TOME U
lycée à Nancy, 6 collèges (Château-Salins, Dieuze, Lunéville, Phalsbourg, Toul, Pont. à-Mousson), une école normale départementale, 1,100 écoles élémentaires, etc. Il fait partie de la 5« division militaire.
C'est un département agricole et manufacturier. Il est généralement très-fertile, surtout dans les plaines , et ne présente de sol ingrat que dans ses parties montagneuses. Les céréales y viennent en abondance, surtout dans la vallée de la Seille, et dépassent les besoins de la consommation : la récolte en blé est évaluée à 1 ,200,000 hectolitres. La vigne donne des produits très-abondants, mais peu renommés, et qui ne sont guère consommés que dans la Lorraine. Les légumes y viennent bien, surtout la pomme de terre; les fruits y sont très-variés; le colza et le chanvre sont cultivés avec succès ; les prairies donnent des foins excellents, les forêts de beaux bois ; enfin c'est un des pays les meilleurs et les plus productifs de la France , quoique le climat soit extrêmement variable. Les chevaux sont nombreux et de petite taille (75,000), les bêtes à cornes (92,000) d'espèce médiocre, mais les moutons (180,000) donnent une laine assez estimée; les porcs (110,000) sont élevés avec succès et font l'objet d'un grand commerce.
Les richesses minérales consistent d'abord en sel gemme et en sources salées, les plus abondantes de la France, situées à Dieuze, Vie, Moyenvic, Rozières, Château-Salins, et qui produisent annuellement 45 millions de kilogrammes de sel et un million de soude factice; en minerai de fer peu abondant, en nombreuses carrières de pierres, de marbres, de grès, d'argile, etc. Les sources minérales sont peu importantes.
L'industrie est très-active, et consiste principalement dans deux vastes établissements, qui sont renommés dans le monde entier : la magnifique cristallerie de Baccarat, les manufactures de glaces de Saint-Quirin et de Cirey ; puis viennent les fabriques de dentelles de Nancy, qui occupent 45,000 ouvrières; la filature et le tissage de coton, les produits chimiques, la poterie, les étoffes de laine, les liqueurs, etc. Le commerce consiste dans les produits du sol et des manufactures.
Il y a dans le département deux rivières navigables, la Moselle sur 35 kilomètres, la Meurthe sur 11 lui.; 8 routes impériales sur 420 kil., 17 routes départementales sur 415 kil., 3,400 chemins vicinaux, etc. Il faut y ajouter le chemin de fer de Paris à Strasbourg, qui traverse le département, de Pagny-sur-Meuse à Lutzelbourg, sur 140 kilomètres.
S X. Département de la Meurthe. — Description des villes. — Nancy, ancienne capitale de la Lorraine, aujourd'hui chef-lieu du déparlement de la Meurthe, est le siège d'un évêché et d'une cour d'appel. Elle renferme en outre des tribunaux de 1M instance et de commerce, un conseil de prud'hommes, une chambre de commerce, l'école impériale forestière , un lycée , une école secondaire de médecine , un institut des sourds-muets, une école normale primaire, une bibliothèque publique, etc. Sa population est de 45,129 habitants.
Cette ville, l'une des plus belles de France, est située sur la rive gauche de la Meurthe, dans une campagne charmante, bordée de tous côtés de hautes collines, excepté au levant, où se déroulent de belles prairies. Elle a un aspect de capitale, de ville riche, aristocratique et monumentale. De quelque côté qu'on y arrive, ses environs présentent un brillant panorama, où les édifices de la grande cité, sa
vaste enceinte, ses cours, ses promenades sont encadrés par des collines ou des champs couverts de verdure, d'arbres fruitiers, de jardins, de maisons de plaisance. Elle se divise en deux parties : la vieille ville, qui est irrégulière, formée de rues étroites et de noires maisons ; elle renferme pourtant de beaux hôtels et des édifices importants; la nouvelle ville, qui ne date que du siècle dernier, dont les rues sont larges, tirées au cordeau, garnies de belles maisons, et qui, par la magnificence de ses places et le nombre de ses monuments, est l'une des plus remarquables de l'Europe. On trouve dans la vieille ville les restes du vieux palais des ducs de Lorraine, qui sert aujourd'hui de caserne à la gendarmerie; l'église Saint-Épore, qui renferme des peintures et des sculptures remarquables; l'église des Cordeliers, où l'on voit la chapelle ducale, renfermant les tombeaux des princes de Lorraine ; le cours d'Orléans, promenade délicieuse terminée par un bel arc de triomphe , appelé la Porte-Neuve ; la place Carrière, où se trouve l'hôtel de la préfecture, etc. Dans la ville neuve, on remarque la magnifique place Royale , où se trouvent l'hôtel de ville et la salle de spectacle, et qui est décorée de la statue du bon roi Stanislas, à. qui Nancy doit celte place et la plupart de ses monuments; la place d'Alliance, la cathédrale, l'église de Bon-Secours, qui renferme le tombeau de Stanislas, les casernes, les hôpitaux, etc.
