‹ Géographie UniverselleChapitre 46 sur 93 · ET DE I.'AUBE · texte numérisé non relu

ET DE I.'AUBE

S I. Limites et subdivisions. — La Champagne était bornée au nord par les Pays- Bas, à l'est par la Lorraine, au sud-est par la Franche-Comté, au sud par la Bourgogne, au sud-ouest par l'Orléanais, à l'ouest par l'Ile-de-France. Elle avait à peu près 65 lieues de long sur 40 de large, et se divisait en huit pays : 1" La Champagne propre, capitale Troyes; 2° le Rémois, capitale Reims; 3° le Rethelois , capitale Relhel; k* le Perlhois, capitale Vitry; 5° le Voilage, capitale Bar-sur-Aube ; 6° le Bassigny, capitale Chaumont; 7° le Senonais, capitale Sens; 8° la Brie Champenoise, capitale Meaux. On peut y ajouter la principauté de Sedan, qui jusqu'au règne de Louis XIII a formé un État Uidépendant.

Avant 1780, la Champagne formait un des grands gouvernements de la France; on la divisait en douze élections et neuf bailliages; elle était de la généralité de Chàlons et du ressort du parlement de Paris, sauf la principauté de Sedan, qui était de la généralité et du parlement de Metz. On y trouvait deux archevêchés, ceux de Reims et de Sens, et quatre évéchés, ceux de Langres, de Chàlons, de Troyes et de Meaux.

La Champagne propre, le Rémois, le Perthois, ont formé les départements de l'Aube et de la Marne; le Bassigny et le Vallage, le département de la Haute-Marne; le Rethelois et la principauté de Sedan, le département des Ardennes. Le Senonais a été

compris dans le département de l'Yonne, la Brie Champenoise dans les déparlements de Seine-et-Marne et de l'Aisne , etc.

$ II. Constitutioh géologique et orographie. — La Champagne a une grande importance géologique , puisqu'elle occupe la partie principale de ce bassin de Paris dont nous avons dit ailleurs (t. I", p. 587) le rôle si remarquable et dont les destinées historiques semblent avoir été marquées par les révolutions du globe. Mais sa constitution est assez simple, et comme nous en avons déjà dit les circonstances les plus remarquables dans l'endroit cité plus haut, nous pouvons la résumer en quelques lignes. Le pays des Ardennes , qui forme le nord du département de ce nom , appartient au terrain de transition, comme tout le reste de cette région, et se compose exclusivement de schistes. Toute la partie orientale de la Champagne, qui en est aussi la partie la plus élevée, le Bassigny , le Vallage, l'Argonne et le Rethelois, sont composés de terrains jurassiques ; au terrain jurassique s'adosse le terrain crétacé suivant une ligne courbe passant à peu près par Bar-sur-Seine, Vassy, Clermont, Varennes, Chêne -le -Populeux et Rumigny. Ce terrain crétacé présente en Champagne ses deux étages: à l'est, l'étage inférieur formé des grès verts; à l'ouest, l'étage supérieur composé de la craie blanche et de la craie marneuse. La limite des formations crétacées est tracée aussi par une ligne courbe, passant par Montereau, Sézanne, Épernay, Craonne et Laon. Une partie du Rethelois, le Rémois, le Perthois et la Champagne propre sont composés de terrain crétacé et de terrain tertiaire. On voit donc que les terrains de la Champagne se composent de quatre assises appliquées successivement l'une sur l'autre dans l'intérieur du bassin de Paris: de là cette série de crêtes, à la jonction des assises, et qui forment, y comprenant la Lorraine, six lignes de circonvallation dont les rivières, convergeant sur Paris, traversent les gradins successifs (t. I", p. 587).

De cette structure géologique il résulte que la Champagne se présente comme une suite de plateaux schisteux, jurassiques, crétacés et tertiaires, s'abaissant vers l'ouest et dont les plus élevés , ceux de l'Argonne et des Ardennes , sont à l'est et au nord. Tous ces plateaux, creusés, sillonnés par des vallées étroites mais peu profondes, font de l'orographie de la Champagne un ensemble très-confus de hauteurs mal distinctes, et qu'on peut subdiviser ainsi : 1° le plateau de Langres, qui appartient au faite généra] de partage des eaux de la France; 2° les monts de la Meuse, de l'Argonne, des Ardennes occidentales, qui appartiennent au faite de partage des eaux entre la mer du Nord et la Manche, ou entre les bassins de la Meuse et de la Seine ; 3° les faibles contre-forts détachés de toutes ces hauteurs.

Le plateau de Langres est moins un plateau qu'une suite de hauteurs et de collines sans crêtes apparentes, sans sommités distinctes, coupées par des vallées peu profondes qui commencent à la source de la Manche et finissent au mont TasseloL Son étendue est de 72 kilomètres, dont le tiers méridional est en Bourgogne , où il se joint à la Cote-d'Or; sa largeur est de 15 à 20 kilomètres, et sa hauteur varie de 300 à 500 mètres. 11 est situé à 100 kilomètres de la trouée de Béfort, dont il forme une barrière intérieure; il domine les vallées de la Saône, de la Marne, de la Meuse, de l'Aube et de la Seine: son rôle militaire dans la défense de la frontière de l'Est est donc de premier ordre.

M h LIVRE HUITIÈME,

Les mont* de la Meuse forment des hauteurs peu épaisses et dont la crête est indistincte ; ils sont assez âpres , presque entièrement boisés , et ont des points culminants de 500 mètres; ils se dirigent vers le nord et se joignent, à travers le Barrois, au massif de l'Argonne.

