, dévoré par le soleil d'été, et dont la hauteur moyenne est de 800 mètres. Les
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vallées ou plutôt les déchirements par où s'écoulent les rivières ont des flancs trèsescarpés, et leur profondeur est d'environ 3 à 400 mètres.
Les parties les plus importantes des Causses sont : 1° les monts de la Caune, qui réparent le* sources de la Sorgucs et de l'Agout. Ces petites montagnes, plus ondulées que les Causses du centre, sont formées de terrains de transition et renferment des eaux thermales ; elles séparent le Rouergue du Languedoc. 2° La Causse de ÏArzac, vaste plateau calcaire de 120 kilomètres carrés et de 900 mètres de hauteur, hérissé de collines et de rochers, qui s'étend au sud de la Dourbie, entre les monts Garrigues et le cours du Tarn , et descend en pentes abruptes sur la rivière jusque vers le confluent de la Sorgues. Ce sont de hautes plaines stériles, où, sous un ciel élincelant, on fait des lieues entières sans rencontrer un arbre ou un filet d'eau; on y trouve néanmoins de bons pâturages qui nourrissent des moutons très-eslimés. 3° La Causse de Severac, la plus importante de toutes, se détache du mont Lozère entre les sources du Tarn et du Lot, sépare ces deux rivières et se bifurque aux sources de l'Aveyron. Le plateau du sud ou plateau de Levexou, entre le Tarn et l'Aveyron, a une hauteur fie 1,100 mètres, et ses pentes orientales descendent à pic sur le Tarn ; ses pentes occidentales sont, au contraire, assez douces; presque partout on les trouve solitaires et stériles ; ce ne sont que d'immenses pacages où dominent la fougère , l'ajonc épineux et les genêts; l'hiver y est très-rigoureux. Le plateau du nord ou monts du Rouergue, entre l'Aveyron et le Lot, commence par une bande étroite de calcaire jurassique qui court entre Rhodez et Espalion jusque vers Marcillac; il se termine au nord d'Aubin par quelques terrains de trias au milieu desquels se trouvent de riches mines de houille, à peine soupçonnées il y a quarante ans, et que leurs embrasements spontanés ont fait découvrir.
3* La chaîne entre Loire et Garonne, formée successivement par les monts de la Margeride, les monLs d'Auvergne et les monts du Limousin , n'appartient à la Guyenne que par ses contre-forts méridionaux. Le premier et le mieux caractérisé est la chaîne des monts de Sainte-Urcise et d'Aubrac, qui se détache de la masse de la Margeride vers les sources de la Truyère, sépare la Coulagnes et le Lot de la Dès et de la Truyère , et se termine au confluent de la Truyère et du Lot. Leur hauteur moyenne est de 900 à 1,000 mètres. Ces montagnes sont généralement granitiques, mais entre la Guiolle et Sainte-Urcise elles forment un massif volcanisé profondément déchiré et sillonné de précipices à travers lesquels s'échappent une foule de torrents qui vont tomber dans le Lot. On y remarque un grand nombre de basaltes prismatiques et de couleurs diverses dont la disposition rappelle celle des jeux d'orgues.
Le deuxième est le vaste contre-fort entre Lot et Dordogne qui s'étend entre la Truyère et le Lot, d'une part; d'autre part, entre la Dordogne et ses affluents. Il se détache des monts Cantal , et dans l'Auvergne se présente comme une chaîne très-âpre ayant une hauteur de 1,700 mètres. Ce sont des montagnes aux flancs escarpés, confusément enchevêtrés, coupés par des ravins très-profonds et de nombreux torrents; puis !a chaine s'élargit et s'aplatit , et elle ne forme plus qu'un plateau montueux hérissé de fortes collines et creusé de vallées fertiles. Le point culminant de ce plateau est vers les sources de la Bave , la Bastide du Haut-Mont, qui a une hauteur de 760 mètres et d'où l'on jouit d'un horizon immense. A l'est on voit les montagnes
d'Auvergne qui s'élèvent jusqu'à la cime du Cantal ; plus loin apparaît le Poy-de- Domc ; au sud-est on découvre les montagnes d'Aubrac ; au nord on peut suivre les contours des vallées arrosées par la Bave, la Cère, la Dordogne; à l'ouest les regards se perdent dans une plaine immense qui semble s'étendre jusqu'à l'Océan. Des contreforts qui se détachent de ce plateau, les plus remarquables sont ceux qui s'étendent entre la Bave , la Cère et leurs afTIuents.
Les autres contre-forts qui se détachent de la chaîne entre Loire et Garonne appartiennent aux montagnes du Limousin , et nous les décrirons dans cette province. Ils s'étendent entre la Corrèze et la Dordogne, entre la Vezère et l'Isle, entre l'Isle et la Dronne ; leur pente et leur direction sont du nord-est au sud-ouest. Les parties qui descendent dans la Guyenne sont généralement ou bien des plateaux couverts de bruyères, de genêts, de châtaigniers, et où la culture du seigle seul réussit; ou bien des collines escarpées, formées de rochers nus ou couverts de vignes et de bois. Ces plateaux et ces collines n'ont pas plus de 250 mètres d'élévation.
La nature du terrain varie dans la Guyenne par zones h peu près longitudinales , inclinées du nord ouest au sud-est, et qu'on traverse en s'élevant depuis Bordeaux jusqu'au sommet du plateau central. Sur la rive gauche de la Garonne, ce sont des landes qui débordent même sur l'autre rive, vers le confluent de la Dordogne, et constituent la majeure partie du département de la Gironde. Viennent ensuite les terrains tertiaires moyens, qui forment sur la rive droite de la Garonne une zone comprise entre Moissac et Cahors, Marmandc et Bergerac, et qui, se rétrécissant de plus en plus vers le nord-ouest , va se terminer en pointe au nord do Blaye. Ces terrains constituent ainsi une lisière commune aux départements de la Gironde et de la Dordogne, la presque totalité du département de Lot-et-Garonne et la partie orientale du Tarn-et Garonne.
Au nord-est de ces terrains tertiaires moyens se trouve une zone de terrain crétacé inférieur qui forme presque tout le département de la Dordogne. Elle commence par une bande étroite, sur la rive droite du Lot, à l'ouest de Cahors, remonte au nord à l'ouest de Gourdon , s'élargit et s'étend entre Bergerac, d'une part, Sarlat, Périgueux et Nontron, d'autre part, et se prolonge au nord-ouest dans las déj>artements de la Charente et de la Charente-Inférieure pour former tout le pays compris entre Jonzac et Angoulêmc, Royan et Rochefort.
Au delà de cette bande crétacée se rencontre la bande du 8 jurassique dont nous avons parlé précédemment (voir 1. 1", p. 587). Elle est fort étroite lorsqu'elle pénètro de l'Angoumois dans la Guyenne et forme la partie septentrionale du département de la Dordogne; descendant ensuite plus au sud-est, elle vient constituer le plateau du Lot, compris du nord au sud entre Martel et Caussade, de l'ouest à l'est entre Gourdon et Figcac , où il forme vers l'est un angle saillant qui va se joindre aux plateaux des Causses.