Nancy est non-seulement une ville de noblesse et de grande société, ayant le goût des lettres et des arts, c'est aussi une ville industrielle; sa fabrique principale consiste en broderies de tout genre, qui n'occupent pas moins de 75 maisons. On y trouve aussi des filatures de coton, des fabriques de bonneterie de laine, d'amidon, de produits chimiques, de liqueurs, d'huiles, etc.
Son histoire présente peu d'événements remarquables. Elle ne date probablement que du dixième siècle , et était la capitale de la Lorraine vers le treizième. Charles le Téméraire s'en empara en 1675. et la perdit l'année suivante; il revint l'assiéger en 1477, et le 5 janvier fut batlu et tué devant ses murs. Les Français occupèrent Nancy de 1633 à 1698. Ses fortifications furent alors détruites, a l'exception de la citadelle, dont il reste encore quelques débris.
Château-Salins, chef-lieu d'arrondissement , avec 2,400 habitants, est située sur la petite Seille, dans ui joli vallon. C'est une petite ville sans importance, qui a des moulins à plâtre, une fabrique de verres à vitres, etc. Les salines auxquelles elle doit son nom, et qui étaient très- productives dans le moyen âge, ont été en partie abandonnées.
LunévilU, chef-lieu d'arrondissement, avec 15,600 habitanls, un tribunal civil et un collège, est une belle ville, située sur la rive droite de la Meurthe, dans un pays très-fertile. Elle est surtout remarquable par son château , ancienne résidence des ducs de Lorraine, aujourd'hui caserne de cavalerie , qui peut contenir 6,000 chevaux. Cette ville a d'importantes fabriques de broderies, de faïence, de gants, de bonneterie de laine, etc. On y fait commerce de grains, houblon, vins, chanvre, bois, etc. Il s'y tint, en 1801, un congrès où fut signé un traité qui donnait à la république française la limite naturelle du Rhin.
Sarrebourg, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 2,531 habitants, est une petite et ancienne ville située sur la Sarre, dans une contrée fertile; elle a encore ses vieilles murailles garnies de tours, qui lui donnent un aspect pittoresque.
m LIVRE HUITIÈME.
On y fabrique des broderies, des cuirs, des cloches, etc. Elle appartient à la France depuis 1661.
Toul, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil, un collège et 8,500 habitants, est située sur la rive gauche de la Moselle, au pied de coteaux couverts de vignes. C'est une vieille ville, dont les rues sont tortueuses et mal bâties. On y remarque son ancienne cathédrale , son hôtel de ville , qui était autrefois le palais épiscopal ; ses casernes, ses halles, etc. C'est une place forte, mais dont les fortifications ne consistent qu'en une vieille citadelle et une muraille bastionnée. On y fabrique des broderies, de la faïence, des briques, et l'on y fait commerce de vins et eau-de-vie.
Cette ville a eu une existence agitée, et l'on ne se douterait pas, à l'aspect peu animé de ses rues, au calme de ses habitants, qu'elle a été pendant des siècles un théâtre de luttes et de combats. Son origine semble gauloise ou au moins romaine. Elle suivit les destinées de la Lotharingie jusqu'au onzième siècle, où l'empereur germanique, Henri l'Oiseleur, en donna la seigneurie à ses évêques. Au treizième siècle , les bourgeois se lassèrent do la domination épiscopale, et alors commença entre eux et les prélats une lutte marquée par de nombreuses trêves, où les bourgeois avaient pour alliés les habitants de Metz et de Verdun , et les évêques les seigneurs lorrains. A la fin , la ville se donna au duc de Lorraine, Ferri IV ; mais l'autorité de ce prince ne fut que nominale et marquée par un tribut annuel de 100 livres; la bourgeoisie continua à se gouverner par elle-même. Elle parvint à conserver sa neutralité dans la lutte de la Lorraine contre Charles le Téméraire ; mais elle fut rançonnée tour à tour par les Français et les Impériaux dans la lutte entre Charles -Quint et François ICT; enfin Henri II s'en empara et la garda par le traité Cateau-Cambrésis.
