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ARTOIS ET BOULONNAIS. — DÉPARTEMENT DU PAS-DE-CALAIS

§ \". Limites et subdivisions. — L'Artois était borné au nord par la Flandre ; à l'est , par le Hainaut et le Cambrésis ; au sud et à l'ouest, par la Picardie; il ne touchait à la mer que par un point à l'ouest de Gravelines. Il avait 112 kilomètres de long sur 56 de large, et une superficie totale de 478,285 hectares, dont 15,500 hectares sont aujourd'hui enclavés dans le département de la Somme. Le reste de la province a servi à former le département du Pas-de-Calais, dans lequel on a compris une partie de l'ancienne Picardie, c'est-à-dire une partie du Ponthieu avec le Boulonnait et le Calaisit ou Pays reconquis , qui formaient sur la côte une bande de terrain de 80 kilomètres de long sur 60 de large. C'était la Canche qui séparait le Ponthieu du Boulonnais ; la ligne des collines de V Artois servait de limite entre le Boulonnais et lo Calaisis , qui s'étendait jusqu'à l'Aa. L'Artois était un pays d'états , et par suite se trouvait hors du domaine des cinq grosses fermes; il ne payait ni tailles, ni

aides, ni gabelle-, il était réputé pays étranger sous le rapport des douanes, et les marchandises y payaient des droits à l'entrée comme à la sortie. Il y avait pour la justice le conseil provincial d'Artois, auxquels ressortissaient tous les tribunaux secondaires, et qui lui-même ressortissait au parlement de Paris. La province était comprise dans l'intendance de Lille, faisait partie du gouvernement militaire de la Picardie et formait les diocè.scs d'Arras et de Saint Orner. Le Boulonnais et le Calaisis formaient le diocèse de Boulogne.

§ II. Description physique. — L'Artois est parcouru du sud -est au nord -ouest par la chaîne dite des collines de l'Artois, qui est un rameau détaché de la chaîne des Ardennes vers les sources do la Somme et de l'Escaut. Ces collines séparent le bassin de l'Escaut de celui de la Somme, et divisent le déparlement en deux régions bien distinctes au nord-est et au sud-ouest. Elles n'ont guère que 100 mètres d'élévation, et par suite leurs pentes sont peu distinctes l'une de l'autre et semblent presque former un seul et même plan. Néanmoins la partie avoisinant le bassin do la Somme est généralement plus élevée et s'abaisse graduellement jusque vers ce petit fleuve; la partie, au contraire, qui appartient au bassin de l'Escaut devient presquo immédiatement plate, et môme, dans certaines portions, inférieure au niveau de la mer; elle forme ainsi un pays bas auquel on a appliqué un système de dessèchement dont nous parlerons dans la Flandre.

Les bassins de la région sud-ouest sont ceux de YAuthie, de la Canche, de la Liant et de la Slack ; ceux de la région nord-est sont celui de l'Aa et celui de V Escaut, par ses affluents, la Lys, grossie de la Lawe et de la Dcule, la Scarpe et la Semée. On peut appeler les premiers badins picards et les seconds bassins flamands, l'Artois et les pays qui forment aujourd'hui le Pas-de-Calais n'étant pour ainsi dire que des pays do transition entre la Picardie et la Flandre, auxquelles ils semblent appartenir presque également par leurs mœurs et par leur sol. La plupart de ces cours d'eau sont canalisés ou rendus navigables par des écluses; ceux du nord coulent avec une lenteur extrême sur un terrain sans pente , et forment en hiver des marais qui ne disparaissent qu'au printemps; mais ils déposent ainsi une grande quantité de limon qui augmente la fertilité d'un sol déjà composé de terre franche et robuste; ceux du midi coulent dans des lits mieux prononcés, dans des pays moins nus, sur un terrain plus accidenté ; les uns el les autres parcourent géuéralcment des vallées tourbeuses.

Bassins picards ou du versant sud-ouest. — 1° VAuthie sépare les départements de la Somme et du Pas-de-Calais pendant kk kilomètres , depuis Auxy-le-Chàtcau jusqu'à son embouchure.

2° La Canche naît à Magnicourt, arrose Hesdin , où elle reçoit à droite la Ternoise, qui passe à Saint-Pol , puis Montreuil ; elle traverse un pays riant et bien cultivé , et va ûnir à 7 kilomètres en aval d'Étaples , par une embouchure ensablée et perdue dans les dunes, après un cours de 70 kilomètres, dont 12 seulement sont navigables. Sa largeur moyenne est de 10 mètres et sa profondeur de 2 mètres. Sa vallée est tourbeuse et facilement inondable, son lit vaseux et sans encaissement; le flux s'y fait sentir jusqu'à Montreuil , et, à ce que l'on croit, elle était autrefois navigable jusquelà pour les gros bâtiments. Rien de plus triste que la plage sombre, grise , brumeuse.

déserte où elle finit ; rien de plus sinistre que cette plaine de sable liquide encadrée dans des montagnes de sable , sans habitation et sans un brin de verdure. La baie de la Candie, comprise entre les dunes et le grand banc qu'on appelle la bassure de Baas, est fameuse par ses naufrages à cause des vents d'ouest et des courants, qui portent inévitablement à la dérive vers la côte tout bâtiment engagé dans ces funestes parages.

3° I^i Liane est un fort ruisseau qui traverse un pays assez accidenté et pittoresque ; après 27 kilomètres de cours, elle vient finir à Boulogne , dont elle forme le port.

d° La Slaek est un ruisseau marécageux qui n'avait pas d'embouchure régulière et inondait les terres voisines; on lui a fait un lit, et après avoir passé à Marquise, il finit à Ambletcuse. Son bassin est riche en raines de houille et en carrières de marbre.

Batiitu flamands ou du nord-est. — Ces bassins n'ont que leur origine dans le département du Pas-de-Calais, et la partie importante de leur cours en France se trouve entièrement dans le département du Nord.

1° L'Aa naît dans les collines de l'Artois, près du village de Bourthes, arrose Fauquembergue, Esquerdes, Saint-Omer, entre dans le département du Nord à Saint- Momelin, et sert de limite entre l'Artois et la Flandre jusqu'à la fin de son cours. Son parcours dans l'Artois est de 55 kilomètres , dont 7 navigables jusqu'à la limite du département du Nord et 31 jusqu'à la fin du cours. A Gravelines (Nord), l'Aa reçoit à gauche VOye, petite rivière qui fait communiquer Gravelines et Calais par le canal de la Mark. De l'Aa se détachent : 1° à Saint-Omer, le canal de Xeuffossé, qui court vers Aire et sépare en partie le Nord du Pas-de-Calais ; 2° au nord de Watten (Nord), le canal de Saint-Omer à Calais, canal de navigation et de dessèchement, ayant 30 kilomètres de long et 15 mètres de large sur lm,60 de profondeur; il traverse la partie la plus basse du pays, celle que les eaux de la mer couvraient autrefois et qu'elles recouvrent encore la moitié de l'année; il donne un embranchement qui forme le canal de Calais à Ardres sur 'i,700 mètres de long.

2° L'Escaut n'appartient au Pas-de-Calais ou à l'Artois que par le cours supérieur de ses affluents ou sous-affluents; ce sont : 1° la Sensée, qui naît au sud d'Arras, n'a que 7 kilomètres de cours dans le département et en sort près de l'Écluse. On trouve sur ses bords des marais tourbeux de 500 hectares, creusés depuis le douzième siècle et ayant de 2 à 9 mètres de profondeur. 2° La Scarpe, qui naît près d'Aubigny, arrose Arras, où elle reçoit le ruisseau de Crinchon et sort du département près de Courcelettes. Son parcours est de 47 kilomètres , dont 24 navigables depuis Arras ; ses bords, sur une longueur de 16 kilomètres et une largeur de 1,500 mètres, sont entièrement composés de tourbières. 3° La Lys, qui prend sa source dans les collines d'Artois, à Lysbourg, coule du sud-ouest au nord-est, en arrosant de gras pâturages , des plaines fertiles et de riches prairies; elle traverse Thérouanne, Aire, Saint-Venant, et entre dans lo département du Nord, qu'elle sépare un moment du Pas-de-Calais. Son parcours dans ce dernier déparlement est, de 6/t kilomètres, dont 11 navigables; sa largeur moyenne est de 6 mètres, sa profondeur d'un mètre et demi. La Lys reçoit à droite la Clarence, qui passe à Peines et finit au-dessous de Saint- Venant; la Lawe, qui se partage en deux bras pour embrasser Béthune , et va finir à la Gorgue (Nord) ;

AHTOIS ET BOULONNAIS.

son parcours dans le Pas-de-Calais est de hî kilomètres, dont \h navigables; la Deule, qui nail dans les collines d'Artois sous le nom de Soudiez, passe à Souciiez, à Lens, et devient un canal navigable dans le département pendant 18 kilomètres; elle en sort au-dessous de Pant-à-Vcndin.