L'Argonne ou la forêt d'Argonne est une suite de plateaux boisés, s'élevant de 100 mètres au-dessus des thalwegs voisins, et de 3 à 400 mètres au-dessus de la mer; elle commence à la Tête de Brémont (263 m.), près de Passavant, et s'étend jusqu'à Chêne-le-Populeux , sur une longueur de 60 kilomètres; sa largeur varie de 14 à 2 kilomètres. Les plateaux de l'Argonne séparent les eaux de la Meuse e( de l'Aisne , et sont creusés dans le sud par la vallée de l'Aire , petit affluent de l'Aisne. « Leur relief est très-prononcé, leurs vallons resserrés et profonds, leurs pentes rapides, celles de l'orient plus abruptes que celles qui font face à l'occident. La forêt présente mille obstacles défensifs tels que défilés, ruisseaux, étangs, marais, etc., qui en rendent l'accès très-difficile. Les terres fortes, argileuses et mêlées de calcaire qui constituent le sol supérieur se détrempent dans les pluies; quelques portions sablonneuses résistent seules. Aussi toutes les routes en terrain naturel deviennent impraticables aux voitures*. » Ces routes, assez larges sur les plateaux, se rétrécissent lorsqu'elles arrivent dans une gorge, s'encaissent dans les ravins et deviennent ce qu'on appelle dans le pays des ichavéet. Après plusieurs jours de pluie, plateaux, vallées, ravins, routes, tout devient un marais fangeux, inondé par les rivières et impraticable. Tel était le pays où Dumouriez, dans sa belle campagne de l'Argonne, arrêta les Prussiens en 1792 , avant de les battre à Valmy.

Il faut remarquer qu'en 1792 les communications et les routes que l'on trouve aujourd'hui dans cette rude contrée n'existaient pas; il fallait traverser la forêt d'Argonne par de très-mauvais défilés, que Dumouriez surnommait avec raison les Thermopyles de la France, et dans lesquels on a construit, depuis cette époque, des chemins praticables en déboisant et en défrichant le sol qui les avoisinait.

Les défilés de l'Argonne, qui conduisent du bassin de la Meuse dans le bassin de la Seine, ou de la Lorraine en Champagne, sont, en allant du sud au nord, ceux des Islettes, de la Chalade, de Grand-Pré, de la Croix-aux-Bois, de Chêne-le-PopuIeux.

Le défilé des hlettet, ou de la côte de Biesme , s'étend de Clermont à Sainte-Menehould et forme la grande route de Verdun à Paris; il a 11 kilomètres sur une largeur de 3 à 600 mètres. Le défilé de la Chalade commence à Varennes, va à la Chalade sur la Biesme, ruisseau qui se jette dans l'Aisne; de là atteint Sainte-Menehould , par Florent et le défilé des Islettes , ou bien Vienne-la- Ville. Le défilé de Grand-Pré est formé par la coupure que l'Aire détermine au milieu de ces plateaux, coupure enfoncée de 92 mètres au-dessous des points culminants les plus voisins, et qui a 1,000 mètres de largeur; les berges en sont boisées et escarpées. La roule qui passe par ce défilé part de Varennes , où aboutissent des routes venant de Verdun et de Dun; de Varennes elle" suit la droite de l'Aire, arrive à Saint-Jurin, traverse l'Agron, ruisseau affluent de l'Aire , puis s'engouffre dans le défilé , arrive à Grand-Pré (124 m.), remonte vers le nord, traverse des bois épais élevés de 160 mètres, puis atteint Vou-

• Description de l'Argonne par If capitaine JotnviUe, du» le Spectateur militaire, tome XXX,

tiers sur l'Aisne. Le dénié de la Croix-aux-Bois, formé par le chemin de Slenay à Vouziers, passe à Buzancy, traverse les villages de Boult et de la Croix-aux-Bois, situés en pleine forêt, et un peu au-dessous de ce dernier s'embranche sur la route de Varennes à Grand-Pré. Le défilé de Cfiéne-U-Populcux sert de passage à un autre chemin allant de Stenay à Vouziers; il passe par Beaumont, gravit par un lacet la côte de Stonne (338 m.), s'engage entre les bois du Mont-Dieu, à droite, et de Dieulet, à gauche, arrive au Chêne sur la crête des hauteurs, traverse un défilé boisé, descend par Quatre-Champs dans le ravin où coule la Fournelle et atteint Vouziers. C'est par les défilés de Grand-Pré et de la Croix-aux-Bois que les Prussiens forcèrent la ligne de l'Argonne, en 1792, et arrivèrent à Valmy. Quant à Dumouriez, il marcha de Sedan sur Beaumont, passa à Stonne , au Chêne, arriva par les chemins à travers bois aux Quatre-Champs, à la Croix-aux-Bois, à Grand-Pré, et de là occupa les hauteurs entre Vienne-la-Ville et Sainte-Menehould.

Au delà de Chêne, où finit l'Argonne, la ligne de partage d'eaux entre la Meuse et la Seine se continue jusqu'aux sources de l'Oise par des hauteurs qu'on appelle Ardennes occidentale*, et qui traversent les plaines fertiles du Relhelois : ces hauteurs ont peu d'élévation ; moins bouleversées que l'Argonne , elles sont aussi peu distinctes. C'est une suite de plateaux marécageux ou de landes appelés fagnes *, absolument incultes, couverts de forêts ou de bruyères et de genêts, qui composent la région de l'Ardenne, laquelle couvre une partie de la Prusse Rhénane et du duché de Luxembourg, mais n'occupe en France que le nord du déparlement des Ardennes. Le point culminant des Ardennes françaises paraît être la Bergerie, au sud-est de Fumay . qui a &92 mètres d'altitude; leur hauteur va en diminuant dans la direction de l'ouest, de sorte qu'au hameau de la Rue-d' Ardennes , sur l'Oise, où se termine le massif, elles n'ont plus que 237 mètres. Tous ces plateaux ou fagnes sont absolument plais, mais profondément ravinés et découpés par les vallées et les lits des rivières. Ces vallées , ces gorges, souvent très-resserrées, présentent des escarpements de plus de 200 mètres de hauteur verticale. 11 résulte de cette configuration générale un contraste frappant entre l'àpreté des flancs des vallées et les formes douces et arrondies des plateaux et des masses ondulées qui forment la surface de l'Ardenne *.

§ M. Hydrographie. — La Champagne se trouve comprise : 1° dans une petite partie du bassin de la Meuse ; 2° dans le bassin de la Seine.