Ponl-à-Mausson (arrondissement de Nancy) est une jolie ville de 7,800 habitants, avec un collège et une bibliothèque ; elle est située au pied d'une forte colline , sur les deux rives de la Moselle, qu'on traverse sur un beau pont. On y remarque son église paroissiale, son hôtel de ville, les bâtiments de l'abbaye Sainte-Marie, etc. Elle fait un grand commerce de bois de construction, et a des poteries, teintureries, etc. C'était une ville impériale, où fut fondée, en 1572, une université qui dura deux siècles. Elle fut prise d'assaut par Charles le Téméraire en H75.
Saint-Nicolas-du-Port, peute ville de 3,400 habitants, située sur la Meurthe, était dans le moyen âge une des cités les plus commerçantes de l'Europe , et elle devait sa prospérité aux reliques de saint Nicolas, qui attiraient une multitude de pèlerins. Incendiée par les Suédois en 1633 , elle ne se rétablit que lentement, et n'a plus aujourd'hui d'importance que par ses fabriques de bonneterie, de ouates, de toiles, etc. On y remarque une magnifique église , qui date du quinzième siècle.
Dieuze (arrondissement de Château-Salins), petite ville de 4,000 habitants, avec un collège, est située près de l'étang de Lindre, sur la Seille. On y trouve une mine de sel gemme très-étendue, des salines importantes, une grande manufacture de produits chimiques, etc. C'est le siège de la compagnie des Salines de l'Est, c'est-à-dire de toutes les salines qui se trouvent dans les départements de la Meurthe , du Jura et du Bas-Rhin, et dont les principales sont à Dieuze, Vie, Ley, Moyenvic, Château-Salins, Souk, Salins, Montmorot, etc. Celle de Dieuze est la plus considérable, et produit annuellement 150,000 quintaux de sel.
Vie, petite ville de 2,884 habitants, avec un tribunal civil, est située dans un étroit vallon , sur la Seille , et a une mine de sel gemme qui peut donner par an 90,000 quintaux métriques. On y fait commerce de vins, grains, bonneterie de laine, et l'on y trouve des moulins à plâtre.
Baccarat (arrondissement de Lunéville) , gros bourg de 3,500 habitants, situé au pied d'une montagne, sur la Meurthe, est célèbre par sa manufacture de cristaux, la plus considérable du monde.
BadonvUlcr, petite ville de 2,300 habitants, située sur la Blette, est remarquable par ses riches carrières de pierre de taille, ses fabriques de cotonnades, de clous, de poinçons et de limes, ses filatures de laine, etc.
Btamont, petite ville de 2,500 habitants, située sur la Vezouze, est très-ancienne et avait encore, en 1814 , un château fort que les alliés occupèrent. On y trouve une manufacture de grosse quincaille-ie, des tanneries importantes, etc.
Près de là, à la source de la Vezouze, se trouve le bourg de Cirey (2,321 hab.), où se trouve une manufacture très-importante de glaces coulées, renommées par leur grande dimension et leur poli. A Saint-Quirin, dans une gorge des Vosges, est une annexe de cette manufacture.
PhaUbourg (arrondissement de Sarrebourg), ville de 5,000 habitants, avec un collège, est bâtie sur un roc élevé au milieu des Vosges. C'est une place fort importante, qui défend la routo de Nancy à Strasbourg, et dont les ouvrages ont été constnuts par Vauban. Elle renferme des fabriques renommées de liqueurs et de kirchenwasser. C'est la patrie des maréchaux Gérard et Lobau.
r On trouve encore dans l'arrondissement de Château-Salins Ley et Moyenvic, où sont des salines; dans l'arrondissement de Lunéville, Gerbeviller, sur la Mortagne, importante par son commerce de houblon et son exploitation de pierres de taille ; dans l'arrondissement de Sarrebourg, Plaine - de -VaUch, où l'on trouve une cristallerie considérable; dans l'arrondissement de Toul, Vanna, importante aussi par sa cristallerie, etc.
S XI. DÉPARTEMENT DE LA MOSELLE. — STATISTIQUE, AGRICULTURE , INDUSTRIE, ETC.
— Ce département a été formé du pays de Metz , du Luxembourg français et d'une partie de la Lorraine. Sa superficie est de 536,969 hectares, dont 300,000 en terres labourables, 45,000 de prés, 90,000 de bois, 6,000 de landes, etc. Sa population était, en 1801 , de 348,141 hab.; en 1821, de 376,428 hab.; en 1841, de 427,250 hab.; elle est aujourd'hui de 459,684 habitants.
Il a pour chef-lieu Metz, et se subdivise ainsi :
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Ce département compose le diocèse de l'évêché de Metz. 11 est du ressort de la cour d'appel de Metz, renferme 4 tribunaux civils, un lycée, 2 collèges (Sarreguemines et Thionville), une écolo normale départementale, 900 écoles élémentaires, etc II fait partie de la 5* division militaire.