Le développement des voies navigables dans le département du Pas-de-Calais est de 200 kilomètres, dont 91 pour les rivières.

S III. Côtes. — De l'embouchure de la Somme à la frontière de Belgique, la côte est l'une des plus mauvaises de l'Europe ; basse, sablonneuse, droite et uniformément alignée, embarrassée par des bancs do sable qui lui sont parallèles, ouverte seulement par un petit nombre de ports peu profonds et difficiles, battue constamment par les vents d'ouest aussi violents que dangereux , elle ne présente pas un abri où le navigateur puisse entrer à pleines voiles et sans crainte. Cela est vrai surtout pour le département du Pas-de-Calais, qui a sur la Manche un développement de côtes de 90 kilomètres, et qui n'a que deux ports bien déchus de leur importance, Boulogne et Calais, les seuls qui puissent recevoir des navires d'un certain tonnage; les autres ne sont abordables qu'aux bâtiments pécheurs. On a beau prolonger les jetées, ouvrir des bassins, construire des écluses de chasse, la lutte est trop inégale contre celte mer dont les vents du nord-ouest poussent sans relâche les sables vers le rivage, et il est à craindre que tous 1< s ports du Pas-de-Calais qui subsistent encore no disparaissent entièrement comme ont déjà disparu Wïssant, Vimereux, Amble! eiise. Celte côte cependant, grâce à son voisinage de l' Angleterre, a joué un grand rôle depuis Jules César, qui s'y embarqua pour aller conquérir la Bretagne, jusqu'à la grande guerre des Anglais que le nom de Calais rappelle si tristement, jusqu'aux apprêts du fameux projet de Napoléon pour descendre en Angleterre.

Tout ce littoral est bordé de dunes arides et sauvages , qui lui donnent l'aspect le plus désolé ; ces dunes, produites par l'action combinée des marées, du soleil et des vents sur une plage naturellement basse et sablonneuse, ressemblent aux déserts de l'Arabie et en ont l'inutile mobilité et la triste stérilité. Elles ont une largeur moyenne de 3 à U kilomètres, et une étendue de 3,700 hectares entre l'Authie et la Candie, de k, 100 hectares entre la Candie et la Liane, et de plus de 10,000 hectares entre la Liane et l'Aa. Sous la pression continuelle des vents d'ouest, elles avancent toujours dans l'intérieur et finiraient par envahir tout le sol , si, comme en Guyenne, on n'était parvenu à arrêter leur marche par des plantations d'oyats ou de joncs maritimes. De cette longue et monotone série de collines de sable, sortent de loin en loin quelques falaises et quelques caps dont le plus remarquable est le cap Grisnez, 17/rom promontorhim des Romains, le point le plus saillant de toute la côte et le plus voisin de l'Angleterre, dont il est distant de moins de 30 kilomètres. C'est l'extrémité des collines de l'Artois, c'est-à-dire de celte longue suite de hauteurs qui part du plateau de Langres, et sépare les eaux de la mer du Nord de celles de la Manche.

De tous les bancs sous-marins qui a voisinent la côte, le plus considérable est la bassurede Baas, qui, entre les embouchures de l'Authie et de la Slack, s'étend parallèlement au rivage, dont il se rapproche continuellement, et auquel il ie joint au nord d'Ambleteuse; il est à 7 mètres au-dessous des basses mers, et a une largeur de 2 à 3 kilomètres. Comme il n'est qu'à 4,500 mètres de Boulogne, on a souvent projeté

d'y établir une digne insubmersible comme relie do Cherbourg, pour former à Boulogne une rade où des (loties entières pourraient èlre à l'abri.

§ IV. Constitution géologique, aspect général, climat. — Dans le département du Pas-de-Calais, la base du sol est presque partout une formation crétacée dont la profondeur varie de 10 mètres à 200 mètres, et qui recouvre les formations plus anciennes; le fond des vallées et les pentes basses des collines sont occupés par des terrains crétacés supérieurs, qui, sur le versant de la Manche, sont toujours bordés d'une ceinture étroite de terrains tertiaires moyens, que l'on ne trouve plus que rarement sur le versant oriental des collines de l'Artois.

Les vallées intérieures de l'Aulhie et de la Canche, comme celle de la Somme, sont formées de terrains d'alluvions modernes; ces mêmes terrains se retrouvent, mais beaucoup plus abondants, dans les bassins de la Lys et de l'Aa; ils constituent au nord d'Ardrcs et de Wallon tout le pays compris depuis Calais jusqu'à Gravelincs, tandis qu'au nord de Bergucs, ils vont par delà Dunkorque jusque dans la Belgique. Quant aux plaines, elles consistent généralement en terrains tertiaires supérieurs ou alluvions anciennes; les terrains meubles dont elles sont recouvertes présentent deux assises, l'une inférieure d'argile sablonneuse, l'autre supérieure de gravier et de sable.

Le bas Boulonnais offre une constitution particulière. C'est un massif jurassique présentant les trois étages du système oolithique, à savoir : l'étage inférieur aux environs de Marquise; l'étage moyen dans toute la vallée supérieure de la Liane; l'étage supérieur sur toute la côte. Ce massif jurassique est entouré d'une mince lisière de crétacé inférieur dont on trouve aussi qu-lques saillies dans l'intérieur, entre Wimille et Boulogne, et au nord de Desvres. Outre les terrains dont nous venons de parler, on voit cà <'l là de petites saillies très-peu considérables de terrains de transition supérieurs, qui apparaissent principalement vers Ferques cl Fiennes au nord de Marquise.

Le sol de l'Artois présente des richesses minérales : l'argile sablonneuse des plaines est excellente pour la fabrication des briques; la formation crétacée, qui consliluc la base du pays, fournit de très-bonnes pierres à bâtir cl des marbres estimés; les carrières de grès sont nombreuses, et les houillères commencent à le devenir, depuis qu'en 1850 , on en a découvert dans l'arrondissement de Béthune : la principale est située à l'est de Marquise, près d'Hardingcn.

Le département du Pas-de-Calais est généralement un pays de plaines qui présentent un aspect plus abondant que pittoresque. De belles et riches cultures en tout genre alternent avec de vastes prairies naturelles ou artificielles et des marécages tourbeux , dont les abords sent peu salubres. Les vallées de la Lys, de la Scarpe el de la Canche, et une partie du bas Boulonnais, sont déchiquetées eu tourbières, qui ont quelquefois jusqu'à 9 mètres de profondeur. Leur exploitation, faite depuis des siècles sans règle et sans prévoyance, a transformé des terres fertiles en marais souvent infects. Le département renferme ainsi plus de 20,000 hectares de marais et d'étangs, la plupart formés par des tourbière:;. Ou y trouve en outre, surtout dans la partie septentrionale, un grand nombre de canaux et de. fossés, et des tratlcrinyhcs , terrains desséchés, qui annoncent que l'on e-t déjà en plein pays bas. Tout le territoire de Calais, comme aussi celui de lnuikerque, ainsi que nous le verrons en Flandre, est en effet un pays conquis sur la mer par l'industrie humaine, que des digues

protègent contre les hautes marées, et que des écluses n'ouvrant à marée basse débarrassent de ses eaux intérieures. Ce territoire est si bas, que, sans les levées de terres qu» arrêtent les hautes marées, celles-ci, se répandant librement, atteindraient comme dans les temps anciens les murs de Saint-Onier. Dans la partie méridionale du département, et surtout dans le haut Boulonnais, les aspects sont un peu différents : le pays est sillonné de petits vallons et de ruisseaux, coupé de collines, ombragé de bois; enfin les champs y sont clôturés par d'épaisses aunaies ou par des saulées, et les villages, comme ceux de Normandie, disparaissent sous une végétation touffue; de loin ils ressemblent à des bouquets de bois , à des portions de forêts, où l'on est surpris de trouver des habitations spacieuses et bien bâties.

