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MARCHE

La population de la Marche est généralement ennemie de toute commotion, de tout désordre, de tout excès; elle est peu accessible aux grandes idées comme aux grandes passions, et semble occupée uniquement de ses intérêts locaux. Le Marchois, qui doit à la salubrité de son climat une constitution robuste, est intelligent, actif, sobre, patient, économe , industrieux ; il déploie dans les affaires une grande finesse et aussi une grande honnêteté ; mais il est par-dessus tout chicaneur et processif.

La pauvreté du pays laisse dans l'inaction une partie de la population , qui se fait ouvrière et va chercher du travail au dehors. Cette émigration, qui existe de temps immémorial, fait sortir chaque année de la Marche 25 à 30,000 individus qui vont à Paris et dans les autres grandes villes exercer les professions de tailleurs de pierre, de maçons, de charpentiers. Ils restent absents pendant sept à huit mois, et rapportent dans le pays une somme de 4 à 5 millions.

S VI. Département de la Cheise. — Statistique, agriculture , commerce, etc. — Le département de la Creuse a été formé de la Marche (327,140 hect.) et de parties du Poitou (38,888 hect.) , du Berry (25,000 hect.) , du Bourbonnais (57,206 hect.) et du Limousin (84,000 hect.). Sa superficie est de 599,455 hectares, dont: 162,900 de terres labourables, 88,000 de prés, 23,000 de bois, 69,000 de landes, bruyères, etc. Sa populaiion était, on 1801, de 218,041 habitants; en 1821, de 24?. 785 hab.; en 1841, de 278,029 hab.; elle est aujourd'hui de 287,075 habitants.

Il a pour chef-lieu Guéret, et forme quatre arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondi -binent «le Gucret 7 cantons, 75 communes, 98,286 habitants.

— d'Aubusson 10 — 9'J — 106,619 —

— de Boussac 4 — 46 — 39,497 —

— de lîourganeuf. . . . 4 — 41 — 42,673 —

4 arrondissements .25 cantons, 261 communes, 287,075 habitants.

Ce département forme, avec celui de la Haute- Vienne, le diocèse de Limoges : il renferme 4 tribunaux de première instance ressortissant à la cour de Limoges et servant de tribunaux de commerce, et, pour l'instruction publique, 2 collèges (Guéret, Aubusson), une école normale départementale (Guéret), 2 écoles supérieures et 324 écoles élémentaires. Il fait partie de la 21e division militaire.

Le département de la Creuse est avant tout agricole; mais, comme nous l'avons dit, l'agriculture y est peu avancée. Nous avons déjà énuméré ses principaux produits; ajoutons qu'il y a environ 160,000 têtes de gros bétail, 700,000 moutons, 58,000 porcs, 8,000 chèvres, 6,000 chevaux, 600 mulets et 1,800 ânes.

L'exploitation minérale y est peu développée. On connaît des gîtes d'antimoine dans diverses localités ; les houillères d'Ahun et d' Aubusson donnent de faibles produits. Il y a aussi des indices de mines de fer, de plomb argentifère, de cuivre, des carrières de grès, de granit, de pierres de taille.

Si l'on excepte les belles manufactures de tapis d' Aubusson et de Felletin , on peut dire que l'industrie manufacturière est nulle dans le département. On n'y trouve guère que quelques fabriques de lainages communs, quelques tanneries, papeteries, tuileries, verreries et chapelleries. L'exportation, qui est bien faible, consiste en tapis, laines, chanvre, cire et miel, bœuîs et porcs gras, etc.

Il y a dans la Creuse : 6 roules impériales sur 336 kilomètres, 9 roules déparletoml ii. 30

mentales sur 403 kil. , 1,990 chemins vicinaux sur 7,850 kil. ; en tout, 8,590 kilomètres de voies de communication.

S VIL Département de la Creuse. — Description des villes. — Guéret, chef-lieu da département, avec un tribunal de première instance, un collège et une population de près de 5,000 habitants, est agréablement située sur le flanc d'une colline entre la Creuse et la Gartcmpe. Elle est assez bien bâtie; les rues, quoique mal percées, sont assez belles, propres et ornées de fontaines. C'était jadis une place bien fortifiée, et I'îîh y voit encore quelques débris de murailles flanquées de tours. Ses principaux édifices sont l'hôtel de la préfecture, la prison, l'hôpital, et l'église paroissiale, qui date du douzième siècle.

Cette ville doit son origine à un couvent fondé dans le huitième siècle. C'est une des plus obscures, des plus effacées de la France; elle n'a ni commerce ni industrie. Ses habitants, qui sont généralement aisés, doivent leur fortune aux affaires judiciaires, qui sont une source principale de richesses dans ce département.