I. La Meute, dont nous avons déjà vu les sources et une partie du cours, arrose d'abord cette enclave de la Champagne , décrite dans le déparlement des Vosges, dont Vaucouleurs est le chef-lieu, et d'où est sortie Jeanne d'Arc. Ce n'est qu'à 120 kilomètres au-dessous de Domremy qu'après avoir traversé le Barrois et le Verdunois, elle rentre dans la Champagne, arrose Mouzon, Sedan, Mézières et Charleville, Fumay, Givet et Charlemont, et là sort de France. Dans toute cette partie de son cours, elle coule dans une vallée étroite , profonde , sinueuse , aux berges escarpées et boisées, et qui au-dessus de Fumay se rétrécit encore jusqu'à Liège. Elle reçoit à droite le Chien et la Semoy, qui n'ont à peu près dans la Champagne que leurs confluents :

Chiers passe à Carignan, et la Semoy finit à Monthermé. Elle reçoit à gauche : 1° le

• Ea bas allemand veenen ou venn; hautes fagnes, hohe-veen. e

* Explication de la carte géologique de la France, page 14*.

Bar, qui passe près du Chêne et se trouve longé par le canal des Ardeones; 2° le Viroin, dont une source passe auprès du plateau de Rocroy.

II. La Seine, déjà décrite dans la Bourgogne (voit* t. II, p. 303) , entre dans le département de l'Aube à Mussy-l'Évôque, coule au nord-ouest en arrosant Bar-sur-Seine, se divise en plusieurs bras , traverse une grande plaine coupée de marais et de ruisseaux, arrose Troyes, Méry où elle commence à être navigable, Marcilly où elle reçoit l'Aube; alors elle commence à couler dans un seul lit, tourne à l'ouest, atteint 50 à 60 mètres de large, arrose Pont-sur-Seine, Nogent, et au-dessous de cette ville quitte la Champagne.

Elle a pour affluents de droite :

1* La Barte, gros ruisseau qui ûnit au-dessous de Troyes, et dont le pont, sttué sur la route de Troyes à Chaumont, a été le théâtre de plusieurs combats en 1814.

2B VAvbe prend sa source dans le plateau de Langres , près de Prolay, dans le bois d'Auberive; elle coule dans une vallée le plus souvent ouverte et large, bordée de belles prairies, mais ça et là resserrée et encaissée entre des rives élevées; celle de droite est ordinairement plus escarpée que celle de gauche, qui est souvent bordée de prairies marécageuses. Elle est d'ailleurs large, profonde, rapide, et arrose Arbois, Clairvaux, Bar -sur -Aube, Dien ville, La Rothière, Brienne, Lesmont où elle a 170 mètres de large, Arcis où elle est navigable, et forme des lies et des marais; enfin elle se jette dans la Seine à Marcilly, après un cours de 160 kilomètres. Elle transporte pour l'approvisionnement de Paris des foins, des grains, des charbons et des bois. Ses affluents de gauche sont YAnjon, qui passe à Chàteau-Villain, et la Voire, qui passe à Montier en der.

3° La Marne prend sa source au plateau de Pouilly, dans la chaîne désignée sous le nom de plateau de Langres , et se dirige généralement pendant tout son cours parallèlement à la haute Seine. Elle passe au pied de Langres, à Chaumont, à Join ville, à Saint-Dizier, où elle devient navigable, à Vitry-le-François, à Châlons, à Mareuil, à Ay et Épernay, à Château-Thierry, à la Ferté-sous-Jouarre , où elle entre dans le département de Seine-et-Marne. Elle a pour affluents, à droite : YOrnain, qui traverse le Barrois et vient se jeter à Vitry après 80 kilomètres de cours; à gauche : 1* la Biaise, qui arrose Vassy; 2° le Petil-Morin, qui laisse sur sa droite Champ-Aubert, passe près de Montmirail , et se jette à la Ferté-sous-Jouarre ; 3* le Grand-Morin, qui baigne Sézanne, la Ferlé-Gaucher, Coulommiers, et se confond avec la Marne au-dessous de Meaux.

4° La Seine reçoit encore à droite YOite, qui n'appartient pas à la Champagne, mais qui se grossit de Y Aisne. Cette rivière sort de l'Argonne, coule du sud-est au nord-ouest dans des ravins très-étroits et boisés, arrose Sainte-Menehould et Autry, coule dès lors dans une vallée plus ouverte, riche, très-fertile, passe à Vouziers, Attigny, Rethe), où elle devient navigable , et entre dans l'Ile-de-France au-dessous de Chàtcau-Porcien. Elle reçoit à droite Y Aire, qui coule dans des ravins au milieu de l'Argonne, arrose d'abord Clermont, Varennes, et finit au-dessous de Grand-Pré. Elle reçoit à gauche la Ve*U, qui naît dans les coteaux de la Marne et passe à Reims et à Fismes.

Le principal affluent de gauche de la Seine est Y Tonne, que nous avons déjà décrite

dans la Bourgogne , parce quo la partie de la Champagne qu'elle traverse est comprise dans le déparlement de l'Yonne.

A tous ces cours d'eau il faut ajouter :

1° Canal de la haute Seine, de Troyes au confluent de l'Aube et latéral à la Seine. Sa longueur est de kh kilomètres.

2° Canal de la Marne au Rhin, déjà décrit dans la Lorraine, et qui n'appartient à h Champagne que de Vitry à Sermaise.

3- Canal latéral à la Marne, de Vitry à Dizy pendant 63 kilomètres. Le lit de la Marne élant très-bas dans cet espace, et présentant un courant rapide et sinueux, on l'a remplacé par ce canal , qui communique d'une part avec le canal de la Marne au Rhin , d'autre part avec le canal de la Marne à l'Aisne.

U* Canal de la Marne à l'Aisne, de Condé sur Marne à Bcry sur l'Aisne, pendant 58 kilomètres.

5° Canal latéral à l'Aisne, do Neufchàtel à Condé-sous-Vailly pendant 51 kilomètres. Au-dessous de Condé la rivière est canalisée jusqu'à son embouchure.

6° Canal des Ardennes, de Neufchàtel sur l'Aisne à Donchery sur la Meuse pendant 93 kilomètres. C'est la continuation du précédent. 11 a un embranchement d'Attigny à Vouziers.

