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MARCHE

Elle se subdivisait en haute Marche à l'est, chef- Heu Guéret, et basse Marche à l'ouest, chef-lieu Bellac ; on y avait ajouté le pays de Combraillct au nord-est, cheflieu Cbambon , habituellement considéré comme partie de l'Auvergne ; et de ces trois pays on avait formé un des gouvernements militaires de la France avant 1789. Dans sa plus grande longueur du sud-est au nord-ouest, elle avait 105 kilomètres ; sa plus grande lurgeur de l'est à l'ouest était de 95 kilomètres; sa superficie était de 327,140 hectares. Elle était comprise dans le diocèse de Limoges, ressorlissait au parlement de Paris, et formait trois sénéchaussées, celles de Guéret, de Dorât et de Bellac. Pour les finances, la basse Marche était comprise dans la généralité de Limoges, et la haute Marche dans celle de Moulins; sa population était d'environ 218,000 habitants. En 1790, la majeure partie de la Marche, à laquelle on a ajouté quelques territoires enlevés au Berry, au Poitou et au Limousin, a formé le département de la Creuse.

§ 11. Orocrapqie. — La charpente orographique de la Marche appartient au grand contre-fort d'entre Loire et Garonne, depuis le pelit plateau de Saint-Avit jusqu'au grand plateau de Mille- Vaches. Nous avons décrit ces montagnes dans le Limousin. Il s'en détache plusieurs contre-forts, connus généralement sous le nom de monts de la Marche. Le premier quitte les monts d'Auvergne, vers les sources de la Tardes et du Cher, côtoie la Sioule, pénètre en Auvergne, traverse le Bourbonnais par une région montueuse et boisée, et va se terminer dans le Bcrry par les monts du Sancerrois. Ln deuxième se détache de la chaîne vers les sources de la Roseille et de la Tardes, court au nord, le long de la rive droite de la Creuse, qu'il sépare de la Tardes et de la Vouise, jusque vers Jarnages; puis il enveloppe le bassin supérieur de la Petite-Creuse, pénètre dans le Berry, où il se divise en deux branches qui courent au nord-ouest sur les deux rives de l'Indre, dont elles enceignent le bassin. Du mont Odouze se détache un troisième contre-fort, qui remonte d'abord directement vers le nord sur la rive gauche de la Creuse, jusqu'aux sources de la Gartempe ; de là il se continue au nord-ouest par un rameau peu considérable entre la Creuse et la Gartempe , tandis qu'une autre branche , la plus importante des monts de la Marche, s'en détache à l'ouest, et, sous le nom de Gar taupe, se prolonge à travers le Limousin.

Toutes ces montagnes demeurent généralement cachées sous la neige pendant plusieurs mois de l'année; aussi le climat y est-il rude et le froid Irès-vif. Leurs sommets ne sont ni coniques, comme ceux des montagnes volcaniques, ni terminés par des plateaux prolongés, comme dans les montagnes calcaires; ils sont le plus souvent mamelonnés en dômes, comme toutes les montagnes granitiques. On dirait que ce> sommets ont été rongés ou détruits par le temps, et que les montagnes sont réduites à leur noyau. Comme tout le pays qu'elles parcourent, elles sont exclusivement formées de terrains primitifs; leurs éléments sont ou schisteux ou granitiques, et les basaltes, scories ou autres traces volcaniques, y sont très-rares. Leur élévation , ainsi que celle des petits plateaux que leurs sommets constituent çà et là, est en moyenne de 250 ou 300 mètres au-dessus du fond des vallées. Les hauteurs qui bordent la Creuse, et dont les pentes sont généralement douces et cultivées, n'ont guère que 50 à 80 mètres d'élévation.

§ III. IhDnoGiupiHE. — Le territoire de la Marche relève presque exclusivement

du bassin de la Loire, auquel il appartient par le Cher et la Vienne. Son extrémité sud-est seule, contenant les sources d'affluents de la Dordogne, relève du bassin de la Garonne.

I. Le Cher naît dans les monLs d'Auvergne, se dirige vers le nord, arrose Chambouchard, où il devient flottable; puis, à son confluent avec la Tardes, il pénètre dans le Bourbonnais. Il reçoit à gauche la Tardes, qui coule généralement du sud au nord, en arrosant Crocq, Tardes, Chambon, Sainte-Radegonde , où elle finit. Celte rivière, dont le bassin, avec celui du Cher supérieur, constitue le pays de Combrailies, reçoit à droite la Tardelle, la Aléouze, etc.; à gauche la Vouise, qui naît à Chencrailles , arrose Gouzon, et finit à Ghambon.

II. La Vienne ne traverse pas la Marche, mais ses aflluents arrosent cette province. Ce sont : 1* le Thorion, qui a un cours très-sinueux, passe à Pontarion et à Bourganeuf, et va se terminer dans le Limousin.

