PICARDIE. — DÉPARTEMENT DE LA SOMME
S I". Limites et subdivisions. — La Picardie était bornée au nord par l'Artois et la Flandre, au sud-est par la Champagne, au sud par l'Ile-de-France, au sud-ouest par la Normandie , à l'ouest et au nord-ouest par la Manche. Ses limites ont souvent varié ; ce n'est guère qu'au seizième siècle qu'elles ont commencé à prendre quelque Dxilé, lorsqu'elle forma l'un des douze gouvernements militaires de la France. Dans les limites quelle avait alors (ce sont les plus étendues), et que dans l'usage vulgaire on continua à lui donner jusqu'en 1700, on comprenait 12 ou 13 pays particuliers: Amiénois, Santerrt (Péronne), Ponthieu (Abbeville) , l imntx (Saint- Valéry), qui forment aujourd'hui le département de la Somme; Vermandois (Saint -Quentin), Soissonnais, lyonnais, Thiirache (Guise), qui forment la plus grande partie du. département de l'Aisne; Cafaitis et Boulonnais, qui font partie du département du Pas-de-Calais ; enfin Beauvaisis, Noyonnais et Valois, qui font partie du département de l'Oise. Depuis Louis XIV, l'Amiéuois, le San terre, le Ponthieu /le Vimeux, le Vcrmandois, auxquels on avait restreint officiellement le nom de Picardie, formaient avec l'Artois l'un des grands gouvernements militaires de la France : le Boulonnais formait un petit gouvernement particulier; le Soissonnais, le Reauvaisis, le Noyonnais et le Valois faisaient partie du gouvernement militaire d'Ile-de-France.
Pour l'administration des finances , la majeure partie de la Picardie (Calais , Boulogne, Abbeville, Amiens, Péronne, Saint-Quentin) formait la généralité d'Amiens; la Thiérachc, le Laonnais, le Noyonnais, le Soissonnais et le Valois formaient celle de Soissons ; enfin le Beauvaisis relevait de celle de Paris. Pour la justice , tous ces pays étaient du ressort du parlement de Paris. Enfin, ils formaient les cinq diocèses de Boulogne, d'Amiens, de Beauvais, de Noyon, de Laon.
§ II. Description physique. — Cours d'eau. — Côtes. — La Picardie était comprime dans les bassins de la Bresle, de la Somme, de l'Autliie, de la Canche et de la Liane. La ceinture de ces bassins est formée d'un côté par la ligne de collines dites de l'Artois, qui les séparent de l'Escaut, de l'autre côté par la ligne de collines qui les séparent de la Seine ; les unes et les autres ont leur origine au plateau de Saint- Quentin, plateau peu élevé, mais épais et compose de plaines argileuses et fertiles, qui donne source à l'Escaut et à la Somme; elles sont elles-mêmes hautes seulement de 150 à 200 mètres, ne présentent nul escarpement et sont cultivées ou boisées. Tout le pays qu'elles enseignent est généralement plat ou faiblement accidenté ; les rivières y sont étroites, peu profondes, sans berges sensibles; elles coulent sur des terrains presque sans pente et sont souvent bordées de marécages tourbeux ; les vastes plaines qu'elles traversent ou qu'elles séparent sont riches, fertiles, et ont joué, comme nous le verrons , un rôle de premier ordre dans notre histoire.
La Bresle n'appartient au département de la Somme que par sa rive droite, sur laquelle on ne trouve aucun point remarquable.
La Somme prend sa source au plateau de Saint-Quentin , entre dans le déparlement
de la Somme au-des-its de llam, arroge cotte \ille, passe à l'éronne, à Corbie, à Amiens. Jusque-là ce n'est qu'un forl ruisseau coulant dans des terrains plais et marécageux , et sur lequel on a établi de nombreux barrages pour le service des moulins. Au-dessous d'Amiens, qu'elle traverse en se partageant en 10 ou 12 canaux, elle prend une largeur de 30 mètres, mais elle garde sa lenteur, son peu de profondeur, et n'est pas facilement navigable; à cause de la nature du terrain, elle s'y partage en plusieurs bras et traverse ainsi un pays fertile en blé, en lin, en chanvre et en prairies artificielles; elle passe aux bourgs de rvequigny et de Hangest, et arrive à Abbcvillc, où elle forme un port qui reçoit des bâtiments de 100 à 150 tonneaux. Au-dessous de cette ville, elle s'éiale de plus en plus sur un terrain sans pente, prend une largeur de 4 à 6 kilomètres, et forme la baie de Somme. A marée haute , celle-ci semble un large golfe où des flottes entières pourraient naviguer; mais à marée basse ce n'est qu'une suite de flaques d'eau, de grèves sablonneuses, de boues liquides, de terrains inondés. Rien de plus triste que l'aspect de l'embouchure de ce petit fleuve , surtout a la rive droite vers Noyclles et jusqu'au Crotoy. Aussi loin que la vue peut s'étendre, on ne distingue plus ni ses bords, ni son lit; ce n'est ni la mer, ni la terre, ce sont des filets d'eau se glissant, s'égaranl dans des bancs de sables mobiles, cl où la navigation ne peut se faire que par le canal latéral à la Somme. La baie de Somme se rétrécit en face de la plage désolée du Crotoy et du petit port de Sain l- Valéry , qui se trouve encadré dans des coteaux verdoyants; elle finit entre la pointe de Saint-Quentin à droite où commencent les dunes blanches du Marqutntcrre , et à gauche la pointe du Ifourdcl , extrémité mobile d'un banc de galets, qui chaque jour ré! récit l'entrée de la baie. Celte baie est tristement célèbre dans notre histoire: c'est à travers ses grèves sablonneuses que les Anglais passèrent en 13!i6 le gué de Blanquclaquc, pour aller chercher le champ de bataille de Crécy.
