ANJOU. — DÉPARTEMENT DE MAINE-ET-LOIRE
$ I. Limites et subdivisions. — Description physique. — L'Anjou est assis sur les deux rives de la Loire, et avait pour limites au nord le Maine , au sud le Poitou, à l'est la Touraine, à l'ouest la Bretagne. Il formait un gouvernement général, dans lequel était compris le Saumurois, ressortissait au parlement de Paris, et composait le diocèse de l'évéché d'Angers. Il avait 893,000 hectares de superficie, qui sont aujourd'hui répartis de la manière suivante : 723,000 au département de Maine-et- Loire, 103,000 à la Mayenne, 51,000 à la Sarlhe, etc. Sa population était de 590,000 habitants.
Cette province est , comme la Touraine que nous venons de décrire , un pays généralement plat et mamelonné par quelques ondulations appartenant, sur la rive droite de la Loire , aux contre-forts détachés des collines du Perche ; sur la rive gauche , aux contre-forts détachés des collines du Poitou. Les unes et les autres n'ont ni élévation, ni importance, ni variété.
L'Anjou appartient tout entier au bassin de la Loire. Ce fleuve , qui le traverse à pea près par le milieu de l'est à l'ouest pendant 90 h 100 kilomètres, y entre près de Candes, passe à Saumur, aux Ponts-de-Cé, à Chalonnes, à Ingrande; là il sert de séparation à la Bretagne et à l'Anjou, passe à Saint-Florent, à Ancenis, et enfin va achever son cours dans la Bretagne. C'est dans l'Anjou que la Loire commence à couler dans ce qu'on appelle sa grande vallée , vallée que la levée ou chaussée qui la borde ne défend qu'avec peine contre les inondations. Sa largeur n'est pas moindre de 5 à 600 mètres. Les nombreuses lies que renferme son lit passent pour les plus belles de son cours; celles dites.de la Lombardière, situées vis-à-vis du confluent du Layon et de la Loire, présentent de magnifiques bosquets de verdure. Les crues du fleuve au-dessus des plus basses eaux sont quelquefois de 5 mètres ; le sable qu'il charrie et qui forme des bancs mouvants , gêne singulièrement la navigation ; de novembre à février, où le lit est le plus profond, les bateaux les plus forts ne tirent que 0-73, et de février en mai de 0-60 à O-ZjO seulement; pendant la saison d'été, les sapines bu bateaux légers peuvent seules naviguer. La rive gauche de la Loire parait s'exhausser insensiblement, et par suite l'eau est rejetée vers le nord, ce qui amène dans le courant un mouvement latéral vers la rive droite.
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Dans cette partie de son cours inférieur, le fleuve ne dénient pas la réputation qu'il s'est acquise par la beauté des sites que présentent ses lies ou ses bords sur une vaste étendue. La route de Nantes, qui longe sa rive droite, offre un magnifique panorama : c'est une succession non interrompue de points de vue délicieux, de coteaux verdoyants couronnés de riches vignobles, au milieu desquels apparaissent çà et là de jolis villages ou des ruines féodales; on découvre aussi de pittoresques vallons, de belles prairies, surtout depuis Montrelais jusqu'au delà d'Oudon, où deux chaînes de collines s'élèvent de chaque côté des rives du fleuve. Mais, sur les frontières de la Loire-Inférieure, l'aspect change , et à des champs de la plus belle fertilité, où réussissent à merveille le froment, le chanvre et le lin, succède un terrain qui, par ses fougères, son blé noir et ses bruyères, rappelle le sol de la Bretagne.
La Loire reçoit à droite : 1° VAuthion, qui prend sa source sous le nom de Doit dans les étangs d'Hommes et de Rillé (Touraine), coule du sud au nord, arrose Bourgueil et tourne à l'ouest en suivant le lit ancien de la Loire et en coulant à travers des marais ; elle reste parallèle au fleuve , dont elle n'est séparée que par une langue de terre , à travers laquelle ont été pratiquées des portes que l'on ferme à l'époque des crues. Elle finit aux Ponts-de-Cé, et reçoit le Couetnon, qui passe à Baugé.
