ALSACE. — DÉPARTEMENTS DU HAIT-RHIN KT DU BAS-RÎIIN
§ I. Aperçu général. — Limites et subdivisions. — Nous voici parvenus à l'acquisition la plus hardie, la plus heureuse de la dynastie des Bourbons, à la province la plus étrangère à l'ancienne monarchie par sa race, ses mœurs, sa langue, même sa position géographique; car, si le Rhin est une limite, il n'est pas une barrière, et
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l'Alsace, séparée de îa vieille France par les Vosges, semble ne tenir à elle que par la grâce de la diplomatie; et cependant il n'en est aucune, morne parmi les provinces fondamentales, où le sentiment de la nationalité soit plus puissant, plus jaloux, plus prêt à la lutte et aux sacrifices; aussi l'Alsace ne s'endort pas, pleine de calme et de confiance dans son existence française . comme le pacifique Berry ou la molle Touraine ; province frontière longtemps contestée , longtemps regrettée , elle veille la main sur ses armes , mettant sa principale gloire à être le plus solide boulevard de la France. C'est d'ailleurs un pays tout français par le climat, le sol , les produits , l'un des plus beaux et des mieux peuplés de l'Europe , abondant en sites pittoresques et en richesses utiles, pays naturellement tout agricole et devenu, par le génie opiniâtre de ses habitants, manufacturier, et où l'on trouve ainsi tous les contrastes : des montagnes dont les cimes figurent un feston de verdure , des vallées pleines de grâce et de fraîcheur, de vastes forêts et des plaines couvertes de moissons, des villes de guerre et des cités industrielles, des ruines féodales et des usines modernes, enfin des mœurs germaines et des cœurs français.
V Alsace, qui tire son nom de Y1U {Elsast des Allemands), était bornée au midi par ta Suisse et la Franche-Comté, au nord par le Palatinat, a l'est par le Rhin, et à l'ouest par les Vosges, qui la séparaient de la Lorraine. Elle avait de longueur 200 kilomètres, de largeur 40 à 48. Sa superficie était de 8,708 kilomètres carrés. On la divisait en haute et basse Alsace, dont le ruisseau d'Eckenbach, entre Guémar et Schelestadt, marquait la séparation. La haute Alsace comprenait : le Suntlgau (pays du sud), qui avait pour ville principale Belfort, et pour limite la Thurr; la principauté de Montbelliard et cinq villes libres : Colmar, Kaysersberg, Munster, Turkheim et Mulhausen. La basse Alsace, qui s'étendait jusqu'à la Queich, comprenait : le bailliage de Hagucnau, la principauté de Lutzelstein ou de la Petite-Pierre, le comté de Hanau ou de Lichtenberg, la partie du IVasgau, dont Wissembourg élait la ville principale, et les neuf villes libres de Strasbourg , Haguenau , Schelestadt , Wissembourg, Obernay, Rosheim, Seltz, Landau et Hagenbach.
Avant 1789, l'Alsace formait un gouvernement militaire; elle était du ressort du conseil souverain de Colmar et du diocèse de l'évêché de Strasbourg. Elle était considérée , sous le rapport financier, comme pays d'étranger effectif, n'était pas comprise dans la ferme générale, et avait sa ligne de douanes du côté de la France et non du côté de l'Allemagne, ce qui lui permettait de faire un commerce de transit très-considérable.
Cette province, ou au moins ce que la France en possède, a formé deux départements : Haut-Rhin et Bas-Rhin, et une partie de celui de la Haute-Saône.
S IL Orographie. — L'Alsace est traversée à son extrémité sud-ouest par la ligne de partage des eaux de l'Europe, qui lui appartient depuis le mont Terrible (Suisse), vers les sources de 1*111 (bassin du Rhin), jusqu'au Ballon d'Alsace, aux sources de la Savoureuse (bassin du Rhône).
Cette partie du faite de partage se compose d'abord de hauteurs boisées et souvent sablonneuses où vient s'affaisser le Jura , entre Porentruy et Giromagoy ; ce n'est , à proprement parler, qu'un terrain montueux, un pays ondulé, qui court du sud-est au nord-ouest entre ces deux villes, et dont les élévations peu considérables sont habi-
luellement désignées sous le nom de collines de Béfort ou de Valdicu, et quelquefois sous celui de lias-Jura. Cette dépression du sol qui sépare les dernières hauteurs du Jura septentrional des premiers sommets des Vosges constitue ce que nous avons appelé la trouée de Béfort, jonction des plaines de l'Alsace et des plaines de la Saône ; c'est le passage le plus facile pour pénétrer en France par la route de Bàle à Langres, qui traverse cette ligne de hauteurs au col de Valdicu (348 m.), point de partage du canal du Rhin au Rhône. Cette trouée a une très-grande importance militaire.
Au nord du col de Valdieu est l'origine des montagnes connues sous le nom de Vosges. Bien que reliées d'une part au Jura par Jes hauteurs dont nous venons de parler, et d'autre part aux Cévennes par les hauteurs entre Rhône, Seine et Loire, elles n'en forment pas moins un système de montagnes distinct des autres chaînes de la France, tant par leur position géographique que par leur constitution.
Les Vosges commencent à la hauteur de Giromagny , et s'élèvent rapidement vers le Ballon d'Alsace, d'où la ligne de partage des eaux de la France les abandonne pour se continuer vers l'ouest par les monts Faucilles, où nous la retrouverons plus tard. Du Ballon d'Alsace , la chaîne se dirige à peu près sans déviations vers le nord-nordest, parallèlement au Rhin, dont elle sépare les eaux de celles de la Moselle, et se prolonge ainsi hors de France jusqu'au coude du fleuve vers Mayence. Sa longueur totale entre Giromagny et Mayence est d'environ 280 kilomètres; sa plus grande largeur, à la hauteur de Colmar, est d'environ 68 kilomètres; un peu plus au nord, elle n'est plus que de 50 kilomètres environ, et, près de Phalsbourg, elle ne dépasse pas 28 kilomètres.
La chaîne des Vosges françaises se divise habituellement en 3 sections : 1° Vosges méridionales, entre le col de Valdicu et le Ballon d'Alsace ; 2" Vosges centrales, du Ballon d'Alsace au mont Donon ; 3° Vosges septentrionales, depuis le mont Donon jusqu'à la frontière française , se prolongeant au delà jusque vers Mayence et Coblcnte.
1° Les Votges méridionales ne comprennent, à proprement parler, que les premiers contre-forts de la chaîne ; leurs sommets principaux sont le mont Bœrenkopf (934 m.), situé vers les sources du Doller, el\e Ballon . d'Alsace (1,257 m.), situé aux sourcils de la Savoureuse , sur la limite des 3 départements des Vosges, du Haut-Rhin et de la Haute- Saône. C'est là que les Vosges quittent la ligne de partage des eaux pour se diriger vers le nord, après avoir jeté vers le sud divers contre-forts , dont le plus considérable est celui qui court entre l'Oignon et son affluent le Rahain, et dont nous avons déjà parlé dans la Franche-Comté; on y trouve successivement le Ballon de Servance (1,210 m.), au sud-est des sources de l'Oignon , la Télc-dc-la-Hachc ( 820 m. ) et le mont Cornu (790 m.), à l'est du village de Servance, la montagne de Fresse, au nord du bourg de ce nom, et la montagne de Vanne (680 m.), au nord de Ronchamp.
2° Les Vosges centrales, comprises entre le Ballon d'Alsace et le Donon, forment la masse principale de la chaîne dont elles comprennent les montagnes les plus remarquables; elles sont âpres, élevées, épaisses, boisées, et constituent une véritable barrière militaire; leur élévation moyenne est de 1,200 mètres; à une grande hauteur, on y trouve des étangs, des lacs, des fonds marécageux, et les ballons coniques qui en forment les sommités offrent des contours arrondis fortement boisés et couverts de pâturages.
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Au nord du Ballon d'Alsace, la crête des Vosges centrales se continue par le Greuon (1,126 m.), situé à la source la plus méridionale de la Moselle, et qui jette entre le Doller et le Thurr un rameau dont le point culminant est le Rossberg (1,1% m.), à l'ouest de Thann. Au Gresson, par-dessus le col de Bussang, se relie sur le faite le Drumont (1,226 m.) ou Tite-de-Felleringen , à l'ouest du village de ce nom, auquel succèdent le Grand- Vtntron (1,209 m.), au nord-est du hameau de Ventron, et le Rolhenbach (1,319 m.), au nord des sources de la Thurr. De ce dernier sommet se détache à l'est le Rheinkopf, que prolonge vers les sources de la Lauch le mont Wistort (1 ,318 m.). Celui-ci envoie des masses assez considérables : d'une part, au sud-est , entre la Thurr et la Lauch, où se dressent la Téte-du-Chien (1,301 m.), au nord de Saint-Amarin , et le Ballon de Guebwiller ou de Sulz (1 ,426 m.), à l'ouest du village de Rumbach ; d'autre part, à l'est, entre la Lauch et la source méridionale du Fecht, où l'on remarque successivement le Kkinkopf (1,333 m.), le Pelit-Ballon ou Kahlen-Wassen (1,276 m.), et le Mulchren, que couvre la forêt de Ruffach.
De toutes ces montagnes la plus remarquable est le Ballon de Guebwiller : il forme le commencement de la large masse montagneuse et mamelonnée qu'on voit au nord de la vallée de Saint-Amarin, entre elle et les premiers rameaux de la vallée de la Lauch. Sa cime est couverte d'une vaste pelouse qui forme un assez bon pâturage, et où poussent même quelques hêtres nains. On y jouit d'une vue magnifique, qui s'étend des montagnes du Tyrol aux confins des provinces rhénanes. Sur son flanc septentrional est un vaste amphithéâtre en forme d'entonnoir, dont le fond est occupé par un beau lac; les parois s'élèvent à plus de 250 mètres au-dessus des eaux du lac, dont la surface est d'environ 900 mètres au-dessus de la mer, et à 500 mètres au-dessous de la cime du Ballon. Sa profondeur moyenne est de 30 mètres, et sa superficie d'environ 75,000 mètres carrés.
Après le Mulchren , la crête se continue par le Honuk (1,366 m.), à l'est de la forêt de Retourneiner, vers les sources du Fecht septentrional ; laissant à droite le lac de Daren (1,296 m.), elle atteint, à l'ouest des lacs Noir et Blanc, les Hautes- Chaume* de Paint (1,281 m.), d'où se détache à l'est, entre le Fecht et la Weiss, un contre-fort, où s'élèvent le Linge (1,060 m.) et le Hohnâck (980 m.), avec son vaste dôme en pelouse. Celui-ci se prolonge à l'est vers Turkheim par la montagne de Notre-Dameda- Trou- Épis (734 m.), et au nord par la Baroche, au sud-est d'Orbey et la Téte-de- Voroff (818 m.), à l'ouest de Kaysersberg. Entre les sources de la Weiss et celles de la Liepvrette, sur le faite des Vosges, se dresse le groupe du Bonhomme, dont le point culminant a 1,086 mètres; son flanc oriental se rattache au massif du Brettoîr ou Bludenburg (1,236 m.), auquel, sur la rive droite de la Liepvrette, succède une série de montagnes boisées qui couvrent tout le pays jusqu'à Ribeauvillé et Schelestadt.
