DE LA MOSELLE ET DE LA MEUSE
§ I. Limites et subdivisions. — La Lorraine, le Barrois, les Trois-Êvichis sont des débris du grand royaume de Lotharingie, formé en 842 , et qui comprenait, dans le nord de la Gaule , à peu près les pays situés entre la Meuse et le Rhin. Les Troistfvêchés sont revenus à la France en 1559, la Lorraine et le Bar rois en 1766. L'ensemble de ces territoires a aujourd'hui pour limites, au nord la Bavière rhénane (autrefois le duché de Deux-Ponts), la Prusse rhénane (autrefois l'électorat de Trêves), le duché de Luxembourg (autrefois Pays-Bas autrichiens); à l'est, l'Alsace; au sud, la Franche-Comté; à l'ouest, la Champagne. Leur superficie était de 2,2/i 0,000 hectares, et leur population de 1,1/j0,000 habitants.
Ces trois pays formaient, avant 1789, deux gouvernements militaires : celui de Lorraine, comprenant la lorraine proprement dite, la Lorraine allemande, le Barrou non mouvant, le payt des Vosges; celui de Toul , Metz et Verdun, comprenant le Toulois, le pays Messin, le Verdunois, le Barrois mouvant et le Luxembourg français. Ils formaient deux généralités et le ressort de deux parlements : de Nancy , pour la Lorraine et le Barrois; de Metz, pour les Trois-Évêchés. Ils comprenaient 5 évéchés: Metz , Toul , Verdun , Nancy et Saint-Dié , suffragants de l'archevêché de Trêves.
Ces trois pays ont formé quatre départements : Vosges, Meurthe , Moselle et Meuse.
§ II. Orocraphie. — Située presque en entier dans le bassin du Rhin, auquel elle appartient par les bassins secondaires de la Moselle et de la Meuse , la Lorraine s'appuie à l'est sur la chaîne des Vosges, qui la sépare de l'Alsace depuis le Ballon d'Alsace jusqu'à la hauteur de Bitche, et au sud sur les monts Faucilles, qui lui servent presque de limite au sud. Elle n'appartient au bassin de la Saône que par sa lisière méridionale et au bassin de la Seine que par sa lisière occidentale.
Le système orographique de l'Alsace est donc constitué : 1° à l'est par les Vosges, qui jettent de nombreux contre-forts entre les divers affluents de droite de la Moselle; 2" au sud par les monts Faucilles, qui jettent au nord deux contre-forts principaux , l'un entre la Moselle et la Meuse , sous les noms de monts de la Moselle, d'Argonne orientale et d'Ardennes orientales, l'autre entre la Meuse, d'une part, la Marne et l'Aisne, d'autre part, sous les noms de monts de la Meuse, d'Argonne occidentale et d'Ardennes occidentales.
I. Les Vosges, comme nous l'avons déjà dit dans la description de l'Alsace, partent du mont Boerenkopf , au nord-est de Giromagny , se dirigent vers le nord-nord-est par le Ballon d'Alsace et le Donon jusqu'à l'est de Bitche, où elles sortent de France. Leur crête sert à peu près de limite à la Lorraine et à l'Alsace entre le Ballon d'Alsace et le Climont; mais en ce point le faîte contourne les sources de la Brusche pour longer la rive gauche de cette rivière jusqu'au Donon , tandis que la frontière continue à suivre sa direction primitive, par le Uochjtld (plateau de feu) et les sommets
de la rive droite de la Brusche, jusqu'au nord de Schirmeck (département des Vosges), d'où elle gagne alors le Donon ; de là elle se prolonge le long du faite , en comprenant le haut bassin de la Zorn, jusqu'entre Saverne et Phalsbourg. Au nord de celte dernière ville , la limite qui sépare aujourd'hui le département du lias-Rhin de ceux do la Meurlhe et de la Moselle pénètre dans le bassin de la Moselle , au nord de Lixheim et de Fencstrange , jusqu'au delà d'Harskirch , passe entre Saar-Union et Saar-Albc , revient à l'est, en passant au sud de Rohrbach, et se termine un peu à l'est du faite, entre Bitche et Wissembourg.