Les plateaux calcaires du Lot et des Causses sont séparés par une bande de terrains primitifs qui, fort étroite entre Figeac et Marcillac, s'élargit rapidement au nord dans les déparlements de la Corrèze et du Cantal, pour former la base de tout le plateau central au sud, dans le département de l'Aveyron, dont elle constitue la plus grande partie , et par lequel elle va se rattacher à la montagne Noire.
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Pour compléter celte esquisse géologique, nous ajouterons que la grande vallée de la Garonne et les vallées inférieures du Tarn , du Lot, de la Dordogne, de l'Isls et de la Dronne sont formées de terrains d'alluvion.
$ III. Hydrographie. — Les cours d'eau qui arrosent la Guyenne sont tous compris dans le bassin de la Garonne.
La Garonne, dont le bassin supérieur appartient au Languedoc, sort de cette province en aval de Castel-Sarrazin ; elle a alors les caractères que nous avons indiqués dans l'hydrographie générale de la France (voir t. Ier, p. 559), et sépare ainsi la Lomagne de l'Agénois et la Gascogne de la Guyenne, en baignant sur sa rive droite Agen, Aiguillon, Tonncins et Marmande, où f=a navigation devient plus assurée. Coulant alors à travers le Bazadois et le Bordelais, elle arrose Langon, la Réole et Bordeaux, où sa largeur est de 7 h 800 mètres et sa profondeur de 20 à 30. A 20 kilomètres en aval de cette ville, au lieu appelé le Bec-d Ambez, la Garonne se réunit à la Dordogne, et prend avec elle le nom de Gironde. Elle forme alors un canal embarrassé d'îles et de bancs de sable, qui a depuis 3,000 jusqu'à 14,000 mètres de largeur; il est défendu à gauche par le fort Médoc , à droite par la citadelle de Blaye et au milieu par le fort Pâté, situé dans une Ile. Le fleuve a dans cet endroit 3,800 mètres de large; de là, il laisse à sa gauche le petit port de Pauillac, atteint sa plus grande largeur devant Valayrac, où il semble un bras de mer, a des bords fort tristes, couverts de rochers et de bruyères, se rétrécit jusqu'à 5,000 mètres en face du petit port do Royan, et se jette dans l'Océan. Le fort de Royan, sur la droite, et la batterie de la pointe de Grave, sur la gauche, défendent cette embouchure, en avant de laquelle se trouve la tour de Cordouan, le plus beau des phares de France, dont les feux sont aperçus à plus de 60 kilomètres en mer. Sur les 560 kilomètres qui forment le cours total de la Garonne, 280 environ appartiennent à la Guyenne. La marée se fait sentir en amont de Bordeaux , jusqu'à Langon , sur la Garonne. Pour remédier aux difficultés qu'offre le cours de ce fleuve à la navigation, on lui a construit latéralement un canal qui commence à le remonter par sa rive gauche jusqu'à Agen, où il le traverse; il se dirige alors sur Moissac, où il franchit le Tarn; et descendant ensuite vers Toulouse, va se réunir au canal du Midi , formant ainsi une ligne de navigation non interrompue depuis l'Océan jusqu'à la Méditerranée. Les principaux objets transportés sur la Garonne sont les céréales, les vins, les eaux-de-vio , les fruits , les bois de marine et de construction, les marbres, les pierres de taille, etc.
Les affluents de gauche de la Garonne qui appartiennent à la Guyenne sont : 1° la Baïte, qui a presque tout son cours dans la Gascogne; elle finit dans la Garonne, en face d'Aiguillon; 2° le Ciron, petite rivière de ftO kilomètres, qui naît dans les Landes, passe au sud de Bazas et finit entre Langon et Barsac.
Les affluents de droite de la Garonne sont :
1° Le Tarn, qui naît aux Bois-des-Armes , dans le massif de la Lozère, et traverse d'abord une partie du Languedoc; il entre dans la Guyenne à Milhau, traverse une partie du Rouergue, rentre dans le Languedoc en amont de Montauban, et coule de nouveau dans la Guyenne ; il finit à h kilomètres au-dessous de Moissac, après un cours de 300 kilomètres. Son lit est très-profond, ses bords élevés, et cependant il est sujet à de grands débordements. Il arrose dans la Guyenne, Milhau, Saint-Rome, Montauban , etc.
6 LIVRE HllTIEME.
Le Tarn Yeçoit a gauche : 1* La Dmrbie, qui naît dans les monts Garrigues et finit à Milhau, après kilomètres de cours; sa rive droite est bordée par les rochers calcaires do la Caussc-Xoirc , qui forment un grand nombre de grottes, dont la plus célèbre est celle de la Poujade; 2° le Dourdou, petite rivière de 50 kilomètres de cours, qui r.alt dans les monts de l'Espinous, arrose Pont-de-Camarès et Vabres, et reçoit à droite la Sorgues, qui descend des monts de l'Orb et arrose Sainte-Affriquc.
Le Tarn reçoit à droite : 1» VAveyron, qui naît dans les Causses de Sevcrac, baigne Rhodcz, Villefranche, où il tourne au sud avec une pente très-rapide, reprend sa première direction à son confluent avec le Viaur, passe à Nègrepelisse et va finir entre Monlauban et Moissac, après un cours de 220 kilomètres, navigable depuis Nègrepelisse, sur une longueur d'environ 28 kilomètres. Cette rivière, qui traverse tout le Houcrgue, a un cours dangereux dans lequel elle entraîne soit du sable, soit du limon, qu'elle jette dans les plaines voisines. Son principal affluent est le Viaur, qui prend sa source sur le versant nord-est du Levczon, et, après 100 kilomètres de cours , se jette dans PAveyron au-dessous de Najac.
2° Le Loi (Oltis) , qui naît en Languedoc, sur le revers occidental du mont Lozère, entre en Guyenne en amont de Saint-Geniez , arrose Espalion, Cahors, où il commence à porter bateau, Villeneuve-d'Agen , et finit près d'Aiguillon. Son cours, de 250 kilomètres, est dangereux à cause de ses débordements; son lit est embarrassé et souvent barré de rochers qui rendent la navigation difficile. II reçoit à droite : 1° la Truyère, qui naît dans les monts de la Margeride, a un cours de 160 kilomètres dans une vallée ravineuse de plus de 100 mètres de profondeur, et finit à Entraigucs; 2° le Celle, qui descend des revers méridionaux du Cantal, arroge Fi^eac, finit en aval de Saint-Cirq, après 70 kilomètres de cours.