Le département de la Moselle, agricole, manufacturier et d'exploitation , est un des plus riches de la France. Nous avons déjà dit quel était l'aspect général du pays, la nature du sol , partout inégal et accidenté , la fertilité de la belle vallée de la Moselle. H produit des céréales au delà des besoins de la consommation , des vins de qualité ordinaire, des légumes très-abondants, surtout des pommes de terre, des fruits excellents : les jardins et les vergers du pays Messin sont très-renommés. On cultive aussi le lin, le chanvre, le colza, la navette, la betterave, etc. Les forêts sont belles et fournissent des pièces superbes pour la marine. L'agriculture y est très-avancée : le paysan messin , infatigable au travail , a abandonné les vieilles routines ; il a remplacé les jachères par des prairies artificielles; il multiplie ses pépinières, il soigne ses arbres fruitiers. Les chevaux nombreux (65,000) sont de petite espèce, les bêtes à cornes (110,000) de race très-médiocre, les moulons (180,000) chétifs et ne donnant que de mauvaises laines. On y soigne mieux les porcs (108,000) et les abeilles. La température est très-variable ; elle est généralement douce dans le pays Messin , assez rigoureuse dans les Ardennes et les Vosges.
Les richesses minérales consistent en minerai de fer, qui est très-abondant, et dont les mines les plus importantes sont celles de Saint-Pancré , de Moyeuvre , de Uayange, d'Aumetz , etc. On y trouve aussi des sources salées , de belles carrières de pierre de taille , de grès, d'argile, de marne et de plâtre pour engrais. Les sources minérales sont peu célèbres.
L'industrie est très-active , et s'exerce principalement sur le travail du fer et de l'acier. On compte dans le département plus de 40 hauts fourneaux, 100 forges, 6 aciéries, etc. On fabrique avec ce fer des tôles, des outils, de la taillanderie. La deuxième branche d'industrie consiste dans la cristallerie (Saint-Louis), la verrerie, la faïencerie, la poterie. Vient ensuite la fabrication des toiles et des draps, des broderies, des cuirs , de la colle forte , des liqueurs, des confitures. Les bois, les grains, le sel, les fers, la poterie, etc., sont les principaux objets d'exportation.
On compte 2 rivières navigables, la Moselle sur 80 kilomètres, la Sarre sur 35 kil.; 12 routes impériales sur 465 kil., 14 routes départementales sur MO kil., et 4,300 chemins vicinaux. Il faut y ajouter un chemin de fer, celui de Paris à Forbach par Metz; il a 20 kilomètres de développement de Pagny à Metz, et 69 kilomètres de Metz à Forbach.
§ XII. Département de la Moselle. — Description des villes. — Metz, chef-lieu de département, siège d'un évêché et d'une cour d'appel, quartier général de la 5* division militaire, et place forte de premier ordre, renferme en outre des tribunaux de première instance et de commerce , l'école d'application d'artillerie et du génie , un lycée, etc. Sa population est de 57,713 habitants. Cette ville, située sur les deux rives de la Moselle, au confluent de la Seille, est bâtie partie en amphithéâtre, partie en plaine , et présente un bel aspect. Ses rues , surtout à la rive droite , sont pourtant étroites, tortueuses, escarpées; mais ses maisons, bâties en pierre de taille, sa magnifique cathédrale, ses immenses fortifications, sa population animée, sa nombreuse garnison , le paysage varié et plantureux du bassin de la Moselle, en font une des villes les plus intéressantes de la France.
On entre à Metz par neuf portes garnies d'ouvrages fortifiés : celle de Saint-Thi-
baut ou de Nancy mène à l'esplanade , magnifique promenade construite sur l'emplacement de l'ancienne citadelle, et d'où l'on jouit d'une vue délicieuse sur les coteaux, les villages, les bois, les vignobles des environs. Deux des autres portes mènent à deux lies où sont le polygone de l'artillerie, le champ de manœuvres, la poudrière, etc. Les principaux ouvrages de Metz consistent dans le fort Belle-Croix, placé sur un coteau , et qui couvre toute la partie orientale de la ville depuis la porte d'Allemagne jusqu'à la Moselle; la DoubU-Couronne , qui défend la partie septentrionale de la ville, etc. La Seille, qui y entre par deux bras, sert à sa défense; au moyen d'une retenue , ses eaux s'exhaussent de 8 mètres , et peuvent inonder les environs à h kilomitres de distance.