D'après ce tracé , il est facile de voir quelles sont les parties de la chaîne décrite en Alsace qui appartiennent à la Lorraine. Nous rappellerons seulement ici que lo versant occidental des Vosges est beaucoup moins rapide, et, par suite, beaucoup plus large que celui de l'Alsace. C'est entre le Ballon d'Alsace et le Hohneck, situé à l'est du lac de Retournemer, que se trouve la partie la plus âpre de toute la chaîne. On y trouve une série de lacs, d'étangs et de cascades dont l'élévation atteint 7 à 800 mètres. Les plus célèbres de ces lacs sont ceux de Retournemer, de Longe mer et de Girardmer, situés sur le versant occidental , près do la crête, vers les sources de la Vologne.
Les Vosges envoient à l'ouest de nombreux contre-forts : 1» ce sont d'abord toutes les montagnes plus ou moins confuses qui se détachent du Drumont, du Grand- Ventron, du Rothenback, et qui séparent entre elles les nombreuses sources de la Moselle et de la Vologne.
2° Au nord du Hohneck, vers les sources de la Fecht septentrionale et de la Mcurthe, se détache un rameau qui commence avec la forêt de la B ronde. Après avoir lancé au nord un chaînon où se dresse le Xoirmont ( 6/|6 m.) , vers les sources de la Mortagne, et qui se termine entre celle-ci et la Meurthe par la forêt de Mortagne, ce rameau forme la forêt de Faîte au nord-ouest de Bruyères, et se prolonge au sud-ouest le long de la rive droite de la Vologne, par la forêt d'Êpinal, tandis qu'il court au nordouest entre Meurthe et Moselle, où il forme la forêt de Haye (382 m.) , entre Toul et Nancy, et va se terminer au confluent des deux rivières, qu'il encaisse par de forts escarpements.
3° Vers la montagne de la Bonne-Fontaine, au sud-ouest de Saales, vers les sources de l'Hurbache, se détache un petit contre-fort qui forme, entre ce ruisseau et la Fave, affluent de la Meurlhe, la vaste montagne d'Ormons (890 m.), située au sud de Saint-Jean d'Ormons.
li° De la montagne de Corbeille, aux sources du Ribodeau , descend un long contrefort qui, par le Grand- Brocart, sépare le Ribodeau de la Plaine, et se termine par lo Haut de la Vierge, au nord-est de Raon-l'Étape.
5° Du Donon part un vaste chaînon où s'élève d'abord le Chaume de Bequival , que continue au sud la Côte des Moutiert, où il se bifurque : le rameau du sud-ouest longo la rive droite de la Plaine, jette de nombreuses ramifications dirigées du sud-est au nord-ouest entre les divers petils cours d'eau tributaires de la Vezouze , et se termine au nord de Raon-l'Étape par des hauteurs de 385 mètres. Le rameau du nord-ouest se continue entre la Sarre-Blanche et les sources de la Vezouze par le MoumoiU, la f.arge-Pierre , le Grand-Rvugemont , la Tète du Mirguet, le Petit- Rougemont , d'où il tome u . 49
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continue au nord par des hauteurs moins importantes entre les cours de la Sarre et les sources de la Seille ; enfin il se prolonge à l'ouest par des collines entre la Seille et les sources de la Nied , et va finir près de Metz.
Le Donon lance encore entre le val du Blanc- Rupt (Sarre -Blanche) et le val d'Aberschweiller (Sarre septentrionale) un chaînon où s'élèvent la Mal-Côte, la Tète du Frisillon (726 m.), le Rheinfcopf (635 m.) et le Revers du Vac (680 m.), sur la rive gauche du ruisseau de Saint-Quirin. Sur l'autre rive du val d'Aberschweiller se dresse le Haut-Rognal (763 m.), détaché du Noll. Plus au nord beaucoup d'autres rameaux moins importants courent entre les nombreux affluents de la Sarre.
Telles sont les principales montagnes du versant occidental des Vosges ; elles sont en général moins hautes que celles de l'autre versant; les étroites et nombreuses vallées qu'elles dessinent sont moins découpées, moins accidentées, mais plus sauvages que celles de l'Alsace.