3" La Dordogne naît en Auvergne, au mont Dore; elle n'entre en Guyenne qu'après avoir reçu la Cèrc; elle traverse tout le Périgord de l'est à l'ouest et arrose Mayronne, où elle devient navigable, Souillac , Bergerac, Castillon , laisse à droite les coteaux de Saint-Émilion, baigne Libournc, où la marée se fait sentir, enfin Bourg, où la rivière, qui a 1,400 mètres de large, se joint a la Garonne au Bec-d'Ambez pour former la Gironde. La Dordogne n'a pas moins de 360 kilomètres de cours, dont 2^0 sont navigables. Le flux y produit le phénomène du mascaret, sorte de barre d'eau haute de /i à 5 mètres qui remonte la rivière pendant 32 kilomètres , en parcourt toutes les sinuosités , augmente sa force par les obstacles que lui présentent les détours et les bancs de sable, enfin renverse tout sur son passage. Les principaux objets de transport sur la Dordogne sont les céréales, les vins, les huiles, les bois, le fer fondu ou forgé , etc.
La Dordogne se grossit à gauche d'un seul affluent remarquable , c'est la Cère, qui n'appartient à la Guyenne que par son confluent. A droite elle reçoit : 1» la Véxère, qui descend du plateau de Mille- Vaches, et n'entre en Guyenne qu'au-dessous de son confluent avec la Corrèze; elle y arrose Montignac, où elle devient navigable, et finit dans la Dordogne, après un cours de 160 kilomètres, dont la plus grande partie appartient au Limousin; 2* YItU, née dans les monts du Limousin, au nord de Saint- Yrieix, coule dans une large vallée, en arrosant Périgueux, où elle devient navigable, et finit à Libourne, après un cours de 200 kilomètres, dont 120 sont navigables. 11
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est grossi d'un grand nombre d'affluents, parmi lesquels nous citerons : à gauche, la haute l'itère, qui naît dans le Limousin et finit en amont de Périgueux; et à droite : la Dronne, qui vient des étangs de Bressieux, dans les monts du Limousin, arrose Brantôme, Riberac, Coutras, et finit en face de Laubardemont.
S IV. Aspkct général. — La Guyenne se trouve naturellement divisée en deux régions distinctes : la haute Guyenne , pays de plateaux ou de montagnes ; la basse Guyenne, pays de plaines et de landes. Ges deux régions, comprenant la plus grande partie du vaste bassin de la Garonne, doivent présenter des pays très-divers et des aspects très-différents.
Ce qui frappe d'abord en venant du côté de l'Océan, c'est le triste pays des Landes, qui comprend presque toute la région sud-ouest de la Guyenne, depuis le Leyre jusqu'à la Gironde, vers laquelle il se termine par une région couverte de marais en partie desséchés, mais qui exhalent encore des miasmes dangereux. Nous avons vu dans la description de la Gascogne que ces vastes plaines humides et sablonneuses, malsaines et à peine habitées, confinent avec l'Océan par une z:>ne de dunes envahissantes dont on essaie aujourd'hui d'arrêter la marche; leurs ravages sont attestés par l'envahissement de villages et de forêts dont on aperçoit encore les cimes au milieu des sables. Les landes s'arrêtent à la rive gauche de la Gironde ; là , elles sont remplacées par les coteaux rocailleux du Médoc et de Grave. Le vignoble du haut Médoc, le plus célèbre des vignobles de la Guyenne, forme une bande de 50 kilomètres de long sur une largeur d'un à deux kilomètres; on y rencontre de fertiles dépôts d'alluvion occupés par des prairies, des marais, des landes, et enfin ces collines graveleuses qui donnent depuis des siècles une précieuse récolte sur un fonds impropre à tout autre produit. De là , si l'on passe sur l'autre rive du fleuve on trouve les coteaux non moins célèbres de Saint-Émilion, voisins de la Dordogne, les vignobles d'Entretleux-Mers, dans le promontoire qui finit au Bec-d'Ambez, ceux des Paiut, dans les plaines limoneuses et fécondes que les deux rivières fertilisent de leurs grasses alluvions.
En remontant la vallée de la Garonne en amont de Bordeaux, on laisse à droite les plaines stériles du Condomois qui s'étendent jusqu'à la Baïse, et l'on pénètre dans l'Agénois, pays généralement plat et réputé le plus fertile de toute la Guyenne. La partie comprise entre la Garonne et la Dordogne, et que traverse le cours inférieur du Lot, est merveilleusement arrosée et presque uniquement formée de terrains tertiaires ou de terres d'alluvion d'une grande fécondité. La vallée de la Garonno présente surtout le plus bel aspect. Tandis que sur sa rive gauche, à l'est de la Baïse, et à travers les oseraies ou les peupliers qui bordent le fleuve , on voit les plaines de la Lomagne magnifiquement cultivées se dérouler à perte de vue, la rive droite, dont un rideau de basses collines suit les nombreuses sinuosités, est couronnée de vignes et de bois au milieu desquels apparaissent une foule de villages ou de vieilles villes placées comme à dessein dans les positions les plus pittoresques. A mesure qu'on s'avance à l'orient , la vallée de la Garonne s'ouvre de plus en plus, en conservant sa fertilité. Dans le département de Tarn-et-Garonnc , c'est moins une vallée qu'une plaine formée de terrains d'alluvion, l'une des plus délicieuses, l'une des plus fécondes de la France, et qui atteint sa plus grande étendue vers le confluent du Tarn. La vallée de ce der-
nier cours d'eau est également large, presque aussi fertile; mais ses bords, à berges élevées, sont moins pittoresques. Quant à la vallée de l'Aveyron, elle est principalement formée d'une argile limoneuse et mêlée de sable. Moins encaissée que le Tarn, la rivière a des rives plus belles, dont l'horizon est terminé par de riantes collines. Toute cette partie de la Guyenne est très-fertile en céréales et en vins, dont on convertit une bonne partie en eaux-de-vie ; le mûrier blanc y vient bien, et l'on y eiève des mulets et de la volaille.
Si maintenant nous quittons la vallée de la Garonne pour revenir à celle de la Dordogne, nous verrons, en avançant vers le nord et en remontant les pentes douces du Périgord, changer la nature du sol et l'aspect du pays.
Les vallées inférieures de la Dordogne au-dessous de Bergerac, de l'isle, en aval de Périgueux et de la Dronne, formées de terrains d'alluvion, offrent bien encore sur leurs rives de belles prairies, des terres bien cultivées et une riche végétation ; mais, à l'exception de ces vallées, le sol est partout peu productif. Le Périgord est en effet un pays coupé d'étroits ravins, où coulent de nombreux torrents, mamelonné de hauteurs plus ou moins escarpées , dernières ramifications des monts du Limousin. Ces hauteurs, souvent arides, sont interrompues par de vastes plateaux où l'on trouve, pour toute végétation , des genêts, des bruyères et des forêts de châtaigniers dont les fruits suppléent à l'insuOisance des céréales et forment la principale ressource des habitants. Dans ce pays, formé de terrains crétacés inférieurs, où la roche calcaire se montre souvent à nu, et où les marécages sont fréquents, les terroirs fertiles hors des grandes vallées n'apparaissent que comme des oasis. Toutefois la récolte en vins y dépasse de beaucoup les besoins de la consommation , et les richesses minérales sont considérables.