Les édifices les plus remarquables sont : la cathédrale , construite du onzième au soirième siècle, et qui est uu chef-d'œuvre de hardiesse et d'élégance; l'arsenal, qui occupe l'emplacement d'une ancienne abbaye; l'hôpital militaire, les casernes, la bibliothèque publique, etc. Metz est principalement une ville de guerre; néanmoins elle est l'entrepôt d'un grand commerce de marchandises coloniales et étrangères , et l'on y trouve d'importantes industries : des fabriques de draps, flanelles, peluches, bonneterie, broderies, toiles de chanvre, colle forte, quincaillerie, chaudronnerie, liqueurs, confitures, etc.
Cette ville était la capitale des Mediomatrici, et elle devint, sous la domination romaine, l'une des plus importantes de la Gaule. Elle fut, sous les fils de Clovis, la capitale du royaume d'Austrasie; dans le démembrement de l'empire de Charlemagne, elle fit partie de la Lotharingie, et les empereurs d'Allemagne, pour arrêter les projets des rois de France sur cette ancienne partie de la Gaule, la fortifièrent, lui donnèrent de grands privilèges, enfin en firent une ville libre et impériale, qui se gouvernait par elle-même et était en réalité une république bourgeoise. Mais les magistrats de cette république eurent continuellement à lutter contre les prétentions de l'évêque à la souveraineté de la ville, contre celles de la noblesse, enfin contre les agressions perpétuelles des ducs de Lorraine. Son existence fut aussi agitée, aussi pleine de tumulte et d'anarchie que celles des républiques italiennes du moyen âge. Les relations de cette ville avec la France avaient presque entièrement cessé depuis plusieurs siècles , lorsque Charles VU conduisit les grandes compagnies, sur la demande de René II, duc de Lorraine, à la conquête des Trois-Évêcbés. Il mit le siège devant Metz, et la somma de reconnaître la suzeraineté de la France Elle répondit « qu'elle
n'avait jamais été du royaume, » fit une défense vigoureuse, et ne se sauva qu'en payant une rançon de 100,000 écus. Nous avons déjà dit comment Henri II s'en empara, ainsi que de Toul et de Verdun.
Charles-Quint essaya de reprendre les Trois-Évêchés : avec 60,000 hommes, 100 canons et ses plus illustres généraux, il assiégea Metz. Le duc François de Guise s'enferma dans cette ville , très-vaste et alors mal fortifiée ; il l'enveloppa à la hàlc de murailles et de fossés, démolit les faubourgs, et, à la téte d'une brillante noblesse, soutint pendant deux mois les efforts de l'ennemi. Charles, ayant perdu la moitié de son armée, fut obligé de décamper. Henri III, en 1585, prit le titre de seigneur de Metz. Louis XIII y établit un parlement.
Briey, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 2,000 habitants, est
une petite ville très-ancienne, bâtie en amphithéâtre au pied et sur le revers d'une moutagne, près du Woigot. On y trouve des teintureries et des brasseries renommées. C'était autrefois une ville très-forte, défendue par trois châteaux dont il reste quelques vestiges; elle a appartenu aux évêques de Metz et aux comtes de Bar. Charles le Téméraire s'en empara en li|75.
Sarreguemines , chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil, un collège et 5,600 habitants, est une jolie ville située au confluent de la Sarre et de la Blize. Elle n'a d'autre édifice remarquable que l'ancien couvent où se trouvent la sous-préfecture et le tribunal ; mais elle est très-remarquable par sa manufacture de poterie et de faïence, de porcelaine rouge, de vases en porphyre, ses fabriques de velours, de peluches, de tabatières de carton, ses tuileries, etc.
ThionvilU, chef-lieu d'arrondissement , avec un tribunal civil , un collège et 8,300 habitants, est située sur la Moselle , qui a dans cet endroit 130 mètres de large, dans un pays plat et très-fertile; elle est importante par sa position voisine de la frontière et ses fortifications, qui en font l'avant-poste de Metz. Ses rues sont larges, mal percées, ses maisons vieilles et solides; elle n'a d'autres édifices remarquables que son église paroissiale, ses casernes, son manège de cavalerie, etc. On y fabrique des toiles de chanvre, des cuirs, de la chapellerie, de la colle forte, etc.
Cette ville était importante dès le neuvième siècle, et il s'y tint alors quatre conciles. Dans le démembrement de l'empire de Charlemagne, elle appartint aux comtes de Luxembourg , et ensuite aux ducs de Bourgogne et à la maison d'Autriche. Le duc de Guise la prit d'assaut en 1558, mais on la rendit â Philippe 11 par le traité de Cateau-Cambrésis. Le marquis de Feuquières fut battu sous ses murs en 1637. Condé la prit en 1663 après trois mois de siège. Les Autrichiens l'assiégèrent vainement en 1792.