II. Les monts Faucilles se détachent du Ballon d'Alsace ou, plus exactement, du Ballon de Servance; ils ne sont en réalité qu'un contre-fort et un appendice des Vosges. Cette chaîne, formée d'une série de plateaux mamelonnés de 6 à 500 mètres de hauteur, s'étend de l'est à l'ouest, depuis les sources de la Moselle jusqu'à celles de la Meuse, en décrivant un aré de cercle dont la convexité est tournée vers le nord. Le front méridional des Vosges entre le Bœrenkopf et le Ballon d'Alsace peut cire considéré comme le commencement de cette chaîne. Elle se prolonge d'abord près de la rive gauche de la Moselle par le Ballon de Servante; puis viennent, au sud de Ramonchamp , la Tète du Midi et le Hihey. Ensuite la crête , qui a encore une hauteur de 750 mètres aux sources de la Combeauté , atteint les sources du Coney , où se dressent le Bambois et le Roulon, qui n'ont plus que 513 mètres et 655 mètres. De \h elle redescend au sud-ouest. Sa hauteur n'est plus que de 609 mètres près de Vioménil , aux sources de la Saône ; elle se prolonge ensuite à quelque distance de la rive droite de celto rivière par le Haut de Dixmont (656 m.) , au nord de Damcy, la Côte du Haulmont (501 m.), au sud-ouest de la même ville, le mont des Fourches (691 in.) cl le mont Heuillon, voisins l'un de l'autre et situés l'un au nord-est de La Marche, l'autre au nord-ouest de Sérécourt. Enfin la chaîne atteint les sources de la Meuse un peu au nord-est du mont Mercure ( 666 m.) , où commence la partie du faile de partage qu'on appelle le plateau de Langres. Plusieurs routes traversent les monts Faucilles; les principales sont, de l'est à l'ouest : Ie celle de Retnircmont à Plombières; 2" celle d'Épinal à Plombières; 3° celle de Mirecourt à Bourbonne-les-Bains.
Des monts Faucilles se détachent de nombreux contre-forts, d'abord peu importants, qui séparent les premiers affluents de gauche de la Moselle. Nous citerons seulement celui qui se détache du Roulon, entre le Madon et la Moselle, et où se trouvent la Côtt de l irine (665 m.) et le Haut de Beaucamp (608 m.) au nord-ouest d Épinal. Vient ensuite :
Le contre-fort d'entre Moselle et Meuse, chaîne étroite qui se détache du faite entre Vioménil et Darney, et se dirige d'abord vers le nord sous le nom de monts de la Moselle. On y trouve le Bouvet (696 m.), un peu au sud-ouest de Mirecourt, la forêl do Saint- Amond, à l'est de Domrémy, celle d'au-dessus de Meine, au nord-est de Vaucouteurs, et le Bois du Romont L 398 m.) , entre Toul et Troussey. Vers ce point où la
chaîne est le plus resserrée entre les deux rivières, elle s'appelle Argonne orientait, et forme, avec l'Argonne occidentale dont nous parlerons tout à l'heure, sur les deux rives de la Meuse, une masse de hauteurs boisées très-confuses. C'est une avant-terrasse des Vosges qui n'a que 2 à 300 mètres d'élévation , mais qui est âpre, escarpée et présente de grands obstacles; elle pend au-dessus du cours de la Meuse, à laquelle elle n'envoie pas d'eaux, et s'écarte de la Moselle, à laquelle elle donne quelques affluents. On trouve dans sa partie septentrionale la forêt d'Apremont (394 m.) , vers les sources du ruisseau de Thiaucourt. Vers les sources de l'Ornes, celte ligne de hauteurs prend la direction de l'est à l'ouest, puis remonte au nord, en contournant les divers sources du Chiers par des coudes nombreux et confus entre Longwy et Luxembourg; elle s'appelle alors Ardennes occidentales, et forme une masse de hauteurs boisées , sans faite distinct , qui séparent les affluents de la Moselle de ceux de la Meuse. Elle offre successivement les altitudes de 235 mètres au nord-ouest d'Esta:n, de 280 m. aux sources de l'Othain , affluent du Chiers , de 381 m. vers Audun-le- Roman, de Zj37 m. aux sources de l'Alzette, etc.