Au delà au Bonhomme, le faite est marqué par la Côte d'Eschery, à l'ouest de ce village ; par le Haut des Hiraux (998 m.) , au nord-ouest de Sainte-Marie-aux-Mines; le Haut du Repos, au sud-ouest d'Urbeis, et le Climont (976 m.), entre les sources de la Giessen et de la Bruche. De là , se détache au sud-ouest, entre la Weiss et la Giessen , un contre-fort où se trouvent le Chauffeur, au sud duquel est le Charlemont, et qui à l'est se termine par les hauteurs boisées dites AlUnberg (880 m.). A l'est,
le Climont projette encore le plateau du Honil (684 m.), au nord d'Urbeis, jusque vers Villé ; au nord, il semble se prolonger par le Hochfdd ou Champ-dt-Feu (1 ,095 m.) , plateau granitique, situé entre les sources de l'Ehn et de la rivière d'Andlau, dont les versants orientaux et septentrionaux forment divers contre-forts qui séparent plusieurs vallées transversales, et vont brusquement s'appuyer sur les faibles hauteurs qui forment la vallée du Rhin. Ainsi le Hochfeld envoie au sud-est un rameau où se dresse YUngersberg (904 m.), au nord de Villé, entre la Giessen et la rivière d'Andlau; à l'est, un autre contre-fort qui se divise aux sources de la Kirnek; sur la rivç droite, une branche forme le Bosskopf ( 700 m.), au nord-ouest d'Andlau; sur la rive gauche, entre la Kirnek et l'Ehn, l'autre branche se prolonge par le Kiehnberg (805 m.) et le Blosse, qui jette au sud le Menelslein et le Lansberg, et se termine par la montagne de Hoficnburg, célèbre par les vestiges d'un ancien camp, et de laquelle dépend le mont Saint-Odile, dont nous reparlerons. Au nord enfin le Champ-de-Feu jette un troisième contre-fort qui se subdivise lui-même pour former YHeidenkopf (780 m.) ; au sud -ouest d'Obernai, entre l'Ehn et le ruisseau de Rosenmeer, le TreùekopJ (835 m.), et le Purpurkopf (567 m.), entre ce ruisseau et le Magel; enfin, sur la rive gauche du Magel , le grand et le petit Hohbùhl (901 m.) , qui se terminent au sud d'Urmatt par des hauteurs atteignant 650 mètres.
A partir du Climont, le faite des Vosges, contournant les sources de la Brusche, se coude un instant vers l'ouest avec le l'oyemont et la Haute-Praye (868 m.) , la Baule et la Bonne-Fontaine (630 m.) , aux sources du ruisseau d'Hurbache; puis il se redresse vers le nord le long de la rive gauche de la Brusche , par les hauteurs et les escarpements du Solamont (852 m.), au nord-ouest de Saales? de la Noire-Côte, entre les villages de Plaine et de Saulcy ; de la Chatte-Pendue (880 m.) , qui jette au nord-est la Pierre-Taillée, vers Rothau, à l'ouest le Chavon, et au sud-ouest la Téledes-CAiens (880 m.) , vers Moussey; des Hautes-Chaumes (906 m.) et de la Corbeille aux sources de la Rabodeau ; enfin du Grand-Donon aux sources de la Plaine et de la Sarre-Blanche, au nord-ouest et près de Schirmeck. Cette montagne, dont le point le plus élevé est à 1,010 mètres au-dessus du niveau de la mer, est à peu près isolée des autres montagnes qui l'entourent; sa cime n'est pas arrondie, mais couronnée de grands rochers; à son sommet se trouve une pierre, sans doute druidique, avec des ligures et des bas-reliefs grossièrement sculptés ; près d'elle , au nord-est et au nordnord-est, se trouvent le Kelberg et le Petit-Donon, moins élevés que le Grand-Donon.
Du Grand-Donon partent divers contre-forts; l'un court au nord-ouest, entre les hautes vallées de la Vezouzc et de la source méridionale de la Sarre (val du Blanc- Rupt), et se termine par les hauteurs du Gros-Rougemont (622 m.), au nord duquel se trouvent la Tite-du-Mirguet (574 m.), et plus au nord-ouest, le Petit-BougemotU. Sur l'autre rive de la Sarre, entre le val du Blanc-Rupt (Sarre-Blanche) et le val d'Abreschwiller, qu'arrose la Rouge-Eau, source septentrionale de la Sarre, le Donon envoie la Téle-duFrésillon (724 m.), le Bheinkopf (635 m.) et le Bevers-de-Vac (480 m.).
3° Les Vosges septentrionales commencent au Donon ; la crête se continue par le NoU (1,024 m.) , qui jette à gauche le Monacker (843 in.) , aux sources de la Zoni , et le Haut-Rognal (763 ni.) , sur la rive gauche du val d Abreschwiller; le Monacker, sur la rive gauche de la Zoru, jette le Pengst (612 m.) , aux sources de la Biovre,
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et le Holuxuh (565 m.). Au nord du Holwash, les hauteur» de la ligne de partage entre Rhin et Moselle s'affaissent presque entièrement; tandis que, sur la rive droite de la Zorn , au contraire, elles conservent plus d'importance. De ce côté en effet le Monacker se continue par le Heugst (902 m.), source de la Mossig, auquel sont adjacents an sud-est le Kohlberg, et au nord-ouest le Spitzbcrg, au moyen du Roskopf ( 803 m.), de la montagne de Dabo (632 m.) et des hauteurs qui se terminent sur la Zorn, entre le château de Lutzelbourg et Saverne ; celles-ci n'ont plus que 480 mètres d'élévation. Au nord du col de Saverne , les Vosges septentrionales , qui , depuis le Donon , ont rapidement diminué de hauteur, continuent à décroître jusqu'à la Lauter; leur élévation moyenne est de 4P0 mètres; leurs croupes sont basses, unies et généralement cultivées. La ligne de partage des eaux , qui , depuis le Holwash , ne comprend , sur la rive gauche de la Zorn, que des hauteurs insignifiantes, se relève ici, et semble prolonger le contre-fort de la rive droite. On y remarque successivement le Grou-FaAtbtrg, entre la Zorn et la Lintzel, le Breid-Schtots (418 m. au sud et 381 m. au nord)» au sud-est de la Petite-Pierre , le Hahnen-Scheid ( 433 m.) , source de la Moder, au nord de la même ville, etc., d'où la chaîne se prolonge jusqu'à la frontière, qu'elle atteint entre Wissembourg et Bitche. A l'est de cette dernière ville , le faite traverse la foril de Waldeck.
Les Vosges septentrionales se continuent ensuite hors de France, dans la même direction; mais, à partir des sources de la Lauter, elles ne forment plus qu'un pays inontueux, où l'on a peine à saisir la direction principale des deux rameaux dans lesquels la chaîne se partage pour former le bassin de la Nahe. Le rameau du nord-est suit la direction générale de la chaîne et finit vers Mayence par des collines ; il porte le nom de Hardi, et, à son extrémité, de mont Tonnerre; son élévation ne dépasse guère 300 mètres. Celui du nord-ouest , qui contourne à gauche la vallée de la Nahe , est mieux marqué ; il décrit entre Nahe cl Moselle un arc de cercle saillant vers l'ouest , et va finir près de Coblentz. 11 s'appelle HundtriUk, HochwaU et Sonnenwald, près du confluent de la Moselle. Dans ces deux rameaux, les montagnes, quoique peu élevées, n'en comprennent pas moins un pays difficile, où les croupes sont boisées, où les plateaux sont déchirés par de profonds ravins.
Considérées sous le rapport de la hauteur, les Vosges ne sont que des montagnes très-secondaires; mais, considérées sous le rapport géologique et géographique, elles présentent un grand intérêt. Elles ne forment pas , à bien prendre , une chaîne continue, mais elles se composent de massifs indépendants les uns des autres, ayant chacun un centre d'où partent des ramifications qui s'étendent et rayonnent en tous sens. Vues à quelque distance , elles apparaissent comme un amas de proéminences groupées en chaînons mamelonnés plus ou moins distincts; elles ont généralement des formes douces et arrondies, et point d'escarpements; leurs cimes, moins nues et moins monotones que celles du Jura, sont, en revanche, moins variées d'aspects et moins pittoresques que les sommets desCévennes. Sans présenter des spectacles aussi sublimes, aussi grandioses que ceux des grandes chaînes, les Vosges sont néanmoins riches en paysages riants ou sévères; et, sur une échelle moindre, on y trouve aussi des lacs, des cascades, des grottes, comme dans les Alpes et les Pyrénées; mais elles diffèrent de ces dernières en ce qu'elles sont couvertes de plantes jusque sur tome ti. 46
leurs sommets. Si l'on y trouve quelques traces de désordre, ce n'est que dans le voisinage des torrents, sur quelques pentes rapides, exposées au nord, où la végétation n'a pu être assez prompte ni assez forte pour opposer une digue à l'action dévastatrice des eaux. Aussi, vues de la plaine, offrent-elles à l'œil une suite de festons et non de pics hérissés.
Les sommets môme les plus élevés des Vosges ne connaissent pas les neiges perpétuelles, encore bien que la neige y demeure une bonne partie de l'année. Ils sont couverts de pâturages; et à peu de distance de la cime , au-dessous des gazons, commencent les bois. Ce ne sont d'abord que des bouquets de hêtres épars ça et là sur la pelouse , auxquels succèdent bientôt de vastes et belles forêts qui descendent le long des flancs, et quo finissent par découper les belles cultures des pentes inférieures. Les Vosges sont remarquables par le grand nombre de lacs qu'on rencontre sur leurs plus hauts sommets : on en compte 34 grands et 280 petits; le plus considérable est celui de Guebwillcr.
Les deux versants des Vosges ne sont pas également inclinés ; le versant oriental , qui constitue l'Alsace, est de beaucoup le plus rapide : il tombe à pic, et ce n'est qu'en s'éloignant do la crête que ses pentes deviennent douces et légèrement onduleuses sur les bords du Rhin. 11 présente de nombreux contre-forts et des vallées généralement très-profondes et très-abritées, où l'on jouit à peu près du climat de la plaine d'Alsace. Le versant occidental, au contraire, qui appartient à la Lorraine, a des pentes beaucoup moins rapides ; et ses contre-forts, quoique généralement dirigés au nord-ouest, affectent des directions plus ou moins capricieuses; les vallées qui en descendent sont moins favorisées sous le rapport du climat et des productions que celles de l'autre versant. Toutes celles de ces vallées, d'ailleurs, qui descendent du faîte sont transversales, si l'on excepte les deux plus grandes, 1*111 , à l'est, et la Moselle, à l'ouest. Elles ouvrent des communications si belles et si faciles , que les Vosges ne peuvent être que difficilement défendues. Les gorges intérieures sont presque toutes accessibles; les plus méridionales ont été illustrées par la marche de Turenne en 1674 • Les routes qui traversent ainsi la chaîne sont au nombre de 6 principales en France :
1* Roule d'Épinal à Mulhouse, par la source septentrionale de la Moselle, le col de Bustang (l,17i m.) et Thann;
2° Route de Saint-Dié à Colmar, par le col du Bonhomme;
3° Route de Saint-Dié à Schelestadt, par le col de Sainte Marie-aux Minet ( 780 m.) ;
k" Route de Saint-Dié à Strasbourg, par la vallée de la Brusche;
5° Route de Sarrcbourg, par Phalsbourg et le col de Saverne, à Strasbourg; c'est la grande route de Paris; elle est défendue par Phalsbourg et longée par le chemin de fer de l'Est;
6° Route de Sarrcgucmines à Haguenau , par Bitche.
§ III. Hydhoghapuie. — L'Alsace appartient hydrographiquement au bassin du Rhin ; mais comme elle est coupée dans sa partie méridionale par les hauteurs qui joignent le Jura aux Vosges, elle appartient aussi dans celte partie au bassin du Rhône par son sous-affluent le Doubt. Le Doubs reçoit en effet par sa rive droite Y Allé ou VAUaine, déjà décrite dans la Franche-Comté, qui passe à Délie, et qui se grossit de la Savoureuse, passant à Girouiagny et à BéforU
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Le Rhin sert de limite à l'Alsace el à la France depuis Hunînguc jusqu'au confluent de la Lauter, pendant 178 kilomètres. Nous avons donné son cours général , tome I, page 165. Lorsque, après avoir traversé la Suisse, il arrive à Baie, il tourne brusquement au nord, sous la pression des dernières pentes du Jura et de la Forél-Noire, et coule dans cette direction pendant presque tout son cours. Il change alors de caractère : en Suisse, c'était un torrent impétueux, tourmenté par les montagnes, coupé par des chutes nombreuses , non navigable; en France, c'est une belle masse d'eau, couverte d'une infinité d'Iles boisées , arrosant une des plus fertiles parties de l'Europe, donnant de nombreuses dérivations, minant et changeant ses bords, surtout à la rive gauche, et devenant enfin l'une des plus riches voies de communication de l'Europe. Il arrose ainsi Huningue, passe à 2 kilomètres de Neuf-Brisach , à un kilomètre de Strasbourg, enfin quitte la France au confluent de la Lauter. Sa profondeur moyenne est de h à 5 mètres; il porte des bâtiments de 1,000 à 1,250 quintaux métriques. Sa largeur est de 240 mètres à Bàle et de 350 mètres au confluent de la Lauter; sa vitesse est de 2 à 3 mètres par seconde, et sa pente de quatre cinquièmes de millimètre par mètre. Il n'y a d'autre pont sur son cours que celui de Kehl.