2* La Maine prend sa source dans les collines de Normandie, sous le nom de Mayenne, traverse le Maine, où nous la décrirons, est navigable à Laval, et entre dans l'Anjou au-dessous de Chateau-Gontier ; elle prend le nom de Maine après avoir reçu la Sarthe, devient large et profonde, passe à Angers et finit au-dessous de Bouchemaine. Elle reçoit dans l'Anjou : 1' à droite YOudon, qui passe à Segré, où il est navigable , et au Lion-d'Angers ; 2° à gauche la Sarthe, qui prend sa source dans le plateau de Mortagne. Cette grande rivière traverse d'abord le Perche et le Maine , où . nous la retrouverons , entre dans l'Anjou à Morannes , arrose Ghâteauneuf et finit au nord d'Angers. Elle se grossit à gauche du Loir, qui prend sa source dans le plateau de Courville , traverse l'Orléanais et le Maine , entre dans l'Anjou au-dessus de Durtal , passe à Seiches et finit au-dessous de Briolay.
La Loire reçoit à gauche : 1° le Thoui, qui passe à Montreuil-Bellay , où il est navigable, et finit au-dessous de Saumur; 2e le Layon, qui passe à Thouarce et finit à Chalonnes, après 72 kilomètres de cours; il se grossit de ruisseaux qui passent à Doué, Vihiers et Chémillé ; 3° VErve, qui passe à Beaupréau. — 11 faut ajouter à ces affluents de gauche le Moine, affluent de la Sèvre-Nantaise, qui passe à CholeL
§ II. Constitution géologique. — Le Val-de-Loire, dans toute son étendue, est formé de terrains d'alluvions modernes, qui s'étendent surtout sur la rive droite , où ils s'avancent au nord par-dessus l'Authion jusque vers Beaufort, Longue* et Bourgueil. On trouve encore de ces lerrains alluvionnels au fond des vallées de la Dive et du Thouet, son affluent; dans la vallée de la Sarthe, entre Morannes et Angers, et dans celle du Loir, sur la rive gauche.
Les lerrains qui constituent l'Anjou sont d'ailleurs répartis assez régulièrement : au sud de la Loire et à l'ouest du Layon, ce sont des terrains primitifs dans lesquels, sur la frontière méridionale à partir de Monifaucon, Cholet et la Plaine, apparaît le granit qui se prolonge au sud-est pour former le vaste massif du plateau de Gatine en Poitou. Au nord de la Loire et à l'ouest de la Sarthe, ce sont des terrains de transition qui se
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prolongent au nord et au nord-ouest dans le Maine et la Bretagne pour former la majeure partie des départements de la Mayenne et d'Ille-el-Vïlaine. Ces terrains de transition occupent aussi l'angle formé par la Maine et PAuthion entre Écouflant (sur la Sarlhe), Andard (sur PAuthion) et le confluent de la Maine et de la Loire. On les retrouve encore sur Paulre rive du fleuve, à l'ouest de Brissac, dans le triangle compris entre la Loire et la rive droite du Layon, dont ils accompagnent môme la rive gauche en aval de Thouarce.
A l'est des terrains primitifs ou de transition que nous venons d'indiquer, la partie orientale de l'Anjou est constituée soit par les terrains alluvionnels déjà nommés, soit par des terrains tertiaires moyens ou par des terrains crétacés inférieurs. Les premiers, au nord de la Loire, forment deux massifs : l'un au sud de Vernantes, Paulre, plus considérable, s'étendant de Baugé à Noyant, et se prolongeant au delà de la Touraine. Au sud de la Loire, ces terrains tertiaires moyens forment leur massif principal entre Saumur, Grennes et Loucrre; il y en a d'autres moins considérables à l'ouest de Brissac et de Doué. Quant aux terrains crétacés inférieurs, ils occupent dans la partie orientale de l'Anjou tous les terrains non indiqués comme alluvionnels ou tertiaires moyens ; au nord de la Loire, ils forment à peu près tout le pays compris entre Briolay, Baugé, Beaufort et Andard.