2° La Creuse, qui donne son nom au département formé de l'ancienne Marche, descend du versant septentrional du mont Odouze, coule du sud au nord-ouest, en arrosant Fellelin , Aubusson , Ahun , et pénètre dans le Berry. Cette rivière est probablement ainsi nommée à cause du lit profond et encaissé dans lequel elle coule, entre deux lignes de rochers de 60 à 80 mètres d'uév&jon qui bordent son cours dans presque toute sa longueur. Malgré cela, elle déborde quelquefois, et ses inondations, qui ne laissent après elles que des cailloux et des sables enlevés à son fond de rochers, sont désastreuses pour les terrains qu'elles submergent. Elle reçoit à droite : la Roseille, la Petite-Creuse, qui passe près de Boussac; à gauche la SedeUe, qui arrose la Souterraine; la Gartempe, dont le cours supérieur seulement apparliynt à la province, etc.

Outre les rivières que nous venons d'énuméier, une foule de ruisseaux plus ou moins importants sillonnent la Marche en tous sens. Tous ces cours d'eau ne sont généralement ni larges ni profonds; ils coulent dans un lit de granit ou de schiste, dont ils ne changent point, parce qu'il est le plus souvent très-encaissé entre des rochers ou dey collines qui s'opposent aux débordements ; cependant à l'époque de la fonte des neiges, il se produit des espèces d'inondations fort nuisibles à l'agriculture. Ces rivières étant, dans la Marche, voisines de leur source, ont une pente très-rapide et auraient un caractère torrentueux, si leur course n'était forcément ralentie par les rochers qui barrent leurs lits, les digues établies pour l'usage des moulins et usines, et les sables ou graviers qu'elles entraînent. Aucun de ces cours d'eau n'est navigable. On les utilise peu pour les irrigations, rencaissement des lits rendant très-difficile le détournement des eaux.

Il n'y a pas de marais dans la Marche, ce qui s'explique par l'inclinaison générale du sol qui ne permet pas aux eaux de séjourner. En revanche, dans les lieux découverts et stériles, il y a beaucoup d'étangs généralement très-poissonneux, qui servent p ur ainsi dire de réservoirs dans les grandes pluies.

§ IV. Constitution géologique, aspect général, productions, etc. — La Marche est comprise dans le vaste plateau primitif qui constitue le centre de la France. C'est donc un pays entièrement formé, comme nous l'avons dit ci-dessus, par des terrains cri.-tallisés. Le granit n'y apparaît extérieurement que par une petite masse située

MARCHE. m

sur la frontière orientale du département , au nord de Chambon ; et par une autre masse formant une couronne semi-circulaire d'une largeur moyenne de 15 à 20 kilomètres, qui commence dans le département de la Haute-Vienne où elle constitue la crête des monts du Limousin au sud d'Eymouliers ; de là elle se prolonge dans la Marche au nord, puis au nord-est par Bourganeuf cl Guéret jusqu'à Jarnages, entre Boussac et Chenerailles. On trouve aussi quelques petits bassins houillers au sud d'Ahun dans le lit de la Creuse, et sur les deux rives du Thorion, au nord et au sud de Bourganeuf. Tout le pays d'ailleurs est à base graniteuse, c'est-à-dire formée de feldspath, mica et quartz diversement agrégés et plus ou moins cristallisés ou en décomposition ; et sauf les exceptions que nous venons d'indiquer où la face présente du granit pur ou de la houille , le terrain est presque partout formé d'un détritus de granit et de schiste décomposé, sous lequel, à peu de profondeur, se rencontre le rocher ou tuf.

Les terres s'y divisent en terres humides et terres sèches; dans les vallées inférieures et sur quelques plateaux, les terres sont forcément humides, parce que, étant plus compactes et reposant sur un fond d'argile ou de glaise, elles gardent naturellement les eaux venant des pentes voisines; aussi y trouve-t-on soit des étangs, soit des ruisseaux ou des sources peu éloignées de la surface du sol. Sur les hauteurs au contraire , où les eaux ne peuvent séjourner, les terres sont sèches, légères et friables, et comme la majeure partie de la contrée, elles offrent un fond pierreux ou sablonneux , et par suite aride. Le sol de la Marche est donc généralement pou profond , et se compose de terres peu propres à la végétation , surtout dans les parties montagneuses du sud et du sud-ouest, où l'on trouve assez fréquemment des hrandet ou landes infertiles. Au nord-ouest et au nord, vers la Haute- Vienne ou l'Indre, les terres sont meilleures; enfin le territoire de Chambon, au nord-est, compris dans la vallée de l'Allier, est très-fertile.