Le Rhin reçoit en Alsace :
1° L'IU, qui descend des derniers contre-forts du Jura, non loin de Ferrette; il coule à peu près du sud au nord parallèlement au Rhin , en traversant un pays d'abord accidenté , où les dernières pentes du Jura et des Vosges descendent jusque sur ses bords ; mais, à partir de Mulhouse , il coule entre des rives basses et unies. Il arrose ainsi Altkirch , Mulhouse, Ensisheim, Cohnar, Schelestadt, où il est navigable, Bcnfeld, Strasbourg, qu'il traverse par trois bras, et finit à U kilomètres au-dessous de cette ville, après un cours de 152 kilomètres. Il est difficilement navigable à cause de ses sinuosités et de son peu de profondeur. Sa largeur la plus grande n'est que de 33 mètres. Il est longé dans la plus grande partie de son cours par le chemin de fer de Strasbourg à Baie. Il absorbe toutes les rivières qui , descendant perpendiculairement des Vosges, se dirigent vers le Rhin : 1° la Largue, qui descend des contreforts du Jura, arrose Largitzen, Mertzen, Dannemarie, est longé par le canal du Rhône au Rhin, et finit au-dessous d' Altkirch ; 2° le Dollar, qui descend du Bœrenkopf, arrose Massevaux, et finit à Illzach; 3a le Tkur, qui descend du Grand- Ventron, sert de débouché à la route importante qui passe par le défilé de Bussang, traverse la belle vallée de Saint- Amarin , arrose Thann, Cernay, et finit au-dessus d'Ensisheim; k* le Lauch, qui descend d'un contre-fort du Grand-Ventron, passe près de Sulzmath, à Rouflach, et finit à Colmar; 5» le Feeht, qui descend du Reinkopf, arrose Turkheim, Munster, reçoit la Webs, et passe à Geimar ; 6' la Giesten descend du Climont, passe à Villé , et reçoit un affluent qui passe à Sainte-Marie-aux-Mines ; 7° YEhn, qui passe à * Klingenthal; 8° la Brutche, qui descend du Climont, traverse la vallée longitudinale de Schirmek du sud au nord , arrose Schirmek , tourne au nord-ouest, arrose Mutzig, Molsheim, et finit après un cours de 75 kilomètres. Il se grossit de la Afouig, qui passe à Wasselmen , et conflue à Soultzbad , après un cours de 36 kilomètres. Too3 ces affluents de 1*111 , traversant des vallées étroites dans leur partie supérieure, sont remarquables par la beauté de leurs sites et la fraîcheur de leurs paysages; ils no coulent en plaine que dans le voisinage de leurs confluents.
2° La Zorn prend sa source au Gros-Rougemont, coule d'abord du sud au nord dan» le déparlement de la Meurthe , tourne à l'est, est longée par le canal de la Marne au Rhin, arrose Saverne, Deltweiler, Hochfelden, Brumath, remonte au nord-est en longeant le Rhin , dont elle n'est souvent séparée que par la route de Strasbourg à Maycnce, arrose Drusenheim, et finit près de Sellz. Elle est, dans son cours supérieur, torrentueuse et sujette à ravager ses bords. Elle se grossit : 1° de la Zinxd, qui prend sa source non loin de Pbalsbourg , et finit à Deltweiler ; 2' de la Moder, qui descend du Koesberg, reçoit un ruisseau qui passe à la Petite-Pierre, laisse au sud Bouweiler, reçoit un affluent qui passe à Niederbronn, arrose Haguenau, Bischwiller, et finit à Drusenheim ; 3* le Surbach , qui passe à Lembach et à Wœrth.
3° La Lauter descend des Vosges septentrionales, entre en France près de Wissembourg, sert de limite à la France et à la Bavière rhénane, arrose Laulerbourg, et, à U kilomètres de là, finit dans le Rhin.
Une petite partie do la Lorraine ayant été ajoutée à l'Alsace pour former le département du Bas-Rhin , à tous ces cours d'eau il faudrait ajouter, sur le versant occidental des Vosges, la Sarre, que nous retrouverons dans la Lorraine.
Il faut aussi leur ajouter trois canaux importants : 1* le canal a" Alsace ou du Rhône au Rhin, qui part de Saint-Jean-de-Losnc, sur la Saône, atteint le Doubs à Dole, emprunte son cours jusqu'au confluent de l'Aile , remonte l'Aile et l'un de ses affluents, atteint la Lorgue près de Dannemaric, 1*111 au-dessous d'Altkirch, le suit jusqu'à Mulhouse, traverse la grande plaine interposée entre l'Ill et le Rhin parallèlement à ces cours d'eau, en passant à Neuf-Brisach , et arrive à Strasbourg. Sa longueur est de 321 kilomètres, dont 6 dans le département de la Côte-d'Or, &0 dans celui du Jura, 135 dans celui du Doubs, 90 dans celui du Haut-Rhin, 51 dans celui du Bas-Rhin. Son développement dans le bassin du Rhône est de 192 kilomètres; dans le bief de partage, de 3 kil. ; dans le bassin du Rhin, de 126 kilomètres. Ce canal a pour continuation celui do l'Ill au Rhin , qui a 3 kilomètres.
2* Canal de la Marne au Rhin, dont nous reparlerons dans la Lorraine. Il a 59 kilomètres de développement dans le département du Bas-Rhin , suit le bassin de la Zom et a pour continuation le canal de l'Ill au Rhin.
3° Canal de la Rrusche, construit en 1682 , par Vauban , et ayant 20 kilomètres de longueur, depuis le village de Saltz, au nord-ouest de Molsheim, jusqu'à son embouchure dans l'Ill , où il se jette , à la dislance des 2 kilomètres de la crête du glacis de Strasbourg. Il est alimenté par la Brusche et le Mossig.
S IV. Constitution géolocique. — Malgré leur peu d'élévation et la douceur de leurs pentes, les Vosges sont des montagnes primordiales. Dans leur partie méridionale, les terrains primitifs apparaissent au nord de Faucogney, de Servance et de Masscvaux, et forment un massif presque continu jusque vers Urmalt sur la Brusche ; ce massif, qui à l'ouest s'avance jusque vers Rein i remont, Bruyères, Saint-Dié et Senones, forme la crête depuis le Bœrenkopf jusqu'au Climont, d'où, sur la rive droite de la Brusche, il s'avance jusqu'à Urmatt. Sur le versant oriental, en Alsace, il ne forme d'abord que le bord de la crête jusqu'aux sources du Fecht; mais à partir de là il descend vers l'est jusqu'à Soulzmatt, Turkheim, Kaysersberg, Ribeauvillé , Chatenois, Dambach, Andlau et Urmatt. Au sud de Sulzmatt, il forme une petite zone
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qui descend à l'ouest de Guebwiller, et se recourbe à l'ouest pour former le Ballon du même nom. Ces terrains primitifs sont presque tous granitiques; on trouve seulement de la syénite vers le Ballon d'Alsace, entre l'Oignon et la Doller, entre le Cresson et le Bœrenkopf , et du gneiss dans la vallée supérieure de la Liepvrette. »
Au sud de ce massif granitique, c'est-à-dire au sud de Faucogney et du Bœrenkopf, se rencontre une zone de terrains de transition presque toujours supérieure qui court vers l'est , et pénètre en Alsace au sud de Giromagny , pour envelopper l'extrémité sud-est du massif primitif; elle traverse la Doller à Massevaux, forme tout le versant oriental de la chaîne depuis la crête jusqu'à Thann , Guebwiller et Muhlbach sur la Fecht, et traverse même la crête entre le Gresson et le Drumont pour former la vallée supérieure de la Moselle jusqu'à Saint-Maurice. Ces mêmes terrains de transition interrompent encore la crête plus au nord pour former le massif du Ciimont, d'où ils projettent à l'est jusque vers Andlau une mince zone qui longe le pied du Champ-de-Feu. On les retrouve aussi sur la rive gauche de la Brusche supérieure jusqu'à Unnalt et jusqu'au Donon qu'ils constituent
Au sud de ces terrains de transition , entre Giromagny et Béfort , on trouve un massif de grès rouge qui commence dans la Haute-Saône au sud-est de Champagney, et s'avance dans le Haut-Rhin jusqu'à la rivière de Saint-Nicolas, affluent de l'Aile. On les retrouve aussi au sud des terrains de transition du Ciimont, où ils forment sur les deux rives de la Giessen, entre Villé et Dambach, un massif qui se termine au sud par la forêt d'Altenberg, et au nord par le mont Lngersberg. A l'ouest du Ciimont, au sud des sources de la Brusche , ils recommencent sur la crête qu'ils forment depuis le Ciimont jusqu'à la Bonne-Fontaine, et se prolongent ainsi en Lorraine vers Saint-Dié.
Au nord des terrains primitifs, qui, nous venons de le voir, constituent presque exclusivement la partie méridionale des Vosges , la chaîne n'offre plus guère que des grès de diverses espèces. C'est d'abord le grès des Vosges, qui, en Lorraine, forme le pied du versant occidental depuis Remiremont , et qui atteint la crête au nord du Donon, et la constitue désormais sans interruption jusqu'au nord de Kayserslautern , bien au delà de la frontière française. En Alsace , sur le versant oriental , il -commence sur la rive droite de la Brusche, entre Barr et Mutzig, vers Saint-Odile et Klingenthal; puis au nord de la Brusche il constitue tout ce versant jusque près de Wasselonne, Saverne, Neuwiller, Ingwiller, Niederbronn et Wissembourg, s'arrêtant ainsi à la ligne indiquée dans l'orographie comme la limite orientale des principales pentes des Vosges septentrionales en Alsace.
A ces grès rouges succèdent , sur le versant occidental, de larges et longues zones des divers étages triasiques; mais sur le versant qui nous occupe en ce moment, les terrains triasiques ne forment qu'une zone qui succède au grès des Vosges , entre Barr et Wissembourg, par les territoires de Rosheim, Mutzig, Vangen, Maurmoutiers, Saverne, Ingwiller et Niederbronn; elle est partout extrêmement mince et n'acquiert quelque largeur qu'à l'ouest de Maurmoutiers, où elle s'avanee jusque vers Truchtersheim.
Aux terrains triasiques, sur le versant occidental , font suite les terrains jurassiques, mais en Alsace ces derniers ne sont pas plus importants que les terrains triasiques; ils
n'y forment en effet qu'un massif compris à peu près entre Bouxwiller et Haguenau, Wœrth et Maurmoutiers.
A l'est des divers terrains énumérés ci-dessus, et jusqu'aux bords du Rhin, les plaines de l'Alsace sont constituées par des dépôts postérieurs aux dernières dislocations du sol, tels que diluvium alpin et alluvions modernes; c'est le premier que l'on rencontre surtout dans le département du Bas-Rhin , où les alluvions récentes ne se trouvent que sur la rive du fleuve et dans les vallées inférieures de la Zorn depuis Hochfclden , et de la Brusche depuis Molsheim. Au sud d'une ligne tirée de Darobach (nu nord-ouest de Schelestadt) à Strasbourg, on ne trouve plus que des alluvions modernes qui descendent à l'est de Schelestadt, de Turkheim, de Rouffach, de Guebwiller, de Sultz, de Cernay, de Thann, jusqu'à une ligne tirée de Massevaux par . Mulhouse à Bàle.
A ces alluvions succèdent dans la partie méridionale du département du Haut-Rhin des terrains tertiaires supérieurs (alluvions anciennes), qui s'arrêtent aux frontières de la Suisse, où commence le terrain jurassique. Entre Altkirch et Mulhouse, entre le canal du Rhin et le chemin de fer de Mulhouse à Bàle , se trouve un massif de terrains tertiaires moyens compris entre les alluvions modernes au nord et à l'est, et les alluvions anciennes à l'ouest et au sud. On trouve aussi çà et là de ces terrains tertiaires moyens sur la rive gauche de 1*111 . entre Rouffach et Wintzenheim, entre Wœrth et Wissemb >urg, à l'ouest de Soulz, etc.