La Somme a 220 kilomètres de c uirs; elle n'est navigable qu'au-dessous d'Amiens ; mais on lui a construit un canal latéral, qui fait remonter la navigation jusqu'à Saint- Simon (Aisne), d'où part le canal de Saint-Quentin, qui fait communiquer la Somme et l'Oise; la navigation se fait ainsi tantôt en rivière, tantôt en canal; elle est de 59,058 mètres en rivière, et île 97,830 en canal. La pente totale est de Ok mètres, rachetée par 21 sacs échbés, depuis l'écluse de Saint-Simon jusqu'au barrage de Sainl-Valery. La navigation de la Somme sert principalement à descendre des blés el des légumes, et à remonter des denrées coloniales et des vins.
Elle, ne reçoit à droite aucun affluent remarquable; nous citerons toutefois un ruisseau , la Maije , qui passe à Crécy et à Rue , et qui finit dans la baie de Somme au delà du Crotoy. A gauche, elle reçoit : 1° VAvrc, qui passe à Roye, à Moieuil, où elle devient navigable, à Boves, et finit au-dess is d'Amiens; celle petite rivière est peu profonde; ses bords sont assez pittoresques, et son bassin renferme de nombreuses tourbières. Elle se grossit elle-même du Don, qui arrose Montdidicr, et de la Xoye, qui passe à Breteuil; celle-ci est longée par le chemin de fer du Nord, depuis Breteuil jusqu'auprès d'Amiens. 2° La Celle, qui passe à Conly. Tous ces pelils cours d'eau coulent dans des pays faiblement accidentés, où les grandes plaines sont coupées de loin en loin par des collines boisées.
UAuthic prend sa source vers la 'limite du département de la Somme, sur le revers
occidental des collines de l'Artois; c'est un gros ruisseau sans importance et non navigable. Il traverse une vallée fertile , arrose Doullens , et ûnit au-dessous de Nampont par une large embouchure ensablée et inabordable.
La Canche et la Liane appartenant tout entières au département du Pas-de-Calais , nous les décrirons dans la province de l'Artois, qui a surtout servi à former ce département.
La côte n'a que 37 kilomètres de développement dans le département de la Somme, et présente deux aspects très-distincts. Entre les embouchures de la Bresle et de la Somme , elle est formée comme dans la Normandie , par des falaises calcaires de 60 à 50 mètres de hauteur, que la mer sape continuellement, el qui produisent des bancs de galets s'élendant jusqu'à l'entrée de la baie de Somme. De l'embouchure de la Somme à celle de l'Aulhie, et dans tout le département du Pas-de-Calais, la côte est basse, plate, déserte, inabordable, bordée de trisies dunes qui se déplacent avec les vents, s'élèvent sur certains poinLs jusqu'à une hauteur de 15 mètres, et dont on a essayé d'arrêter la marche par des plantations û'oijati ou joncs marins. Au milieu de ces dunes, qu'habitent le renard, l'aigle et d'autres animaux sauvages, se trouvent des oasis de verdure où paissent quelques bestiaux. Au delà se trouve le htarqvcnterrc , terrain plat et fertile, de 15 lieues carrées, qui, au neuvième siècle, formait un marécage maritime, mais qui a été abandonné par les eaux, bordé de digues que les dunes rendent aujourd hui inutiles, et cultivé de manière à former le sol le plus riche de la Picardie ; on y engraisse un grand nombre de bétes à cornes. Son aspect est très-pilloresque; il est encadré au couchant par les dunes, au levant par la sombre foret de Crécy, au nord par les collines du Boulonnais, au sud par la baie de la Somme et les falaises lointaines de Normandie.
Les ports de la Picardie dans le déparlement de la Somme sont , sur la mer : Ault et Cayeux pour la pèche. Saint- Valéry et le Crotoy pour le commerce; et sur la rivière, Abbcville.