§ IV. Aspect général. — La Champagne est généralement un pays de plaines; mais elle est loin d'être partout plate et unie, comme son nom pourrait le faire supposer. Ainsi, dans sa partie nord-est, elle comprend les hauteurs confuses et les plateaux marécageux de l'Ardenne; à l'est, les collines boisées de l'Argonne; au sudest, le plateau de Langres, dont ello possède les deux revers. Mais à part toute cette partie orientale, comprise principalement dans les départements des Ardennes et de la Haute-Marne, on peut dire qu'elle n'est qu'un pays plat tantôt stérile, tantôt fertile, où des collines peu élevées et de faibles ondulations marquent seules les faites de partage des eaux. C'est l'aspect que présentent principalement les départements de l'Aube et de la Marne ; et ainsi qu'on le voit , les divisions départementales sont ici des divisions physiques à peu près exactes et rationnelles.

La région de l'Ardenne , toute formée de schistes , présente presque partout un sol maigre , qui n'est favorable à aucun genre de végétation. On y trouve tantôt d'immenses forêts composées de charmes, de hêtres, de bouleaux et de coudriers, et dans lesquelles il n'y a aucun arbre résineux ; tantôt les fagnes dont nous avons déjà parlé , landes marécageuses ou couvertes de bruyères , et qui ne sont vivifiées que par de mauvaises pâtures. Les plateaux de l'Ardenne s'élèvent brusquement au-dessus des plaines fertiles du Rethelois , mais nulle part le talus méridional de ces plateaux n'est plus distinctement marqué qu'entre Mézières et Sedan. «Ce rebord brusquement saillant , couvert de sombres forêts, offre un contraste aussi agréable que frappant avec les terrains ondulés qu'on voit s'étendre à son pied méridional. Il semble former la limite du monde cultivé, et on est tenté de penser, au premier abord, que le département des Ardennes, malgré le nom qu'il porte, franchit ses limites naturelles en embrassant une partie de ce terrain sauvage, et d'un aspect, pour ainsi dire, étranger. S'élevanl comme un rempart naturel , il fait des environs de Mézières et de Sedan une espèce de petite Provence, protégée contre les vents du nord et du nord- TOME u. 53

ouest, qui communiquent à la Flandre, et même à TArdenne et à l'Eifel, toute l'incertitude et l'humidité du climat de la mer du Nord *. »

Le déparlement de la Marne est entièrement plat; seulement, aux abords des rivières, il y a des coteaux ou revers qui sont assez escarpés. Il présente un carré irrégulier, et forme une espèce de plateau crayeux, qui, du centre aux extrémités, no contient dans sa plus grande partie qu'un sol aride et presque stérile. Telle est surtout •l'étendue de terrain comprise entre Reims, Sommepuis, Sainte-Menehould, Vitry, Sézanne et Épernay, carré dont la diagonale est parcourue par la Marne, et qui présente ce phénomène, que les coteaux crayeux du centre produisent des vins sans rivaux dans le monde , les fameux vins de Champagne. C'est dans cette espèce de solitude que, en 650 , se livra la fameuse bataille où Attila fut vaincu ; c'est à l'entrée de ce territoire que fut arrêtée la marche des Prussiens en 1792 par la bataille de Valmy ; c'est à l'autre extrémité que se sont livrées les plus terribles batailles de 1814, la Fère-Champenoise , Montmirail , etc. Dans cette grande plaine on ne trouve presque partout qu'un tuf de craie recouvert de 2 ou 3 centimètres de terre; on n'y rencontre pas d'arbres, à peine quelques buissons; les villages y sont rares, et éloignés de 15 à 20 kilomètres les uns des autres. Cependant cette grande étendue de terrains est bordée de plusieurs parties fertiles : ainsi est-il du pays de Reims à Fismes, du bassin occidental de la Mame, de la Brie-Champenoise, où l'on trouve des terres fortes et profondes, d'une partie du Perthois1, etc.

Tout le département de la Haute-Marne est montueux, mais les montagnes y sont peu élevées, arrondies, cultivées jusqu'à leurs sommets, qui forment de larges plateaux; on n'y trouve presque nulle part de flancs abruptes et de roches escarpées, et les vallées qui y ont leur origine sont belles, larges et fertiles. Il est aussi bien arrosé, et l'on voit dans beaucoup de lieux des fontaines jaillissant de grèves calcaires. C'est l'un des départements les mieux boisés de la France et les plus abondants en richesses minérales. Cependant le pays a un aspect misérable; les villages y sont mal bâtis et malpropres, et la population présente un air de souffrance.

Le département de l'Aube est presque entièrement plat et uni , excepté sur les bords des fleuves où l'on trouve des lignes de coteaux. Le nord et le nord-ouest soul la continuation de la région stérile que nous avons trouvée dans le département de la Marne; c'est la Champagne pouilleuse, contrée dépouillée d'arbres et de verdure, maigre , à fonds de craie recouvert à peine de terre végétale , qui ne produit que de l'avoine et du seigle. On a commencé à le rendre productif en y plantant des arbres verts. Dans toute celle partie de la Champagne on ne trouve, faute de bois et de pierre , que des maisons de terre et do chaume , des villages misérables et de rares peliles villes : on s'y croirait plutôt dans les landes désertes de la Gascogne qu'à 30 lieues de Paris. Le sud-est du département de l'Aube est au contraire très-fertile en toutes choses : vignobles bien exposés, grains, fruits, légumes, forêts, tout y abonde; ou y trouve aussi de belles prairies , qui nourrissent d'excellent bétail et qui envoient à Paris une grande quantité de foins.