Au delà de Vïlleneuve-d'Agen , de Moissac et de Montauban commence la haute Guyenne, formée de vastes plateaux superposés, s'étageant les uns au-dessus des autres dans les Causses et se prolongeant vers l'est ou le nord-est jusqu'aux montagnes des Cévennes ou du Cantal. Cette partie de la Guyenne offre deux caractères assez différents : tandis que la région de l'ouest et du centre, plus basse, plus unie, composée alternativement de plaines et de hauteurs, de coteaux et de vallées également fertiles, présente un aspect agréable, la région orientale constitue un des pays les plus montagneux, les plus âpres, les plus stériles de la France; les communications y deviennent presque impossibles pendant une grande partie de l'année , et la contrée reste alors ensevelie sous la neige.
Dans le Quercy, il y a trois régions bien distinctes; les vallées inférieures, élevées de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui sont de la plus grande fertilité et riches en marne et en argile; les plateaux calcaires du centre, qui composent la plus grande partie de la province et dont l'altitude moyenne est de 450 mètres, enfin la haute région directement appuyée aux massifs du Cantal et qui est hérissée en tous sens de montagnes primitives d'une médiocre hauteur, entrecoupées de profonds ravins.
Le Rouergue est plus montagneux encore, et constitue l'un des pays les plus élevés de la France ; un tiers des terrains y reste inculte ; le centre et l'ouest surtout sont infertiles et occupés seulement par des bruyères ou des landes; le nord, essen-
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lielleinenl montiicux et raviné, est formé d'un sol de gravier où ne croissent guère que les châtaigniers; les parties méridionale et orientale présentent seules des vallées fertiles, des coteaux où la vigne réussit, des prairies et des pâturages abondants. On trouve d'ailleurs de nombreuses forêts sur les flancs des monts de l'Espinous, Garrigues et d'Aubrac.
Le climat varie suivant les régions. Dans les parties montagneuses du Périgord, du Quercy et du Rouergue, généralement situées à 5 ou 600 mètres de hauteur, l'air est le plus souvent froid et humide; l'hiver est long et rigoureux, et les étés, dont la durée n'excède pas trois mois, sont tempérés. Dans les plateaux calcaires occupant le centre de ces mOmes provinces, l'air devient moins humide et le climat moins âpre. Dans les grandes vallées enfin, situées au pied des plateaux de la région centrale, l'on jouit de la température la plus douce et du climat le plus heureux. Le climat se modifie encore dans la partie occidentale de la Guyenne; ainsi les chaleurs sont très-grandes dans quelques parties de PAgénois, notamment entre la Garonne et le Tarn. Dans le Bordelais et le Médoc , les brouillards et les pluies sont très-fréquents. Dans les Landes enfin , l'hiver est glacial , et l'été sec et brûlant.
§ V. Histoire. — Au temps de César, le nom d'Aquitaine était donné au pays situé entre les Pyrénées et la Garonne ; après la conquête il fut étendu à tout le pays jusqu'à la Loire. Au quatrième siècle , on divisa l'Aquitaine en trois parties ; Aquitaine première, chef-lieu, Avaricum (Bourges) ; Aquitaine deuxième, chef-lieu, Burdigala (Bordeaux); Aquitaine troisième ou Novempopulanie , chef-lieu, Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand). Les principaux peuples de ces trois provinces étaient : les Rhuteni (Rouergue) et les Cadurci (Quercy) , qui appartenaient à l'Aquitaine première ; les Pctrocorii (Périgord), les Nitiobrige» (Agénois), les Biluriges-Vhuci (Bordelais), les Medulli (Médoc), qui appartenaient à l'Aquitaine deuxième; les Boii (Landes) et les Vasattt (Bazadois), qui appartenaient à l'Aquitaine troisième.
L'Aquitaine s'était formée à la civilisation romaine lorsque les barbares envahirent la Gaule. Après de nombreux ravages les Visigoths s'établirent dans la partie méridionale, et firent de Toulouse leur capitale; les trois Aquitaines se trouvèrent presque entièrement comprises dans leur empire. Cet empire fut renversé par les Francs, qui firent la conquête de l'Aquitaine ; mais alors commença entre les conquérants du Nord et les habitants du Midi une lutte qui devait durer plusieurs siècles. L'Aquitaine parvint à reprendre son indépendance sous le duc Eudes ; mais envahie par les Arabes , elle appela les Francs à sa délivrance. Quand les Arabes eurent été vaincus et rejetés au delà des Pyrénées , la lutte recommença entre les Aquitains et les Francs. Après une ^guerre de trente ans marquée par d'effroyables ravages, la Gaule méridionale fut de nouveau soumise (768) aux rois du Nord , mais celte deuxième conquête ne fut pas définitive.
Charlemagne, pour donner satisfaction à l'esprit d'indépendance des Aquitains, fil de toute la Gaule méridionale un royaume qu'il donna à l'un de ses fils (781), Louis le Débonnaire, et qui fut subdivisé en comtés. Alors apparurent les comtés de Bordeaux, de Périgord, d' Agénois, de Quercy, etc. Dans le premier démembrement de l'empire de Charlemagne, l'Aquitaine garda son indépendance, et à Louis le Débonnaire succédèrent Pépin son fils et Pépin H son petit-fils. Celui-ci fut dépouillé par Charles le
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Chauve, qui, malgré la résistance des Aquitains, lui donna pour roi l'un de ses fils sous la tutelle de trois seigneurs qui étaient les vrais maîtres du pays , les comtes ou marquis de Toulouse, de Gothie et d'Auvergne, tous trois nommés Bernard. L'un d'eux, le comte de Gothie ou de Guyenne, devint, dans le deuxième démembrement de l'empire de Charlemagne, la tige des ducs d'Aquitaine (880). Le duché comprenait les comtés de Poitou, de Limousin et de Saintonge, avec la suzeraineté sur la Marche, l'Angoumois, le Périgord, l'Auvergne, le Velay. Il s'agrandit en 1036 du duché de Gascogne, et avec lui du Bordelais, des Landes et de l'Agénois, qui en faisaient alors partie. Le duché d'Aquitaine compte onze ducs héréditaires jusqu'à Guilhem ou Guillaume X, dont la fille Aliéner épousa d'abord le roi de France Louis VII , dit le Jeune, au grand déplaisir des Aquitains, qui crurent leur indépendance perdue (1137); mais le divorce de Beaugcncy (1151) ayant rendu à Aliénor sa dot et sa liberté, cette princesse épousa en secondes noces Henri Plantagenct (1152), comte d'Anjou, qui devint roi d'Angleterre deux ans plus tard : elle lui apporta ses États.