Le terrain jurassique apparaît sur la frontière de Doué , à Montreuil-Bellay, se prolongeant au sud entre Thoué et Dive.
§ III. Aspect général. — L'Anjou ressemble beaucoup à la Touraine, mais avec plus de variété et de vigueur. Généralement plat et peu élevé , il est entrecoupé de nombreuses collines couvertes de vignobles et de plaines formées principalement de terres de bruyère, mais qui néanmoins sont assez productives. Tout ce pays repose généralement sur une base schisteuse et calcaire ; fertile et gras dans les vallées de la Loire et de la Mayenne, où se trouvent les principales plaines, il présente dans les autres parties de la province des ondulations où les landes et les bruyères sont assez communes.
Il se divise physiquement en haut et bas: le premier à Pouest et au nord, le deuxième au sud. On le divise également, sous le rapport agricole, en trois régions distinctes : la l'allée, le Bocage et les Plaines.
La Vallée, c'est-à-dire le Val-dc-Loire, est la partie la plus fertile; le sol y est d'une grande richesse, et donne des récoltes estimées à une valeur de h millions; mais ces revenus sont souvent compromis par les crues du fleuve et ses débordements. Quant au Bocage, il comprend l'ouest et le nord du déparlement de Maineet-Loire, c'est-à-dire les arrondissements de Segré et de Beaupréau , avec une grande partie de ceux d'Angers et de Baugé; dans l'arrondissement de Beaupréau, il porte le nom de Mawjes. C'est la partie la plus boisée de l'Anjou, et l'on y trouve beaucoup de landes, de bruyères et de marais; elle rappelle la Bretagne, sans être aussi triste. On y cultive , surtout dans les arrondissements de Beaupréau et de Segré , des blés et des légumes. On y trouve aussi quelques prairies artificielles ; mais l'usage des jachères, la routine, le manque de chemins, nuisent à l'agriculture. Les Plaines comprennent surtout l'arrondissement de Saumur et la partie orientale de celui de Segré : c'est le las Anjou; arrosé par plusieurs rivières et composé d'un
sol sablonneux et graveleux , il est peu fertile entre Angers et la Flèche , mais au sud il présente des campagnes d'un bel aspect, que couvrent et enrichissent de nombreuses châtaigneraies-, les terres, dans le bas Anjou, sont presque partout protégées contre les eaux par des fossés bordés de remparts en terre, plantés de ha'es et d'arbres, ce qui contribue à donner à la contrée un aspect agréable. La récolte du froment est fort abondante dans les Plaines; celle des vignes y est considérable.
En résumé , l'Anjou a eu partie l'aspect des provinces qui l'entourent : ainsi , au nord-est, il participe de la Beauce et s'ouvre vers Paris; au sud-est, il annonce le Poitou et les pays méridionaux; au sud-ouest, c'est la Vendée; au nord-ouest, il commence la Bretagne. C'est généralement une province fertile; les céréales, les vins, le lin, le chanvre, les légumes, le bois et les bestiaux en sont les principales productions. Les céréales y dépassent les besoins de la consommation : le froment y couvre un sixième environ du domaine agricole, et fournit à l'exportation plus de 500,000 hectolitres. Les vignes garnissent presque tous les coteaux, surtout à la rive gauche de la Loire, qui offre un sol favorable à celte culture*, elles donnent un produit annuel de 500,000 hectolitres. On connaît le renom des vins blancs de Saumur, dont une grande partie est exportée, et dont la valeur est estimée annuellement à 2 millions et demi. Quant aux vins communs, on les convertit en eau-de-vie ou en vinaigre, connu sous le nom de vinaigre de Saumur. Les légumes secs donnent lieu à un commerce d'exportation pour Nantes et Bordeaux, et l'on expédie pour l'approvisionnement de la marine des haricots cl des fèves pour une valeur de 500,000 fr. Le lin et le chanvre réussissent bien : on les cultive dans les lies de la Loire et sur ses rives, entre Saumur et Beaufort, où ils atteignent 7 à 8 pieds de hauteur. On dirige sur les ports leurs produits, qui s'élèvent à h millions de kilogrammes. Les fruits sont aussi cultivés avec succès : huit mille hectares sont occupés par des pépinières, dont le plus grand nombre est situé sur le territoire d'Angers.