La chaîne des Ardennes occidentales se continue alors hors de France , en contournant d'abord le bassin de la Sure, puis celui de l'Ourthe. Vers les sources de la Roer elle prend le nom d' EifeUGebirge , et se compose de montagnes sauvages et jadis volcaniques, qui ont de 7 à 800 mètres d'élévation; ces montagnes se dirigent trèsconfusément de l'ouest à l'est et vont mourir sur le Rhin en face de Coblenlz, à son confluent avec la Moselle, après avoir jeté au nord le contre-fort de YHoAe-Venne, entre l'Ourthe et la^Roer.
Sur l'autre rive de la Meuse apparaît un contre-fort non moins important, celui d'entre Meuse et Seine, qui forme à peu près la limite occidentale de la Lorraine. Ce contre-fort se détache du plateau de Langres vers le mont Mercure , et court au nordouest entre la Marne et la Meuse sous le nom de monts de la Meuse; il présente des obstacles naturels et de bonnes positions, mais il n'a dans ses accidents ni profondeur, ni élévation, ni suite, ni variété. Ses routes, très-importantes, donnent communication du bassin de la Moselle, à travers celui de la Meuse, dans celui de la Marne: 1* de Nancy, par Bar-Ie-Duc, à Chàlons, et de là, en longeant la Marne, à Paris; c'est la route de Strasbourg; elle est aujourd'hui longée par le chemin de fer de Paris à Strasbourg; 2° de Metz à Bar-le-Duc. U longueur de ce contre-fort est de 64 à 72 kilomètres, sa largeur de 16 à 20 kilomètres, et sa hauteur moyenne est de 350 à 400 mètres.
Il prend le nom de forêt ou plateau de l'Argonne occidentale vers les sources de l'Aire, et s'étend alors entre la Meuse et l'Aisne, par-dessus l'Aire; sa hauteur est de 300 mètres ; il sépare les fertiles contrées des Trois-Évôchés de la Champagne Pouilleuse, pays aride, dont le sol crayeux n'offre ni prairies* ni arbres, ni eaux. Ses bords sont riches en pâturages et assez peuplés; mais dans son intérieur il présente une complication d'escarpements, de ravins, d'étangs, de bois, à travers lesquels courent un petit nombre de routes célèbres où Dumouriez s'illustra en 1792, et que nous décrirons en détail dans la Champagne. Disons seulement que ces défdés ont perdu presque toute leur importance depuis que les pentes de l'Argonne ont été déboisées et que son sol glaiseux a été desséché et mis en culture.
I.a longueur dn plateau de l'Argonne est de 50 à 55 kilomètres, et sa largeur de 8 à 12 kilomètres1.
Au nord de Vouziers, l'Argonne occidentale se joint aux Ardennes occidentales, série de plateaux de 350 mètres de hauteur qui courent du sud-est au nord-ouest, à travers le nord de la Champagne , où nous les retrouverons.
S III. Hydrographie. — La Lorraine, le Barrois, etc., appartiennent principalement au bassin du Rhin par les deux grands affluents de la Moselle et de la Meuse, et pour la petite partie de leur territoire qui est assise sur le faite général de partage des eaux, aux bassins de la Saône et de la Seine.
I. Bassin de la Saône. — La Saône tombe plutôt qu'elle ne descend d'une hauteur de 396 mètres près de Vioménil , dans les monts Faucilles. Ce n'est d'abord qu'un torrent très-rapide, mais sa fougue s'arrête promptemcnt; cl lorsqu'elle arrive à Darney , elle n'a plus que 264 mètres de hauteur, et commence à mériter son nom celtique d'Arar (lente). Sa vallée est alors encaissée entre des collines peu élevées. Elle arrose ainsi Monthureux, où elle est flottable, et Chàtillon, où elle entre dans la Franche-Comté. Elle reçoit dans cette partie supérieure de son cours le Coney, qui passe à Bains et à Fontenois.
II. Bassin de la Seine. — La Lorraine n'appartient à ce bassin que par YOrnain, affluent de la Marne, et l'aire, sous-affluent de l'Oise.
\:Ornain naît dans les monts de la Meuse, traverse une vallée étroite et accidentée, arrose Gondrecourt, Ligny, Bar-le-Duc, où il est flottable, et entre dans la Champagne, pour aller finir près de Vitry. 11 est longé pendant presque tout son cours par le canal de la Marne au Rhin.