La lutte entre le nord et le midi de la France recommença tantôt sous la forme d'une rivalité entre les Capétiens et les Plantagenets, tantôt sous la forme d'une guerre de religion. La Guyenne prit part à toutes deux. Le Poitou, le Limousin , la Saintonge, l'Auvergne, furent conquis par les rois Philippe- Auguste , Louis VIII et saint Louis; l'Agénois, le Quercy, le Rouergue furent ravagés par la croisade contre les Albigeois. Les autres parties de l'Aquitaine ne prirent qu'une faible part à la guerre religieuse ; elles restèrent soumises et affectionnées aux rois d'Angleterre, sous lesquels elles jouissaient d'une véritable indépendance. Quand les rois anglais revendiquèrent la couronne de France sur les Valois, ils furent soutenus principalement dans leurs prétentions par leurs vassaux et sujets de l'Aquitaine, et la bataille de Poitiers, ainsi que les autres victoires des rois d'Angleterre, fut réellement gagnée par les Gascons sur les hommes du Nord. La Guyenne continua à servir la cause anglaise dans ses revers comme dans ses succès, et lorsque celle-ci succomba, elle fut aussi définitivement vaincue et réunie à la France. Ce fut, au bout décent ans de guerres, sous Charles VII et après la bataille de Castillon (1653).
En devenant française , la Guyenne garda son antipathie contre les hommes du Nord , et tels étaient son amour d'indépendance, sa foi dans sa personnalité, son orgueil de race et de position, qu'elle prit part à toutes les rébellions contre les rois de France. Ainsi elle soutint successivement Charles de Berry révolté contre son frère Louis XI, et le duc d'Orléans révolté contre Anne de Beaujcu ; elle s'insurgea tout entière pour s'opposer à l'établissement de la gabelle en 15/18; enfin elle embrassa le calvinisme avec ardeur et s'en fit un moyen de résistance contre la domination royale pendant plus d'un siècle.
L'avéncment du Gascon Henri IV lui parut, comme à toutes les provinces méridionales, un triomphe; mais l'effet en fut peu durable, car tous les hommes du Midi qui ont pris part au gouvernement de la France , loin de favoriser les idées d'indépendance provinciale, ont travaillé, autant que ceux du Nord, à la réalisation de l'unité française. Aussi la Guyenne recommença sa guerre contre la royauté sous Louis XIII, et ce fu,t l'une des plus terribles : toutes ces cités, aujourd'hui oubliées, et dont les noms remplissent l'histoire de ce siècle, Milhau, Nègrepelisse, Sainte- Affrique , etc., qui
GUYENNE
avaient eu une longue existence communale, et à l'ombre du calvinisme étaient devenues de petites républiques pleines de haine contre la Babylone du Nord , furent ravagées, démantelées, dépeuplées. La Guyenne fut encore une fois conquise et soumise; mais tous ses désastres ne l'empêchèrent pas de faire un suprême effort, et, à l'époque de la Fronde , de prendre part à la dernière campagne des provinces contre Paris ou de la féodalité contre la monarchie. On sait quel rôle elle joua pendant la révolulion, de quel illustre et malheureux parti elle fut le foyer, comment cette province, hostile pendant des siècles aux rois de France, devint le centre du royalisme quand le Nord fut devenu révolutionnaire : c'était la conséquence de toute son histoire ; on sait enfin que, en I8I/1, la Guyenne fut la première province à se prononcer contre le gouvernement impérial et à proclamer les Bourbons.
Grâce à cet esprit provincial si vivace , si opiniâtre , si énergique , la plupart des villes de la Guyenne, comme celles des provinces que nous avons déjà décrites, comme celles du Languedoc qui ont tant d'affinités avec ce pays, ont conservé en partie leur physionomie originale, leur caractère propre, des traits à part; elles ont moins que les villes du centre et du nord cette vie glacée, subalterne, uniforme que produit la rentralisation; elles sont pleines de souvenirs. A voir les cités du Quercy, du Roue~-gue ou du Férigord, perchées sur des hauteurs ou assises sur des cours d'eau, dans des sites pittoresques, avec leurs vieilles murailles, leurs vieilles églises, leurs débris de vieux châteaux qu'elles ont le bon goût de conserver; à voir ces populations, qui semblent, par leur physionomie, leurs idées, leurs habitudes, leur langage, n'avoir, pour ainsi dire, de Français que le nom, on comprend leurs destinées et leur histoire, on se sent plein de sympathie pour leurs efforts et leurs souffrances, et l'on voudrait que l'unité française eût été achetée par moins de sang et de larmes.
La Guyenne, en 1789, formait deux généralités, celle de Monlauban, qui comprenait la haute Guyenne, cl celle de Bordeaux, qui, outre la basse Guyenne, comprenait une bonne partie de la Gascogne. Pour l'administration de la justice, il y avait à Bordeaux un parlement établi par Louis XI auquel ressortissait toute la généralité de Bordeaux. De ce parlement dépendaient neuf sénéchaussées. Quant à la haute Guyenne, ou généralité de Monlauban, elle était du ressort du parlement de Toulouse et renfermait quatre sénéchaussées. La population de la Guyenne était d'environ 530,000 habitants pour la généralité de Monlauban, et 970,000 habitants pour toute la généralité de Bardeaux, ce qui forme pour les deux Guyennes une population totale de 1,500,000 habitants. Aujourd'hui , le chiffre de la population des six départements qu'elle a formés s'élève à 2,389,Ji81 habitants.
§ VI. Population, caractère, moeurs, etc.— Le caractère et les mœurs des habitants de la Guyenne varient suivant les différenles parties de cette province, et offrent partout de l'analogie avec ceux -des pays auxquels ils confinent. C'est ainsi que les habitants de la rive droite de la Garonne (Bordelais, Agénois, Bazadois) ont de grandes ressemblances avec ceux de la rive gauche ; les uns et les autres sont confondus sous le même nom de Gascons. De même dans les provinces extrêmes , les habitants de la Guyenne se rapprochent de leurs voisins du Limousin, de l'Auvergne ou des Cévennes. Quant h la civilisation et à l'instruction, on remarque en général qu'elles vont en décroissant des bords de la Garonne aux premiers plateaux du nord et de l'est, et de
ces plateaux aux montagnes. D'après cela , on peut appliquer aux habitants des basses vallées de la Guyenne ce que nous avons dit précédemment des Gascons. Depuis Montauban jusqu'à Bordeaux , on retrouve presque partout dans les villes la même vivacité, la même finesse d'esprit , la môme richesse d'imagination, la même aptitude à toutes les carrières, comme aussi on retrouve généralement les mêmes défauts, trop de confiance, trop de personnalité, trop d'esprit d'intrigue, de la loquacité, de la turbulence, l'amour passionné des plaisirs. Dans ces mêmes contrées, le peuple des campagnes est généralement sobre, laborieux, patient, et de mœurs honnêtes; il est plus c raintif que turbulent, ne commet point d'excès et a une dévotion plus ardente qu'éclairée. D'ailleurs, ces pays ont donné à la France de bons soldats et d'illustres généraux. Le Bordelais fournit d'excellents marins.