§ V. Aspect général. — Assise sur le versant oriental des Vosges, dont le faite la sépare de la Lorraine, l'Alsace forme une vaste plaine qui descend graduellement vers le Rhin, au delà duquel s'étendent les riches campagnes du grand-duché de Bade qui remontent à l'est jusqu'à la crête des montagnes boisées de la Forêt-Noire. L'Alsace forme en effet avec le duché de Bade la majeure partie du bassin moyen du Rhin et les plus riches contrées que traverse ce fleuve. A une époque inconnue, ce bassin semble n'avoir été qu'un vaste lac dont Bàle et Mayence indiquent les extrémités, et où les eaux n'ont trouvé d'écoulement que par la rupture de la chaîne de rochers dont les restes serrent encore le fleuve, et gênent même sa navigation à l'époque des eaux basses. Cette hypothèse explique d'ailleurs suffisamment la succession d'escarpements longitudinaux qui étagent la plaine alsacienne et la nature alluviale de son sol.
Peu de provinces offrent un plus magnifique coup d'œil que l'Alsace, lorsqu'on l'aperçoit du sommet des Vosges. Cette vallée, couverte de riches moissons, de beaux vignobles, de villes populeuses et de gros villages presque contigus les uns aux autres, offre un ravissant panorama merveilleusement encadré par la ligne argentée des eaux du Rhin , et plus loin par les cimes noirâtres de la Forêt-Noire ou vers le sud-est par les glaciers de la Suisse et les pics nuageux des Alpes. Tous les sommets des Vosges sont accessibles, et presque partout on y rencontre de la terre végétale, mais la végétation n'y est vigoureuse que sur les flancs où l'on trouve de belles forêts entrecoupées çà et là de prairies où s'élèvent des chalets ou des fermes. Les forêts, les plaines, les cultures, les vignobles s'étagent assez régulièrement sur les pentes douces et allongées du couchant; mais le versant oriental, qui, ainsi que nous l'avons vu, renferme les plus hautes sommités dans une direction à peu près parallèle au
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faite , tombe brusquement sur la plaine au lieu d'aller aboutir au Rhin , et les vallées y sont beaucoup plus profondes, mais aussi plus pittoresques: les plus renommées sont, dans la haute Alsace, celles de Giromagny, riche en minéraux; de Massevaux, au fond de laquelle se dresse le Ballon d'Alsace; de Saint- Amarin, de Florival, de Soultzmatt, riche en eaux minérales; d'Orbey, de Ribeauvillé, où l'on trouve une foule d'usines; de Sainte-Marie-aux-Mines ou le val de Licpvre, etc.; dans la basse Alsace, celles de Villé, embranchement du val de Liepvre; d'Andlau, très-étroite et dont les collines de ceinture sont plantées de vignes; de Barr, que domine le Hobenbourg, célèbre par ses antiquités; de la Brusche, qui présente les aspects les plus riants et les plus variés; de Jagerthal, vivifiée par des fonderies et des forges; de Kronthal, si importante par ses carrières; de Klingenthal, renommée pour la beauté de ses sites; de Niederbronn, célèbre par ses eaux minérales.
Nous avons déjà dit que la province se subdivisait en basse et haute Alsace, divisions physiques que l'on a adoptées à peu près pour les deux départements du Bas et du Haut-Rhin. La basse Alsace, qui s'étend à peu près depuis Schelestadt jusqu'à Landau, se subdivise elle-même naturellement en trois régions: 1° la montagne, qui comprend le flanc môme des Vosges avec leurs formes très- adoucies, et qui est en grande partie boisée; elle est formée jusqu'à la crête de terres arables de qualité inférieure; 2° les collines, assises au pied des montagnes principales et plantées en vignobles qui envahissent même la plaine, et dont les produits sont de bonne qualité; 3° la plaine, qui s'étend en pente douce depuis le pied des Vosges jusqu'au fleuve, et qui ne comprend pas moins des trois cinquièmes de la superficie de tout le pays. Dominée à l'ouest par les montagnes dont les cimes sont couronnées de belles ruines et de nombreux châteaux, bordée à l'est par le cours majestueux du Rhin, la basse Alsace offre une succession non interrompue de belles prairies, de jolis vallons et de riches campagnes couvertes de moissons. L'agriculture y est trèsavancée; la récolte des céréales dépasse les besoins de la consommation; on y fait plus de 500,000 hectolitres de vin , dont la moitié est exportée. La culture du tabac, qui a triplé depuis cinquante ans, n'occupe pas moins de 10,000 hectares, et produit annuellement plus de 150,000 quintaux. Après le tabac viennent le houblon, la garance, le chanvre, les graines oléagineuses, les légumes, surtout les choux; enfin les arbres fruitiers donnent de bons produits, principalement le merisier, dont le fruit sert à la fabrication du kirsch-wasser.
La haute Alsace est un pays entrecoupé de vallées et vallons assez étendus, arrosé par un grand nombre de rivières et de ruisseaux , et dont le sol est généralement très-varié. Elle se divise aussi en montagnes en partie couvertes de forêts; collines, riches en vignobles, et plaine s'étendant des collines au Rhin. C'est l'ancien Sundgau. Mais tandis que la basse Alsace est arrosée par des rivières toutes perpendiculaires au Rhin, la haute Alsace est traversée du nord au sud parallèlement au grand fleuve par la rivière de 1*111 , qui divise sa plaine tout naturellement en deux parties : l'une entre les Vosges et 1*111 ; l'autre entre l'IU et le Rhin. Dans cette dernière partie, le sol , formé tantôt de sable , tantôt d'une couche de terre glaise peu épaisse , est constamment recouvert de cailloux roulés par-dessus lesquels les inondations ont déposé une légère couche de limou; c'est uu pays qui produit peu; on y rencontre fréquem-
ment des marais et des tourbières, et les bonnes prairies y sont rares à cause des débordements du fleuve. C'est là que se trouve la forêt de la Harth. L'autre partie du Sundgau, située sur la rive gauche de 1*111 , présente au contraire une couche de terre végétale dont l'épaisseur varie de 32 à 80 centimètres ; ce sont les meilleures terres de toute l'Alsace. Enfin la partie méridionale du Sundgau, de Béfort à Cernay, le long des montagnes, présente une terre spongieuse et peu arable, jadis couverte de bois et d'étangs, et où l'on remarque surtout la plaine de Cernay ou YOchtenfeld, dont le sol est graveleux et peu fertile ; ces terrains sont pourtant aujourd'hui cultivés en grande partie , et l'on y trouve beaucoup de prairies bonnes h l'élève des bestiaux. Le long des rivières et près des marais, on trouve dans la haute Alsace un limon noir très-tenace, qui donne une végétation remarquablement vigoureuse , et dont le fond est toujours du gravier; dans le voisinage des hauteurs, au contraire, le sol est presque toujours formé de glaise à fond calcaire. L'agriculture est moins avancée que dans la basse Alsace , encore bien que depuis le commencement du siècle on ait opéré de nombreux défrichements, et fait bien des prairies artificielles. Les prairies naturelles y sont nombreuses et se distinguent en hautes et basses; les premières, situées sur les pentes des Vosges ou du Jura septentrional , sont des prés proprement dits dont l'herbe fine et aromatique donne un excellent goût à la chair des bestiaux; les secondes, au contraire, situées au fond des vallées ou au bas des rivières, sont moins estimées, parce qu'elles sont couvertes d'eau pendant l'hiver. La récolte des céréales dépasse les besoins de la consommation ; la pomme de terre y donne des produits très-abondants; on cultive aussi la garance, la gaude, la gentiane et le chanvre. I^es vignes y occupent plus de 12,000 hectares, et donnent annuellement près de 600,000 hectolitres de vins, dont une partie s'exporte en Suisse et en Allemagne. Les forêts y occupent plus de 110,000 hectares, et couvrent presque entièrement le pays entre 111 et Rhin ; la forêt de la Harth en forme la majeure partie; elle a plus de 15,000 hectares. On y cultive aussi le merisier pour le kirsch-wasser.
Le côté le moins éclatant de l'industrie agricole en Alsace, c'est l'élève des bestiaux et des animaux domestiques. Les chevaux y sont de race ordinaire et de taille moyenne ; néanmoins les arrondissements de Strasbourg et de Schelestadt en fournissent de très-bons à l'armée. La race des bêtes à cornes donne de bonnes vaches laitières et de bons animaux de labour , mais elle est petite , et parait chétive à côté des races de la Suisse. Us moutons sont nombreux . mais ne donnent qu'une laine commune. Les porcs sont mieux soignés et donnent des produits très-fructueux.
Nous verrons quelles sont les richesses minérales de l'Alsace dans la statistique des départements. Son climat est généralement tempéré , son air pur et salubre ; mais le voisinage des montagnes y rend les variations de température très-fréquentes. L'hiver y est très-long et très- rigoureux', et après la fonte des neiges (juin et juillet), les grandes chaleurs arrivent tout à coup ; en revanche , l'automne y est magnifique.
S VI. Histoire. — Il n'est pas de province qui ait une physionomie plus étrangère que l'Alsace : langue, race, mœurs, tout y semble encore germain, bien qu'elle soit réunie depuis deux cents ans à la France, et qu'elle en soit l'un des plus importants remparts. C'est que le Rhin , surtout dans le bassin si naturellement circonscrit qu'il occupe de
• Voir tome I", page coi.
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Baie à Mayence, est bien, comme nous l'avons déjà dit, une limite, mais non une barrière, et les deux pays qu'il borde et qui ont tant de similitude ont dû être habités presque toujours par des peuples de môme origine. En effet, dès les temps gaulois, on trouve bien des peuples galliques, comme les Rauraci, les Nemeles, les Mediomatriei, occupant l'Alsace; mais ils sont déjà mêlés à des peuples germains, principalement aux Triboci, qui en chassèrent les Mediomalrici. Quand les Séquanes, pour lutter contre les Éduens, alliés des Romains, appelèrent les Germains d'Arioviste dans la Gaule , ceux-ci occupèrent dès l'abord l'Alsace , principalement le nord , et l'on peut dire qu'ils n'en sortirent plus; enfin, dans la division de la Gaule en provinces romaines, le nord fut compris dans la Germanie première, le sud fut attribué à la Grande Séquanaite.
L'Alsace, pendant toute la domination romaine, fut une des barrières de l'empire contre les barbares ; aussi on y bàut et fortifia des villes , on y établit des camps, on y ouvrit des routes dont les vestiges existent encore. Nulle partie de la Gaule ne fut plus ravagée quand la barrière du Rhin eut été forcée; les Vandales, les Suèves, les Burgondes, les Allemands, les Francs s'y établirent successivement; et la population celtique, déjà diminuée dans les temps antérieurs, y dispunit presque entièrement. Sous la domination franque, le pays fut divisé en deux cantons ou gatu, le Nordgau, le Sundgau, et il fit partie du Royaume d'Austrasic. Dans le démembrement de l'empire de Charlemagne , il fut compris dans la part de Lothaire (Lotharingie), et , dans le partage qui fut fait de ce royaume après la mort do Lothaire II (870), il fut compris dans le royaume de Germanie : c'était sa position naturelle d'après l'état de sa population ; aussi devint-il entièrement germain, et resta-t-il séparé de la France pendant huit cents ans.
L'histoire de l'Alsace, pendant toute cette période, devient aussi confuse que celle de l'Allemagne: ce pays se hérisse de châteaux; il est divisé en une multitude de seigneurs qui se font continuellement la guerre ; l'autorité impériale y est presque nulle. Au treizième siècle, on le trouve partagé principalement en deux landgraviats, celui du Nordgau, qui appartient à diverses maisons; celui du Sundgau , qui appartient à la maison d'Autriche. L'empereur n'a plus que la propriété de dix villes impériales, que gouverne un grand bailli résidant à Haguenau. Ces villes étaient Ilaguenau , Strasbourg, Schelestadt, Wissembourg, Landau, Obernay, Rosheim, etc.; elles devinrent bientôt de petites républiques, où la bourgeoisie dominait, qui faisaient un grand commerce , et avaient des relations d'amitié avec les cantons libres de l'IIelvétie.
Dans le quinzième siècle, ce pays commença à entendre parler de la France, à laquelle il était depuis si longtemps complètement étranger. Sigismond, archiduc d'Autriche , engagea le Sundgau et le comté de Ferrette à Charles le Téméraire ; mais les villes libres s'allièrent avec les Suisses pour ne pas tomber sous le joug do ce maître sanguinaire , et , malgré les ravages de ses soldats , elles y parvinrent : la domination de la maison d'Autriche fut rétablie dans la plus grande partie du pays.