§ III. ASPF.CT CÉNÉRAL, CONSTITUTION GÉOLOGIQUE , CLIMAT. — TOUt Ce pays est
généralement plat, uniforme, prosaïque, sans agréments naturels, sans horizons variés, sans vues pittoresques; mais c'est un pays solide, positif, réel, plantureux. On ne peut voir ces terres fortes, riches et bien cultivées, ces champs de blé qui s'étendent à perte de vue, ces immenses prairies, ces cultures de lin, de chanvre, de colza, ces plantations de pommiers un peu tristes et vulgaires, mais courbant sous le fruit; ces grandes fermes, ces nombreux villages où la vie est pauvre, mais non misérable , sans un sentiment de bien-être , de calme et de prospérité. La Picardie, surtout le San terre , c'est-à-dire le pays compris entre Montdidier, Roye et Péronne , est l'un des greniers de la France. 11 y a peu de paysans qui ne soient propriétaires, et le nombre des cotes foncières au-dessous de 5 francs s'élève à 120,000. Cependant la grande culture y a fait de remarquables progrès; il est seulement regrettable que les défrichements y aient été opérés sur une trop vaste échelle , ce qui rend l'usage de la tourbe universel , à cause de la cherté du bois.
Ce?: le terrain tertiaire supérieur qui constitue exclusivement la base de tout le département de la Somme; quant aux vallées des nombreux cours d'eau qui l'arrosent , leur fonds est constitué sur une très-petite largeur par le terrain calcaire supé* tome il, 78
rieur, entouré d'une mince lisière de terrain tertjaire moyen. La Somme, l'Authie et la Bresle font exception en ce que leur lit est formé d'alluvions récentes que l'on retrouve aussi sur le littoral depuis Ault jusqu'à Élaples; mais elles n'en ont pas moins sur leurs rives une double lisière, d'abord de crétacé supérieur, puis de tertiaire moyen. Le terrain géologique du bassin de la Somme est donc de craie, de sable et d'argile. On trouve des carrières de pierre à Conty et Pont-Remy, des grès à Toutencourt, un peu de houille, etc. Les sables marneux des environs d'Abbeville contiennent des débris fossiles; la butte calcaire sur laquelle est assise Montdidier offre des rie liesses géologiques qui n'ont pas été explorées. L'exploitation de la tourbe produit annuellement plus de 700,000 francs. Il y a des sources minérales à Abbcville, Corbie, Saint- Christ , Saint-Marc-lcz-Noyc.
Le climat est variable , humide , tempéré. La vallée de la Somme est ouverte à tous les vents , mais surtout à ceux du nord-ouest, qui sont nuisibles à la végétation; les environs des tourbières sont généralement malsains.
g IV. Hisroinr kt population. — Sous les Gaulois, la Picardie était habitée par diverses peuplades dont les principales étaient les Ambiant (Amiens) et les Vtromandui ( Ycrmandois). Conquise par les Romains, absorbée dans leur empire, envahie par les Francs, elle ne commença à devenir célèbre que dans les premiers siècles du christianisme h cause de ses saints, martyrs ou évéques, et par ses grandes abbayes. Après le démembrement de l'empire de Charlcmagne, elle se subdivisa, lue partie resta directement dans le domaine royal, comme le Laonnais, le Bcauvaisis, le Soissonnais, etc., pendant que l'autre partie, comme l'Amiénois, le VermandiMs, lo Poiithieu, etc., forma diverses seigneuries plus ou moins soumises à l'autorité royale. Le nom de Picardie n'est donc pas un nom de grand fief et qui rappelle une dynastie de gra-.ds \assaux : il n'a probablement qu'une origine vulgaire, et l'on croit qu'il Tut donné à ses habitants à cause de leur habileté à se servir de la ftir/tiif. On ne le voit employé qu'au treizième siècle et l'on ne s'en sert officiellement que trois cents ans plus tard. Cependant l'une de ces seigneuries picardes essaya d'absorber toute la contrée dans une domination unique : ce fut le comté de Vermandois, qui , sous Herbert II , descendant de Charlemagne par les femmes, dominait l'Amiénois, le Poulhicu, le Santcrrc, la Bric, la Champagne, donc une grande partie du pays compris entre Somme. Marne et Meuse. Mais en 943, à la mort d'Herbert III, cet État se divisa et forma principalement deux grandes seigneuries, le comté de Champagne et le comté de Vermandois. Celui-ci, qui, outre le Vermandois, comprenait l'Amiénois et le San terre, eut neuf possesseurs, jusqu'à ce qu'il ad\inl à une femme, Aliénor, qui fut dépouillée par Philippe d'Alsace, comte de Flandre, en 1183. Aliénor en fil la cession au roi de France Philippe-Auguste, et celui-ci, après une longue guerre, le réunit à la couronne. Le reste de la Picardie, c'est-à-dire le Yiincitx, le Poiithieu, le B adonnais, garda ses seigneurs particuliers, vassaux plus mi moins soumis du roi de France: mais dès lors la Picardie fut déjà considérée c< <mme la barrière du royaume contre ce pays étrange et qui semble encore tout germanique, les Flandres.