§ IV. Histoire et population. — L'Anjou doit à sa position voisine de la Bretagne et du Poitou ou de l' Aquitaine , c'est-à-dire de deux contrées qui ont longtemps lutté contre la centralisation française, d'avoir joué un rôle historique beaucoup plus important que celui des autres provinces de la Loire. Il était habité dans les temps anciens par les Andegaei, fut conquis par César et facilita même à celui-ci, ainsi que sa position géographique l'indique, la soumission des provinces armoricaines. Les Romains y établirent, au confluent de la Maine, un vaste camp, dont on voit encore les traces près des Ponts-de-Cé, et qui fut occupé par des légions jusqu'au quatrième siècle : il était destiné à contenir l'Armorique. Occupé d'abord par les Wisigoths, ensuite par les Francs , l'Anjou resta dans l'obscurité jusqu'au neuvième siècle , où seul on le trouve exempt des ravages des Normands. « C'est là que commandait un homme d'énergie, Robert dit le Fort, aventurier de race saxonne et de naissance infime. Après avoir servi les rois d'Aquitaine et de Bretagne, il s'était attaché à Charles le Chauve, qui lui avait donné à garder le pays entre Seine et Loire; et il périt en combattant les Normands en 866. Dans cette même contrée habitait aussi un nommé Tertulle, fils d'un paysan, qui vivait de la chasse et de fruits sauvages, et qui fut créé par Charles sénéchal d'Anjou. De ce Robert le Fort descendent les Capé-
tiens , et de ce Tertulle le Rustique les Plantagenets , les deux familles du monde chrétien qui ont porté le plus de couronnes1. »
Le plus célèbre des descendants de Tertulle fut Foulques Nerra , qui passa sa vie à guerroyer contre le duc de Bretagne , les comtes de Blois et de Poitiers, etc., mai» qui resta un vassal soumis des rois de France. Son fils Geoffroy Martel ne fut pas moins belliqueux que lui , et conquit le Maine et la Touraine. Le fils de Geoffroy, Foulques V, devint roi de Jérusalem. Le fils de Foulques V, Geoffroy, dit Plantagenet, épousa Mathilde, unique héritière de Henri I", roi d'Angleterre et duc de Normandie; il ne put obtenir la possession de ces deux États ; mais son fils Henri fut reconnu sans opposition comme roi d'Angleterre et duc de Normandie, et il doubla sa puissance en épousant la fameuse Aliénor, héritière des États d'Aquitaine, c'est-à-dire du Poitou, du Limousin , du Bordelais, de la Gascogne, etc.; de sorte que l'Anjou devint le noyau d'un empire qui comprenait plus de la moitié de la France et l'Angleterre. Cette grandeur, à laquelle sa situation géographique ne l'a pas appelée, dura peu de temps. Après la mort de Richard Cœur de Lion, Philippe- Auguste confisqua sur Jean Sans- Terre ses provinces françaises (1206), et il fit facilement la conquête de l'Anjou, de la Touraine, du Maine, etc. Dès ce moment, l'Anjou ne cessa plus défaire partie de la France i mais il fut donné en apanage d'abord à un frère de saint Louis , ensuite à un des fils de Charles V ; il ne revint complètement à la couronne que sous Louis XI.
Depuis cette époque, l'Anjou resta une province soumise et obscure; mais en 1789 ce pays, qui avait, surtout dans sa partie méridionale, les mêmes mœurs et les mômes idées que le Poitou, vit la révolution avec répugnance. C'est là que le 10 mars 1793, à Saint-Florent, commença la grande insurrection royaliste; c'est de Pin-en- Mauges que sortit le premier généralissime de l'armée vendéenne , Cathelineau. Toute la province fut horriblement dévastée pendant cette guerre, dont les traces ne sont pas encore effacées.