L'Aire prend sa source dans l'Argonne, traverse une vallée profonde et accidentée, célèbre par les opérations de Dumouriez en 1792, arrose Clcrmont, Varenncs, et va Unir dans l'Aisne au-dessous de Grandpré (Champagne).
III. Bassin de la Moselle. — La Moselle descend des Vosges par trois sources, dont la principale est située près du château de Moselle, dans la commune de Bus^ang, à une hauteur de 725 mètres. Ce n'est d'abord qu'un torrent mal encaissé qui déplace d'énormes bancs de granit et les jette sur les prairies qui l'avoisinent; elle longe ainsi les pieds des Ballons d'Alsace et de Servancc, en coulant de l'est à l'ouest, et arrose Ramonchamp et Saint-Brisson; puis elle tourne au nord, coule dans une vallée trèsélroile, arrose Rcmiremont, Épinal , où celle vallée commence à s'élargir; Toul , où elle faii un coude très-saillant du côlé de la Meuse, dont elle n'est distante que de 10 kilomètres. Son lit est alors bien encaissé, mais il se trouve embarrassé de roches saillantes et d'atterrissements. Elle arrose encore Liverdun, Frouard, où elle est navigable ; Pontà-Motisson, Metz, Thionville et Sicrck. Dans celle dernière partie de son cours, elle est débarrassée de bas-fonds, d'îles, de marais, et ressemble à un beau canal que l'industrie aurait conduit à travers les prairies. U beauté des sites de sa vallée est égale à la richesse de son terroir. Au-dessous de Sierck elle entre dans la Prusse rhénane, arrose Trêves, et va finir à Coblentz, après un cours de 660 kilomètres, dont 260 en Fiance. Elle est flottable depuis Rcmiremont, porte de petits bateaux à Épinal, et n'est réellement navigable qu'après le confluent de la Meurthe, pendant 110 kilomètres en
' Géographie militant-, page 144.
France. Sa largeur moyenne en France est de 75 mètres, sa profondeur de 2 à 5 mèlres. Ses affluents sont nombreux. On trouve à droite :
1* La Motellette, qui descend du Hohncck, passe à Saulxure et finit à Remiremont.
2* La Vologne, qui descend des montagnes voisines du lac de Gérardmer, passe près de Bruyères et finit à Pouxeux.
3° La Meurthe descend par deux sources du Valtin et du Montaban, deux chaumes ou pelouses qui couronnent les cimes voisines du Rheinkopf. Elle coule d'abord impétueusement du sud au nord en longeant les dernières pentes du Bonhomme et en servant de débouché au col du môme nom; elle arrose Saint-Dié, tourne au nord-ouest dans un lit mieux encaissé, arrose Raon-l'Étape, Baccarat, Luné ville, où elle se grossit de la Vezouze, et plus bas de la Mortagne, Saint-Nicolas, Nancy, , où elle est navigable, et finit à Frouard. Son cours est de 160 kilomètres, dont 11 seulement sont navigables. Elle est flottable depuis Plainfaing.
If La Seille sort de l'étang de Lindre, dans le contre-fort entre Meurthe et Sarre , et coule de l'est à l'ouest dans un pays assez plat, où ses moindres crues forment des inondations et des marécages. Elle arrose ainsi Dieuze, Marsal, Moyenvic, Vie, remonte au nord-ouest par un cours très-sinueux, traverse un pays très-fertile, et va finir à Metz. Elle reçoit un ruisseau qui passe à Château-Salins. Un canal dit des Salines la joint à la Sarre. Le bassin de la Seine a une très-grande importance à cause des nombreuses sources salées qu'il renferme et qui sont les plus considérables de la France.