Si l'on quitte actuellement les belles vallées de l'isle ou de la Dordogne et qu'on s'élève sur les plateaux , on trouve dans leurs habitants un attachement opiniâtre aux vieilles habitudes, une économie presque sordide, une piété poussée jusqu'à l'extrême superstition, une grande ignorance, de la répulsion pour tout progrès, pour tout changement, même pour le bien-être et la civilisation. Ces populations sont d'ailleurs bonnes, honnêtes et hospitalières. Les caractères physiques changent comme les caractères moraux. Les populations vives, fortes et bien constituées des vallées lu Lot, du département de la Dordogne, font place à une population chétive qui se ressent, comme celle des Landes, de l'ingratitude du sol qu'elle habite.
Dans le Qucrcy, on trouve d'assez grandes différences entre les habitants des montagnes et ceux des plateaux ou des vallées ; ces derniers sont adonnés surtout à l'agriculture et à la garde des troupeaux ; ils sont en général peu éclairés, peu intelligents, mais aussi plus robustes et moins querelleurs que les habitants des montagnes. Ceuxci, pauvres, chétifs, mal logés et mal nourris, sont irritables, haineux, disputeurs, ignorants, à demi farouches et sauvages; ils croient encore aux sorciers et aux sortilèges; cependant, malgré leur misère, ils sont très-attachés à leurs montagnes et les quittent rarement. D'ailleurs, dans le Qucrcy, habitants des plaines et habitants des hauteurs sont également braves et se montrent les dignes descendants des anciens Cadurci.
Les habitants du Rouergue se font remarquer par leur taille ramassée et un peu massive , leur constitution nerveuse , le calme de leur regard et de leur maintien. Leur abord est brusque et froid , et cependant ils ne manquent ni de chaleur ni de franchise. Ils sont braves, intelligents, réussissent dans les arts et les sciences, et sont très-aptes au métier des armes. Mais esclaves des coutumes , économes jusqu'à l'avarice , ils sont prompts à s'enflammer et à se servir de leur couteau ou capuchadou. Les femmes sont fraîches et bien faites , mais leur beauté passe vite , car leur condition est malheureuse ; et dès leur plus jeune âge elles sont livrées aux travaux de la terre.
Les habitants du Tarn -et -Garonne offrent de grandes analogies avec ceux de l'Aveyron. Patients , laborieux , braves comme eux , ils ont aussi les passions ardentes et le goût des armes. La civilisation y est plus avancée, et Mon'.auban se distingue par ses mœurs polies et hospitalières.
Dans presque toute la Guyenne on parle le gascon ou ses patois; dans le Bordelais
GUYENNE
ot l'Agénois, il se fait remarquer par son zézaiement et les é fermés; dans le Rouergue , c'est un dialecte de la langue d'oc ; dans le Périgord , un patois limousin ; dans le Quercy, un dialecte très-analogue à celui du Rouergue; enfin dans le département de Tarn-ct-Garonne, on se sert d'un patois harmonieux, riche en mots latins et qui se prête facilement aux images et à la poésie.
§ VII. DÉPARTEMENT DE LA GlRONDE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE , COMMERCE , ETC. —
Le département de la Gironde est formé d'une partie de la Guyenne (Bordetais, 754, 149 hect. ; Périgord, Z16, 125 hect.; Agénois, 14,300 hect.; Bazadois, 210,353). Sa superficie totale est de 1,082,552 hectares; c'est le plus grand département de toute la France. Sa population était, en 1801, de 502,723 habitants; en 1821, de 522,041 habitants; en 1841, de 568,034 habitants; elle est aujourd'hui de 614,387 habitants.
La Gironde a pour chef-lieu Bordeaux , et forme six arrondissements ainsi subdivisés:
Arrondissement do Baïas . . . 7 cautonft, 69 communes, 55, 1 1 2 habitants.
— de Blaye. ... 4 — 56 — 59,460 —
— de Bordeaux. . 18 — 155 — 296,63?. —
— de la Réole . 6 — 104 — 52,393 —
— deLesparre. . 4 — 30 — 39,677 —
— de Libourne. . 9 — t32 — 111,104 —
C arrondissements. ....... 4s cantons, 546 communes, Cli.asT liabitariU.
Ce département forme le diocèse de l'archevêché de Bordeaux ; il possède pour lo culte calviniste 3 consistoires (Bordeaux, Sainte-Foix et Gensac), un oratoire (Libourne) et 13 écoles protestantes; pour le culte israélite, un consistoire et une synagogue à Bordeaux. Il renferme une cour d'appel, 6 tribunaux de 1" instance, 3 tribunaux de commerce (Bordeaux, Libourne, Blaye); un lycée à Bordeaux, 3 collèges (Blaye, Libourne, la Réole), une école normale primaire, 9 écoles supérieures, dont 5 communales, 900 écoles élémentaires, dont 375 communales, 190 classes d'adultes, etc. Il forme une subdivision de la 14' division militaire (Bordeaux), et contient 4 places fortes : la citadelle de Blaye , les forts Pâté et Médoc et le fort de Royan. Les côtes sont comprises dans le 4e arrondissement maritime (Rochcfort).
Le département de la Gironde est un pays essentiellement agricole; il est bas et plat, et formé au sud et au sud-ouest par une vaste étendue de landes comprise entre la Gironde et la côte où elles se terminent par une lisière de dunes ou montagnes de sable qui ne couvrent pas moins de 51,636 hectares; nous avons dit ailleurs que l'on travaillait à fixer ces sables mouvants. Sur les côtes se trouvent du nord au sud les ('•tangs de Carcans et de la Canau qui communiquent entre eux , et déversent leurs :aux dans le grand bassin d'Arcachon, situé à l'extrémité sud-ouest du département; ce dernier communique avec la mer. Tandis que les landes n'offrent que de vastes forêts d'arbres résineux , le pays au nord de la Garonne et au sud de la Dordogne , vi qu'on appelle Enlre-deux-Mers , devient aussi fertile que pittoresque et offre les sites les plus variés. La partie la plus septentrionale du département, c'est-à-dire celle qui est comprise entre la Dordogne et la Dronne, est formée de coteaux calcaires couverts de vignobles et entrecoupés par de nombreuses et belles vallées.
On estime que le département renferme environ 180,000 hectares mis en culture,
ilt LIVRE HUITIÈME.
160,000 hcclares de vignes, 106,710 hectares de bois, 65,000 de prairies, elc. Sa principale richesse est dans la culture de la vigne, qui occupe près de 230.000 individus et donne un produit annuel de 2,280,000 hectolitres; le territoire vignoble se subdivise ainsi : le Médoc et les Graves, sur la rive gauche de la Gironde; les côtes ou coteaux de la rive droite de la Garonne, en amont du Bec-d'Ambez; les côtes de Saint-Êmilion ou côtes des bords de la Dordogne au-dessus de Libourne; le Bourgeois, coteaux de la rive droite de la Dordogne en aval de Libourne; enfin les Palus ou terres d'alluvion des bords de la Garonne et de la Dordogne, et V Entre-deux Mers, pays entre Garonne et Dordogne. Les crus les plus estimés sont ceux de Lafjilte, Latour, Château- Margaux, Haut-Brion, Saint- Emiiion , Saulernc, etc.