» Explication de la carte géologique de la France, page 2 i

* Statistique du département de la Marne, par Pcuchcl et thanlaire. ^

S V. Histoire, population, etc. — La Champagne était habitée avant et pendant la domination romaine par les Lingon* (Langres), les Sénonais (Sens), les Bèmes (Reims), les Trkauet (Troycs), et les Calalaunet (Chàlons). Conquises par par César, les cités gauloises , après la perte de leur nationalité , se soumirent, comme partout ailleurs, à la langue, aux moeurs et aux lois des Romains, et de grandes villes s'élevèrent sur l'emplacement des bourgades celtiques. Pendant les invasions des barbares, la Champagne fut ravagée par les Vandales, les Suèves, les Alains et les Huns. Attila y fut écrasé , près de Chàlons , par Aétius en 450. Clovis soumit aux Francs saliens les cités champenoises , qui après lui formèrent , dès 570 , un duché du royaume d'Austrasie, et commencèrent à porter leur nom moderne , Campatda. Dans le deuxième démembrement de l'empire de Charlemagne, la Champagne fit partie du grand comté de Vermandois, qui comprenait tout le haut bassin de la Seine et celui de la Somme. Ce comté commence par Herbert I", petit-fils de Bernard, roi d'Italie, qui a pour successeur Herbert II, après lequel (943) les États des comtes de Vermandois se divisent en plusieurs comtés, dont le principal est celui de Champagne. La première dynastie des comtes de Champagne s'éteint en 1030, et à la maison de Vermandois succède celle de Blois dans la personne d'Eudes II, comte de Blois, de Chartres et de Tours. Celle-ci donne douze comtes, dont le plus célèbre est Thibaut IV, si connu par ses poésies, par sa lutte contre la reine Blanche et par son élévation au trône de Navarre. En 1284 , Henri III, fils de Thibaut IV, mourut sans héritier mâle; le comté de Champagne passa à sa fille unique, Jeanne, qui avait épousé Philippe le Bel, et après elle à leur fils Louis le Hutin. Lorsque Louis le Hutin monta sur le trône de France, en 1314, le comté de Champagne fut réuni au domaine royal. Ce comté comprenait alors la Champagne propre, la Brie, le comté de Meaux, une partie du Bassigny, les comtés de Château - Porcien , de Chaumont, de Sainte -Menehould, d'Épemay, de Bar -sur -Seine, les chàtcllenies et villes de Vitry, Vertus, Vassy, Andelot, Nogent, et la suzeraineté sur les pairies champenoises formées des sept comtés de Joigny, Rethel , Draine, Roucy, Brienne , Grandpré et Joinville, qui dès lors relevèrent immédiatement de la couronne , ainsi que les évechés-pairies de Reims, Chàlons et Langres.

Pendant les premiers siècles de la féodalité, la Champagne, quoique ayant ses seigneurs particuliers, n'avait pas cessé d'être entièrement française, et il n'y avait jamais eu chez elle de pensée ni de tendances vers des alliances extérieures ; il ne pouvait en être autrement : la Champagne n'était-elle pas, par les souvenirs de Clovis, Reims et le sacre des rois, le centre religieux du royaume? Aussi à partir de son union à la couronne, il n'y eut pas la moindre tentative faite pour séparer, pour isoler cette province de la monarchie ; la Champagne se montra toute dévouée à la cause des rois de France, et nous en verrons de glorieux témoignages dans l'histoire particulière de Reims; enfin c'est de son sein que sortit l'héroïque bergère qui sauva le pays de la domination anglaise Dans la lutte entre François I" et la maison d'Autriche, elle so montra encore mieux l'une des provinces fondamentales de la France en couvrant la partie la plus vulnérable de ses frontières. Sa position était alors pleine de dangers : voisine des Pays-Bas, du Luxembourg, de la Lorraine, elle

1 Voir ta note de la page 400.

se trouvait ainsi tout ouverte à l'invasion , et n'avait que le courage de ses habitants à opposer à l'ennemi : le siège de Saint-Dizier, la destruction de Vitry, la résistance de dix autres villes, manifestèrent le patriotisme des Champenois.

Pendant les guerres de religion , la Champagne resta presque entièrement catholique : le gouvernement de cette province avait été donné à une famille qui était alors la représentante du catholicisme , les Guise , qui y possédaient de vastes domaines ; c'est sur son territoire que le signal de la guerre fut donné par le massacre de Vassy; c'est aussi de là que sortit l'assassin Jacques Clément. Aussi Henri IV, seul de tous les rois de France, fut obligé de se faire sacrer ailleurs qu'à Reims, et la Champagne fut une des dernières provinces à se soumettre à lui.

Dans la guerre de Trente- Ans, la Champagne reprit sa situation périlleuse de province frontière : les Espagnols vinrent mettre le siège devant Rocroy : on sait par quelle brillante victoire le grand Condé arrêta leur invasion. Pendant la Fronde, ils essayèrent de nouveau d'entrer dans la province , et furent encore battus à Rcthel. Pendant le reste du règne de Louis XIV, la Champagne n'eut plus aucuns dangers à courir, la politique du grand roi l'ayant couverte par l'acquisition d'une partie des Pays-Bas et l'occupation de la Lorraine.

La Champagne prit une grande part aux actes de la révolution : ce furent ses paysans qui ramenèrent à Paris le malheureux Louis XVI , arrêté à Varennes ; elle envoya à la Convention Danton, Pache et Dubois-Crancé. En 1792, ce fut le chemin que prirent les Prussiens pour se diriger sur Paris. Après s'être emparés dans la Lorraine de Longwy et de Verdun, ils marchaient sur Chàlons, quand Duraouricz fit des défilés de l'Argonne les Thermopyles do la France, et arrêta leur marche à Valmy. Enfin en 4814, la Champagne fut envahie, comme au temps d'Attila, par toutes les populations du Nord ; elle fut le théâtre de la mémorable campagne où le génie de Napoléon lutta avec 60,000 hommes contre 500,000 pendant trois mois: ses villes furent alors pillées et incendiées, ses campagnes dévastées, ses habitants massacrés ou mis en fuite; elle montra dans ces calamités un dévouement héroïque, et dans les grands combats de Montmirail et de Champaubcrt, comme dans les funestes journées de la Rothière et de la Fère-Champenoise , les débris de nos années furent continuellement aidés et soutenus par les braves paysans de la Champagne.