Cependant detiv grands événements, que la Picardie regarde comme étant surtout de son histoire, usaient icmué profondément le pays : les croisades et l'établissement
des communes. Pierre l'Ermite, Godefroy de Bouillon et son frère Baudoin étaient Picards, et les comtes de Vermandois et de Ponlhieu se signalèrent au premier rang parmi les croisés; c'est à la suite de ces glorieuses expéditions qu'on vit s'élever une foule de monuments chrétiens, tels que les cathédrales d'Amiens et de Béarnais , et les églises de Poix, de Conly et de Rue, qui rappellent la part prise par la population do ce pays au mouvement des croisades. La Picardie joua un rôle encore plus considérable dans la révolution communale, puisque c'est elle qui donna le branle et l'exemple à tout le nord de la France. Dès le onzième siècle, presque toutes les villes picardes avaient obtenu de gré ou de force de leurs seigneurs ou de leurs évûques des chartes de commune. Il n'y a pas une de ces petites cités, aujourd'hui si pâles, si effacées dans le moule commun , qui n'ait eu alors une vie Hère et indépendante et une histoire pleine de belles actions; et dans ces modestes républiques, chez ces bourgeois à peine sortis du servage, la passion pour les lit>ertés municipales n'étouffait pas l'amour de la patrie commune : témoin l'empressement des milices picardes à répondre à l'appel de Louis VI contre l'invasion de l'empereur Henri 1"; témoin leur belle conduite à Bou vines, et plus tard à Saintes et à Tailleb ourg.
Pendant la guerre de Cent Ans, la Picardie , à cause de son voisinage de Calais et de l'Angleterre, se trouva exposée aux premiers ravages de l'ennemi, cl cul, plus que toute autre province, à supporter de grandes et continuelles souffrances. Il suffit de rappeler qu'à cette époque ses milices se firent bravement tuer à Crécy. Sous le roi Jean, au milieu de la désolation générale, les bourgeoisies picardes se crurent, comme celles de Paris, capables de gouverner la France, et se prononcèrent, en 1356, pour les réformes démocratiques d étienne Marcel , dont les deux compagnons, Jean de Pecquigny, député de la noblesse, el Roberl Lecoq (de Monldidier), député du clergé, étaient Picards. Le traité de Brétigny donna au roi d'Angleterre le Ponthieu, avec Calais, Guines, etc. Mais dès que la guerro recommença, les habitants chassèrent les garnisons ennemies. Aussi Charles V faisait-il grand cas de la loyauté de la Picardie.
Dans la lutte des Bourguignons et des Armagnacs, celle province soutint d'abird les premiers parce qu'ils représentaient le parti populaire et la cause des habitants du Nord; puis, lorsqu'ils devinrent le parti anglais, elle se tourna vers les seconds, devenus le parti national, et soutint vaillamment Charles VII, mais elle n'en paya pas moins les frais de la réconciliation entre le roi et son puissant vassal au traité d'Arras (U35), où fut cédé à Philippe le Bon tout le bassin de la Somme avec ses vingt villes fortifiées.
La vieille barrière de la monarchie était ainsi aux mains d'un prince déjà maître des Pays-Bas, qui voulait se faire un empire sur le flanc et aux dépens de la France. Jamais la royauté française n'avait couru de plus grand danger. L'habile Louis XI le comprit bien , lorsqu'en montant sur le trône il racheta les villes de la Somme; mais, vaincu à Monllhéry, il lui fallut bientôt les rendre à son vainqueur, Charles le Téméraire. Dès lors tous les efforts des deux rivaux tendirent à s'enlever ou à conserver ces précieuses cités, aussi indispensables aux projets ambitieux du Bourguignon qu'à la sûreté de la couronne et de la capitale du roi de France. Nesle, Beauvais, Pecquigny, Abboville, etc., eurent alors à supporter des sièges effroyables, et ce fut avec enthousiasme qu'à la mort de Charles elles rentrèrent sous la domination française. La
Picardie continua son rôle de protection et de dévouement pendant les guerres de François 1" et de Henri 11 contre la maison d'Autriche, où s'illustrèrent Péronne et Saint-Quentin. Pendant les guerres de religion , elle resta catholique et fut le point de départ de la Ligue ; aussi fut-elle la dernière à se soumettre à Henri IV et le dernier théâtre de guerre con're Philippe II. Les prises de Doullens et d'Amiens marquent douloureusement la fin de ces guerres religieuses. Dans la période française de la guerre de Trente Ans, ce pays servit pour la dernière fois de barrière à la France; le passage de la Somme et la prise de Corbie par les Espagnols firent une dernière fois la teneur de Paris et du royaume. Les traités des Pyrénées et d'Aix-la-Chapelle portèrent nos frontières sur l'Escaut; Louis XIV et Va Liban les garnirent d'une triple ligne de places fortes, et la Somme ne fut plus regardée désormais que comme une dernière ressource dans les grands dangers.
La Picardie a donné à la France un grand nombre de familles historiques, dont les principales sont celles d'Ailly, de Mailly , de Créquy, de Bjufllers, de Rambures, d'Hangest. de Chaulnes, etc.