Le pays est très-bien arrosé, car il renferme 11,000 rivières, canaux, ruisseaux ou rigoles de dessèchement; aussi, malgré ses nombreux marais, est-il fertile presque partout, et principalement en céréales. L'agriculture y est très-avancée, surtout dans les arrondissements de Béthune et d'Arras , dont les fermes peuvent rivaliser avec celles du département du Nord ; mais elle l'est beaucoup moins aux environs de Saint- Omcr et de Calais, où l'on ne trouve que des prairies marécageuses et du maigres pacages. On y élève d'excellents chevaux de trait, surtout dans le Boulonnais, et uu grand nombre de bestiaux. La pêche maritime est une des principales sources de prospérité du littoral.

Le climat est humide, brumeux, froid, et dans certaines parties peu salubre; les hivers y sont longs et pluvieux. Un grand nombre de plantations et dé dessèchements, opérés surtout depuis un demi-siècle, ont amélioré, en même temps que la terre, la santé publique; mais c'est peut-être la contrée de France où l'inconstance des saisons et les variations de l'atmosphère sont le mieux marquées. Les vents dominants sont ceux du nord-ouest et de l'ouest.

§ V. Histoire et population. — L'histoire du pays qui forme aujourd'hui le Pasde-Calais a, comme le sol lui-même, deux parties distinctes : celle du littoral ou du Ponthieu , du Boulonnais et du Calaisis ; celle de l'intérieur ou de l'Artois. Le littoral , placé en face de l'Angleterre et penché vers le bassin de la Somme, bassin essentiellement français, a eu la fortune de la France et de tout temps des sympathies françaises ; l'intérieur, tourné vers le bassin de l'Escaut et la Belgique , est un pays de mœurs, d'affections, d'histoire flamandes, et qui n'a été que difficilement et laborieusement réuni à la France. Ces deux parties ont eu également une existence pleine d'agitation et de calamités; le littoral placé à l'avant-garde de la France contre l'Angleterre, l'intérieur placé à l'avant-garde des pays flamands contre la France, ont eu également à s'illustrer par des actes héroïques comme aussi à souffrir des dévastations sans nombre. Il est peu de pays en France qui aient vu des Iwtailles plus décisives, cl VVimille, Azincourt, Guinegate, Lens, témoignent qu'il a été pendant des siècles le théâtre de luttes vraiment nationales. Il est aussi peu de pays qui aient été couverts de plus de ruines ; presque toutes ses villes ont eu à subir de nombreux sièges , et surtout de ces sièges effroyables où bourgeois et soldats étaient enveloppés dans la même proscription, dans le même massacre, dont le pillage et l'incendie étaient les suites ordinaires, où enfin des cités florissantes, comme Thérotianne , Ilesdin et tant d'autres, disparaissaient pour n'être plus aujourd'hui que d obscurs villages. L'histoire Tous 11. 80

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du littoral a du moins un côté qui console : c'est que ces villes qui ont tant souffert, comme Calais, Boulogne, Montreuil, ont souffert pour la France, et que leur gloire fait partie de la gloire nationale; mais l'histoire de l'Artois n'inspire que la tristesse : rien de plus navrant que le récit de ses malheurs et de ses dévastations causées souvent par des mains françaises; rien de plus aflligeant que le récit des souffrances de ce petit peuple, qui défend son indépendance, ses mœurs, ses lois, qui lutte pendant trois siècles pour échapper à l'unité française, et qui, lorsqu'il succombe, s'efface dans celle grande unité et y perd sa vie politique, ses libertés, son caractère propre et même sa prospérité.

Le département actuel du Pas-de-Calais avait pour habitants, du temps des Gaulois, les Atrtbtttfs dans l'intérieur, les Morini, voisins du littoral. Ils furent conquis par César, mais après avoir figuré glorieusement dans la bataille de la Sambre, ainsi que dans la lutte de Vemngétoiïx , et ils restèrent sous la domination romaine jusqu'au cinquième siècle. A celte époque , les Vandales ravagèrent le pays ; puis les Francs l'envahirent suis leur roi Clodion, et l'un des chefs de bande que lit assassiner Clovis avait établi le siège de sa domination à Thérouannc. Le pays eut beaucoup à souffrir des ravages des Normands au neuvième siècle et, à la suite de la bataille de Wimillc, où ceux-ci furent vainqueurs, il eut presque toutes ses villes pillées ou détruites. Dès les premiers temps de la féodalité, il se partagea en diverses seigneuries : 1» le comté de Ponlhieu ou de la France maritime, qui comprenait alors presque toute la côte depuis la Somme jusqu'à l'Aa, et dont les villes principales étaient Abbcvillc et Montreuil; son premier comte héréditaire fut Angilbert, gendre de Charlemagne, qui eut pour successeur l'historien Nithard , son fils ; 2° le comté de Boulogne, qui eut pour premier comte héréditaire au neuvième siècle llenncquin, neveu de Baudouin le Chauve, comte de Flandre; 3" le comté de thtincs, qui eut pour premier seigneur en 965 Sigfricd, aventurier danois; /i" V Artois, qui eut ses comtes particuliers non héréditaires jusqu'à l'époque où Judith, fille de Charles le Chauve, l'apporta en dot à Baudouin, dit Bras de fer, comte de Flandre. Cette province, qui a tant de similitude cl de rapports avec la Flandre, suivit les destinées de celle-ci jusqu'à la fin du douzième siècle. Alors Isabelle de Ilainaut , nièce de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, épousa Philippe-Auguste (1180), et elle lui apporta en dot l'Artois, qui resta dans le domaine royal jusqu'au règne de saint Louis. Ce prince donna ce comté en apanage à son frère puîné Robert, qui fut tué à la bataille de Mansourah; en même temps il mil dans la mouvance de l'Artois les comtés de Boulogne, de Gui nos et de Sainl- Pol. qui jusqu'alors avaient reconnu pour suzerains tantôt les comtes de Flandre, tantôt les rois de France. L'Artois, faute d'héritiers masculins, passa en 1302 dans la maison de Bourgogne, et de même dans la maison de Flandre par le mariage de Marguerite de Bourgogne avec Louis pr. 11 se trouva donc de nouveau réuni au pays qui l'avoisine. A Louis I" succéda Louis de Maie, qui n'eut qu'une fille, Marguerite, mariée à Philippe le Hardi , duc de Bourgogne. Sous la domination des princes de Bourgogne- Valois, l'Artois acquit une grande prospérité et montra un vif attachement pour ses mailles; aussi l'on vit les Artésiens comme les Flamands prendre intérêt à leurs querelles et les suivre dans toules leurs expéditions. A la mort de Charles le Téméraire, Louis XI revendiqua la possession de l'Artois, envahit ce pays,

qui fit une vigoureuse résistance , et il le couvrit de tant de sang et de ruines, que le souvenir n'en est pas encore effaré. La réunion de cette province à la couronne fut décidée par le traité d'Arras (I/18I) ; mais ce fut avec un profond regret que l'Artois se vit soumis à la domination française : aussi, quand la guerre recommença entre Charles VIII et la maison d'Autriche, il se souleva de lui-même et travailla de tous ses efforts à amener le traité de Senlis, qui le rendit à la descendance autrichienne de Marie de Bourgogne. Le traité de Senlis fut complété par le traité de Cambrai (1529), où François I" renonça à toute suzeraineté sur l'Artois, et ainsi fut encore manquée la réunion à la couronne de celte importante province. Elle resta sous la domination de la maison d'Autriche pendant cent soixante-six ans, et se montra aussi attachée aux princes espagnols qu'aux ducs bourguignons, les uns et les autres s'étant montrés très-altentifs à respecter ses libertés. Enfin, pendant la guerre de Trente-Ans, Richelieu s'empara de celte province , et celte fois la conquête fut déllnitive. La réunion de l'Artois à la France fut légitimée par le traité des Pyrénées (1659).