Aubusson, chef-lieu d'arrondissement, avec 5,670 habitants, un tribunal de première instance, un conseil de prud'hommes, un lycée, etc., est située au milieu d'une contrée sauvage et aride sur la rive droite de la Creuse, dont les débordements la ravagent souvent, dans une gorge formée de roches granitiques et entourée de montagnes qui lui donnent un aspect pittoresque, mais triste. Elle ne consiste, pour ainsi dire , qu'en une seule rue assez bien bâtie , où se trouvent les principaux édifices publics. On y remarque le jardin public, la salle de spectacle, le lycée et la manufacture impériale de tapisseries.

L'industrie de celte ville consiste dans la fabrication de draps communs, de bouracans, de laine et coton filés, et surtout dans celle des lapis ras et veloutés, des moquettes, etc., renommés depuis longtemps, et qui tiennent le premier rang après ceux des Gobelins et de Beauvais. Une vingtaine de fabriques particulières, outre la manufacture impériale, se livrent à cette industrie, et donnent annuellement au commerce pour plus de 600,000 francs de produits. Aubusson possède aussi des teintureries des tanneries et fait un important commerce de sel.

Sur le flanc d'une des montagnes qui entourent la ville s'élèvent quelques débris de murailles et d'une tour carrée qui semblent dater du douzième siècle : ce sont les restes d'une antique et formidable forteresse, séjour des vicomtes d' Aubusson, qui ont joué un rôle de premier ordre dans l'histoire de l'Aquitaine, et dont le plus célèbre est Pierre d'Aubusson, grand maître de l'ordre de Saint-Jean, qui mourut en 1503.

Duussac, chef-lieu d'arrondissement, est une pauvre petite ville de 1,000 âmes, bâtie dans une situation très-pittoresque au centre d'une gorge aride sur le sommet d'un rocher escarpé et près de la petite Creuse. Celte ville, située aux confins du Berry, de la Marche et du Bourbonnais, n'a aucune importance : le tribunal de première instaure de l'arrondissement ne s'y trouve même pas ; il est à Chambon. Elle est entourée de murailles flanquées de tours et dominée par un vieux château crénelé bâti ou restauré au commencement du quinzième siècle. Ses habitants font le commerce des bestiaux et des chevaux.

Bvurqaneuf, chef-lieu d'arrondissement, csl une petite ville de 3,390 habitants»

assez agréablement située près de la rive gauche du Thorion, sur une énrinence. Elle renferme un tribunal civil, 2 manufactures de porcelaine et des papeteries. On y remarque une grosse tour restaurée, dit-on, par Zizim, fils de Mahomet II, réfugié en France, et qui appartenait aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ses environs renferment des houillères assez importantes.

Akun (arrondissement de Guéret) est une ville de 2,000 habitants, qui est située sur la rive gauche de la Creuse : elle est petite, mal percée, mais b&lie dans un site charmant sur une montagne au pied de laquelle coule la rivière et où l'on voit les ruines d'un vieux château. Au bas de cette montagne, et entouré de roches dont les pieds baignent dans la Creuse, est situé le faubourg du Moutier, où se trouvent les restes d'une abbaye fondée en 997 par lioson II. Cette ville est d'une haute antiquité : les tables théodosiennes en font mention sous le nom de AcUodunum. On y frappait monnaie d'or sous la première race. Elle est située près d'un bassin houiller qui s'étend vers Aubusson sur une longueur d'environ 15 kilomètres et une largeur moyenne de 600 mètres. On y fait commerce de bestiaux, lait, beurre, fromages renommés, etc.

La Souterraine, petite ville très-ancienne de 3,000 âmes, est agréablement située sur un affluent de la Creuse. On y remarque l'église paroissiale, d'une haute antiquité, sous laquelle on a découvert une vaste crypte avec plusieurs chapelles , et aux environs uno excavation profonde où coule une rivière souterraine d'où est venu le nom de la ville.

Chambon, au confluent de la Vouise et de la Tardes, est une petite ville de plus de 2,000 habitants qui possède le tribunal civil de l'arrondissement de Doussac. Elle renferme quelques tanneries et filatures de laine et l'on y fait le commerce de bestiaux. C'était la capitale des Cambiovicetuet , et l'on y trouve de nombreux débris celtiques ou romains.

Èvaux (arrondissement d'Aubusson), petite ville de 2,700 âmes, est située près du Douloux, affluent de la Tardes, sur un petit plateau naturellement stérile, mais admirablement cultivé. On y remarque son ancienne église et des restes de bains romains. Elle a des eaux thermales, qui sont assez fréquentées.

Felletin est une petite ville de 3,500 habitants, située sur un coteau, près la rive droite de la Creuse, dans une position agréable. Elle se fait remarquer par sa fabrication de tapis, qui occupe 300 ouvriers, et donne annuellement 300,000 francs de produits. On y trouve en outre des papeteries, de filatures de laine, etc.

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