Lonywy (3, 376 hab.) est la ville la plus importante de l'arrondissement de Briey. Elle est bâtie près du Chiers , et se partage en ville basse et ville haute : la ville basse n'est qu'une sorte de village où sont des établissements industriels ; la ville haute n'était autrefois qu'un vaste château fort qui fut pris par les Français en 1667 et 1670. Louis XIV le fit détruire et construire sur son emplacement la ville haute , qui se compose d'un hexagone régulièrement fortifié.
Longwy n'a rien de remarquable que ses fortifications. On y fabrique de la faïence et de la porcelaine. Cette ville fut prise par les Prussiens en 1792; elle fut assiégée par eux en 1815 , défendue héroïquement par une très-faible garnison et les habitants, et forcée de capituler.
Bitche (arrondissement de Sarreguemines), petite ville de 3,800 habitants, est située dans l'intérieur des Vosges, au pied d'un rocher, non loin des sources de la Schwolbe. Elle est très-importante par son château fort, bâti sur le sommet du rocher, qui est voûté , casematé , et peut avoir 1,000 hommes de garnison. Ce château commande le défilé des Vosges, entre Sarreguemines et Wissembourg. En 1793, les Prussiens essayèrent de s'en emparer par surprise, et furent défaits par les habitants et la garnison.
Saint-AvoJd est une petite ville de 6,000 habitants, importante par sa position sur la frontière , et où l'on fait commerce de bois et de bouille. Elle doit son origine à un
monastère fondé dans le huitième siècle. C'était une place forte dans le moyen âge; elle fut cédée à la France par le traité de Ryswick.
Sierck (arrondissement de Thionville) est une petite ville de 2,200 habitants, située sur la Moselle, près de la frontière, dans une position charmante. Elle était autrefois très-forte et défendue par un château bâti sur un roc escarpé , et qui comptait encore récemment parmi les places de guerre de la France. On y trouve des tanneries importantes , et l'on y fait commerce de vins et de quincaillerie. Près de cette ville était le camp de Kùruberg, célèbre par les opérations de Villars contre Marlborough en 1707.
On trouve encore dans l'arrondissement de Metz : Art-tur-Motdle , importante par ses forges; Boulay, par sa quincaillerie d'Allemagne, ses draps et son commerce de bois; Gorze, ville autrefois très-forte, brûlée sept fois du quatorzième au dix-septième siècle ; dans l'arrondissement de Briey, Gorey, Herterange, Longuyan, Moulaint, Saint- Clair-de-Villerupt, VUlerupt, etc., localités importantes par leurs forges, hauts fourneaux, fonderies, etc.; dans l'arrondissement de Sarreguemines, Bcehrenlhal et Mouler hausen, importantes aussi par leurs forges; Gœtzembruch , par sa verrerie, qui date de 1710 et fabrique 50,000 verres de montres par jour; Saint-Louis, où est la cristallerie la plus ancienne de France et l'une des plus importantes de l'Europe ; Sarre-Albe, célèbre par sa fabrication d'acier naturel et ses blanchisseries de toiles; Forbach, importante par sa position sur la frontière , ses fabriques de colle forte et d'essieux ; dans l'arrondissement de Thionville, Hayange, Suzange, Moyeuvre, Florange, où sont des forges très-considérables; Bouzonville, remarquable par sa position sur la Nied et son industrie , etc.
§ XIII. Département de la Meuse. — Statistique, agriculture, commerce, etc. — Ce département a été formé du Verdunois, du Barrois, du Clermontois et d'une partie de la Lorraine. Sa superficie est de 623,110 hectares, dont 350,000 de terres labourables, 130,000 de bois, 50,000 de prés, 14,000 de vignes, etc. Sa population était, en 1801, de 269,522 habitants; en 1821 , de 291,385 hab.; en 1841, de 326,372 hab.; elle est aujourd'hui de 328,657 habitants. 11 a pour chef-lieu Bar-le- Duc , et se subdivise ainsi :
Arrondissement de Bar-le-Duc. . 8 cantons, 128 communes, 80,558 habitants.
— deComiuercy. . 7 — 180 — 87,664 —
— de Montmédy. . 0 — 131 — 60,096 —
— de Verdun. . . . 7 — 149 — 85,539 —
4 arrondiuementa 28 cantons, 588 communes, 328,657 habitants.