L'Alsace embrassa presque tout entière la réforme luthérienne , et elle prit part à toutes les luttes civiles de l'Allemagne. Dans la guerre de Trente-Ans , elle fut conquise par Gustave-Adolphe , qui put ainsi donner la main à son allié le roi de France. Après la mort de Gustave, elle fut occupée par le duc Bernard de Saxe-Weimar, qui , d'actome 11. 47
cord avec Richelieu, voulait s'en faire une souveraineté, et se mit à !a solde de Louis XIII. Ce duc étant mort (1639), ses lieutenants et son armée se vendirent à la France ; on arbora le drapeau français dans toutes les places , et Richelieu n'eut plus d'autre pensée que de garder cette précieuse conquête. Elle fut en effet légitimée par le traité de Westphalie, qui donna à la France les deux landgraviats et la plupart des villes impériales, moins Strasbourg. Une tentative fut faite par les Impériaux en 167/» pour reprendre l'Alsace; elle échoua devant le génie de Turenno, et après la paix de Nimèguc , qui confirma la possession de cette province à la France , Louis XIV songea à la compléter par la possession de Strasbourg. Il fit rendre par le parlement qu'il avait établi à Brisach un arrêt qui lui adjugeait toute l'Alsace en pleine souveraineté, et envoya 20,000 hommes devant cette ville. La résistance était impossible; les magistrats se laissèrent séduire ou effrayer, et Strasbourg rapitula, sous condition qu'elle conserverait ses libertés, ses revenus, l'exercice de la religion luthérienne. Louis y fit son entrée huit jours après, et Vauban y commença les immenses travaux qui ont fait de cette place l'un des boulevards de la France.
Les Bourbons, ayant acquis la limite du Rhin, s'efforrèrent d'en faire une barrière , car le fragment alsacien du grand fleuve n'est une défense qu'à la condition de ne pouvoir êt'-e tourné. C'est pour cela qu'ils fortifièrent Landau , qui ferme la route de Mayence; qu'ils fortifièrent lluningue, qui tient Bàle en respect, et couvre ainsi la trouée de Béfort; enfin qu'ils obtinrent le droit de mettre garnison dans Porentruy. Le Rhin devint alors une vraie frontière, qu'on ne put forcer pendant cent trente ans.
L'Alsace, annexée à la France, garda néanmoins son aspect étranger; mais elle resta soumise, et ne fit pas le moindre effort pour échapper à l'union française. Trois causes facilitèrent sa soumission : le respect qu'on eut pour ses privilèges, l'esprit d'ordre et de hiérarchie des habitants, qui les habitua aisément à l'unité et à la régularité de l'administration française; enfin leur humeur essentiellement belliqueuse, qui les fit entrer en foule dans les armées royales. La révolution de 1789 acheva la fusion, la guerre et les menaces de la coalition étrangère y ayant fait lever de nombreux bataillons. L'Alsace donna alors aux armées françaises une foule d'illustrations, Kellermann, Kléber, le maréchal Lefebvre, Rapp, Scherer, Lajolais, Beysser, Thurot, etc.
Dans les désastres de 1815, il fut question de rendre l'Alsace à la Germanie : on recula devant la résistance qu'aurait faite le pays; mais on démantela la belle barrière du Rhin, en enlevant Landau avec quatre autres cantons à la France, et en démolissant les fortifications de lluningue. Strasbourg se trouve ainsi, au nord et au sud, abordable aux premières attaques de l'ennemi.
Depuis cette époque, l'Alsace, qui n'avait été jusqu'alors qu'une frontière et une pépinière de soldats, a commencé une nouvelle existence, et elle est devenue une des gloires industrielles de notre pays. « Rien ne semblait la convier à ce rôle : placée aux extrémités de la France, loin de nos grands marchés intérieurs, elle trouve à ses portes le rempart des douanes étrangères. Les places où elle s'approvisionne de ses matières premières, le Havre ou Marseille, sont situées à des distances considérables. Une voie fluviale magnifique longe, il est vrai, cette province en la séparant de l'Alie-
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magne ; mais le Rhin a presque toujours subi des dominations diverses qui en onl gêné l'usage. Dans l'intérieur des terres, des montagnes escarpées ou couvertes de forêts entravent les communications même entre des localités très- voisines les unes des autres. Si l'industrie alsacienne a pourtant grandi et prospéré , c'est que la Providence avait doté ce pays d'un génie propre qui recélait en lui-même les moyens de surmonter tous les obstacles : l'aprcté dans le travail et l'esprit de recherche. Grâce à ces tendances de son caractère dont Mulhouse est l'éclatante expression , l'Alsace a pu suppléer à ce qui lui manquait, et tirer un merveilleux parti de toutes les circonstances qui pouvaient aider ses progrès dans l'arène industrielle, où ellô n'est devancée par aucune région du continent européen. Aujourd'hui , dans cette province, plus de 100,000 ouvriers sont englobés par le mouvement des fabriques. L'industrie cotonnière, concentrée presque tout entière dans le département du Haut-Rhin, forme le noyau de l'industrie alsacienne, et règne au-dessus de toutes les autres fabrications en souveraine incontestée. La filature de coton seule , qui compte dans cette contrée environ un million de broches, emploie plus de 20,000 travailleurs. Le tissage du coton écru ou en couleur en occupe à peu près 50,000, et l'impression au moins 10,000. A cette grande industrie s'ajoutent des imprimeries sur tissus de laine, des usines métallurgiques, des fabriques de draps et de produits chimiques, quelques filatures de lin et de laine peignée »
§ VII. Population, caractère , mœurs. — L'Alsacien a conservé tous les traits et les allures de son origine : il est blond, a le visage fortement accentué, une taille élevée, une constitution vigoureuse, une démarche lourde et sans grâce. 11 est laborieux, soumis, patient, persévérant, honnête; il a l'instinct très-prononcé de la hiérarchie et de la discipline; il a des goûts tout militaires , et fournit à l'armée un grand nombre de remplaçants et d'engagés volontaires; mais il est sans imagination et sans initiative, il n'a l'intelligence ni prompte, ni facile, ni étendue; enfin ses défauts principaux sont l'entêtement, la brutalité et l'ivrognerie. Les différentes parties de l'Alsace présentent d'ailleurs, sous le rapport des caractères, des nuances assez sensibles; ainsi, dans la haute Alsace, les tempéraments vifs et emportés prédominent; dans le centre, les tempéraments flegmatiques ; dans le nord , les tempéraments tristes et bilieux ; on trouve même dans les contrées marécageuses et malsaines, entre l'Ill et le Rhin, une population blême, souffrante, affligée de goitres et presque idiote. Enfin nous devons faire quelques distinctions entre le paysan et l'ouvrier alsacien , bien que ces deux existences soient dans beaucoup de lieux confondues.
Le paysan est par-dessus tout âpre au travail , et ne laisse pas inculte un seul coin de terre ; il est économe et se contente de peu ; sa maison a toujours un air do propreté qui semble annoncer le bien-être; mais, malgré ces qualités, malgré la fertilité du sol , la misère est grande dans la plupart des campagnes de l'Alsace ; elle tient a la surabondance de la population, les ménages qui comptent jusqu'à quinze enfants n'étant pas rares; elle tient aussi à la plaie de l'usure, dont nous dirons quelques mots tout à l'heure.
L'ouvrier porte dans les usines et manufactures les qualités qu'il montre dans l'armée, de la déférence pour ses chefs, de l'esprit d'ordre et de discipline, de la ' Audiganne, Les populations ouvrières de la France, tome I", page 114.
soumission, de la bonhomie; il travaille du cœur comme des bras, avec ardeur et dévouement ; il connaît peu l'envie, il est reconnaissant des efforts faits pour améliorer sa position ; il aime ses maîtres, et il se sent fier de la beauté , de la prospérité de la fabrique; enfin il reste presque toute sa vie dans la maison où il est venu enfant, et où ses fils viennent à leur tour travailler avec lui. D'un autre côté, le patronage des chefs est bienveillant, prolecteur, et pour ainsi dire patriarcal : nulle part la bonté germanique ne s'est ingéniée avec plus de succès pour améliorer le sort des ouvriers par des secours de tout genre, caisses de retraite, hôpitaux , écoles, maisons communes, réfectoires, etc.' Aussi l'organisation de l'industrie alsacienne, qui se répartit par groupes non dans des grandes villes, mais dans des villes secondaires, souvent môme dans des localités isolées des Vosges, a-t-elle pu être comparée avec raison à l'organisation des élans de l'ancienne Germanie.
Deux religions sont en présence dans l'Alsace, le luthéranisme et le catholicisme; elles ne s'aiment pas, mais elles se supportent; les catholiques y semblent même plus tolérants que les luthériens; dans beaucoup de localités, les églises sont mixtes, c'està-dire à l'usage des deux cultes.
A côté de ces deux religions il en est une autre, ou plus exactement il est une race qui est exécrée et qui fait le malheur des campagnes, c'est la race juive : « ]l faut être entré dans les chaumières de l'Alsace pour comprendre à quel point les juifs y sont à la fois influents et abhorrés. Ils ont la main dans toutes les transactions; on n'achèterait pas un morceau de terrain, pas même une tête de bétail sans recourir à leur ruineux intermédiaire. Si les ouvriers des fabriques, à mesure qu'ils s'éclairent davantage, échappent peu à peu à l'usurier, la population rurale, plus ignorante, subit toujours sa dure exploitation. Les juifs en sont arrivés avec le temps à connaître le fond de toutes les bourses et à servir de banquiers à tous les paysans. Tout l'argent prêté vient de leurs coffres-forts. Les prêts usuraires se pratiquent avec mille subterfuges onéreux pour l'emprunteur, et que compliquent encore de fréquents renouvellements. Une fois dans les griffes de l'usure, il est presque impossible à une famille de s'en arracher. On cite des cas où un premier emprunt de dix francs a suffi pour enchaîner toute une vie et ruiner une existence. Dans leur aveuglement, les masses se vengent par la haine implacable qu'elles ont vouée aux juifs d'un mal dont elles devraient d'abord se prendre à elles-mêmes. Au moindre mouvement, les usuriers sont le point de mire de toutes les rancunes publiques ; on envahit leurs demeures et on les poursuit avec des fourches »
L'allemand corrompu est encore le langage de toute la population de l'Alsace, même dans les hautes classes; néanmoins le français fait de très-grands progrès, et, s'il n'est pas parlé, il est compris presque partout.
§ VIII. DÉPARTEMENT DU HAUT-RHIN. — STATISTIQUE , AGRICULTURE, COMMERCE , ETC.
— Le département du Haut-Rhin a été formé de la haute Alsace et du Sundgau, auxquels fut réuni, en 1798, le territoire de la petite république de Mulhausen. Sa superficie est de MO, 721 kil. carrés. Sa population, en 1801, était de 303,773 habitants; en 1821, de 370,062 hab.; en 1841, de 464,466 hab.; elle est aujourd'hui de 494,147 habitants.
• Audiganne, Les populations ouvrière* de la France, lome I», paue 117.
ALSACE. 573 Il a pour chef-lieu Colmar, et forme trois arrondissements ainsi subdivisés :
Arrondissement de Colmar 13 canton» , 139 commune*, a 11, 682
- d'Altktrch 7 — 159 — l*9fB74
— dcBelfort 9 — 191 — 132,591 —
3 arrondissement* 29 canton», 489 communes, 494,147 habitant*
Ce département forme avec celui du Bas-Rhin le diocèse de l'évêché de Strasbourg. On trouve une cour impériale à Colmar, à laquelle ressortissent les deux départements de l'Alsace ; 3 tribunaux de première instance à Altkirch, Belfort et Colmar, et 3 tribunaux de commerce à Belfort, Colmar et Mulhauscn; un lycée, 4 collèges, une école normale primaire, 14 écoles supérieures, 736 écoles élémentaires. Il fait partie de la 6* division militaire, et renferme deux places fortes, Belfort, avec ses ouvrages avancés, Neuf-Brisach , avec le fort Mortier.
Ce département est à la fois agricole et manufacturier. Nous avons déjà dit que l'agriculture y était eu progrès , et quels sont les principaux produits du sol. La récolte est ordinairement plus que suffisante en grains ; elle est surabondante en vins. Ceux-ci sont les meilleurs de l'espèce dite vins du Rhin , et qu'on récolte en France : les plus estimés sont le kiUcrle de Guebwiller, le brond de Turkheim , les vint gentils de Riquewihr et Ribeauvillé, les vins de paille de Colmar, d'OHwillcr, etc. Tous ces vins sont blancs; les rouges sont peu abondants. Le sol productif est de 390,000 hectares, dont 143,000 sont occupés par les bois, 100,000 par les terres arables, 12,000 par les vignes, 54,000 par ies prairies naturelles, etc. Le gros bétail est de belle espèce : on l'estime à 100,000 tôtes; on trouve en outre 60,000 moutons, 62,000 porcs, 25,000 chevaux et une très-grande quantité d'abeilles.