Outre ses vins, la Gironde produit encore d'excellents fruits, des céréales en quantité insunisante pour sa consommation, beaucoup de châtaignes, du chanvre et des bois. Il renferme à peu près 25,000 chevaux, 2,000 mulets, 10,000 ânes, 110,000 têtes de gros bétail, 620,000 moutons, plus de 60,000 porcs et de 6,000 chèvres. Un certain nombre de propriétaires s'occupent beaucoup de la propagation des mérinos et des moutons anglais à longue laine.
Les richesses minérales consistent dans de belles carrières de pierre à bâtir, du sable de verrerie, de la terre de poterie et surtout dans les marais salants. Il y a un établissement de bains de mer à la Teste de Buch.
L'industrie, excepté à Bordeaux, est peu variée : elle consiste en usines à fer et en forges d'allinerie donnant pour plus de 200,000 fr. de produits; en scieries de planches, corderies, tanneries, huileries, verreries, poteries et fabriques de goudron. Le commerce est très-actif eteonsiste principalement dans l'exportation des vins et l'importation des denrées coloniales.
Le département possède 7 roules impériales sur 615 kilomètres, 19 routes départementales sur 596 kilomètres, 10,563 chemins vicinaux sur 10,563 kilomètres , enfin 5 rivières navigables sur 628 kilomètres.
§ VIII. Département delà Gmonde. — Description des villes. — Bordeaux, ancienne capitale de la Guyenne, est aujourd'hui le chef-lieu du département de la Gironde, le siège d'un archevêché et d'une cour d'appel , le quartier général de la 16' division militaire, etc.; elle a des tribunaux de 1™ instance et de commerce, un lycée, une Académie universitaire, une église consistoriale calviniste, etc. Sa population est de 130,977 habitants. Sa distance de Paris est de 383 kilomètres par le chemin de fer. Elle est située dans une grande plaine, sur la rive gauche de la Garonne, a 22 kilomètres de son embouchure. Le fleuve y forme un vaste port bordé de quais superbes et de beaux édifices, ayant un développement de 5,700 mètres sur une largeur de 000 ; il peut contenir 1 ,200 bâtiments de commerce de 5 à 600 tonneaux.
Bordeaux a la forme d'un vaste croissant qui s'appuie sur le demi-cercle que forme le fleuve. Une longue et belle rue, celle du Chapeau-Rouge, allant de l'est à l'ouest, partage la ville en deux parties, l'ancienne et la nouvelle. La première, située au sud, est tortueuse, mal bâtie, irrégulière comme toutes les vieilles villes; la seconde, située au nord, est coupée de belles rues, de belles promenades, et renferme de magnifiques constructions. On y remarque la place des Quinconces ouverte sur l'emplacement du Château-Trompette, bâti par Charles VII pour maintenir la ville et démoli en 1817.
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Les principaux édifices sont la cathédrale, construite au treizième siècle; le théâtre, l'un des plus beaux qui soient en Europe; le pont magnifique de 17 arches qui unit la rive gauche de la Garonne à la rive droite, et qui a une longueur de 487 mètres sur 15 de large, etc.
L'industrie de Bordeaux est très-variée ; elle consiste en fabriques de toile et d'étoffes de laine, en distilleries, raffineries de sucre, verreries, construction de navires, etc. Son commerce est immense et se fait principalement avec l'Amérique : il consiste pour l'exportation en vins, eaux-de-vie, pour l'importation en denrées coloniales dont Bordeaux fournit tout l'ouest et le centre de la France.
L'histoire de cette ville est celle de la Guyenne, et tout ce que nous avons dit des révolutions de la province, de ses passions, de son opposition à la France du nord, s'applique spécialement à Bordeaux. Bordeaux est pour le sud-ouest de la France une sorte de capitale qui imite et dédaigne Paris, et qui cherche à rivaliser avec lui par son luxe, ses mœurs fastueuses, ses grandes fortunes commerciales, mais à qui il manque surtout le goût des lettres et des arts. On y trouve néanmoins une riche bibliothèque, un musée, un cabinet d'histoire naturelle, etc. De nombreuses célébrités y sont nées: le poëte Ausone , le pape Clément V, le médecin Magendie, les orateurs de la Gironde, Gensonné, Fonfrède et Ducos, le ministre Martignac, les généraux Nansouty et Boudet , etc.
Battu, chef-lieu d'arrondissement, est une petite ville de 4,500 habitants, située sur un rocher que baigne un petit affluent de la Garonne ; elle est généralement mal bâtie, et n'a de remarquable que sa cathédrale, qui date du treizième siècle. Son industrie consiste en verreries et en tanneries ; son commerce, en grains et bestiaux. Bazas était du temps des Bomains la ville des Votâtes; vers la fin du cinquième siècle , elle devint le siège d'un évêché , et fut plus tard la capitale du ttazadoit, compris dans les déparlements de la Gironde et de Lot-et-Garonne.
Blaye, chef-lieu d'arrondissement, de 4,174 habitants, est adossée en amphithéâtre à un rocher sur la rive droite de la Gironde , qui a en cet endroit 4 kilomètres de large. Elle se divise en haute et basse ville : la première est fortifiée et bâtie sur l'emplacement d'un ancien château ; elle croise ses feux sur la Gironde avec ceux du fort Médoc, situé sur la rive gauche, et du fort Pâté, construit au milieu du fleuve. La ville basse , qui est la partie la plus peuplée , a un chantier de construction pour les navires de cabotage , et fait un grand commerce de vins , d'eaux-de-vie , de bois de construction ; son industrie consiste en fabriques de toile, en verreries et en distilleries. Blaye a toujours eu une grande importance comme position militaire, et elle figure à l'époque de la domination romaine sous le nom de Castrum Blavium. Elle joua un rôle considérable au moyen âge dans les guerres contre les Anglais , et au seizième siècle pendant les guerres de religion , à la fin desquelles elle prit parti pour la Ligue et appela les Espagnols. La citadelle de Blaye est célèbre à notre époque pour avoir servi de prison à la duchesse de Berry.
La Réote (3,837 hab.), chef-lieu d'arrondissement, est située à la rive droite de la Garonne sur la pente d'une colline escarpée; ses rues sont étroites et tortueuses, et elle ne présento point d'édifices remarquables; mais c'est un des marchés les plus importants du département pour les grains, les vins, les vinaigres, les eaux-de-vie, etc.
La Réole, dont l'origine est très-ancienne, faisait partie de l'ancien Bazadois; elle fui assiégée en 1345 par les Anglais, et ne céda qu'après une défense héroïque. C'est la patrie des frères Faucher, condamnés à mort en 1815.