L'Artois conserva ses habitudes flamandes sous la monarchie, mais il prit des sentiments tout français, et les guerres du dix-huitième siècle démontrèrent que ce pays était de cœur comme d'effet une excellente frontière. Province privilégiée , avec une noblesse et un clergé très-puissants, elle vit la révolution de 1789 sans enthousiasme; cependant elle y prit une grande part par ses bataillons de volontaires, les généraux qui sortirent de leurs rangs, el aussi par les hommes qu'elle envoya à la Convention nationale et parmi lesquels il faut compter les deux Robespierre. Aujourd'hui c'est un des pays les plus paisibles , les plus laborieux de la France , mais aussi l'un des plus monotones , l'un des plus froids : il semble qu'il y ait dans le silence de ses vastes et riches plaines, dans le calme et la gravité de ses villes un peu tristes, un reflet de ses souffrances et de sa grandeur passées.

Les Artésiens ont en grande partie les mêmes qualités , les mêmes défauts que les habitants des départements de la Somme et du Nord, c'est-à-dire qu'ils font transition entre les Picards et les Flamands : « L'activité, dit Boulainvilliers, l'industrie, l'ardeur et le savoir-faire ne sont point leur caractère, mais bien la sincérité , la droiture, la fidélité; ils sont dociles, ouverts, soumis et reconnaissants; leur manière d'agir, unie et simple, est soutenue de discernement et de bon sens; ils sont tranquilles et exempts d'agitation d'esprit, laborieux , appliqués au genre de vie qu'ils ont embrassé, exacts à leur devoir, attachés à la religion et jaloux de leurs coutumes. » Malgré les progrès de l'industrie et de la civilisation, hommes et choses sont encore une reproduction assez fidèle du passé ; ainsi les villes de ce pays , el entre autres Arras el Saint-Omer, présentent exactement la physionomie des cités flamandes, et leurs habitants ont les goûts paisibles, modestes, délicats de leurs voisins de Lille , de Cambrai, de Douai , qui eux-mêmes sont, sous ce rapport, parents si proches des citadins de Gand et de Bruxelles. Us aiment les fleurs et les cultivent avec succès; ils s'adonnent en vrais Flamands à l'arbalète , au tir au pigeon et à tous les exercices qui sont en honneur au delà de la frontière, exercices dans lesquels revivent et se perpétuent les ressouvenirs du bon vieux temps. Par suite du même esprit, des mêmes instincts, les institutions communales ont chez eux beaucoup de valeur et de solidité, et, après avoir longtemps disputé pied à pied leurs antiques prérogatives contre la cour de

France, ils ont du moins gardé politiquement et localement leur amour de l'indépendance.

Les ouvriers dans l'Artois ne sont pas turbulents; ils sont plutôt apathiques et sans esprit d'entreprise; mais ils sont pleins de probité et savent se contenter de peu. Le paupérisme afflige les villes manufacturières, et les caves d'Arras, où végètent tant de familles pauvres, ont eu récemment une célébrité aussi triste que celles de Lille. La population maritime est aussi belle que forte, audacieuse et intelligente; malheureusement elle diminue : dans ces dernières années, il n'y avait que 3,335 marins inscrits appartenant au Pas-de-Calais.

L'Artois a donné à notre histoire les illustres familles de Bournonville, de Béthune, de Créquy, de Robecq , de Biez , de Fiennes , d'Havrincourt , etc. •

§ VI. Département pu Pas-dk-Cai.ais. — Statistique, agriculture, commerce, etc. — Ce déparlement a été formé de l'Artois (462,785 hect.), du Boulonnais (136,000 hect.), du Pnnthicu (41,000 hect.), du Calaisis (29,000 hect.), etc. Sa superficie est de 660,146 hectares, dont 437,000 de terres labourables, 45,000 de prés, 42,000 de bois, 5,000 de landes, etc. Sa population était, en 1801, de 505,615 habitants; en 1821 , de 626,584 hab. ; en 1841 , de 685,021 hab. ; elle est aujourd'hui de 692,994 habitants. 11 a pour chef-lieu Arras, et comprend 6 arrondissements ainsi subdivisés : •

Arrondissement d'Arras 10 cantons, 211 communes, 168,919 habitant*.

— ilelVIIiunc s — 14? — 135,943 —

— de Boulogne . ... 6 — 100 — 117,615 —

— de .Monlreuil 6 — I3!> — "8,472 —

— de Saint-Omer . ... 7 — il» — 110,7*5 —

— de Saint-l'ol 6 — 193 — 81,500 —

6 arrondissements 43 cantons, 903 communes, r,9?yj<>4 habitants.

Ce département forme le diocèse de l'évéché d'Arras; il est compris dans le ressort de la cour d'appel de Douai , et renferme 6 tribunaux de première instance avec 4 tribunaux de commerce (Arras, Boulogne. Calais et Saint-Omer). Pour l'instruction publique, il possède une école de médecine et de pharmacie à Arras, un lycée à Saint-Omer, 4 collèges (Aire, Arras, Béthune et Boulogne), une école normale départementale, 1,220 écoles élémentaires. Il fait partie de la 3* division militaire et renferme 8 places de guerre : Arras, Calais, Saint-Omer, Aire, Béthune, Boulogne, Monlreuil et Saint- Venant. Pour l'administration maritime, il appartient à l'arrondissement de Cherbourg et au sous -arrondissement de Dunkerque, et renferme 2 quartiers, 7 syndicats et 6 ports de mer : Boulogne, Calais, Étaples, Vimereux, Ambleteuse et Wissant.

Le Pas-de-Calais est un pays très-riche, manufacturier, d'exploitation, et par-dessus tout agricole. Ses principaux produits sont les grains et les pommes de terre en surabondance, le lin, les betteraves, les légumes secs, le colza, les foins, les fourrages et les bois. On estime qu'il y a dans le département 180,000 tètes de gros bétail, 300,000 mnutons, 7,000 chèvres, 140,000 porcs, 80,000 chevaux, etc. Les richesses minérales consistent surtout en tourbe, dont l'exploitation est considérable, en fer, houille, marbre, grès à paver, terre de pipe et de poterie, marne, etc.

L'industrie manufacturière est très-aclive, et consiste surtout en fabrication du

sucre de betterave, des savons et des huiles de graines. On trouve en outre des papeteries, des hauts fourneaux, des fabriques de pipes, faïence, poterie et tuiles, des brasseries, des distilleries d'eaux-de-vie de grains, des tanneries. 11 y a également des fabriques et filatures de colon dans tout le département ; on fait de la dentelle à Arras, du tulle à Boulogne et Calais, de la toile à Béthune. C'est dans l'Artois qu'ont été, il y a plus d'un siècle, forés pour la première fois ces puits qui portent le nom de la province, et qui sont appelés à rendre tant de services. Ou estime que le nombre des établissements industriels est de 700 , employant 25,000 ouvriers, et donnant une valeur annuelle de '»8 millions. Les principaux objets exportés sont les grains et farines, les bois, marbres, matériaux de construction, le sucre, les huiles de graines et les divers produits des fabriques. Le commerce extérieur est surtout actif avec l'Angleterre.

Il y a dans le département 5 rivières navigables sur 91 kilomètres (Scarpe, 2îi kil.; Lys, 10 kil.; Lave, 1/» kil.; Aa, 31 kil.; Canche, 12 kil.); 7 canaux sur 107 kil. (d'Aire à la Bassée, 38 kil. ; d'Ardres, A kil. ; de Calais à Saint-Omor, 29 kil. ; de la Deule, 18 kil.; de Guines, 6 kil.; de Neuffos<é, 10 kil.) ; 3 chemins de fer sur t ?i2 kil. (Paris à la frontière belge, hl kil.; embranchement de Calais, A7 kil.; ligne d'Amiens à Boulogne, 47 kil.); 13 routes impériales sur 687 kil.; 22 routes départementales sur A82 kilomètres; 10,000 chemins vicinaux.