La population de celte province est maritime, industrielle ou agricole : la première est peu nombreuse, peu active, n'étant adonnée qu'à la pèche et au cabotage; elle a d'ailleurs toutes les qualités des marins de la Manche. La population industrielle est nombreuse et s'accroît chaque jour aux dépens d;>s campagnes; dte souffre des misères qui semblent inhérentes aux classes ouvrières, mais elle montre plus de patience, plus de prévoyance, moins de goûts tumultueux une les grands centres manufacturiers. Ce qui forme surtout le fond de la population de la Picardie, c'est la population agricule : elle est, comme le sol, forte, grand*», solide: elle est sans éclat, sans souplesse , sans vivacité d'esprit, sans élan , sans imagination; elle est brusque, impatiente, irascible, et en mvmi temps d'une froideur, d'une lenteur qui va jusqu'à l'insouciance; on ne trouve chez elle ni poésie, ni sentiment de l'art, ni religion des souvenirs; mais elle est sensée, loyale, honnête, droite, sans ambition, sans esprit d'intrigue, sans détours, modeste, économe, hospitalière, sachant se contenter de peu, pleine d'ordre, de simplicité et de modération. Comme son sol, qui rend de si bons services, sans bruit et sans emphase, elle fait paisiblement son devoir, ne recherche pas la popularité, n'a jamais eu une influence dominatrice sur la France, et ne lui a même fuurni ni ministres ni grands hommes d'État; mais elle n'en est pas moins, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'une des populations fondamentales de la France, celle qui a donné au caractère national ses plus solides éléments, celle qui a fait jadis les plus constants, les plus laborieux efforts pour la défense du pays. Deux provinces étaient à juste titre, sous la monarchie, réputées les plus françaises du royaume; car, provinces frontières et exposées perpétuellement aux ravages de l'ennemi, elles s'étaient montrées, surtout du quatorzième au dix-septième siècle, les plus attachées à la royauté, les plus dévouées au salut national : c'étaient la Picardio et la Champagne. Or, quand on parcourt les vastes plaines du bassin de la Somme, ce terrain si plat, si uni , si ouvert, où la nature a tout fait pour l'invasion et rien pour la défense , on ne peut songer sans un profond sentiment d'admiration et de reconnaissance que la Picardie n'avait à opposer aux bandes des Anglais, des Bourguignons, des Impériaux, que les murs de briques de ses chétives cités et les
poitrines robustes de ses calmes habitants; que les milices picardes se firent écraser à Crécy, qu'elles sauvèrent la France dans les quinzième, seizième et dix-septième siècles, aux sièges de Beauvais.de Péronne, de Saint-Quentin, de Monldidw; et qu'enfin , après Walerloo , les seuls coups de canon qui aient cherché à arrêter la marche du vainqueur sont partis d'une ville picarde.
§ V. DÉPARTEMENT DE LA SoMME. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COMMERCE , ETC.
— Ce déparlement a été formé entièrement de la Picardie (Amiénois, 2',6,126 hect.; Ponthieu, 166,500 hect.; Sanlerre, 163,960 hect.; Vermandois, 12,500 hect.; Vimeux, 15,500 hect.). Sa superficie est de 609.363 hectares, dont 476.000 de terres arables, 15,060 de prés, 51.000 de bois, 8,000 de landes, etc. Sa population était : en 1801, de 659, d53 habitants; en 1821, de 508.710 hab.; en 1836, de 552,706 hab.; elle est aujourd'hui de 570, 6M hab. Il a pour chef-lieu Amiens et se subdivise ainsi :
Arrondissement d'Anrcn* 1 3 cantons, 5:. 3 communes, i»9,«if.s li.iliitnnts.
— d'Abbeville . ... Il — 1 7 1 — I3S«37 —
— dcDoullens. . . . 4 — 49 — 60,010 —
— de Moiil.lidier . . . 5 — 1*4 — C't.s.'.O —
— de Peronnc . ... 8 — ls4 — 112,176 —
5 aiTondissemcnls 41 canton», 8 jO commune», 570, Cil habitants.
Ce département forme le diocèse do l'évéché d'Amiens, et renferme une église consistoriale prolestante. 11 est du ressort de la cour d'appel d'Amiens et possède * 5 tribunaux de première instance, 3 tribunaux de commerce (Amiens, Abbeville. Saint-Valery), uno école secondaire de médecine, un lycée (Amiens), 2 collèges communaux (Abbeville, Péronne), une école normale primaire et 1,100 écoles élémentaires. Il fait partie de la 3* division militaire et renferme 5 places de guerre, Péronne, Abbeville, les citadelles d'Amiens cl de Doullcns, le chaleau de Ham. Ses côtes appartiennent à la 1" préfecture maritime et au sous-arrondissement de Dunkerque. On y trouve le quartier maritime de Sainl-Yalcry-sur-Somme, qui comprend 5 syndicats et 3 stations.
C'est un département à la fois agricole et manufacturier. L'agriculture y est très- •développée et le sol généralement fertile. Ses principaux produits sont les céréales, dont on exporte un million d'hectolitres par an dans les déparlements voisins, les fruits à cidre, les légumes verts ou secs, les graines oléagineuses, la betterave, le houblon, les feurrages, le chanvre (5 millions do kil.), le lin (600,000 kil.). Les forêts n'y occupent pas plus du dixième du territoire, et donnent cependant un produit assez important en bois, quoique insuffisant; mais la richesse des tourbières supplée au défaut de combustible. I^s races domestiques y sont généralement belles, les volailles et les abeilles nombreuses. On y compta plus de 120,000 têtes de gros bétail, 500,000 moutons, 70,000 porcs, 5,000 chèvres, 80,000 chevaux, 3,200 mulets, 8,000 ar.es. Les bêtes à laine produi-enl par an 750,000 kilogrammes de laines, employées en parlie à la fabrication des articles d'Amiens, en partie exportées.