Les mines de fer sont nombreuses et riches, et le fer qu'on en extrait supporte la comparaison avec ceux de la Suède. Les hauts fourneaux produisent plus de 3 millions et demi de kilogrammes de fonte en gueuses ou moulée. Les forges d'Oberbruck (canton de Massevaux) fabriquent annuellement 80,000 kilogrammes de cuivre laminé, 200,000 kil. de laiton laminé, 100,000 kil. de fil de laiton. On trouve en outre de nombreuses carrières de grès , de plâtre pour engrais et pour bâtiments , de porphyre, de granit, etc. Il y a aussi des tourbières très-abondantes.
Ce département est un des centres manufacturiers de la France : il tient le premier rang pour lès tissus de coton , les toiles peintes, les percales, les madapolams, etc. On y produit en calicots ordinaires près de 550,000 pièces par an , en calicots fins 10,000 pièces, en percales ordinaires 6,000, en mouchoirs façonnés 14,000, en mousselines damassées 8,000, en siamoises 42,000, en madras et guingamps 90,000. La belle industrie des toiles peintes de Mulhouse produit 540,000 pièces par an. Les autres industries du département sont la bonneterie , la rubanerie , les blanchisseries, l'horlogerie, les papiers peints, etc.
La situation du département, le grand nombre de cours d'eau et de routes qui le sillonnent, la multiplicité et l'importance de ses établissements industriels, tout concourt au développement de son commerce. Il exporte principalement des vins , du chanvre, des huiles, des grains, des bois, de la houille, des fers, des outils, de l'horlogerie et tous les autres objets de ses manufactures.
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On irouve dans co département 2 rivières navigables, le Rhin sur 76 kilomètres, nil sur 17 kil., le canal du Rhône au Rhin sur 117 lui. ; 7 routes impériales (376 kil.), 17 routes départementales (420 kil.), 11,000 chemins vicinaux, etc. Il y a en outre le chemin de fer de Strasbourg à Bàle, qui le traverse sur 66 kil., et l'embranchement de Mulhouse à Thann, qui a 0 kilomètres.
§ IX. Département du Haut-Rhin. — Description des villes. — Colmar, chef-lieu du département et siège d'une cour d'appel , renferme en outre des tribunaux de première instance et de commerce, une église consistoriale protestante , un lycée, une école de sourds-muets, etc. Sa population est de 19,153 habitants. Elle est située non loin de l'IU et sur le Rauch, dans une plaine très-étendue, d'où l'on aperçoit les Vosges, la Forôt-Noire et les dernières sommités du Jura. Elle est grande, bien bâtie, bien arrosée , entourée de jardins et de boulevards , et a pour monuments remarquables son église paroissiale, l'hôtel de ville, le palais de justice, le collège où est la bibliothèque, riche de 30,000 volumes, le musée, etc. Son industrie consiste en filatures de coton, fonderies de cloches, quincaillerie, fabriques d'amidons, de bougies, etc., et son commerce en fer, épicerie , droguerie, vins, etc.
Cette ville paraît être très-ancienne. C'est là que les fils de Louis le Débonnaire se rassemblèrent pour forcer leur père à quitter le trône. Elle devint ville impériale dans le treizième siècle. Fortifiée en 1552, elle fut prise par les Suédois en 1632, et par les Français en 1673. Elle ne fut définitivement réunie à la France que par le traité de Ryswick, en 1697; alors on y établit le conseil souverain d'Alsace. C'est le lieu de naissance du directeur Rewbell, du général Rapp-, de l'érudit de Golbéry, de l'amiral Bruat.
Altkirch, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège et 3,600 habitants, est située sur une colline dont le pied est baigné par l'Ill. Elle ne date que du treizième siècle, et avait autrefois un château fort, où les ducs d'Autriche faisaient résidence. Son industrie consiste en tissages mécaniques, exploitation de gypse, etc. On y fait un grand commerce de chanvre et de cuirs.
Belfort ou Bé/ort, chef-lieu d'arrondissement, avec des tribunaux de première instance et de commerce, un collège et 7,847 habitants, est situé sur la Savoureuse, au pied d'une colline, dans un pays riche en manufactures. Son industrie est peu considérable, mais il fait un grand commerce avec la Suisse et l'Allemagne. C'est, sous le rapport militaire , une des villes les plus importantes de la France , étant chargée de défendre la trouée qui porte son nom , et par laquelle on peut pénétrer dans le bassin de la Seine et sur Paris'. Ses fortifications, commencées par Vauban, et qui jusqu'en 18U étaient peu considérables , ont été augmentées depuis la démolition de Huningue, et complétées par un camp retranché qui peut renfermer 50,000 hommes.
C'était, au quatorzième siècle, une ville communale et sous la dépendance des ducs d'Autriche. Elle fut prise par les Français en 1636. En 1821, elle a été le théâtre d'une conspiration fameuse contre les Bourbons.
Entisheim (arrondissement de Colmar) , petite ville de 4,000 habitants, est situé sur la rive droite de 1*111. On y remarque son hôtel de ville et sa maison centrale de dé-
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tention, qui peut contenir 8 à 900 condamnés. On y fabrique des calicots, des damas pour meubles, de la quincaillerie, de la savonnerie, etc. C'était autrefois la capitale de la haute Alsace.
Guebwiller, petite ville de 4,000 habitants, est situé sur la Lauch, au pied de la belle montagne qui porte son nom et que nous avons décrite, près des coteaux qui donnent le kitterle. Elle est remarquable par ses établissements industriels, qui consistent en une grande filature de coton armée de 56,000 broches, une filature de lin et un atelier pour la construction des machines. On y fabrique aussi des draps et des nibans de soie, etc.
Munster, petite ville de 6,600 habitants, située sur la Fecht, dans la ravissante vallée de Saint-Grégoire , doit son nom à un couvent de bénédictins fondé dans le septième siècle, et se fait remarquer aujourd'hui par sa belle filature de coton, qui renferme plus de 75,000 broches , ses manufactures do calicots et de toiles peintes, qui emploient plus de 3,000 ouvriers. Des réfectoires, écoles, maisons communes, où règne une discipline aussi exacte que bienveillante, accompagnent ces vastes établissements fondés par la famille Hartmann, l'une de celles qui honorent le plus l'industrie alsacienne.
Nevf-britach , petite ville de 3,900 habitants, située à 2 kilomètres du Rhin, sur le canal d'Alsace, a été fondé par Louis XIV, en 1690, lorsqu'il fui obligé de céder le Vieux-Brisach , situé sur l'autre rive du fleuve. Elle fonne un octogone régulier, au centre duquel se trouve une belle place d'où l'on aperçoit les quatre portes de la ville. C'est une place forte qui a pour ouvrage avancé sur le Rhin le fort Mortier. On y fait commerce de bois.
Ribeauvilli, ancienne ville de plus de 7,000 habitants, est bâti à l'entrée d'une vallée riche en vignobles , au pied d'une montagne dont la cime et les flancs sont garnis des ruines de trois châteaux. On y trouve des filatures de colon , des fabriques de tissus de coton, des teintureries, et l'on y fait commerce de vins du Rhin.
Bouffach, petite ville de 3,600 habitants, située sur la Lauch, est une des plus anciennes de l'Alsace, et elle a été plusieurs fois détruite dans les guerres du moyeu âge. On y voit encore le château d'Isenbourg, qui fut le séjour de plusieurs princes mérovingiens. C'est la patrie du maréchal Lefèvre.
Sainte-Marie-aux-Minet , ville de 11,600 habitants, avec un conseil de prud'hommes, une chambre des manufactures, une église consisloriale prolestante, est située sur la Liepvrette, qui la sépare en deux parties, au fond d'une vallée étroite que dominent des montagnes couvertes de bois. Son territoire est célèbre par ses mines d'argent, de plomb et de cuivre, qui donnaient de riches produits dans le moyen âge, et dont 23 filons étaient encore exploités en 1623. 11 n'en reste plus qu'un aujourd'hui , celui de plomb sulfuré argentifère de Surlatte.
Celte ville est le centre de la fabrication des tissus de couleur, et cette fabrication y est répartie dans 23 maisons importantes. On y trouve aussi des tissages mécaniques pour calicots, des blanchisseries de toiles, des fabriques d'étoffes pour meubles, des teintureries nombreuses, etc. Toutes ces industries emploient 12,000 ouvriers disséminés dans les communes et les montagnes voisines.
Soultz, jolie ville de 3,660 habitante, n'a de remarquable que son hôtel de ville et
son église. On y trouve des fabriques de rubans de soie, de bonneterie, de clouterie, et l'on y fait commerce de fer.
Turkheim (2,879 hab.) est une ancienne ville impériale, située sur la Fecht, dans un territoire fertile en vins. C'est près de là que Turenne battit les Impériaux en 167/j.
FerrelU (arrondissement d'Altkirch), bourg de 800 habitants, est bâtie sur la pente d'une montagne que couronne un beau château gothique. C'était, dans le moyen âge, la capitale d'un comté important
Huningue, petite ville de 2,000 habitants , située sur le Rhin , était autrefois une des places les plus importantes de la France , non par son étendue , mais par sa position, qui fermait l'entrée du pays par le pont de Baie. En 1815, le général Barbanègre, avec 500 hommes de garnison, y soutint un siège mémorable contre 25,000 alliés. Après douze jours de tranchée ouverto, il capitula, et sortit avec les débris de sa garnison et les honneurs de la guerre. Huningue a été démantelée en vertu du traité de 1815, qui a voulu que la barrière du Rhin pût être tournée de ce côté, et l'entrée de la France ouverte. C'est pour cela qu'on a fortifié Béfort ; mais Béfort ne couvre que la route de Paris, et non celle de Strasbourg; et le démantèlement de Huningue n'en reste pas moins une brèche désastreuse faite à l'ancienne frontière française.
Mulhouse ou Mûlhauten est la ville la plus importante du département et l'un des grands centres manufacturiers de la France. Elle a un tribunal de commerce, un conseil de prud'hommes, une chambre de commerce, et près de ZjO.OOO habitants, dont 25,000 ouvriers. Elle est située au milieu d'une campagne fertile, dans une Ile formée par 1*111 , près du canal du Rhône au Rhin. C'est le centre de la fabrication des toiles de coton et des mousselines peintes qui sont célèbres et répandues dans le monde entier. On y trouve 12 grandes filatures de coton, 25 fabriques de toiles de coton et mousselines imprimées, 12 fabriques de draps, des filatures de laine peignée et cardée, des fabriques de mécaniques pour tissage et filature, de pompes à vapeur, de moteurs hydrauliques, de produits chimiques, etc. il s'y fait un immense commerce des produits de ses manufactures.
C'était une ville impériale, qui, grâce à l'alliance des cantons suisses, parvint à acquérir une indépendance complète, et à la garder même quand l'Alsace fut réunie à la France. Elle resta dans cette situation jusqu'en 1798 , où elle fut mise en demeure d'opter entre l'annexion à la république française et les rigueurs d'un système d'exclusion commerciale. L'annexion fut consentie , et depuis cette époque, Mulhouse, qui n'avait que 6 à 7,000 habitants, a vu sextupler sa population et sa prospérité. C'est à l'industrie cotonnière qu'elle doit sa fortune. Elle ne s'était jusqu'alors occupée que de la fabrication des draps, lorsque, en 17l|6, trois bourgeois, Kœchlin, Dollfus et Schmalzer, y fondèrent la première manufacture de toiles peintes. En 1762 , un autre bourgeois, Risler, créa le premier établissement de tissage, qui fut imité et perfectionné par Zuber et Schlumbergcr. Tous ces noms figurent encore au livre d'or de Mulhouse; leurs descendants, malgré leur opulence, sont encore à la tête de la fabrique ; ils ont déployé le génie le plus inventif pour perfectionner les moyens de fabrication, ouvrir des débouchés aux produits, et ils ont couvert la ville d'établissements utiles pour les ouvriers : écoles, réfectoires, hôpitaux, maisons de retraite,
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bibliothèques , etc. Le plus remarquable de ces établissements est une cité d'ouvriers située dans le faubourg de Colmar.