U forme le diocèse de l'évéché de Verdun , est du ressort de la cour d'appel de Metz, renferme 4 tribunaux civils et 2 tribunaux de commerce, a 5 collèges (Bar-le- Duc, Commercy, Étain, Saint-Mihiel, Verdun), une école normale départementale, 850 écoles élémentaires, etc. Il fait partie de la 5« division militaire.
Ce département est agricole et manufacturier. Sa surface, entrecoupée de vallées, de collines, de plateaux, de ravins, n'est pas également et partout fertile. L'agriculture y est très-avancée. Les céréales dépassent les besoins de la consommation ; les vignes donnent des vins estimés, surtout ceux de la vallée de rOrnain; on cultive avec succès le chanvre, le lin et les graines oléagineuses; les légumes cl les fruits tome u. 53
viennent bien ; et l'on soigne en grand , dans les environs de Bar, le groseillier. Les prairies des bords de la Meuse donnent d'excellents fourrages; les montagnes ont leurs flancs couverts de bons pâturages; aussi les bêtes à cornes et les moutons sontils de meilleure espèce que dans les autres parties de la Lorraine ; les porcs y sont l'objet de soins particuliers ; mais les chevaux sont généralement faibles et de petite taille. On estime que le département renferme 60,000 chevaux , 96,000 bêtes à cornes, 214,000 moutons, 98,000 porcs, etc.
Les richesses minérales consistent en minerai de fer, qui est abondant, en carrières de belles pierres de taille , en argile à poterie , etc. L'industrie consiste principalement dans l'exploitation et la fabrication du fer, les verreries, le tissage et la filature du coton, les faïenceries, les chamoiseries, les papeteries, etc. Bar, Ligny et Verdun sont renommés pour leurs confitures et leurs dragées. Les fers , les vins, les bois, les toiles de coton, les salaisons, etc., sont les principaux objets d'exportation.
Il y a dans le département une rivière navigable, la Meuse, sur 84 kilomètres; 9 routes impériales, sur 510 kil.; 12 routes départementales , sur 280 kil. ; 7,800 chemins vicinaux. 11 faut y ajouter le chemin de fer de Paris à Strasbourg, qui traverse le déparlement pendant 70 kilomètres, de Revigny à Pargny-sur-Meuse , en passant par Bar-le-Duc et Commercy.
S XIV. DÉPARTEMENT DE LA MEUSE. — DESCRIPTION DES VILLES. — BttT-U-DuC,
chef-lieu du département, avec des tribunaux de première instance et de commerce, un collège et près de 15,000 habitants, est située dans une belle vallée qu'arrose l'Ornain, sur le penchant d'une colline. On la divise en ville haute, assez belle, mais fort triste, ayant une église remarquable par le mausolée de René de Chàlons; en ville basse, commerçante, industrielle, animée, avec un port fréquenté. Son industrie consiste en confitures renommées, filature et tissage de coton, qui occupe 32 maisons, teintureries, brasseries; son commerce, que facilite le canal de la Marne au Rhin, consiste en bois, vins, fers, laines, etc.
o Commercy , chef-lieu d'arrondissement, avec un collège et 4,000 habitants, est une petite et jolie ville située sur la rive gauche de la Meuse, dans un paysage délicieux. On y remarque son ancien château , qui a appartenu à la famille de Gondi , et que le cardinal de Retz vendit aux ducs de Lorraine; Stanislas en fit une résidence magnifique; c'est aujourd'hui une caserne de cavalerie. Commercy fait commerce de grains, bois, huiles, et l'on y fabrique des chandelles, du fer et des gâteaux renommés.
C'est près de celte ville, à VUU - Ittey , que le cardinal de Retz composa ses mémoires.
Uontmèdy, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 2,650 habitants, est une petite ville forte située sur le Chiers, et qui se divise en deux parties, toutes deux formées de rues étroites et de petites maisons. Montméd y-Haut, situé sur une colline dont la base est arrosée par le Chiers, a une enceinte baslionnéc et des ouvrages avancés; Montmédy-Bas n'est défendu que par une muraille garnie de tours. Cette ville n'a de remarquable que ses établissements militaires. Son commerce et son industrie ne consistent qu'en cuirs et pelleteries. Elle appartient à la France depuis 1659. r-
Vcrdun, chef-lieu d'arrondissement et siège d'un évêché, avec des tribunaux civil
et de commerce, un collège, une bibliothèque publique et 14,000 habitants, est la ville la plus importante du département. C'est une place forte. Elle est située sur la Meuse et partagée par elle en plusieurs lies ou quartiers. Ses maisons sont assez bien bâties; mais ses rues sont escarpées, étroites et mal pavées. Elle n'a de remarquable que son palais épiscopal, ses casernes et ses fortifications, lesquelles consistent en une citadelle séparée de la ville par une esplanade et en une enceinte de dix fronts bastionnés. Au moyen d'écluses on peut inonder les environs. On y fabrique des dragées et liqueurs renommées, de la quincaillerie, des papiers peints, des chandelles, etc.