§ VII. DÉPARTEMENT DU PAS-DE-CALAIS. — DESCRIPTION DES VILLES. — AtTdS ,

chef-lieu du département, siège d'un évéché et place forte, possède en outre des tribunaux de première instance et de commerce , une école préparatoire de médecine et de pharmacie, un collège communal, nne garnison et une école régimentaire du génie, etc. Sa population est de 25,271 habitants.

Cette ville est située sur la rive droite de la Scarpe, au confluent du Crinchon, et se divise en trois parties : la cité et la haute ville, qui sont anciennes et mal bâties; la baste ville, qui date de 1750, a des rues larges et de belles maisons, et touche à l'esplanade de la citadelle. Au milieu de la haute ville s'élève la cathédrale, ancienne église de l'abbaye de Saint-Waast, monument imposant et presque entièrement moderne. L'ancien verger de l'abbaye forme une grande place, qui est entourée d'une galerie portée par des colonnes de grès. Sur cette place s'élève un bel hôtel de ville, surmonté d'un beffroi de 88 mètres environ, rival de ceux de Gand et de Bruges, et construit en 1510 par l'architecte Jacques Caron. Les bâtiments de l'abbaye de Saint- Waast renferment le palais épiscnpal, les archives du département, la bibliothèque de la ville, riche de 36,000 volumes. On trouve encore à Arras 2 musées d'histoire naturelle et d'antiquités, un jardin botanique, etc. Son école de médecine date de 1745. Ses fortifications, dues à Vauban, se composent de 10 bastions, avec fossés et demi-lunes ; la citadelle est enclose dans la place et forme nu pentagone régulier; il y a un arsenal, de belles casernes, etc.

Arras a gardé en grande partie l'aspect grave et un peu triste qu'elle avait avant la Révolution ; elle n'a pas recouvré sa splendeur et son importance du moyen âge , mais son esprit industriel s'est réveillé, et l'on y comptait en 1853 12 fabriques de dentelles, 10 de bonneterie, 36 d'huiles, 5 de laine peignée, h de sucro indigène, 10 raffineries de sel, 17 brasseries, A ateliers de construction de machines , etc. Son com-

merce consiste principalement en grains et graines grasses (17 maisons), houilles (17 maisons), huiles et produits de l'industrie. C'est le lieu de naissance des deux Robespierre , de Joseph Lebon , etc.

A'atnetacum, capitale des Atrebates, occupait, dit-on, l'emplacement actuel de la citi; mais le nom à'Mrebatum (Arras) n'apparaît pour la première fois que dans le quatrième siècle. Déjà puissante, elle était dès lors renommée pour ses lapis de laine fort recherchés à Rome, industrie dont elle était le centre, et qui l'a rendue célèbre jusqu'au dix-septième siècle. De là même vient la croyance populaire que la sainte manne d'Arras provient d'une pluie de laine dont saint Diogène, deuxième évêque des Atrebates, aurait recueilli un boisseau. Elle fut saccagée en 451 par Attila; sur ses ruines, saint Waast, apôtre de la Gaule Belgique , fonda un oratoire qui, sous le roi franc Thierri III, devint un monastère défendu par de fortes murailles. Ce fut le berceau d'une nouvelle ville. Passée sous la domination des comtes de Flandre, elle resta obscure jusqu'au douzième siècle, où on la retrouve riche, florissante, dotée de grandes libertés communales, devenue le siège d'un évêché et divisée en deux parties, la cité et la ville, colle-ci relevant de l'abbé de Saint- Waast et du comte de Flandre, celle-là de l'évêque et du roi de France. Fortifiée en 1355 pour résister aux Anglais, elle suivit le sort de l'Artois, et passa successivement aux maisons de France, de Flandre et de Bourgogne ; ces derniers y furent très-populaires , et le temps de leur domination est le plus beau de l'histoire d'Arras, dont les principaux monuments datent de cette époque. Elle avait 50,000 habitants, et, par ses riches manufactures et surtout ses beaux tapis historiés, elle rivalisait avec Lille et les autres grandes cités flamandes. Jean sans Peur, chassé de Paris, s'y réfugia en 14 13, et la ville, assiégée alors par les Armagnacs, ne se rendit qu'après sept semaines d'héroïque résistance et à de bonnes conditions. C'est dans ses murs que fut signé en 1435 le fameux traité qui réconcilia Charles VII et Philippe le Bon ; elle fut alors le théâtre de tournois et de fêtes magnifiques. A la mort de Charles le Téméraire, Louis XI, ayant envahi l'Artois, Arras consentit à se mettre en ses mains comme otage, puis se révolta et chassa la garnison ; le roi la soumit et la traita avec la plus grande rigueur; elle reprit alors les armes, fut assiégée, prise, livrée à d'horribles exécutions, et Louis XI, en ayant chassé tous les habitants, la repeupla de Normands et autres étrangers, et lui donna le nom de Franchise. Trois ans plus tard (1482), il y signait avec Maximilien le deuxième traité d'Arras, qui laissait l'Artois à la France. Charles VIII s-empressa de rappeler les anciens habitants ; mais il était trop tard : l'industrie et la prospérité avaient disparu de la ville; peu reconnaissants d'ailleurs. les bourgeois ouvrirent bientôt leurs portes aux Allemands de Maximilien , qui les pillèrent, et, par le traité de Senlis (1493), Arras fit retour à la maison d'Autriche. Elle fut ensuite assaillie par une foule de calamités : en 1521, par la peste, qui lui enleva 12,000 habitants; en 1530, par la famine; en 1577, par la guerre civile. Après cela, elle retrouva la tranquillité jusqu a la guerre de Trente-Ans. Considérée alors comme le boulevard des Pays-Bas, elle fut assiégée en iu'iO par les maréchaux de la Meilleraye et de Chàlillon, et obligée de capituler, sous la condition qu'elle garderait ses privilèges, et qu'aucune autre religion que la religion catholique n'y serait tolérée. En 1654, les Espagnols essayèrent en vain de reprendre celle ville; Turenne les battit, et Coudé

sauva le resle de leur armée par une habile retraite. Louis XIV vint la visiter en 1667, et y fit construire la citadelle par les soins de Vauban; mais il diminua beaucoup ses franchises municipales, avec lesquelles elle perdit une partie de son importance, de sa population et ses richesses. En 1789, il n'y avait plus d'industrie autre que celle des dentelles, et de commerce que celui des grains. C'était une ville toute cléricale et toute nobiliaire, et elle eut beaucoup à souffrir du sanglant proconsulat de Joseph tabou.

Béthune, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège et 7.G02 habitants, est une ville de guerre, située sur un roc, dans un lieu plat et élevé, près des bords de la l awe, qui l'enveloppe par ses deux bras. Elle est assez bien bâtie et défendue par six bastions, un vieux château, des ouvrages extérieurs et des digues qui peuvent inonder ses approches. Elle est abondamment pourvue de puits artésiens, et n'a d'autre monument que son beffroi flanqué de quatre tourillons, d'une construction pittoresque et bizarre. Son industrie est assez active, et consiste en blanchisseries et fabriques de toiles, raffineries de sel , fabriques de sucre. Son commerce, favorisé par le canal d'Aire à la Basséc, est considérable, et consiste en lins, toiles, fils et graines.

Celte ville, d'origine inconnue, était communale et fortifiée dès le treizième siècle. Ses seigneurs avaient grands pooirs , battaient monnaie et s'intitulaient avoués dé saint ll'aasl. Ils s'éteignirent en 12'jS, et leur domaine, ayant passé aux comtes de Flandre, la ville suivit les destinées de l'Artois. Elle fut prise par Philippe le Bel en 1303, et assiégée sans succès par les Flamands en 13Jj7. C'est dans ses environs que le maréchal d'Esquerdes battit les troupes de Maximilien à la journée des fromages en 1687. Prise en 1645 par Gassion et Rantzau, elle fut cédée à la France par le traité des Pyrénées, fortifiée régulièrement par Vauban, assiégée en 1710 par les alliés, et, après six semaines de résistance, obligée de capituler; le traité d'Utrccht (1713) la rendit à la France.