Le seul produit minéral important est la tourbe, dont on extrait annuellement un million de quintaux métriques. Les carrières fournissent en petite quantité du grès à paver et des pierres de taille ; mais la terre à briques est très-abondante.
Oulre les articles d'Amiens et d'Abbeville, l'industrie manufacturière consiste en toiles de lin et de chanvre, colonnades, linons, batistes, mousselines, basins, mouchoirs, sucre de betterave, bière et eaux-de-vie de grains, huiles de graines, cuirs et peaux, métiers à bas, serrurerie, quincaillerie, papeterie, teinturerie et quelques produits chimiques. On compte plus de 2,000 métiers à tissus. On exporte les produits manufacturiers, les grains et les laines.
Le développement des voies de communication est de 8,784 kilomètres, dont 18 kil. pour l'Avre, 156 kil. pour la Somme et le canal de la Somme, 583 kil. pour 10 routes impériales, 175 kil. pour 8 routes départementales , 7,849 kil. pour 7,066 chemins vicinaux. A cela il faut ajouter 159 kil. de chemins de fer, dont 132 kil. pour celui de Paris à Amiens, 50 kil. pour celui d'Amiens à Douai, et 77 kil. pour celui d'Amiens à Boulogne.
§ VI. DÉPARTEMENT DE LA SOMME. — DESCRIPTION DES VILLES. — Amttnt, chef-
lieu du département et siège d'un évôché et d'une cour d'appel, renferme en oulre des tribunaux de première instance et de commerce , une chambre et une bourse de commerce, une chambre consullaiive des manufactures, un conseil de prud'hommes, un lycée, un grand séminaire, une école normale primaire. Sa population est do 52,150 ames.
Celle ville est située dans une plaine fertile, mais monotone, sur les deux rives de la Somme, qui s'y partage en plusieurs canaux. Ses remparts et ses fossés sont remplacés par de beaux boulevards et par des jardins que traverse le chemin de fer de Boulogne. Elle se divise en haute et basse ville : la première est composée de quartiers neufs, bien percée et bien bùtic ; l'autre est ancienne, coupée par les canaux de la Somme, sale, humide, composée de rues étroites et de maisons fangeuses : c'est là que sont les usines les plus importantes et la plupart des fabriques. Le principal édifico d'Amiens est la cathédrale, commencée en 1220 et terminée en 1288; elle a 135 mètres de longueur dans œuvre et sa nef a 13 moires de large sur 43 mètres d'élévation : c'est un monument à la fois gracieux et imposant , plein d'él gance et de grandeur dans son ensemble comme dans ses détails. Après la cathédrale, on peut remarquer: l'hôtel de ville, fort simple et qui date du dix-septième siècle; le château d'eau, la. bibliothèque (40,000 volumes), la Uauloy, promenade composée' de belles allées, de pelouses et de canaux.
Amiens est l'une des villes manufacturières de la France; son industrie consiste surtout dans la filature de la laine et du coton, dans la fabrication d'étoffes de laine et de soie, d'alépine, de cotonnades, de tapis ras, de velours de coton, de molletons, peluches, tulles, de cordes, voitures, savons, etc., dans les teintureries, les blanchisseries, l'impression sur étoffes , les tanneries et les corroieries. Elle produit annuellement 180.000 pièces de tissus ayant une valeur de 40 millions de francs. Le commerce consiste surtout dans la vente de ses produits manufacturés, des produits agricoles, des chevaux, des voilures, des denrées coloniales venant des ports voisins, etc. Il est facilité par le canal latéral à la Somme, le canal de l'Oise à l'Escaut par Saint-Quentin, et par les deux chemins de fer du Nord et de Boulogne.
Cette ville est l'ancienne Samarobriva des Gaulois, capitale des Ambiani. Sous Auguste, elle fil partie de la deuxième Belgique et fut le séjour de plusieurs Césars. Au
commencement du quatrième siècle, elle devint le siège d'un évéché. Les barbares en firent la conquête et Mérovée y fut, dit-on, proclamé n i des Francs. Depuis Charlcmagne, elle fut administrée civilement et militairement par des comtes qui disputèrent le pouvoir aux évèques. Trois fois les Normands la ravagèrent. Vers la (in du onzième siècle, ses bourgeois, révoltés contre Engucrrand de Boves, leur comte, formèrent une commune avec l'aide de leur évêque et du roi Louis VI. Le comté d"Amiens tomba par héritage à Aliénor, comtesse de Vcrmandois, et fut cédé par elle à Philippe-Auguste, qui le réunit à la couronne. Dès lors Amiens suivit le sort de la Picardie et partagea toutes ses vicissitudes. Le plus célèbre des sièges qu'elle a supportés est celui de 1597, contre Henri IV. En 1635, elle fut le centre des opérations faites sur la Somme. Depuis elle a cessé de jouer un rôle militaire; mais elle conserve encore une certaine importance à cause de sa position et de sa citadelle, seul reste de ses fortifications. C'est à Amiens que fut signé le traité de paix du 27 mars 1802, entre la France et l'Angleterre.