Les illustrations sorties de l'Anjou sont, dans les lettres : Joachim Dubellay, Ménage, madame Dacier, Félix Bodin, Volney, etc.; dans les sciences et les arts, Ambroise Paré, Aubert Dupetit-Thouars , Chcvreul , David d'Angers ; dans la guerre, le maréchal de Contades, les généraux Turpin de Crissé, Quétineau, Beaurepaire, l'amiral Dupetit- Thouars, les généraux vendéens Cathelineau, Bonchamp, Scépeaux, Bourmont, etc.; dans la politique, l'évêque Fouchet, le conventionnel Choudieu, le directeur la Réveillère-Lépeaux , etc.
Le caractère des habitants de l'Anjou offre des nuances diverses d'après les provinces qui les avoisinent : ainsi ceux du nord ont l'activité et l'esprit de labeur des Percherons; ceux du couchant sont indolents, routiniers, ignorants, courageux comme les habitants de la Bretagne; ceux du midi ont de la vivacité, de la présomption, de la mobilité , et on les appelle les Gascons de la Loire. En somme , ce sont des populations honnêtes, religieuses, laborieuses, et qui ont plutôt des qualités solides que des défauts éclatants.
§ V. DÉPARTEMENT DE MAINE-ET-LOIRE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE , COMMERCE, ETC.
— Ce département a été formé entièrement de la province d'Anjou. Sa superficie est de 709,349 hectares, dont 125,000 de terres labourables, 18,000 de prés, 13,000 ' Histoire des Français, tome I», page 209.
de vignes, 24,000 de bois, 14,000 de landes. Sa population était, en 1801, de 375,544 habitants; en 1821, de 442,839 hab. ; en 1841, de 488,472 hab.; elle est aujourd'hui de 515,452 habitants. Il a pour chef-lieu Angers, et se subdivise ainsi i
Arrondissement d'Angers 9 canton», »9 communes, 154,945 habitants.
— deBaujté fl — 66 — 79,713 —
— deifcaupréau. . . 7 — 76 — 121,375 —
— deSaumur. ... 7 — 83 — 97,339 —
— dcSegrc 5 — 61 — 62,080 —
6 arrondissements 34 cantons, 375 communes, 515,45? habitants.
Ce département forme le diocèse de l'évéché d'Angers. 11 renferme à Angers une cour d'appel , à laquelle ressortissent 5 tribunaux de première instance et 3 tribunaux de commerce, Angers, Cholet et Saumur. Pour l'instruction publique, il y a un lycée à Angers, 5 collèges (Baugé , Beaufort, Cholet, Doué et Saumur), une école normale départementale, 10 écoles supérieures, 636 écoles élémentaires. Il forme une subdivision de la 18' division militaire, et renferme deux places, les châteaux d'Angers et de Saumur.
Ce déparlement est surtout agricole. L'agriculture y est en progrès, surtout dans la partie orientale. Nous avons déjà dit quelle était la nature du sol et ses produits. Il nous reste à ajouter que les prairies et les pâturages nourrissent de bonnes races de chevaux et de bestiaux, qu'on élève en grand nombre dans les vallées de la Loire, de la Mayenne, de la Sarthe, du Loir, de l'Authion, et surtout dans les Mauges. On estime qu'il y a 210,000 tôles de gros bétail, 200,000 moutons, 86,000 porcs, 4,300 chèvres, 40,000 chevaux, 3,600 mulets et ânes.
L'exploitation minérale est très-importante, notamment pour les houilles et les ardoises : celle des houilles s'élève chaque année à près de 200,000 quintaux métriques, mais les produits ne sortent pas du département; celle des ardoisières, dont le centre est près d'Angers, occupe 3,000 ouvriers et donne 80,000,000 d'ardoises; celle du fer, quoique en pelite quantité, alimente plusieurs usines et hauts fourneaux. On extrait encore du beau granit, du marbre, de belles pierres de taille, du grès, de la pierre à chaux, de la terre à poterie, etc. Le département compte aussi quelques sources minérales, dont les plus fréquentées sont celles de Martigné-Briant.