On voit par la course rapide que nous venons de faire à travers les siècles que la Champagne est bien , par la constance de ses sentiments , la fermeté de son patriotisme, par la grandeur de ses sacrifices, l'une des provinces fondamentales do la France; elle l'est aussi par ses vignobles, qui représentent, trop bien peut-être, l'esprit français; elle l'est enfin, comme sa voisine la Bourgogne, avec laquelle elle a tant de points de ressemblance, par le grand nombre d'illustrations qu'elle a données au pays. Au-dessus de toutes, et celle-ci suflirait pour faire de la Champagne la première des provinces françaises , est Jeanne d'Arc. Puis viennent le plus grand ministre, le plus grand capitaine de l'ancienne monarchie , Colbert et Turenne; puis la gloire des lettres françaises, la Fontaine et Racine; et en remontant les siècles , le poète Thibaut IV, le sire de Joinville , Juvénal des Ursins, Geoffroy de Villehardouin , Gerson, etc.; puis encore le cardinal de Retz, Diderot, Royer-Collard ; puis dans les arts, Mignard, Nanteuil, Girardon, Bouchardou, MéhuI; dans l'érudition, Jean Passerai, Mabillon, Lecointe,

Ruinait , Martône, Longucrue, le Balteux, Velly ; dans les sciences, Lacaille, Pluche, Buache, Corvisart, Thénard; dans la guerre, Fabert, Macdonald, Drouet d'Erlon, Sainte-Suzanne , Savary, Hulot , Decrès , etc.

Cette glorieuse énumération réfute suffisamment le dicton populaire qui ferait de la Champagne la Béotie de la France. Ce qui a pu donner naissance à co dicton , c'est que le Champenois est principalement plein de bonhomie , de simplicité et de calmo ; mais il a aussi une grande justesse d'esprit, des idées nettes, un jugement solide et de la mesure dans l'imagination. Il y a sans doute dans ce pays des populations ignorantes, routinières et apathiques; mais elles rachètent leurs défauts par l'amour du travail , une grande probité , de l'économie , des vertus domestiques , le contentement du peu , de la résignation et de la fermeté.

§ VI. Département des Ardennes. — Statistique , agriculture, commerce, etc. — Le département des Ardennes a été formé de la Champagne (^51 ,309 hect.), de la principauté de Sedan (24,618 hect.), d'une partie du Luxembourg, etc. Sa superficie est de 523,587 hectares. Sa population était, en 1801, de 259,925 habitants; en 1821 , de 266,985 hab. ; en 1831 , de 290,572 hab. ; elle est aujourd'hui de 331,296 habitants.

Ce département a pour chef-lieu Mézières, et forme cinq arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondissement de Mezieres . . . . 7 cantons, 90 communes, 70,0 1 8 habitants.

— deltfUiel c — 108 — 70,990 —

— dcRocroy & — 68 — 52,410 —

— de Sedan 3 — 83 — 69,740 —

— ricYouziers. ... 8 — Ul — 62,123 —

5 arrondissements 31 cantons, 479 communes, 331,296 habitants.

Il forme avec l'arrondissement de Reims (Marne) le diocèse de l'archevêché de Reims. Il est du ressort de la cour d'appel de Metz , et renferme 5 tribunaux civils et 3 tribunaux de commerce. On y trouve 3 collèges et 540 écoles élémentaires. II fait partie de la 3* division militaire, et renferme trois places fortes : Sedan, Mézières, Civet avec Charlemont.

C'est un pays agricole et manufacturier. L'agriculture y est assez avancée ; mais nous avons vu que le sol n'est pas partout également fertile : on y trouve environ 320,000 hectares de terres labourables, 50,000 de prés, 90,000 de bois, 10,000 de landes et bruyères, etc. Les céréales y sont abondantes, surtout dans la vallée de l'Aisne, qui produit de magnifiques blés; on n'y récolte que du vin commun et en médiocre quantité : le cidre et la bière forment la boisson ordinaire des habitants. Le chanvre, le houblon , la pomme de terre et les arbres à cidre sont aussi cultivés avec succès. La richesse du pays consiste principalement dans ses forêts, qui alimentent des forges nombreuses, et dans ses prairies, qui nourrissent des bœufs de belle race, des moutons dont la laine est très-estimée , et des chevaux de trait légers. On estime que lo département renferme 140,000 bêtes à cornes, 300,000 moutons, 40,000 chevaux , etc.

Les richesses minérales sont considérables et consistent dans le fer, les ardoises, estimées les meilleures de la France, les marbres, l'argile à poterie, le sable pour verre-

ries, etc. L'industrie du fer est répandue partout, et l'on trouve des forges, des hauts fourneaux, des laminoirs, des tréfileries, des fonderies, dans plus de quarante localités; cette industrie produit de la grosse et petite ferronnerie, des armes de guerre, de la taillanderie, de la tôlerie, de la clouterie, de la fonte moulée de toute espèce, etc. Après l'industrie du fer vient celle du peignage, de la filature et du tissage des laines; elle a poui centre Sedan , où se trouve l'une des fabrications les plus importantes de draps qui soient en Europe, et qui produit d'ailleurs des châles cachemires, des tissus mérinos, des flanelles , etc. Ensuite vient l'exploitation des ardoisières, dont le centre est à Fumay, et des marbreries, la fabrication du cuivre, les tanneries, les verreries, la boissellerie, etc. Le commerce est très-varié et très-étendu : il a pour objets principaux les grains, les bois, les chevaux, les bestiaux, les laines, les ardoises, les produits des manufactures, etc.

On compte dans le département 3 rivières navigables : la Meuse, le Chiers et la Semoy, sur 216 kilomètres; 2 canaux (des Ardennes et de Sedan), sur 102 kil.; 0 routes impériales, sur 37/» kil.; 8 routes départementales, sur 240 kil.; 3,/jOO chemins vicinaux , etc.

$ VII. DÉPARTEMENT DES ARDENNES. — DESCRIPTION DES VILLES. — MitièrU , chef-

lieu du département, peuplé de 5,300 habitants, est une petite ville qui n'a d'importance que par sa position , ses fortifications et sa citadelle. Elle est située au pied d'une colline, sur la rive droite de la Meuse, qui la sépare de Charleville, avec laquelle elle semble ne former qu'une même cité. Elle est mal bâtie, mais on y trouve une belle église du quinzième siècle. Son commerce est presque nul , et son industrie ne consiste qu'en taillanderies et tanneries.