Les hommes célèbres nés à Amiens sont : Pierre l'Ermite, Voiture, Ducangc, dont la statue orne une des places nouvelles, Gressct, Dclambrc, Rohault, Michel Vascosan, Gribeauval, etc.
DouUcn*, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de jVem'èrc instance et 4,300 habitants, est une petite ville située sur la rive gauche de l'Authie et que rien ne distingue do toutes les villes de province. Elle ne renferme aucun monument remarquable, que sa citadelle; elle a quelques établissements industriels, entre autres une belle filature hydraulique, et fait un commerce considérable de grains, de bestiaux, d'huiles et de toiles d'emballage. On ignore son origine. Au douzième siècle, c'était déjà une ville communale appartenant aux comtes de Ponlhicu et renommée pour ses draperies. Elle passa à la couronne sous Louis VIII et plus tard eut le sort des villes de la Somme. Elle fut assiégée par les Impériaux en 1522 et brûlée en 1525. En 1595 les Français perdirent sous ses murs une bataille contre les Espagnols; la ville fut alors prise d'assaut et les habitants égorgés. C'est de là que les Espagnols surprirent Amiens en 1597. Le traité de Vcrvins la rendit à la France. Sur la hauteur qui domine l'Authie on construisit une citadelle qu'augmenta Vauban. Gaston d'Orléans, le duc du Maine, le comte de Maillebois, y furent enfermés. Depuis 1835, c'est une prison d'fitai.
Abbcville, chef-lieu d'arrondissement et place de guerre, avec des tribunaux de première instance et de commerce, une chambre de commerce, un conseil de prud'hommes, un collège et une population de 19,000 habitants, est bâtie dans une fertile vallée, sur la Somme, qui s'y partage en plusieurs bras et y forme un port où le reflux amène des bâtiments de 100 à 150 tonneaux. Elle se divise en rive droite, qui est la partie la plus importante; ile, où la ville prit naissance, et nie gauche; les rues sont étroites, mal percées et les maisons bâties en briques. On y distingue l'église de Saint- Vulfran, dont le portail date du douzième siècle, et qui est surmontée de tours de 66 mètres de haut ; la tour du RefTroi et l'hosp*ce des Enfants-Trouvés. Abbcville possède des fabriques de draps fins, tapis, moquettes, velours, serges, calicots, mousselines, bonneterie, toiles peintes, toiles à voile et d'emballage, cordages, savons, des filatures de lin, des blanchisseries de toile, des teintureries, des tanne-
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ries. Ses manufactures occupent 12,000 ouvriers, et donnent une valeur annuelle de 13 millions. Son commerce consiste en blés, graines oléagineuses, chanvre, laine et produits manufacturés. Son port reçoit par an 350 bâtiments; elle est traversée par 7 routes et le chemin de fer d'Amiens à Builogne. Malgré tout ce commerce et cette industrie , c'est une ville assez laide et fort triste.
Elle doit son origine à une villa de l'abbé de Saint-Riquier {ablxitis villa), située dans une lie de la Somme. Hugues Capet l'acquit et la fortifia , et les comtes de Ponthieu en firent leur séjour. En 1130, elle obtint une charte de commune, confirmée en 1180 par le comte Jean, et dont l'original existe encore aux archives de la ville. Elle sut faire respecter ses libertés même du roi d'Angleterre, lorsque celui-ci en fut devenu le maître ; ses habitants s'illustrèrent en chassant les étrangers de ses murs, et Charles V octroya à la ville de mcllre dans ses armes des fleurs de Us avec la devise Srmptr fuit lit. Elle était alors déjà renommée pour ses armes et ses bijoux , et faisait un grand commerce avec la France, la Flandre et l'Angleterre. Après une existence glorieuse et agitée aux quinzième et seizième siècles, on n'entend plus parler d'elle jusqu'en 1706, où le supplice du chevalier de la Barre la rendit tristement célèbre. Louis XIV y établit la fameuse manufacture de draps de Van Robais, qui exisie encore, et Vauban en fit la clef de la Somme. Abbevillc a donné le jour à Jean d'Eslréc, grand maître de l'artillerie sous Henri 11; aux graveurs Polly, aux géographes Samson, à Millcvoye, au conventionnel André Dwinont, etc. Le compositeur Lcsueur est né aux environs; la ville vient de lui ériger une statue.
Montdidier, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil et 4,000 habitants, est silure sur le penchant d'une butte calcaire, fort escarpée, haute de 234 mètres, au pied de laquelle coule la retile rivière du Don, et qui s'efface dans le vasle plateau du Santerre. Du cOlé de la rivière, son aspect est très -pittoresque et annonce une grande ville; du coté du Santerre, elle a l'apparence d'un village, depuis qu'on a fait disparaître le profond fossé et la forte muraille qui faisaient sa défense. L'intérieur est triste, mal pavé, mal bâti. On y remarque le palais de justice, ancien prieuré, avec une belle salle d'audience; l'église de Saint-Pierre, édifice disgracieux . où se trouve le tombeau de Raoul II, comte de Montdidier; l'église du Saint-Sépulcre, monument dégradé mais curieux du treizième siècle; l'hôpital, vaste construction moderne, et ie collège communal , placé dans une belle situation. L'industrie y est peu active, et ne consiste qu'en tanneries et bonneterie , dont on fait une fabrication active dans tout l'arrondissement; on y fjit commerce de grains, bestiaux, légumes, etc.