L'industrie manufacturière de l'Anjou est peu active et peu développée. Elle consiste principalement dans la fabrication de toiles et de mouchoirs, fabrication dont Cholet est le centre. On trouve encore des fabriques de toiles à voiles et cordages, de percales, calicots, coutils, cotonnades, flanelles et autres lainages; des raffineries, tanneries, brasseries, distilleries, etc. Les principaux articles de commerce sont les bestiaux, les grains, les vins, le lin et le chanvre, les toiles de Cholet, les fruits secs.
Il y a dans le département de Maine-et-Loire 9 rivières navigables sur 377 kilomètres (Loire 87 kil., Thouet 17 kil., Dive 15 kil., Authion 42 kil., Mayenne 48 kil., Oudon 18 kil., Sarthe 44 kil., Loir 46 kil., Layon 60 kil.); 9 routes impériales sur 396 kil., 24 routes départementales sur 568 kil., 8,252 chemins vicinaux. 11 est en outre traversé par le chemin de fer d'Orléans à Nantes, depuis Varennes jusqu'à Champtocé, pendant 82 kilomètres.
S VI. Description des villes. — Angers, ancienne capitale de l'Anjou, est aujour-
d'hui le chef-lieu du département de Maine-et-Loire, le siège d'un évôché et d'une cour d'appel , et renferme en outre des tribunaux de première instance et de commerce, une école des arts et métiers, un lycée, une école secondaire de médecine, une bibliothèque, un musée, un dépôt d'étalons, etc. Sa population est de 46,599 habitants. Elle est située sur la Maine , qui dans cet endroit est très-large , très-profonde, et lui forme un excellent port. On la divise en trois parties : la ville proprement dite, bâtie en amphithéâtre sur un coteau assez élevé, à la rive gauche de la rivière, un quartier situé dans une petite lie, et un faubourg, à la rive droite. C'est une des villes les plus sombres, les plus tristes de la France ; les rues sont étroites, escarpées, d'un accès diflicile, et les maisons bâties en ardoises ou plaquées d'ardoises. On y remarque la cathédrale, une des plus belles de la France; les églises de la Trinité et de Saint- Serge, l'Hotel-Dieu, bâti par Henri II, roi d'Angleterre; le château, vieille et noire forteresse du temps de Louis IX , bâtie sur un rocher escarpé au-dessus de la Maine : c'était la résidence des comtes d'Anjou , et elle sert aujourd'hui de prison. Les promenades sont vastes et belles , surtout celles du Champ de mars, du Mail, et les boulevards, qui ont remplacé les remparts.
L'industrie d'Angers est assez active : elle consiste principalement dans la fabrication des toiles à voiles pour la marine de guerre et de commerce , des toiles et coutils , des cordes, les filatures de lin et de laines peignées et cardées. Son commerce a pour objet les chanvres, les éloupes, les grains, les vins, les bestiaux, les légumes secs, les bois de charpente et de marine, etc.
Bauyé, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 3,300 habitants, est située dans une petite vallée qu'arrose le Couesnon. On y remarque un vieux château, bâti par Foulques Nerra, et un bel hospice. On y trouve des fabriques d'huile, et l'on y fait commerce de bois et de bestiaux. En 1/j21, les troupes de Charles VII battirent les Anglais devant ses murs.
Btaupréau, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 3,700 habitants, est une jolie ville située sur l'Ervc, au confluent de l'Oudon, près d'un coteau que couronne un beau château brûlé dans les guerres de la Vendée et rétabli sous la restauration. On y remarque le collège, et l'on y trouve des teintureries pour coton et laine. En 1793, les républicains y furent battus par les Vendéens.
Saumur, chef-lieu d'arrondissement, avec 1 ^,000 habitants, renferme des tribunaux de première instance et de commerce, l'école impériale de cavalerie, un collège, une bibliothèque, etc. C'est une grande et belle ville, bâtie sur une colline que domine un château fort et que baigne la Loire. La ville haute est irrégulière, mais la ville basse a de jolies maisons et un beau quai ; un pont magnifique de 28.'i mètres la relie au faubourg de la Croix-Verte , située sur la rive droite et dans plusieurs îles du fleuve. Ses monuments sont le château ou le Donjon, qui date du onzième siècle et qui domine au loin tout le pays: avant la révolution , c'était une prison d'Étal , aujourd'hui c'est un arsenal ; l'église de Nantilly, qui remonte , dit-on , au cinquième siècle ; l'église de Notre- Dame-des-Ardillicrs, les bâtiments de l'école et les belles casernes de cavalerie.