Letparre (1,500 hab.), chef-lieu d'arrondissement, est une petite ville située à environ 8 kilomètres de la Gironde sur la rive gauche, dans un pays bas et plat, mais riche en grains et en vignes ; elle fait un grand commerce de fruits.
Libmtrne (9,800 hab.), chef-lieu d'arrondissement, est située sur la rive droite de la Dordogne au confluent de l'isle, et dans un pays riche et agréable ; elle a un port qui peut recevoir des navires de 300 tonneaux. C'est une ville bien bâtie , qui renferme de nombreux établissements publics , et qui fait un commerce considérable de vins, de fer et de houille : son industrie consiste en filatures de coton, en verreries, en tanneries : il y a aussi un chantier de construction pour les petits navires. Cette ville, dont l'origine est très -ancienne, a subi plusieurs sièges pendant les guerres des Anglais.
La Brède est un bourg de 1,300 habitants, situé à environ quatre lieues au sud de Bordeaux , et remarquable par son château, où naquit Montesquieu, en 1689.
La Teste de Buch est un petit port situé à 55 kilomètres de Bordeaux sur le bord du bassin d'Arcacbon; elle a une population de 3,450 habitants adonnés exclusivement à la pêche , et se relie à Bordeaux par un chemin de fer. On y remarque encore quelques vestiges de l'ancienne résidence des Captaux de Buch.
Ungon, bâtie irrégulièrement sur la rive gauche de la Garonne, avec un pont suspendu sur le fleuve , est une ville qui fait un commerce considérable de vins et d'eauxde-vie. Elle était autrefois fortifiée.
Ilovrg, petite ville de 2,300 habitants, est située sur la rive droite de la Gironde, vis-à-vis du Bec-d'Ambcz : on y remarque les ruines d'une ancienne abbaye fondée en 1124.
Pauillac, petite ville de 3,800 habitants, est située sur la rive gauche de la Gironde; c'est un port de relâche pour les navires qui remontent la Gironde.
Ctutillon, petite ville de 3,000 habitants, est située sur la rive droite de la Dordogne, et n'offre rien de remarquable. C'est près de cette ville que fut livrée, en 1451, la célôbrc bataille perdue par les Anglais, à la suite de laquelle les Français soumirent Bordeaux et la Guyenne.
Contrat, petite ville de 3,300 habitants, est située dans l'angle formé par l'isle et la Dronne. Ce fut sous les murs de cette ville que Henri IV, alors roi de Navarre, délit en 1587 l'armée de Henri III commandée par le duc de Joyeuse.
Samt- Kmilion, petite ville de 2,700 habitants, est située au milieu d'un vignoble qui fournit des vins très-estimés. Cette ville fut autrefois une place forte , ainsi que le témoignent quelques ruines et une sorte de donjon appelé le Château du Roi.
S IX. — DÉPARTEMENT DE LOT-ET-GARONNE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE , COM- MERCE, etc. — Le département de Lot-et-Garonne a été formé d'une partie de la Guyenne (Agénois, 338,070 hect.; Bazadois, 116,637 hect.), et de la Gascogne (Condomois, 13,557 hect., et Lomagne, 11,393 hect.). Sa superûcie est de 534,628 hectares-, sa population était, en 1801, de 323,940 habitants; en 1821, de 330,121 habitants; en 1841, de 347,073 habitants; elle est aujourd'hui de 341,345 habitants.
GUYENNE
Ge département a pour chef-lieu Agen, et forme quatre arrondissements ainsi subdivisés :
Arrondissement d'Agen 9 cantons, 72 communes , 8 i, 09* habitants.
— de Marmande 9 — oc — îoi.oii —
— de Merac 7 — 62 — 60,813 —
— de Villeoeuve-d'Agcn. 10 — 82 — 95,391 —
4 arrondissements 35 cantons, 312 communes, 34 1 ,34 5 habitants.
Le Lot-et-Garonne forme le diocèse de l'évêché d'Agen , et possède 5 églises consistorialcs (Tonneins, Glairac, Nérac, Laffilte et Castelmoron) pour le culte calviniste. M renferme une cour d'appel à Agen , U tribunaux de 1" instance , 3 tribunaux de commerce, 5 collèges, une école normale départementale, 7 écoles supérieures communales, 480 écoles élémentaires, dont 249 communales. Il forme une subdivision de la 14* division militaire.
Ce département est plus agricole que manufacturier-, c'est un pays de plaines élevées, sillonné de collines, qui est très-fertile dans les vallées du Lot ou de la Garonne, mais dont plus de la moitié de la superficie ne donne que de faibles produits. A l'ouest , les landes qui couvrent toute sa partie occidentale , en occupent au moins un huitième; à l'est, les coteaux d'entre Lot et Garonne, formés d'un terrain calcaire ou silico-argileux , sont peu cultivables; au nord enûn, le sol, composé d'une argile fortement colorée par le fer, n'est pas plus favorable à la culture. Il y a dans le département 250,000 hectares environ cultivés, 68,000 hectares de bois, 69,000 de vignes, 36,000 de prairies naturelles, etc. L'agriculture est arriérée; cependant la récolle des céréales est suffisante pour la consommation , et la vigne donne annuellement 600,000 hectolitres de vins, dont la moitié est exportée par Bordeaux. On y récolte encore du lin, du chanvre, du tabac, du pastel et beaucoup de fruits, surtout des prunes à' ente avec lesquelles se font les pruneaux d'Agen, dont la vente s'élève annuellement à 600,000 fr. Ce département produit encore presque tout le liège nécessaire à la consommation de la France. Le climat est généralement sain , tempéré et regardé comme un des meilleurs de la région française , sauf dans les marais des landes. On y élève l'une des meilleures races de bœufs qui soient en France, des moutons, des porcs et volailles, principalement des oies très-estimées. II y a aussi beaucoup d'abeilles dans les landes. On estime que le département possède H, 000 chevaux, 3,000 mulets, 9,000 ânes, 120,000 têtes de gros bétail, 220,000 moutons, 70,000 porcs et 5,000 chèvres.
Les productions minérales consistent en fer, gypse, grès grossier, marne, et belles pierres de taille; on y trouve aussi quelques tourbières. On évalue à 100,000 fr. le produit annuel du minerai préparé, et à 400,000 fr. l'exploitation des carrières. Le département possède, comme établissements industriels, la manufacture de tabac de Tonneins, la belle manufacture de toiles à voiles d'Agen, un -grand nombre de moulins à farine, d'huileries, de corderies et de fabriques de bouchons, neuf hauts fourneaux et forges à la catalane; viennent ensuite les tanneries, teintureries, bonneteries, ganteries, verreries, papeteries, scieries mécaniques et fabriques de potories et de faïence.
Il y a dans le Lot-et-Garonne 6 routes impériales sur 360 kilomètres, 16 routes