. 5» La Sarre est formée de plusieurs sources, dont la principale descend du Donon, et dont les autres portent les noms de Sarre-Blanche, Eau-Rouge, etc. Elle court dans un pays très-montueux , en arrosant Sarrebourg, Fenestrange, Saar-Union, 6arre- Albe, Sarreguemines, el sort de France au-dessous de cette ville. Elle traverse alors la Prusse rhénane, en arrosant Saarbruck, Saarlouis, et finit dans la Moselle, au-dessous de Trêves. Cette rivière traverse un pays très-haché, coupé de bois et de ravins, et coule dans un lit très-encaissé. Elle est navigable à Sarrebruck. Ses affluents sont : 1° la Blies ou Blize, qui naît dans un contre-fort du Hundsruck, coule du sud au nord dans la Bavière rhénane, sert, dans la dernière partie de son cours, de limite à la France, et finit à Sarreguemines; elle se grossit du Schwolbe, qui descend des Vosges et passe auprès de Bitche ; 24 la Aïed, qui naît dans les hauteurs entre Sarre et Seille, arrose Pange et Bouzonville , sort de France et finit au-dessous de Sarrelouis ; elle se grossit de la NUd- Allemande , qui passe à FaulquemonL
Les affluents de gauche de la Moselle sont peu considérables , la chaîne de l'Argonno orientale étant très-voisine de la rivière ; ce sont : le Madon, qui passe à Mirecourt , et l'Orna, qui passe à Étain et près de Briey.
IV. Bassin de la Meuse. — La Meute prend sa source dans le plateau de Langres, au-dessus du village de Meuse, coule jusqu'à Bourmontdans une vallée très-étroite, entre les doubles hauteurs de l'Argonne, disparaît entre Bazoilles et Noncourt pendant un espace de 6 kilomètres , reparaît près de Neufchateau , coule dans un pays très-accidenlé , ayant ses deux rives escarpées et couvertes de bois , arrose Domremy, Vaucouleurs, Void, où elle est coupée par le canal de la Marne au Rhin; Commercy, où les escarpements de l'Argonne tombent à pic sur sa rive droite ; Sampigny, Saint-
Mihie) , Verdun , où elle est navigable ; Dun ei Sienay. Au-dessous de cette ville elle entre dans la Champagne. Ses affluents de part et d'autre ne peuvent être que trèscourts à cause du voisinage des hauteurs de ceinture; à gauche, ce ne sont que de très-petits torrenis ou ruisseaux; à droite, on trouve :
1° Le Mouzon, qui descend des monts Faucilles et finit à Neufchàteau ;
2° Le Voir, qui passe à Contrexéville;
3" Le Chiers, qui descend des Ardcnnes, arrose Longwy, Longuyon, Montmédy, entre dans la Champagne, arrose Carignan et finit entre Mouzon et Sedan. Cette rivière, qui coule parallèlement à la frontière française, est encaissée , profonde, et pourtant n'est pas navigable ; elle traverse un pays fortement accidenté.
A ces cours d'eau il faut ajouter deux canaux principaux :
1° Le canal de la Marne au Rhin, qui suit d'abord l'Ornain dans la plus grande partie de son cours , et traverse l'Argonne par un souterrain de 4,890 mètres , le bief de partage entre le bassin de la Seine et celui de la Meuse ayant 9,342 mètres. Il atteint la Meuse, qu'il coupe à Void , traverse la partie la plus étroite entre la Meuse et la Moselle par un souterrain de 868 mètres, le bief de partage ayant 17,740 mètres. Il atteint la Moselle à Toul, la suit jusqu'à Liverdun, où il la coupe, remonte la Meurthe jusqu'à Saint-Nicolas, traverse le pays entre Meurthe et Sarre, coupe la Sarre près de Sarrebourg , traverse les Vosges au-dessous de Phalsbourg par les deux souterrains d'Arschwiller, ayant ensemble 2,775 mètres, pendant que le bief de partage a 29,471 mètres. De là il arrive dans le bassin de la Zorn et a encore 59 kilomètres de développement jusqu'à Strasbourg. Son parcours dans la Lorraine est de 235 kilomètres, sur lesquels sont réparties 138 écluses, et son parcours total est de 315 kilomètres.
2° Le canal des Salines, qui unit la Seille à la Sarre depuis Dieuze jusqu'à Sarre- Albe, et a de longueur 35,850 mètres.