Boulogne, chef-lieu d'arrondissement et place forte, avec des tribunaux de première instance et de commerce, une chambre de commerce, un collège, une école d'hydrographie et 30,783 habitants, est située à l'embouchure de la Liane, sur la pente occidentale d'une forte colline dite le mont Lambert. On la divise en ville haute (ancienne Bononia) et ville basse (Gcsoriacum). La première, entourée de hautes murailles, semble une citadelle du moyen âge placée sur le haut de la colline; elle est petite, peu peuplée, a des rues étroites et do belles maisons: c'est le quartier de la bourgeoisie, et l'on y trouve un vieux château octogone qui a l'aspect qu'il avait au temps de Henri VIII. De ses remparts on jouit d'une vue magnifique sur la mer et les environs. La basse ville est toute moderne et beaucoup plus grande : c'est le quartier du commerce; elle longe le port, et ses rues vivantes, populeuses, bien entretenues, avec de beaux magasins et de belles maisons, en font l'une des villes les plus importantes de nos côtes atlantiques. C'est elle cpii témoigne de la prospérité de Boulogne, qui n'avait en 1789 que 8,81/» habitants. On remarque dans la haute ville une église qui semble une imitation de Sainte-Geneviève de Paris, et sur le plateau où campa Napoléon une colonne commémorative. U basse ville renferme une bibliothèque de 30,000 volumes, un riche musée de peinture et d'histoire naturelle, un jardin

botanique. Les bains de mer y sont très-fréquentés, et les Anglais, qui affectionnent cette ville, y forment une colonie de 2 à 3,000 familles.

La Liane , qui se termine par une vallée encadrée de hautes collines se joignant aux falaif.es, forme le port de Boulogne, qui est moins ensablé que les autres havres de cette côte. Il est grand, a 8 mètres de profondeur dans les marées moyennes, et est accessible aux plus forts bâtiments marchands; il communique avec la mer par un chenal compris entre deux chaussées longues de 6 à 700 mètres, défendues au nord et au sud par les forts de la Crèche et de l'Heure, dont le pied est submergé à marée haute. Il manque tic bassin à Ilot et d'embarcadère de marchandises, mais il a dans le lit même de la Liane une écluse de chasse donnant 220,000 mètres cubes d'eau par heure. Son a>pecl du coté de la mer est très -pittoresque. Depuis la navigation à vapeur, Boulogne a la préférence sur Calais comme port de passage en Angleterre, et 100,000 voyageurs s'y embarquent annuellement pour Folkestone, Ramsgalc ou Londres. C'est le centre de la pèche du hareng sur les côtes de France, et on y arme pour celle de la morue. L'industrie consiste en dentelles, toiles fines, filatures de lin, tuileries, etc. On y exporte des marbres, on y importe des chanvres et lins du Nord, et l'on y fait un grand commerce de vins et eaux-de-vie.

On croit que la basse ville est l'ancienne Gaoriacum, le havre le plus considérable de la Gaule-Belgique, près duquel les Romains édifièrent Bononia, deuxième ville bientôt confondue avec la première. Caligula, Claude, Adrien la visitèrent, car c'était le port d'embarquement pour la Bretagne ; on attribue au premier la fondation de la Tour-tl Ordre, phare écroulé en \0kh, avec la falaise qui le portait. Après l'invasion des barbares, son importance diminua; cependant Charlemagne en fit son principal arsenal contre les pirates. Détruite en 882 par les Normands, vainqueurs à Wimille, elle ne fut rebâtie qu'en 912, et s'accrut rapidement, grâce à une image miraculeuse de la Vierge , qui y attira longtemps les pèlerins de toute la chrétienté. Elle devint le cheflieu d'un puissant comté, vassal de celui de Flandre, et son principal seigneur fut Euslachc II, compagnon de Guillaume le Bâtard dans sa conquête d'Angleterre, et père de Godcfroy de Bouillon et de Baudouin d'Édesse. Par mariage, il passa à diverses familles, et arriva à celle de Renaud de Dammarlin, ennemi personnel de Philippe- Auguste, dont il trahit les projets en 1213, quand celui-ci y rassemblait une flotte contre l'Angleterre ; ce comte fut battu à Bouvines avec Olhon de Germanie, et mourut en prison dans la tour de Péronne. Sa fille Mahault porta Boulogne dans la maison d'Auvergne. Le traité d'Arras (1 435) la donna aux ducs de Bourgogne. Louis XI la prit après la mort de Charles le Téméraire, et en fit hommage, à la sainte Vierge de Boulogne. Assiégée en 15^0 par Henri VIII, elle fut prise, malgré la belle défense de Coucy de Vcrvins. Les habitants en furent chas-és et se retirèrent vers Étaples ; la Tour-d'Ordre fut alors fortifiée , et deux fois les Français échouèrent pour la reprendre. Le traité de 1550 leur rendit Boulogne pour 400,000 écus d'or. Sou rôle maritime fut minime aux dix-septième et dix-huitième siècles. Pendant la révolution , grâce à sa position en face de l'Angleterre, elle reprit de l'importance, et ses corsaires, de 1795 à 1801, firent 13 millions de prist-s et 2,000 prisonniers. Sous le consulat, ce fut le centre de l'expédition projetée contre l'Angleterre, et le camp de Napoléon s'étendait îles deux cotés jusqu'à Wimille et jusqu'au Portai; son port, creusé et agrandi, put contenir

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2.000 chaloupes canonnières, et Nelson essaya vainement de bombarder la ville. Après la levée du camp, Boulogne retomba dans l'inaction, et elle n'en sortit qu'en 1816 pour prendre un élan d'activité commerciale qui dure encore.

Montreuil, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance et 6,000 habitants, est située près de la rive gauche de la Canche, sur une colline isolée, d'où la vue s'étend dans une riante vallée , sur les dunes et sur la mer, distante de 12 kilomètres, et qui jadis s'avançait, dit-on, jusqu'au pied de ce promontoire. Bien bâtie, bien percée, elle a pour édilices remarquables l'ancienne église de Saint-Saulve et son vieux château fort. Son industrie consiste en raffineries do sel et fabriques de toiles. Celte ville, qui a eu pour origine l'abbaye de Saint-Saulve, fondée au huitième siècle , ûl partie du domaine de la couronne sous Hugues Capet, et obtint une charte de commune en 1 189. Elle n'a pas cessé, comme le Ponlhieu , et si ce n'est momentanément, d'appartenir aux rois de France. Elle est comptée parmi les places do guerre, bien que médiocrement fortifiée.

Saint-Omer, chef-lieu d'arrondissement et place forte, avec des tribunaux de première instance et de commerce, un lycée et 22,056 habitants, est située sur l'Aa, au confluent du canal de Neuffossé , en partie sur la pente d'un coteau , en partie dans un terrain bas cl marécageux. Elle est grande, bien percée, bien bâtie, et a de belles promenades. De sa magnifique abbaye de Saint-Bertin, il ne reste plus qu'une merveilleuse tour gothique récemment restaurée. On y remarque la cathédrale et l'hôtel de ville, une bibliothèque publique renfermant 20,000 volumes, des archives, de riches hospices, etc. La place, à peu près circulaire, est entourée d'une enceinte irrégulière équivalant à un polygone Je douze bastions; ses remparts ont 6,900 mètres de circuit; des marais impraticables l'entourent sur plus de la moitié de sa circonférence; elle renferme un arsenal, de belles casernes, un hôpital militaire, et a sept ouvrages détachés.

Deux des faubourgs, le Haut-Pont et le Litel, sont situés dans des terrains inondés et partagés par plus de 300 canaux. Leurs habitants, tous jardiniers, diffèrent par leurs habitudes et leur langage de ceux de lu ville ; ou les croit de race purement celtique. C'est près de là qu'étaient les fameuses iles qui autrefois flottaient sur les eaux du Clair-Marais, mais qui aujourd'hui sont adhérentes à la terre et cultivées.

L'industrie y est très-active; on y trouve des fabriques de broderies, de couvertures de laine, de laines filées et à tricoter, de draps, de papiers, de passementeries, de pipes, des filatures de lin, des raffineries de sel, etc. Son commerce est très-imporT tant, et consiste en grains, houilles, huiles, etc.