BittcJnoiller (arrondissement de Belfort), petite ville de près de 3,000 habitants, située dans la vallée de la Thur, est important par ses filatures de coton , ses fabriques de broches et autres pièces pour le lissage du coton , ses forges et fonderies, ses ateliers de construction pour machines à vapeur, etc.
Saint- A marin (2,166 hab.), petite ville située sur la rive gauche de la Thur, dans une riante vallée, était autrefois important par son château, qui fut brûlé par les Suédois en 1637 ; il l'est aujourd'hui par ses blanchisseries et ses tissages mécaniques.
Thann, situéo sur la Thur, à l'entrée de la vallée de Saint- Amarin , avec une population de près de 6,000 habitants, est une jolie ville, où l'on remarque une magnifique église, dont la flèche pyramidale a plus de 100 mètres de hauteur. C'est une cité manufacturière qui renferme des filatures de colon, des fabriques d'étoffes feutrées, de toiles peintes, de produits chimiques, des fonderies de métaux, des constructions de machines, etc.
Wtstcrting est un hameau de la vallée de Saint-Amarin qui réunit dans ses vastes usines plus de 3,000 ouvriers adonnés aux industries textiles, à la filature et au tissage du coton, à l'impression sur des tissus divers, etc.
Nous sommes loin d'avoir indiqué toutes les localités importantes du département , surtout sous le rapport manufacturier. Il n'est pas de petite ville, même de village, qui n'ait quelque établissement industriel. C'est ainsi qu'on trouve dans l'arrondissement de Colmar Kaysersberg, qui a des filatures de colon et des manufactures de cotonnades; OllwilUr, qui a la ferme-école du département; Soulzmatt et Soulzbach, importantes par leurs eaux minérales; dans l'arrondissement d'Allkirch, Rixheim, célèbre dans toute la France par ses manufactures de papier de tenture et ses papeteries mécaniques; dans l'arrondissement de Belfort, Bcaucourt, qui a des fabriques de serrurerie, de chaudronnerie, d'outils de tout genre; Cernai/, qui a des filatures et tissages de coton ; Giromagny, des fabriques de calicots ; GrandciUards , des tireries de fil de fer; Malmenbach , des peignages et filatures de laine peignée; Massevaux, des hauts fourneaux et des fonderies; Niederbruck, des fabriques de cuivre rouge; Oberbruck, des forges, etc.
§ X. DÉPARTEMENT DU BAS-RHIK. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COMMERCE, ETC.
— Le département du Bas-Rhin a élé formé de la basse Alsace (383,216 hect.) et d'une petite partie do la Lorraine (81,566 hect.). Sa superficie est de 46Ji,780 hectares. Sa population, en 1801 , était de /(50.238 habitants; en 1821 , de 502,638 hab.; en 18/»1 , 560,113 hab.; en 1851 , de 587,434 habitants. Ce département a pour cheflieu Strasbourg, et forme h arrondissements, qui sont:
Arrondissement de Strasbourg 1 2 cantons, 161 communes, 244,172 habitants.
— deSavernc ? — 165 — 109,879 —
— de Schelcstadt . . . . 8 — 114 — 139,678 —
— de Wiwembourg. . .6 - JIM — 93,705 —
4 arrondissements "il cantons, 542 commune», 587,434 habitants.
Ce département appartient au diocèse de l'évèché de Strasbourg ; il renferme h tri- TOMt u. & 8
bunaux de première instance ressortissant à la cour impériale de Colmar. un tribunal de commerce séant à Strasbourg, un lycée, 6 collèges, une école normale primaire départementale, 9 écoles supérieures, 1,000 écoles élémentaires; il appartient à la 6e division militaire (Strasbourg), et renferme 7 places fortes : Strasbourg, avec sa citadelle, Schelesladt, Haguenau, Wissembourg , Lauterbourg, la Petite-Pierre et Lichtemberg.
Ce département, dont nous avons déjà esquissé le sol en décrivant la basse Alsace, est manufacturier et agricole ; il offre des terres très-diverses au cultivateur. Sur les bords du Rhin et de l'Ill , le terrain, graveleux ou marécageux, ne donne que de médiocres produits. Les premières collines des Vosges, depuis la Brusche jusqu'à Landau , présentent un terrain marneux qui compose la partie la plus fertile. En suivant la seconde ligne des collines des Vosges , on trouve un calcaire argileux , qui se reproduit aussi dans la partie lorraine du département , et dont la culture est plus difficile que la précédente, mais donne cependant d'aussi bons résultats. Enfin la partie située dans les Vosges, surtout au nord, et les cantons de Haguenau, de Bischwiller, de Lauterbourg sont couverts de sables et difficilement cultivables. Le sol productif comprend 430,000 hectares, dont les forêts occupent 148,000, les céréales 50,000, les pommes de terre 30,000, les vignes 18,000, les prairies naturelles 55,000, les prairies artificielles 14,000 , etc. En résumé, les céréales, les pommes de terre, les légumes secs, le chanvre, les graines oléagineuses, la betterave sont les principaux produits agricoles du département. Les vignobles, moins estimés que ceux du Haut-Rhin , donnent cependant les vins fins de Molsheim et de Wolsheim. L'étendue des prairies est favorable à l'éducation des bestiaux, et les animaux domestiques sont de belle race. Les cantons d'Oberhausbergen et d'Erstein fournissent de beaux chevaux. Partout on élève une très-grande quantité de porcs qui sont l'objet d'un commerce considérable. On estime le nombre des bêtes à cornes à 140,000, celui des moutons à 76,000, celui des porcs à 90,000, celui des chevaux à 50,000. On ne trouve pas d'anes ni de mulets dans le déparlement.
Les richesses minérales sont le fer, dont 28 mines sont exploitées, la houille, le lignite, l'ocre, l'alun, l'asphalte, la tourbe, etc. On trouve aussi des carrières d'ardoises, de pierre, de plâtre ( de marne, d'argile à poterie, etc. 11 y a des eaux minérales à Brumath, Soultz, Niederbronn, etc. L'industrie est très-active, et consiste principalement en fabriques d'acier, de grosse quincaillerie, de machines, d'armes à feu et d'armes blanches, de taillanderie, de cotonnades, de draps, d'alun, de potasse et autres produits chimiques, en brosseries, tanneries, sucreries, huileries, blanchisseries, teintureries, etc. Le commerce est très-étendu, et l'on exporte dans l'intérieur et à l'étranger presque tous les produits du sol et des manufactures, v' On trouve dans le département du Bas-Rhin trois rivières navigables : le Rhin , sur 145 kilomètres; l'Ill, sur 82 kil.; la Moder, sur 3 kil.; deux canaux, celui du Rhône au Rhin, navigable sur 52 kil.; de la Brusche, navigable sur 21 kil.; 7 routes impériales, sur 360 kil.; 34 routes départementales, sur 680 kil.; 9,200 chemins vicinaux, sur 7,500 kilomètres. On y trouve en outre 2 chemins de fer, celui de Paris à Strasbourg, qui a 53 kilomètres de développement dans le département, et celui de Stras- Ixmrg à Bàle, qui, jusqu'à Schelesladt, a 45 kilomètres de développement.
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S XI. DÉPARTEMENT DU BAS-RHIN. — DESCRIPTION DES VILLES. — Strasbourg , Chef-liCU
du département et de la 6" division militaire , siège d'un évôché et du consistoire général du culte luthérien en France, renferme en outre des tribunaux de première instance et de commerce , une église consistoriale calviniste, des facultés de droit, de médecine, des sciences et des lettres, une faculté de théologie protestante, un lycéo, une école normale primaire, un gymnase luthérien, une synagogue consistoriale, etc. Sa population est de 75,565 habitants, et sa distance de Paris de &6& kilomètres. C'est une place forte de premier ordre, et elle possède une école d'artillerie, une fonderie de canons, un gymnase militaire, etc.
Celte ville est située sur l'Ill, qui s'y partage en trois bras, et sur la Brusche, dans une vaste plaine très-fertile, à 1 kilomètre du Rhin. Grâce à sa magnifique cathédrale, qui semble régner sur toute l'Alsace, à sa formidable enceinte de bastions, aux 14 ponts de ses rivières, aux 60 ponts de ses anciens fossés, à ses nombreuses places, aux belles promenades, aux jardins de plaisance, aux canaux qui l'avoisinent, à la ligne ondulée des Vosges qui encadre son horizon , elle a un aspect très-séduisant, mais un peu étrange. Tout y semble, au premier coup d'oeil, profondément germanique, la physionomie et la langue des habitants, les édifices, les rues propres, bien percées, où l'on voit encore de jolies maisons du moyen âge, avec leurs sculptures sur pierre et sur bois , les tavernes et les guinguettes où se presse la population autour de pots de bière enfumés de tabac ; mais sur ces mœurs allemandes on trouve entées des idées toutes françaises, et cette couche étrangère recèle le plus vif sentiment national. Enfin, quand on voit les monuments de Desaix et de Kléber, la citadelle, l'arsenal , les casernes , tout ce vaste appareil militaire qui s'accorde si bien avec les instincts belliqueux de l'Alsace, on se sent en plein cœur de la France, et l'on bénit le génie du grand roi qui a donné à notre pays ce glorieux boulevard.
La cathédrale de Strasbourg est l'un des plus beaux monuments de l'Europe. Elle fut commencée en 1015 et ne fut achevée qu'en 1439. Elle est surtout remarquable par l'élégance de sa flèche , qui a 142 mètres de hauteur. On y admire une belle rosace de 50 mètres de tour, des vitraux du quinzième siècle , une belle horloge astronomique, reconstruite en 1848 par Schwilgué, et où sont indiqués la marche des constellations, le cours du soleil et de la lune, etc. Les autres édifices sont l'église luthérienne de Saint-Thomas, qui renferme le beau monument élevé en 1777 à la mémoire du maréchal de Saxe, et qui est l'œuvre de Pigalc; le Temple-Neuf, ancienne église de dominicains , consacrée aujourd'hui au culte luthérien , et qui renferme la bibliothèque publique, riche de 130,000 volumes; le Château, autrefois palais épiscopal , l'ancien hôtel de ville, occupé aujourd'hui par le tribunal de commerce; le monument élevé à Guttcmberg, etc.
Strasbourg , encore bien que placé au centre d'un pays manufacturier, n'est pas une ville d'industrie ; on n'y trouve aucune des grandes fabriques qui font la renommée de l'Alsace, mais il a cependant d'importantes spécialités dans ses vastes brasseries, ses savonneries, ses tanneries, ses blanchisseries de toiles, ses fabriques de gants et de chaussons fourrés, de pipes , de joueLs d'enfants, de calèches et voitures, d'instruments de musique, de balances à bascule, de pompes, de pâtés de foie gras, etc. En revanche, et grâce à sa position, à ses chemins de fer, à ses cours
d'eau, à ses canaux, elle fait un grand commerce, principalement en vins, laines, huiles, denrées du Midi , etc.