Montdidier fut d'abord, dit-on, un château où résidèrent deux rois de la première race, et près duquel (au Monchel) naquit , h ce que l'on croit, Frédégonde; il servit de prison à Didier, roi des Lombards, d'où le nom de Mons Desiderii donné à la ville qui s'éleva à l'enlour Après Charlemagne, elle eut sus comtes particuliers, /assaux du Vermandois. Philippe-Auguste y résida quelque temps, et lui donna une charte de commune en 1195. Son gouverneur particulier était en même temps celui des autres places du Santerre En 1611, 100,000 Armagnacs et Bourguignons faillirent en venir aux mains sous ses murs; en 1523, elle résista douze jour? aux Impériaux, qui la prirent; mais en 1636 Jean de Werlh et Picrolomini l'assiégèrent en vain; Louis XIII anoblit alors son maire, Antoine de Feray. Elle a donné le jour au médecin Fe m I
(dix-septième siècle), à l'helléniste Bocquillon, aux frères Capperonnier, à l'illustre Parmenlier, dont la statue orne la place de la ville, à l'orientaliste Caussin de Perceval, etc.
Péronne, chef- lieu d'arrondissement et place forte, avec un tribunal civil et 6,800 âmes, est située sur la pente d'une colline dont le pied est arrosé par la Somme, au milieu de vastes marais qui contribuent à sa défense. Son enceinte réparée par Devillc, son vieux château flanqué de quatre grosses tours, reconstruit au quatorzième siècle et enclavé aujourd'hui dans les fortifications-, son beffroi, haut de 36 mètres, symbole de ses vieilles franchises , tout cela lui donne un aspect de ville de guerre ; mais elle n'en est pas moins assez laide et peu animée. Elle se divise en haute et basse ville, et n'offre de monuments remarquables que son église paroissiale et son hô'el de ville, bâti par François I". Elle a quelques fabriques de toile et de batiste, et fait un assez grand commerce de grains. Ce fut d'abord une villa des rois francs de la première race, et sainte Radegonde y séjourna ; saint Furcy, ayant été enterré près de là sur le mont des Cygnes, on éleva en son honneur une abbaye autour de laquelle se groupèrent des maisons qui formèrent la ville. Les comtes de Vermandois y construisirent une tour où Herbert II fit enfermer Charles le Simple, qui y mourut six ans après en 929. Péronne eut ses châtelains particuliers, vassaux plus ou moins soumis des comtes de Vermandois. Philippe-Auguste lui accorda en 1207 une charte de commune, et elle servit de prison à Renaud, comte de Boulogne, en 12U, après la bataille de Bouvines. Elle est célèbre par l'entrevue de Louis XI et de Charles le Téméraire. En 1536, elle mérita son surnom de Pucelle en repoussant victorieusement le siège fait par les Impériaux sous le duc Henri de Nassau, qui donna trois assauts inutiles. François I" lui accorda à cette occasion de nombreux privilèges. C'est dans cette ville que d'Humières, qui en était gouverneur, lit le traité de la sainte Ligue, qui fut signé le 13 février 1577. Péronne ne joua qu'un rôle minime en 1635, et dès lors on n'entend plus parler d'elle jusqu'en 1815, après la bataille de Waterloo : lorsque Wellington parut avec son armée devant ses murs, deux boulets vinrent tomber à ses pieds, protestation patriotique d'une ville qui était d'ailleurs hors d'élat de se défendre.
Corbie (arrondissement d'Amiens), petite ville de 2,900 habitants, située sur la Somme , possède quelques filatures et des fabriques de bonneterie et de velours. Elle doit son origine à une abbaye de bénédictins, fondée en 662 par la reine Batliilde, et où mourut Didier, roi des Lombards; il n'en reste que l'église, reconstruite au commencement du dix-septième siècle. Corbie obtint une charte de commune sous Louis VI ; elle fut alors fortifiée. Sa prise par les Espagnols en 1636 jeta la terreur dans Paris; Louis Xlll la reprit la môme année, et Louis XIV en fit raser les fortifications.
Iiovcs, commune de 1,690 habitants, est située dans la vallée de la Noye, et renferme des blanchisseries de toiles. On y voit sur une éminence les restes d'un château fort, pris par Philippe- Auguste, et où Henri IV venait, dit-on, visiter Gabrielle d'Kstrécs. Les seigneurs de Boves étaient comtes d'Amiens.
Pccrjuigny (1,519 hab.) est une petite ville bâtie près d'un camp romain, dont il reste des vestiges très-distincts; elle possédait autrefois un château très-fort. En 942, Guillaume Longue Êpée, duc de Normandie, y fut tué dans une entrevue avec Arnoul,