Cette ville doit son nom et son origine au troisième évéque de Thérouanne , mort en 6G8, qui fit construire à Sil/tiu, dans les marécages de l'Aa, une église où saint Bertin, l'un de- ses disciples, le fit inhumer, et fonda en 678 la grande abbaye qui porte son nom : on la surnommait le monastère des monastères, et Pépin le Bref y fit enfermer en 752 le dernier carlovingien, Childéric III. L'abbaye et la ville ayant été, en 861 et 880, ravagées par les Normands, on les entoura toutes deux de fortifications. Saint-Omer suivit les destinées de l'Artois, et fut assiégée plusieurs fois sans succès, principalement par les Anglais, par Louis XI, et en 1589. En 1638, le maréchal de Chàtillon fut encore obligé d'en lever le siège après deux mois d'efforts; en 1667, le

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maréchal de Gassion ne fut pas plus heureux ; mais en 1677, après un mois de résistance, elle capitula, et le traité de Nimègue la donua à la France. C'est la patrie de Suger.

Saini-Pol-en-Ternois , chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège et 3,380 habitants, est située à l'entrée d'une vallée étroite, pittoresque, et tortueusement bâtie sur laTernoise. L'inégalité du terrain, l'irrégularité des rues et les inondations auxquelles l'exposent les eaux des collines qui l'environnent, en rendent le séjour peu agréable; mais l'air y est d'une grande salubrité. On y trouve un musée, une bibliothèque, de belles promenades, des eaux minérales estimées. Elle fait un commerce assez considérable de tabac, d'huiles, de laines et de bestiaux.

Saint-Pol est très-ancien, et son château existait certainement au sixième siècle; son nom était alors Tenant (Terra Avenae) , d'où le pays prit au neuvième siècle le nom de Ternois. Au dixième siècle, elle devint la capitale d'un comté célèbre. Saccagée en 1120 par le comte de Flandre Charles le Bon, en 1380 par les Anglais, elle fut le théâtre des entrevues de Louis XI et de Philippe le Bon , puis de Charles le Téméraire et d'Édouard II d'Angleterre. Acquise en 1537 par François I", elle commença à être fortifiée , mais pendant les travaux elle fut enlevée par les Impériaux , qui y passèrent tout au fil de l'épée , mirent le feu à la ville et rasèrent le château. Dix ans après elle était rebâtie. Prise par les Français en 1553, elle fut rendue à la maison d'Autriche par le Ira té de Cateau-Cambrésis; prise de nouveau en 16&9 par Turenne, elle fut cédée à la France, et démantelée entièrement en 1715.

Les comtes de Saint-Pol ont joué un grand rôle dans l'histoire de la France. Le premier, au dixième siècle, fut Roger, dont le fils, surnommé Camp-d'Aveine, laissa ce surnom â ses descendants, vassaux des comtes de Flandre ; le dernier fut Hugues IV, qui s'illustra â la prise de Constantinople (120^) et devint connétable d'Orient. Sa fille unique porta le comté en dot dans la famille des Châtillon-sur-Marne , dévoués aux rois de France , et dont les membres les plus célèbres sont Gauthier, qui commandait une aile française à Bouvines (12U), et Guy IV, qui de même commandait à celle de Mons-cn-Puelle (1304). En 1360 , le comté passa par mariage aux seigneurs de Luxembourg, plus ambitieux et moins fidèles à la France. Le plus célèbre est le connétable Louis de Luxembourg, qui, possesseur d'une grande partie de la Picardie, rêva la puissance des anciens comtes de Vermandois , tint en échec Louis XI et Charles le Téméraire, et fut décapité à Paris. Ses biens confisqués, puis rendus à sa fille par Charles VIII, furent portés par elle à la maison de Bourbon- Vendôme , d'où en 1601 ils passèrent dans celle de Longueville, et le dernier comte de Saint-Pol fut le jeune Longueville, tué au passage du Rhin en 1672.

Bapaume (arrondissement d'Arras), petite ville de 3,265 habitants, avec un collège, est située sur un petit plateau assez aride, un peu au sud des sources de la Sensée ; elle est assez bien bâtie , fort triste , et n'a d'autres monuments que sa maison commune et son église. Elle renferme des fabriques de batiste , de laines, de rouenneries, d'huiles, et des filatures de lin.

Cette ville, dès le onzième siècle, avait un château fort, et elle obtint une charte de Philippe-Auguste en 1191. Fortifiée en 1335 , elle fut prise en H77 par Louis XI,

qui l'incendia. Charles-Quint releva ses fortifications; mais François 1" la fit prendre en 1521 et démanteler. Rendue à la maison d'Autriche par le traité de Cambrai , elle fut prise par le maréchal de la Meilleraye en 1641, et cédée au traité des Pyrénées. Ses fortifications ont été récemment détruites.

On remarque encore dans l'arrondissement d'Arras: Vitry (2, 400 hab.), sur la Scarpe, où fut assassiné, dit-on, Sigtberl, par les sicaires de Frédégonde; Hermies (8,400 hab.); Oity (2,000 hab.), etc.

Canin (arrondissement de Béthune) a 5,000 habitants, et est importante par sa culture de tabac, ses fabriques de sucre, son commerce de houille et sa position sur le chemin de fer de Lille.

Lens, ville jadis fortifiée, avec un collège et 2,796 habitants, est située dans une plaine sèche et aride, près des bords du Souche* , et possède des blanchisseries, des fabriques de dentelle . d'huiles, de sucre indigène, etc. Elle doit à sa position sur la route de Flandre entre Lille et Arras une existence très-agitée. Souvent pillée et brûlée dans la guerre des Flamands avec la France, elle fut prise par d'Esquerdes en 1487 et démantelée. Hcndue par le traité de Senlis à la maison d'Autriche, elle fut pendant le seizième siècle prise et saccagée tour à tour par les Espagnols et les Français, les catholiques et les protestants. Pendant la guerre de Trente-Ans, elle fut prise en 1641 par le marquis de Brézé; eu 1642, par les Espagnols; en 1645, par Rantzau, et en 1647, par les troupes de Gassion, qui fut tué sous ses murs. Enfin, l'archiduc Léopold l'ayant reprise en 1648, le prince de Condé lui livra entre Uns et Loos la fameuse bataille (1648) qui décida la signature du traité de Westphalie. Un petit monument de pierre élevé sous la Restauration consacre le souvenir de celte victoire.

LilUn (5,422 hab.) est située sur un affluent de la Clarence, dans une plaine riante et fertile; elle jouit d'un air très-pur et se fait remarquer par la beauté de ses eaux; chaque maison y possède sa fontaine jaillissante et son puits artésien. On y trouve des fabriques de tuiles et briques , d'huiles , de toiles , et on y fait le commerce de grains.

Ullers, qui doit son origine aux tombeaux de deux saints irlandais célèbres dans le nord de la France, Lugle et Luglien, devint une ville grande et forte qui partagea toutes les vicissitudes de l'Artois; elle fut prise sept fois depuis 1303 jusqu'en 1645, où Rantzau et Gassion , s'en étant emparés , la firent démanteler.

Saint- Venant, ville de 2,495 habitants , est située sur la rive droite de la Lys, dans un terrain plat et marécageux, mais d'une très-grande fertilité; elle renferme une église fort ancienne et a peu d'établissements industriels. Elle doit son origine au tombeau de saint Venant , qui mourut dans le huitième siècle. Importante par sa position sur la Lys à l'entrée de la Flandre, elle fat fortifiée par Charles-Quint, prise par Anne de Montmorency en 1537, par Gassion en 1645, par les Espagnols en 1649. par Turenne en 1657. Cédée à la France au traité des Pyrénées, elle eut à subir un dernier siège en 1710 , et résista vingt jours à plus de 20,000 hommes avant de se rendre. C'est encore aujourd'hui une place forte , mais qui n'a que des fortifications en terre et ne peut se défendre que par ses inondations.