Cette ville a probablement pour origine l'un des cinquante forts construits par les Romains pour arrêter les invasions germaniques. On l'appelait Argtntoralum. Elle devint un municipe , et la 8" légion y tenait garnison ; elle faisait alors partie de la Germanie première. En 35G, les Mamans la prirent et la pillèrent; l'empereur Julien les rejeta au delà du Rhin. Dans le siècle suivant elle fut successivement dévastée et à la fin entièrement ruinée par les bandes des Vandales, des Alains, des Burgondes, des Huns, des Mamans. Les Francs bâtirent sur ses débris, au commencement du sixième siècle, un fort qu'ils appelèrent Stratelmrgum , et qui au neuvième siècle était déjà ime ville considérable du royaume d'Austrasie. Elle suivit les destinées de l'Alsace, et fit partie du royaume de Lotharingie , puis du royaume de Germanie, et enfin de l'Empire ; mais des décrets impériaux l'exemptèrent de la juridiction des comtes palatins d'Alsace, et elle se gouvernait par ses propres magistrats. Les évôques do Strasbourg ayant obtenu, de leur côté, une partie de la juridiction civile et criminelle attribuée à - ces comtes palatins, il s'ensuivit des luttes entre l'autorité épiscopalc et l'autorité municipale. En 1205, l'empereur Philippe, fils de Frédéric Barberousse, prit la ville et les citoyens de Strasbourg sous sa protection , et les mit sous l'obéissance immédiate et spéciale de l'Empire, avec immunité de toutes charges et de tous services. La ville profita de l'octroi de ces privilèges, et surtout des troubles qui agitèrent l'Allemagne pendant le treizième siècle , pour se donner les droits régaliens , c'est-à-dire de nommer directement ses magistrats , de rendre la justice , d'établir des impôts, de battre monnaie, de lever des troupes, de faire des alliances. Elle parvint à maintenir ses droits contre les évêques, s'allia avec les principales villes du Rhin , et fit la police du fleuve en armant cent bateaux. Elle fit aussi la guerre aux petits seigneurs féodaux de l'Alsace qui gênaient son commerce , et détruisit vingt de leurs châteaux. Dans le quatorzième siècle , elle vit augmenter ses privilèges par l'empereur Sigismond , qui l'affranchit de la juridiction du tribunal de l'Empire et de la chambre impériale. En 1420, un Mayencais, Jean de Guttemberg, s'y établit, et, à l'aide de trois citoyens de celte ville, il y fit les premiers essais de l'imprimerie. En 1518, les premières attaques de Luther contre l'église romaine y furent affichées à la porte du la cathédrale; deux ans après un prêche était établi à Saint-Pierre le Vieux; et, en 1529, l'assemblée des échevins vota l'abolition do la messe. Presque toute la population embrassa le luthéranisme, et l'évêque alla se réfugier à Saverne. La ville prit une part trèsactive à la lutte des réformés contre l'Empire, et elle devint un refuge pour les calvinistes de France. Charles-Quint y rétablit le catholicisme, et la priva de sa voix à la dièle impériale; mais la paix d'Augsbourg lui rendit tous ses privilèges, et elle prit part à la guerre de Trente-Ans parmi les Etats protestants. Elle eut beaucoup à souffrir de l'intervention des Suédois ; et la paix de W'cstphalie ayant donné l'Alsace à la France, elle se vit cernée par la puissance française, et ne tenant plus à l'Allemagne que par son pont. Elle fit de ce pont un usage désastreux pour elle dans la guerre de 1674 . en le livrant aux Impériaux pour chasser les Français de l'Alsace. Aussi, trois ans après la paix de Nimègue , quand elle croyait avoir repris toute son indépendance, un arrêt de la chambre de firisach déclara qu'elle faisait partie des villes
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cédées par l'Empire à la France , el les Français s'en emparèrent. Eile conserva néanmoins ses privilèges, son administration, l'exercice de la religion luthérienne; mais on désarma sa population, on lui bâtit une citadelle avec garnison française; on imposa à l'assemblée municipale un préteur royal chargé de soutenir les intérêts du roi , etc. Strasbourg supporta d'abord le joug des Welchtt avec indignation , puis elle s'habitua à une annexion qui favorisait son commerce et satisfaisait ses goûts belliqueux ; et, à la fin de la monarchie, elle était fière d'être un des remparts de la monarchie française.
Savent, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège, et 6,407 habitants, est située au pied des Vosges, sur la Zorn, près du canal de la Marne au Rhin, près de la belle chaussée qui , par 17 ponts dérobés à la vue, et sur une longueur de 13 kilomètres, conduit au sommet des Vosges, et joint ainsi Strasbourg à Paris. Elle est très-irrégulièrement bâtie, et se trouve entourée de vignobles qui produisent le fameux vin de Paille; on y remarque l'ancien palais des évêques de Strasbourg, rebâti en 1780 par le cardinal de Rohan; son église paroissiale, que surmonte une tour carrée d'une grande antiquité; ses environs, qui renferment les sites les plus pittoresques; son commerce de bois et de grosse quincaillerie.
Cette grosse quincaillerie se fabrique à Zornhoff, grande manufacture de taillanderie, limes et scies, acier naturel, ressorts de pendules, etc., qui renferme 50 petits feux de forge, deux martinets pour le tirage du fer, 6 raffineries d'acier, etc. Elle occupe 7 à 800 ouvriers, et fait la principale ressource du pays, l'un des plus malheureux de l'Alsace à cause de la surabondance de sa population.
Saverne était, sous le nom de Tabtrna, une station romaine. Elle appartint dans le moyen âge aux évêques de Strasbourg. Prise, en 1636 , par Bernard de Saxe-Weimar, elle fut démantelée. Le chemin de fer de Strasbourg à Paris lui donne aujourd'hui une grande importance.
Sckelaladt, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège, et 10,365 habitants, est située sur la rive gauche de 1*111, à un myriamètre environ du Rhin , dans une belle plaine qu'encadrent au couchant les Vosges, au levant une grande forêt. Elle est mal percée, mais assez propre, et a pour édifices principaux son église paroissiale, qui date du quatorzième siècle-, le Pavillon, ancien monastère, qui sert de caserne ; la Fautu-Porte, reste des anciennes fortifications, etc. On y trouve des fabriques importantes de toiles et gazes métalliques, et de tous les instruments et objets qui peuvent en être confectionnés, de calicots, de laines peignées, etc. Citait une ville impériale qui avait dans le moyen âge des écoles célèbres. La guerre de Trente Ans la ruina. C'est aujourd'hui une place forte, qui a été bombardée en 1815.
Wiuembourg , chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège, une église consistoriale protestante , et près de 6,000 habitants, est situé sur la rive droite de la Lauter. Il est assez bien bâti, et n'a d'autres édifices remarquables que son église paroissiale et ses casernes. 11 est fortifié régulièrement et forme le centre des ligna de Wisiembourg, lesquelles se composent d'un rempart et d'un fossé allant sur toute la frontière, des Vosges à Lauterbourg. On y trouve des brasseries, des fabriques de tuiles, d'huiles, d'objets en zinc, etc.
Celte ville doit son origine à une abbaye fondée par Dagobert il. Elle fut presque entièrement ruinée dans la guerre de Trente Ans. Des combats nombreux ont été livrés sous ses murs dans la campagne de 1793.
BitcAwilUr (arrondissement de Strasbourg), petite ville de 6,600 habitants, située sur la rive droite de la Moder, est un des centres principaux de l'industrie alsacienne. Cette industrie s'applique à la fabrication des draps légers, qui ne comprend pas moins de 34 maisons," occupant plus de 4,000 ouvriers; elle s'applique encore à la filature , au lavage et au peignage des laines , à la sécherie de la garance, etc.
Haguenau, ville de 11,350 habitants, avec un collège, une bibliothèque, une maison de détention, est la deuxième ville du département par sa population et sa richesse. Elle est située au milieu d'une grande forêt , sur les deux rives de la Moder. On y remarque l'église de Saint-Georges , qui renferme des sculptures précieuses. Son industrie consiste en fabriques de calicots et percales, de coton filé, d'huiles, en sécheries de garance , raffineries do sucre, savonneries, etc. On fait dans les environs une grande culture de houblon et de garance.
Elle doit son origine à un château élevé en 1005 par un seigneur de Hohenshauffen Elle fut fortifiée dans le douzième siècle , et devint le chef-lieu de la préfecture des dix villes impériales. C'est une des cités qui résista avec le plus d'opiniâtreté à la conquête et à l'assimilation française. Elle compte encore aujourd'hui parmi les places fortes.
MoUheim, petite ville de 3,500 habitants, est remarquable par sa grande fabrique d'armes blanches, d'outils, d'articles de grosse quincaillerie, d'aciers naturels, etc. On y voit une belle église. C'est le lieu de naissance du général républicain Westermann.
Wastelonne, petite ville de 4,700 habitants, située sur la Mossig, est importante par ses carrières de pierre de taille et de meules pour usines, par ses fabriques de bas et de chaussons de laine , etc.
Bouxwiller (arrondissement de Savernc) , petite ville de près de 4,000 habitants, est bâtie dans une situation charmante , au pied des Vosges , dans le bassin de la Zorn. Elle est importante par ses mines d'alun et de vitriol , ses fabriques de produits chimiques, ses tanneries, ses bonneteries, etc.
Dettwiller, petite ville de 2,000 habitants , est célèbre par le campement de Turenne dans la campagne de 1673. Elle est aujourd'hui importante par ses fabriques de calicots, de cretonnes, etc.
La Petite-Pierre ou Lutiehtein, bourg de 1,300 habitants, n'est importante que par son château fort, bâti sur le mont Altenbourg, au pied duquel le bourg est placé, et qui compte parmi les places classées de la France. C'est le lieu de naissance du général et géographe Bourcier.
Barr (arrondissement de Schelesladt) , ville de 4i500 habitants, est situé sur un afiluent de 1*111 , au pied du Kirchberg , dans un territoire fertile en vignobles. On y trouve des tanneries, des chamoiseries , des fabriques de chapeaux de paille et de chaussons de laine, des distilleries d'eau-de-vie, et l'on y fait commerce de laines, chanvres, savons, etc.
Les environs de Barr sont pleins de curiosités historiques. Au delà du Kirchberg et
ALSACE
à droite du Monkalb, on trouve les ruines pittoresques du château de Landtperg, qui date du douzième siècle. Plus loin , de chaque côté du Mermelstein , s'étend sur la crête de la montagne le fameux Mur des Payent, qui devait avoir plus de 16 kilomètres de circuit, et se compose de pierres grossièrement taillées et jointes sans ciment. I) en reste des débris considérables, et l'on suppose que c'est un ouvrage des Romains. Dans l'enceinte de ce mur se trouvent les mines de l'abbaye de Saintt-OdilU , fondée en 622, abandonnée en 1666, mais dont l'église et les chapelles, bien conservées, sont encore l'objet de fréquents pèlerinages.
Benfeld, petite ville de 3,000 habitants, située sur l'Ill, dans un territoire trés-fertile et qui est le centre de la culture du tabac, était autrefois une place forte qui subit un long siège de la part des Suédois, en 1632, et eut ses fortifications détruites en 1650. On y trouve aujourd'hui une filature mécanique, des tuileries, etc.
Obernay ou Oberchnheim . petite ville de 5,400 habitants, avec un collège, située sur l'Ehn , au pied du Hohenbourg , était autrefois une ville impériale bien fortifiée et qui a subi plusieurs sièges. On y trouve aujourd'hui des fabriques de tissus de couleur, des clouteries , des tuileries et poteries , etc.
Rothe'm, petite ville de 4,000 habitants, située au pied des Vosges, sur la Magel, était une ville impériale qui fut entièrement détruite et sa population massacrée, en 1622, par le comte de Mansfeld. On y remarque ses vieilles murailles, une très-belle église, l'hôtel de ville, et l'on y trouve des bains d'eaux minérales.
Lauterbourg (arrondissement de Wisserabourg) est une jolie ville située sur la Lauter, et qui a 2,600 habitants. Elle n'a rien de remarquable que sa position sur la frontière et ses fortifications.
* Viederbronn, petite ville de 3,200 habitants, située dans une belle vallée qu'entourent des montagnes pittoresques , est célèbre par ses. eaux minérales, que fréquentent chaque année 2 à 3,000 personnes. On y trouve d'ailleurs des forges et hauts fourneaux, avec ateliers de moulage, etc. Les environs de Niederbronn sont délicieux; ils sont formés de monticules et de vallons semés de pâturages, de vignobles, de beaux villages, de ruines de vieux châteaux, d'établissements industriels.
Nous ne pouvons citer que les noms d'autres localités importantes par leurs établissements industriels : dans l'arrondissement de Strasbourg, Grqfftnstadcn, qui a une grande usine pour la construction des balances, bascules, crics, outils pour ateliers de chemins de fer, etc.; Mutzig, qui a une manufacture d'armes de l'État; Ottwald, qui renferme une colonie agricole; dans l'arrondissement de Schelestadt, Breittmbach, où l'on fabrique en grand le kirsch-wasser; Fouday, qui a d'importantes manufactures de rubans ; Klingtnihal, qui possède une célèbre manufacture de l'État pour les armes blanches; dans l'arrondissement de Wissembourg, Jœgerthal, qui a un haut fourneau et 6 feux d'affinerie pour la fabrication du fer; Lampcrlotck, importante par ses mines de bitume de Pechebronn; Lobsann, où l'on fabrique du mastic et des huiles minérales; Mertzwiller, qui a des fabriques d'encre et de vernis; Obcrbtttchdorf, importante par ses fabriques de poteries et de tuyaux , etc.