§ IV. Constitution géologique. — Comme nous l'avons dit dans la géographie de l'Alsace, la partie méridionale des Vosges est formée surtout de terrains primitifs. Ces terrains, qui commencent au nord de Faucogney, pénètrent en Lorraine entre les sources de l'Oignon et celles de la Combeauté, formant ainsi sur ce point le faite de partage des eaux de la France; puis ils franchissent la Moselle, entre Saint-Maurice et Rupt, et constituent sur le versant occidental toute la partie comprise à l'est de Remiremont, de Bruyères, d'Anould et de Saint-Dié, jusqu'à la crête des Vosges, depuis le Drumont (au nord du col de Bussang) jusqu'au Climont (aux sources de la Brusche). Interrompus un moment sur le faite entre Orbey et Saales par une zone de grès rouge qui se prolonge sur la rive gauche de la Meurthe , ces terrains reparaissent sur la rive gauche de la Brusche pour former un massif granitique compris entre le ruisseau d'Hurbache au sud et celui de Saulcy au nord, et entre Saales (Brusche), et Scnonnes (Ribodcau).
Aux terrains primitifs succèdent un moment sur la crête les terrains de transition qui la constituent depuis le Solamont jusqu'au Donon, et qui forment aussi le pays situé à l'ouest de Moycnmouliers et d'Hurbache.
A partir du Donon, la crête des Vosges est formée par le grès des Vosges, qui, hors de France, forme une large zone et pénètre dans ce pays entre Wissembourg el
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NeuhornbacL (Bavière rhénane). Celte zone n'occupe guère en France que la crête; sur le versant occidental elle ne s'avance pas vers l'ouest au delà de Bitche , Phalsbourg, Aberschwiller, Cirey, Badonvillers, Baccarat et Bruyères. De là, ces grès des Vosges forment sur une petite largeur la vallée inférieure de la Vologne et celle de la Moselle, d'Épinal à Rcmiremont.
A cette zone de grès des Vosges succèdent les terrains triasiques , qui forment une vaste bande continue trï vlarge et légèrement inclinée à l'ouest ; elle présente successivement de l'est vers l'ouest les trois étages du trias : l'étage inférieur ou grès bigarré forme toute la partie méridionale du département des Vosges a l'ouest de Rcmiremont jusqu'au delà de Monthureux et de Darney sur la Saône. L'étage moyen, formé du muschelkalk, commence entre Bourbonne-les-Bains et Vauvilliers, longe les terrains précédents par La Marche et Dompaire, et se prolonge au nord par une zone généralement assez mince qui s'étend jusqu'à Lunéville, Fenestrange, Saar-Union, Sarreguemines. Quant à l'étage supérieur du trias (marnes irisées), il apparaît à l'est de Bulgnéville en un mince (ilet qui se dirige vers Mirecourt, s'élargit en remontant au nord sur la rive droite de la Moselle, et s'avance à l'ouest jusque vers Charmes, Bayon, Château-Salins, Pange et Bodemack; puis cette zone pénètre dans le Luxembourg. L'épaisseur totale du terrain triasique en Lorraine atteint environ 650 mètres, dont 250 pour le grès bigarré, 150 pour le muschelkalk, et 250 pour les marnes irisées.
A l'ouest du trias viennent les terrains jurassiques, dont on rencontre divers étages; c'est d'abord le calcaire à gryphées arquées qui longe la zone des marnes irisées précédentes par V récourt et Bulgnéville, puis par Vezelize, où elle prend assez de largeur, puis par Lucy et Oron aux sources de la Nied; elle occupe ensuite tout le pays entre Nied et Seille, bordant même la rive gauche de la Moselle, entre Metz et Cattenon, d'où elle sort de France à l'ouest de Rodemack. Vient ensuite l'étage inférieur oolithique qui , après avoir constitué tout le sud du département de la Haute-Marne, remonte vers le nord jusqu'à Andelot, Saint-Blain et ISeufchàteau, incline alors au nord de Jametz, Stenay et Boa union l en Argonne, d'où il pénètre en Champagne. L'étage moyen du système oolilhique succède au précédent et s'avance vers l'ouest jusqu'à Bar-sur-Aube . Gondrecourt, Pierrefitte, Monlfaucon et Baricourt dans le département des Ardenncs, où il incline au nord-ouest. Enfin, l'étage supérieur oolilhique s'avance lui-même jusqu'à la limite occidentale de la province, vers Saint-Dizier et Sermaize, et jusqu'à la rive droite de l'Aire, vers Clcrmont en Argonne, Varennes et Grandpré.