Ce n'était encore au treizième siècle qu'une bourgade que des Liégeois vinrent peupler. Placée à l'entrée de la Champagne , elle eut à subir de nombreux sièges : le plus célèbre est celui de 1521, où Bavard, avec quelques centaines de soldats, résista pendant six semaines à 35,000 Impériaux. Elle fut encore assiégée en 1815 par les Prussiens , et ne capitula qu'après une résistance héroïque de quarante-deux jours de tranchée ouverte ; Louis XVIII l'en récompensa en donnant pour drapeau à la garde nationale l'étendard de Bayard.

Il y avait à Mézières , dans le siècle dernier, une école de génie militaire fondée par Louis XV, et qui a eu d'illustres professeurs : Bezout, Bossut, Monge, etc.

Rethel, chef-lieu d'arrondissement , avec un tribunal civil , un collège et près de 8,000 habitants, est située sur une montagne, près de la rive droite de l'Aisne. Elle est mal bâtie, assez sale, et ne renferme d'autre monument que son église, très-remarquable par ses deux nefs latérales. Son industrie est très-active ; on y trouve des fabriques de châles cachemires et de tissus mérinos qui comprennent quinze maisons, des filatures et fabriques de laines peignées qui comprennent trente-quatre maisons, des constructions de métiers et de mécaniques, etc. C'est, pour la fabrication des lainages, une succursale de Reims.

Cette ville est très-ancienne et avait ses comtes particuliers dès le dixième siècle. Après avoir appartenu à diverses maisons, elle advint à la maison de Gonzague-Nevers et fut érigée en duché-pairie en 1581. Mazarin l'acheta en 1659 et la transforma en duché de Mazarin. qu'il donna au mari d'une de ses nièces, le duc de la Meilleraye.

Un mariage la fit passer dans la maison de Duras-Durfort, qui l'a possédée jusqu'à la révolution. C'était autrefois une place forte. Turenne et les Espagnols furent battus en 1650, devant ses murs, par le maréchal du Plessis-Praslin.

liocray, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 3,800 habitants, est une place forte importante , située dans une haute plaine entourée de tous côtés par des marais et par la forêt des Ardennes. Son commerce et son industrie sont peu importants. Ce ne fut, jusqu'au seizième siècle, qu'un hameau; François I" commença à le fortifier; Henri II lui accorda le nom de ville, et Louis XIII en acheva les fortifications. Quelques jours après l'avènement de Louis XIV, les Espagnols étant venus investir cette place (19 mai 1643) , le jeune duc d'Enghien les défit dans une bataille qui porta un coup mortel à la puissance militaire de l'Espagne. En 1815, quelques centaines de gardes nationaux défendirent Rocroy pendant un mois contre 10,000 Prussiens.

Sedan, chef-lieu d'arrondissement, avec une église consistoriale protestante, des tribunaux civil et de commerce, une chambre consultative des manufactures, un conseil de prud'hommes et 17,000 habitants, est située sur la rive droite de la Meuse, dans un terrain inégal et environné de prairies. Elle est peu régulière , mais bien bâtie, ayant des rues propres, de belles promenades, plusieurs places, sur l'une desquelles s'élève une statue de Turenne. Elle n'a d'autres édifices remarquables que ses établissements militaires, cette ville étant l'une des places fortes les plus importantes de la France. Parmi ces établissements, on remarque le château fort, bâti sur une éminence au sud-est de la ville , qui renfermait jadis un pavillon où est né Turenne, les casernes, l'hôpital militaire, bâti sur un rempart élevé de 42 mètres au-dessus de la Meuse , l'arsenal , etc.

Cette ville est l'un des centres de la fabrication des draps , casimirs, cuirs de laino et autres lainages, fabrication qui occupe soixante maisons, dont la plus célèbre est celle de MM. Cunin-Gridaine, et qui donne annuellement pour 25 à 30 millions de produits. L'origine de cette grande industrie est attribuée au maréchal Fabert, né à Sedan , et qui fit venir de Hollande des ouvriers drapiers. On y trouve encore des constructions de machines à vapeur et de mécaniques, des teintureries, etc. Le commerce consiste, outre les produits des manufactures, dans les grains, bestiaux, chanvre, etc.

Sedan était le chef-lieu d'une principauté qui appartint pendant plusieurs siècles à la maison de la Mark. Le dernier prince de cette maison ayant embrassé la réforme, la ville se peupla d'une multitude de protestants, qui y établirent une université et une académie où l'on vit siéger Bayle et Jurieu. L'héritière du dernier prince de la Mark épousa l'un des lieutenants de Henri IV, le vicomte de la Tour d'Auvergne , et alors Sedan devint sous Louis XI II le refuge de tous les mécontents et un foyer de guerres civiles. A la fin, le prince de Sedan, Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, qui avait pour frère cadet le maréchal de Turenne, fut forcé d'échanger sa principauté, ainsi que son duché de Bouillon, contre les comtés-pairies d'Albret et de Château-Thierry, etc.

Vottziers, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance et 2,800 habitants, est une petite ville assez bien bâtie et située sur la rive gauche de

m LIVRE HUITIÈME.

l'Aisne. On y fabrique de la vannerie line, et l'on y fait un grand commerce de grains, sel, houille et ardoises.

CharUvilU (arrondissement de Mézières), ville de 9,000 habitants, avec un tribunal civil , un collège , une chambre consultative des manufactures , est située sur la rive gauche de la Meuse, en face de Mézières, dont elle n'est distante que d'un kilomètre, et avec laquelle elle communique par un pont. Elle est régulièrement bâtie, a une belle place, de jolies promenades, une bibliothèque publique, un port commode, etc. Son industrie est très-active et consiste en fabrication d'armes de guerre, clouterie de tous genres, ferronnerie , fonderies de fer et de cuivre, forges et hauts fourneaux , etc.

Cette ville doit son origine au village d'Archet (Arca Remorwn), que le duc de Rethel, Charles II de Gonzague, transforma en l'agrandissant et en le fortifiant. Louis XIV, en 1686, en fit raser les fortifications.

Monthermè, bourg de 2,300 habitants, est situé sur la Meuse, dans la partie où cette rivière présente les paysages les plus variés. On y trouve des ardoisières , des forges, des fonderies et des fabriques de poteries.