Saumur fait un commerce considérable de vins, d'eaux-de-vic , de vinaigres, de fruits secs, etc. On y trouve des fabriques de chapelets, d'ouvrages en émail, etc.
C'était dans le moyen âge une place très- forte; elle joua un grand rôle dans le seizième siècle comme place de sûreté des prolestants : on y fonda alors une académie, des écoles, des fabriques qui lui donnèrent une grande prospérité. Cette prospérité disparut avec la révocation de l'édit de Nantes. En 1793, ello fut prise par les Vendéens. On trouve dans ses environs de nombreux monuments celtiques.
Ségré, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 2,700 habitants, est bitie sur l'Oudon , au milieu d'un pays riche en grains et en pâturages qui alimentent son marché. On y fait commerce de vins.
Les Ponts-de-Cé (arrondissement d'Angers), petite ville de 3,800 habitants, consiste en une suite de ponts et de chaussées bordées de maisons qui commencent à 5 kilomètres d'Angers et franchissent les divers bras et lies de la Loire jusqu'à sa rive gauche , dans une étendue de 3 kilomètres. Les ponts sont au nombre de quatre : le premier, en arrivant d'Angers, a 7 arches et ferme l'entrée des Ponts-de-Cé; le deuxième unit le faubourg Saint-Aubin à la ville par 17 arches; le troisième traverse le principal bras de la Loire par 19 arches ; le quatrième touche à la rive méridionale par 52 arches. Ces ponts et les chaussées qu'ils joignent forment un passage trèsimportant. Les troupes de Louis XIII y battirent celles de Marie de Médicis en 1620. Une bataille y fut livrée en 1793 entre les Vendéens et les républicains. On fait remonter l'origine de ces ponts à César, dont ils portent le nom (Pontes Cœsaris), à cause du camp romain qui se trouvait dans le voisinage.
Les Ponts-de-Cé font un grand commerce de bestiaux.
Saint- Lambert-du-Lattay , bourg de 1,300 habitants, est important par ses mines de houille, et célèbre par la bataille du 19 septembre 1793, où les républicains, commandés par Duhoux, furent défaits par les Vendéens, commandés par d'Elbée.
Beau/art (arrondissement de Baugé), petite ville de 5,200 habitants, est située dans un pays très-fertile, sur le Couesnon, près de son conlluent avec PAutbion. On y remarque une belle église, deux hospices, etc. Elle est importante par ses ateliers de toiles à voiles, qui occupent 250 métiers, son commerce de blé, de chanvre, de pruneaux, d'huiles, etc. C'était autrefois une ville beaucoup plus considérable, quand la Loire suivait le lit de l'Aulnion ; elle était alors l'entrepôt et le port principal de tout le nord de l'Anjou.
Chimillè (arrondissement de Beaupréau), petite ville de 6,700 habitants , située près du ruisseau d'Yonne, est importante par ses fabriques do toiles et de mouchoirs dits de Cholet, ses filatures de laine et de lin, son commerce de bestiaux, etc. Ce fut la première ville prise par les Vendéens. Dans ses environs fut arrêté le chef vendéen StofflcL
C/tulet, ville de 10,300 habitants, avec un tribunal de commerce, un conseil de prud'hommes , un collège, etc., est située sur la rive droite de la Moine , dans un pays pittoresque. C'est la ville la plus manufacturière de l'Anjou et le centre d'une fabrication très-renommée de mouchoirs, de siamoises, de toiles dites cholet tes, qui n'occupent pas moins de 52 maisons et donnent pour 20 millions de produits. On y trouve aussi des filatures de laine et de colon, des fabriques de flanelles, etc.
Cette ville, dont la prospérité industrielle remonte au temps de Louis XIV, a horriblement sonITert de la guerre de la Vendée. Prise d'abord par les Vendéens, elle fut