S V. Asi'lct généhal. — La Lorraine , avec le Barrois et les Trois-Évêchés , figure une sorte de quadrilatère qui s'appuie au midi sur les monts Faucilles, au levant sur les Vosges, au couchant sur les hauteurs d'entre Seine et Meuse , mais qui au nord n'a qu'une limite bizarre et de convention : il semble en effet que cette province devrait naturellement s'étendre jusqu'au Rhin et au confluent de la Meuse, et l'histoire, répondant à cette hypothèse, nous apprend que c'était là en effet la partie septentrionale de la première Utharingie.
A voir ces limites, cette situation géographique, à voir surtout ces deux grandes vallées de la Moselle et de la Meuse, par lesquelles la Lorraine reçoit si largement, si naturellement le courant germanique , on comprend sur-le-champ comment les popu-
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lations tudesqucs ont pu s'y établir , comment pendant des siècles cette province a été soumise à la domination ou à l'influence de l'Allemagne. Mais aussi quand on regarde aux faibles hauteurs qui la séparaient de la France, à ces monts Faucilles qui l'unissaient plutôt qu'ils ne l'isolaient de la Bourgogne , à ces plateaux de l'Argonne par lesquels elle confinait à la Champagne , on comprend de même ses tendances françaises, comment l'histoire de ses princes ou de ses habitants est continuellement mêlée à celle du royaume, comment enfin depuis son annexion elle est devenue l'un des boulevards de la France.
La Lorraine constitue naturellement l'un des meilleurs pays de l'Europe : on y trouve beauté des sites, abondance et variété des produits, climat tempéré, population solide et nombreuse, sol presque partout fertile, des montagnes peu élevées, des plaines peu étendues, des rivières bienfaisantes, des blés, des vins, des bois, du sel, du fer, une agriculture avancée et non sacrifiée à l'industrie, une industrie animée, un commerce actif et que facilitent des communications de tous genres , enfin des habitants aimant le travail.
Deux grandes vallées constituent cette province, celles de la Moselle et de la Meuse. La première, coupée sur la rive droite, où elle a presque tout son développement, par de nombreux contre-forts des Vosges, présente une suite de vallées étroites et une multitude do cours d'eau ; sa partie orientale , c'est-à-dire sa partie montagneuse , est couverte de forêts de sapins , et le sol rocailleux et sablonneux n'y supporte guère que des prairies. Mais si le laboureur ne rencontre là qu'un sol ingrat, l'artiste peut y admirer des sites magnifiques dans la région des lacs de Gérardmer , Longcmcr et Rctournemer, où l'on trouve une foule de cascades, telles qus celles du Tendon , du Bouchot et du Valentin , encadrées par des rochers élevés ei couronnés par des forêts, séculaires. Des bassins qui appartiennent à cette rive droite, celui de la Meurthe offre des vallons plus larges et plus fertiles que dessinent des ondulations dont l'altitude varie do 50 à 150 mètres ; on y trouve de belles prairies sur lesquelles de fréquentes inondations déposent un sable terreux fertilisant; celui do la Seille, dont le sol est un calcaire mêlé d'argile et d'oxyde de fer sur une profondeur de 30 centimètres environ , est le plus fertile de toute la contrée ; celui de la Sarre est beaucoup moins riche , et aurait besoin d'engrais.
La vallée de la Moselle proprement dite est d'une beauté remarquable ; le fonds en est très-riche , et les coteaux qui la bordent de près sont cultivés à plus des deux tiers de leur hauteur; la partie où elle offro les plus jolis sites est depuis Metz, où les hauteurs qui accompagnent la rivière s'écartent à une distance de 3 kilomètres sur chaque rive, jusqu'à Sierk, où elles se resserrent; les terres y sont profondes, onctueuses et très-fertiles.
Quant à la vallée de la Meuse, comme celle de l'Ornain, elle est de la plus grande fertilité, et ses rives sont bordées de belles prairies, tandis que les coteaux de ceinture sont généralement cultivés en vignes donnant de bons produits.
Jetons actuellement un coup d'œil sur chacun des départements qui composent cette province. Assis sur la pente occidentale des montagnes qui lui donnent son nom , traversé dans sa partie méridionale par les Faucilles, qui lui servent presque de limite de ce côté, le département des Vosges se divise physiquement en deux parties