L'aspect général de la Marche est celui d'un pays où il n'y a pas de plaines proprement dites, et qui est parcouru en tous sens par des collines ou des montagnes dont l'élévation diminue à mesure qu'on descend au nord ou à l'est dans le bassin de la Loire. Leurs sommets, généralement nus ou couverts de landes, contrastent singulièrement par leur tristesse avec la verdure des flancs, que recouvrent des bois-taillis ou de belles châtaigneraies. Les moins inclinées de leurs pentes inférieures sont mises en culture, mais avec prudence; car la terre rendue ainsi meuble est plus facile à entraîner par les grandes pluies qui détruisent à la fois le sol cultivé qu'elles dénudent, et les prairies sur lesquelles elles vont déposer ses débris. Le pays a donc un caractère souvent sombre , sévère et sauvage ; mais on y rencontre aussi de riants paysages , des sites gracieux , et c'est une des provinces où l'on trouve le plus de contrastes, le plus de variété et de fraîcheur dans les perspectives.

Ce pays est peu favorable à l'agriculture , non-seulement par la nature de son sol , mais encore par la pauvreté et l'esprit routinier de ses habitants et le trop grand morcellement de sa propriété rurale. Les terres labourables forment à peine un tiers du département, et les deux autres tiers sont occupés par les terres incultes et par les prairies et pâturages.

La récolle des céréales consiste en un peu de froment, de seigle et de sarrasin, et

elle ne suffit pas aux besoins de la consommation; elle fait même complètement défaut lorsque les hivers sont trop froids ou trop pluvieux. On cultive avec succès la pomme de terre , la rave qui sert à la nourriture des vaches, le chanvre dans quelques cantons, les légumes dans le voisinage des villes. La vigne est peu abondante, sans doute à cause du sol et de la température; cependant il y a dans le canton de Chambon des vignobles qui sont d'un assez bon rapport. Quant aux arbres, le plus répandu est le châtaignier, qui ne réussit bien qu'à l'ouest et au nord. Tous les arbres fruitiers du centre de la France y sont d'ailleurs cultivés avec succès, et le canton de Sainte-Feyre , entre Ahun et Guéret, est surtout renommé pour ses fruits à pépins. Le département est peu riche en forêts; il ne renferme guère que des bois peu étendus et des bouquets, mais les arbres abondent dans les haies ou clôtures; les espèces les plus communes sont : l'orme, le hêtre, le chêne qui donne de beau bois pour les constructions navales; le bouleau, le peuplier de diverses espèces, le pin, le platane et l'acacia.

Les chevaux n'y sont pas d'une belle race et dégénèrent; il en est de même des ânes et des mulets. Mais l'élève des bêtes à cornes et à laine est considérable : le bauf est renommé pour sa force et sa conformation; la race ovine est saine mais petite; on élève aussi des porcs; enûn l'éducation des abeilles s'y fait sur une assez grande échelle.

Le climat de la Marche est sain, mais variable; l'air y est vif, le ciel souvent couvert, et la température froide et humide ; l'hiver y est long et rude. Les vents dominants sont ceux du nord et du sud.

§ V. Histoire, population, etc. — La province de la Marche doit son nom à un mot celtique qui signifiait bords, marges, limites. Aussi, dans l'ancienne géographie de la France , ce nom était-il commun à presque tous les pays frontières. Aux temps de la domination gauloise, ce pays confinait aux territoires des Biturigcs-Cubi , des Lcmovices et des Piclavi. Une autre peuplade, les Cambiovicentet , habitaient le pays de Chambon, aux sources du Cher, lequel est devenu le pays de Combrailles. La Marche fut longtemps considérée comme partie intégrante du Limousin , et jusqu'au dixième siècle son histoire se confond avec celle de cette province. On la désignait alors sous les noms de Marcha Gallica, de Itegio in agro Umovwino, et de Marche Limousine.

Au dixième siècle, Guillaume 111, dit Tète d'Étoupe, duc d'Aquitaine, détacha la Marche du Limousin , et en fit un comté en faveur de Boson I" le Vieux, petit-fils de Boger I", comte de Limoges. La postérité de Boson le garda jusqu'au douzième siècle, où par mariage il passa dans la maison de Lusignan. En 1301, Hugues XIII, qui n'avait pas d'enfants, le céda à Philippe le Bel. 11 fut donné en apanage par Charles le Bel à Louis I" de Bourbon , dont la postérité le garda jusqu'à la confiscation faite par François 1" sur le connétable de Bourbon. La Marche fut alors réunie à la couronne, et son histoire ne présente aucun événement important, même pendant la révolulion. Le peu d'influence politique que la Marche a eu sur l'histoire générale de la France est démontré par le peiit nombre d'hommes célèbres nés dans ce pays. Les «mis qu'on puisse nommer sont: Varillas, le poète Qumault, le sénateur C.ornudet, etc.

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