Cette ville est d'origine gauloise. Comprise dans la Lotharingie, elle donna son nom au traité qui, après la bataille de Fontanet, démembra l'empire de Charlemagne. Elle devint ville libre et impériale dans le onzième siècle , et garda ses privilèges et son indépendance jusqu'en 1552 , où elle se soumit à Henri IL Les Prussiens s'en emparèrent en 1792, après un bombardement de quinze heures , et ('évacuèrent après la bataille de Valmy.
Ligny (arrondissement de Bar), jolie petite ville de 3,200 habitants, est située sur l'Omain, dans un beau pays; elle est bien bâtie, a de belles promenades, et se distingue par ses fabriques d'enclumes, ses chamoiseries et son commerce de bois, de vins, de confitures. Cette ville est principalement célèbre pour avoir appartenu à l'illustre maison de Luxembourg pendant cinq cents ans. C'était alors une place forte que défendait un vaste château dont il ne reste que des vestiges. En 1814, les habitants de Ligny , réunis â quelques conscrits , se défendirent pendant deux jours contre une division de l'armée russe.
Au sud de Ligny et sur l'Omain se trouve le village de Naix, qui occupe l'emplacement de la grande et opulente capitale des Leuci, Narium. Cette ville avait des temples, un cirque , des thermes, un camp retranché , et elle a été probablement détruite au quatrième siècle par quelque commotion souterraine. Son sol fouillé a donné une multitude d'objets précieux.
Saint-Mihicl (arrondissement de Commercy), ville de 5,270 habitants, avec un collège, une bibliothèque, un tribunal de première instance pour l'arrondissement, est située sur les bords de la Meuse, dans une vallée que dominent de hautes collines. On y remarque dans son église un saint sépulcre qui est le chef-d'œuvre de Ligier- Richier. Son industrie consiste en dentelles, toiles de coton, et son commerce en laines, huiles, etc.
Elle doit son origine à une abbaye. C'était une ville forte qui a subi de nombreux sièges, et qu'enfin Louis XIII, après l'avoir prise, démantela en 1635.
Vaucoulevn, petite ville de 2,600 habitants, est bâtie en amphithéâtre sur un coteau qui domine la Meuse et dans un riant paysage. On y fabrique des toiles de coton. Le nom de Vaucouleurs rappelle celui de Jeanne d'Arc, qui s'y présenta au sire de Baudricourt pour accomplir sa mission '. Par le plus étrange contraste, il rappelle aussi celui de la fameuse Dubarry, née dans cette ville.
Près de Vaucouleurs est Tutcy, qui avait autrefois un château royal, et qui possède
1 Voir la note de la page 400.
aujourd'hui des hauts fourneaux , fonderies et ateliers de construction pour bâtiments, monuments, chemins de fer, etc.
Stcnay (arrondissement de Montmédy) , ville de 3,600 habitants , est située sur la Meuse, dans un pays très-fertile. Elle est bien bâtie, a de belles casernes, et fait commerce de fers, chanvre, briques, etc. C'était autrefois une place forte avec citadelle, qui devint le refuge des seigneurs de la Fronde. Louis XIV la prit en 1654 et en 0t raser les fortifications.
Clermont-cn-Argonne (arrondissement de Verdun), petite ville de 1,500 habitants, située sur l'Aire, dans une position pittoresque, n'a aujourd'hui d'importance que par la grande roule de Paris à Metz qui la traverse. C'était autrefois une place forte.
Ètain, petite ville de 2,800 habitants, avec un collège, est située sur l'Ornes, dans une belle position, et fait commerco de grains, huiles, bois, etc. On y trouve des ateliers de tissage de coton et de broderies. C'était autrefois une place forte.
Varennet, petite ville de 1,600 habitants, située dans une contrée fertile, sur l'Aire, est fameuse par l'arrestation de Louis XVI en 1791. On y trouve des fabriques de biscuits, de papiers et de poteries , une filature de laine , etc.
On remarque encore un grand nombre de localités importantes par leurs forges, hauts fourneaux, fonderies, etc. : ainsi Couzanccs, Dannemarie, Jan-cF Heurs, Moutiers, Nantois, Chauvency, Olisy, etc.; puis Faim, Reneuon et Sandrupt, qui ont des filatures de coton, Savonnièret, des carrières de pierres de taille, etc.