On remarque encore dans l'arrondissement de Mézières une foule de villes ou do villages importants par leur industrie : Signy-f Abbaye, qui a 3,000 habitants, des fabriques de châles cachemires, des filatures de laine et des forges; Mouzon, qui a des fabriques d'armes de guerre , de ferronnerie , des forges, et 2,500 habitants; Boulancourt et Guignicourt , où l'on trouve des hauts fourneaux; Hannogne, où sont des fabriques, de draps; Mohon, où l'on fabrique des canons de fusil; Renvcez, important par ses brasseries ; Villers , où se trouve un dépôt de remonte pour la cavalerie.

ChâtcaU'Porcicn (arrondissement de Rethel) est une petite ville de 2,500 habitants, située sur la rive droite de l'Aisne, et dominée par un rocher escarpé que couronnait jadis un château fort. On y trouve des fabriques de mérinos et flanelles , des taillanderies, etc. Cette ville avait des comtes particuliers, et sa seigneurie passa successivement aux maisons d'Orléans, de Croy, de Gonzague, de Mazarin, etc. Les Espagnols la prirent en 1650 , et les Français en 1652.

Tout l'arrondissement de Rethel renferme des filatures de laine et des fabriques de lainages; les principales sont à Juniville, Neuvillt-lct-Wattigny, Novion-Porcien , etc.

Fumay (arrondissement de Rocroy), petite ville de 3,500 habitants, située sur la rive gauche de la Meuse, entre des montagnes à pic couvertes de forêts et hérissées de rochers, est le centre d'une exploitation considérable d'ardoises. On trouve aussi des ardoisières très-importantes à Rimogne, et qui donnent 50 millions d'ardoises par an, à Haytes, etc.

Givet, ville forte de 5,700 habitants, est située sur la Meuse et se compose de deux quartiers séparés par la rivière, réunis par un pont de pierre, et qu'on appelle Givct-Saint-Hilaire et Givct-Xotre-Dame. Ces deux quartiers sont fortifiés et couverts par la forte citadelle de Charltmont, bâtie par Charles-Quint sur un rocher trèsélevé qui domine la gauche de la Meuse. C'est une ville industrieuse, et où l'on trouve des fabriques considérables de colle forte, de crayons, de pipes, des t.inncries, des marbreries, dès usines à cuivre, etc. Givet faisait partie du Luxembourg, et fut cédée à la France en 1678. Us Prussiens s'en emparèrent eu 1815, tuais ils assiégèrent vainement CliarlemonU

L'arrondissement de Rocroy renferme encore des forges et hauts fourneaux à Signifie Petit et à Revin, des usines à cuivre à Fromelenntt, etc.

Carignan ou Ivoy (arrondissement de Sedan), petite ville de 1,800 habitants, est située sur la rive droite du Chiers, et était autrefois fortifiée. Elle faisait partie du Luxembourg et fut cédée à la France en 1659. Louis XIV en disposa en faveur du comte de Soissons-Carignan , dont elle prit le nom. Elle ne se compose que d'une longue et assez belle rue. On y trouve des fabriques de 01 de fer, et l'on y fait commerce de grains.

Donchery, petite ville de 1,800 habitants, située sur la Meuse, était fortifiée. On y trouve des fabriques de ferronnerie, des fonderies, etc. C'est là que commence le canal des Ardcnncs.

Mouzon, ville de 2,400 habitants, située sur la rive droite de la Meuse, est trèsancienne et était autrefois bien fortifiée. Elle fut prise par les Impériaux en 1521 , par les protestants en 1591, par Turenne en 1650, par le maréchal de Créqui en 1677. On démolit alors ses fortifications. On y trouve une très-belle église et des fabriques de draps.

Raucourt, petite ville de 1,600 habitants, est remarquable comme renfermant les fabriques de boucles, d'éperons, de mors, les plus importantes du monde. Cette industrie occupe 24 maisons.

L'arrondissement de Sedan renferme encore des localités importantes pour l'industrie du fer : Vrigne-aux-Bois , où l'on trouve des forges et des fabriques de ferronnerie, de serrures, etc.; Torcy, où l'on fabrique des enclumes, crics, étaux, etc.; Afathon-Clemeneey, Givorne, Daitny, etc., où l'on trouve des forges et hauts fourneaux.

Atligny (arrondissement de Vouziers) , petite ville de 1,500 habitants, située sur l'Aisne, doit son origine à un palais que Clovis II y fit bâtir en 6^7. Elle devint, sous les rois de la deuxième race qui en firent leur séjour favori , le théâtre de nombreux événements : le baptême de Witikind , en 786 ; la pénitence publique de Louis le Débonnaire, en 822; la tenue de plusieurs cours plénières et de conciles, etc. Le palais d'Altigny devint une propriété des archevêques de Reims , et fut dévasté pendant les guerres civiles. Il n'en reste que quelques débris et l'église de la ville qui s'y trouvait enclavée.

On remarque encore dans l'arrondissement de Vouziers : Buzancy, le Chêne, Grandpri, petites villes importantes par leur situation dans l'Argonnc; Montgon, où l'on trouve une grande papeterie mécanique ; Apremont, où sont des forges et hauts fourneaux, etc.

§ VIII. Département de la Marne. — Statistiqoe, agricultire, commerce, etc. — Le déparlement de la Marne a été formé de la Champagne propre (534,409 hect.), du Chàlonnais (130,392 hect.), du Rémois (141,988 hect.). Sa superficie est de 818,041 hectares. Sa population était, en 1801, de 304,651 habitants; en 1821, do 307,644 hab.; en 1841, de 356,632 hab.; elle est aujourd'hui de 373,302 habitants.

11 a pour chef-lieu Chàlons et est ainsi subdivisé :

Arrondissement deChAlons 6 cantons, 109 communes, 52,502 habitants.

— d'Épernay 9 — 185 — 93,090 —

— de Reims 10 — 183 — 138,031 —

— de Sainte-Mcncliould . . 3 — 82 — 36,ri6 —

— de Vitrj-le-l'rançois . . 5 — 135 — 53,373 —

5 arrondissements 32 cantons* 694 communes. 373,302 habitant*.

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