Marquise (arrondissement de Boulogne), petite ville sur la Slack, est bien bâtie

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et possède des raffineries de sel, des usines de Ter, des fabriques de chaux, des brasseries, des tanneries; l'on y exploite de belles carrières de marbre et de pierre de taille.

AmbleUuse n'est plus qu'un pauvre village de 572 habitants, où les bateaux pécheurs peuvent à peine aborder ; mais c'était jadis une ville importante , l'un des meilleurs ports de la Manche. Attaquée plusieurs fois par les Anglais de Calais, elle fut prise en 1566 par Henri VIII et reprise en 1547 par Henri II, qui fit raser ses fortifications. Jacques II fugitif vint y débarquer en 1689. A cette époque, son port s'ensablait déjà sous l'influence des vents d'ouest, et Louis XIV, avec Vauban et Seignelay, y était venu en 1680 et y avait fait commencer d'immenses travaux. Ces travaux furent repris en 1806, et 320 bâtiments , aile droite de la flottille de Napoléon, y trouvèrent un abri : ils sont aujourd'hui ensévelis sous les sables.

W Usant, village de 995 habitants , où s'abritent à peine quelques barques de pêcheurs, était jadis une vaste baie comprise entre les caps Grisnez et Blancnez, et sans doute Yflius-Porlus où César s'embarqua pour aller conquérir la Bretagne ; c'était un port très-fréquenté au moyen âge'; Édouard III y débarqua en 1328.

Vimillt, commune de 1,924 habitants, est célèbre par la bataille de 882, où les Normands vainquirent les Flamands et les Artésiens. On y exploite du minerai de fer.

Vimereux, situé dans la commune de Wimille , était un petit port très-fréquenté au moyen âge ; Napoléon le fit creuser en 1804 , et 171 bâtiments de la flottille s'y réfugièrent; il est aujourd'hui entièrement comblé par les sables.

Samer, chef-lieu de canton de 2,195 habitants, est situé au milieu de belles prairies au sommet d'une petite élévation , sur la grande route de Montreuil à Boulogne ; il est remarquable par les restes de son abbaye, la plus célèbre du Boulonnais, fondée au septième siècle.

Outrcau est un bourg de 4,000 habitants, situé près de la mer, au sud-ouest de Boulogne, et célèbre par la beauté de ses environs et la perspective dont on jouit du haut de sa falaise. On y trouve des fabriques considérables de tulles, etc.

Desvres, bourg de 2,900 habitants, important par la fertilité de son sol, ses fabriques de draps et de faïence, était jadis une ville forte et considérable. Elle a été prise en 1215 par Philippe -Auguste, en 1346 par les Anglais, en 1543 par les Impériaux, etc.

Guines, chef-lieu de canton, est située sur le canal de Guines à Calais, dans une plaine entourée de marais; elle est assez régulièrement bâtie, et son industrie consiste en blanchisseries et fabriques de tulles, exploitation de tourbe, etc. C'est une ville très-ancienne , devenue au dixième siècle le chef-lieu d'un puissant comté vassal des comtes de Flandre. Le plus célèbre de ses seigneurs fut Baudouin II , fait prisonnier à Bouvines par Philippe-Auguste; le dernier fut le connétable Raoul, décapité en 1350 par le roi Jean, qui réunit son domaine à la couronne. En 1351, les Anglais de Calais s'emparèrent de Guines et la gardèrent jusqu'en 1558, où le duc de Guise, après la prise de Calais, vint la forcer à capituler; elle fut alors démantelée.

Calait, ville forte et maritime, avec un tribunal de commerce, un conseil de prud'hommes, une chambre de commerce et 11,000 habitants, est assez régulièrement bâtie, mais triste, petite et ramassée; ses monuments les plus remarquables sont les

églises de Saint-Pierre et de Notre-Dame de Bon-Secours, l'hôtel de ville, bâti en 1231 . rebâti en 1760, et qui a un beffroi élégant, etc. Ses fortifications de terre et de m r sont considérables; la moitié de leur circuit est entourée par la mer, l'autre moitié par des terres marécageuses qu'on peut inonder ; mais elles ont le grave inconvénient de laisser le port à découvert, Les ouvrages ddtachés de la place sont la redoute des Crabes, le fort de Niculay, etc.

L'industrie de Calais consiste en fabriques considérables de tulles (22 maisons) et cotons filés pour tulles, filatures de lin, bonneterie, construction de bâtiments; son commerce, en bois du Nord, denrées coloniales, charbons, etc. Abrité contre les vents d'ouest, son port était jadis très-bon ; mais aujourd'hui il est en partie ensablé : il n'a que 5 mètres de profondeur h marée haute, et ne peut recevoir que des bâtiments de 6 à 500 tonneaux. On a cependant allongé son chenal à l'aide de jetées qui ont plus de 1.000 mètres de longueur, et une écluse de chasse donnant 1 million de mètres cubes d'eau est destinée à en maintenir la profondeur. On a aussi construit un avant-port de 450 mètres de longueur et un bassin à flot do 2 hectares. Grâce à ces travaux et malgré la concurrence de Boulogne , Calais fait encore un commerce considérable, arme pour la pèche du hareng et du maquereau, et communique par service régulier avec Douvres, Ramsgate et Londres.

Peu de villes en France ont un nom plus populaire et ont donné plus de preuves de dévouement à la patrie ; peu de villes aussi ont conservé plus profondément le souvenir de leurs glorieux ancêtres et de leur nationalité. Au onzième siècle , Calais n'était encore qu'un petit village de pécheurs qui dépendit tour h tour des comtés de Boulogne et de Guincs, et obtint une charte de commune au douzième siècle. L^uis, fils de Philippe-Auguste, s'y embarqua à l'appel du pape Innocent II, pour aller prendre la couronne d'Angleterre ; Philippe Hurepel, comte de Boulogne, la fortifia, et sa veuve céda à Louis IX cette place devenue importante. Dans la guerre de Cent- Ans, elle fit beaucoup de tort au commerce anglais et fut bientôt en butte à leur haine ; aussi, après la bataille de Crécy, Edouard llf vint-il l'attaquer; 738 navires la blor quèrent par mer; après un siège mémorable, elle fut prise, ses habitants expulsés et remplacés par des familles anglaises. Les rois d'Angleterre accordèrent de grandes faveurs à leur nouvelle conquête. Pendant les deux cent dix ans qu'elle resta sous leur domination , elle devint l'entrepôt du commerce britannique avec les Pays-Bas et l'Allemagne , ainsi que l'origine et l'asile assuré de toutes les invasions des Anglais en France. Jean sans Peur et Philippe le Bon essayèrent inutilement de la reprendre en 1 607 et 1637; enfin, en 1558, le duc de Guise, apparaissant subitement sous ses murs, s'empara des approches et de la ville en huit jours. Les habitants, chassés à leur tour, furent remplacés par ceux des villes ruinées de Thérouanne et de Saint-Quentin. Celte conquête fut reconnue par le traité de Cateau-Cambrésis (1559), et son territoire forma un gouvernement particulier, le pays reconquit. Prise en 1595 par les Espagnols, elle fut restituée par eux au traité de Vervins (1598). Sous Louis XIV, ses corsaires s'illustrèrent contre la marine et le commerce des Anglais, qui la bombardèrent deux fois en 1696 et 1695; elle joua un rôle moins important pendant la révolution, et sous l'empire elle tomba dans une nullité presque complète. La paix lui donna une grande prospérité, et comme c'est le point le plus voisin de l'Angle-

terre , plus de 80,000 voyageurs passaient annuellement dans ses murs; la navigation à vapeur, en abrégeant la distance , a permis à Boulogne de lui faire une heureuse concurrence, et chaque jour son activité se ralentit, quoique son port ail encore une grande importance.

Saini-PUrrt-Ui-Calais possède un conseil de prud'hommes, une chambre consul* tative des manufactures et ll,23à habitants. Située à 2 kilomètres de Calais, cette ville toute nouvelle en semble un faubourg : c'est à sos dépens qu'elle s'est formée , et elle lui a enlevé toute son activité. Il y a trente ans, c'était un hameau de 15 matson? , et aujourd'hui c'est une grande ville manufacturière qui , avec Calais , est le centre de la fabrication des tulles , dont s'occupent à Saint-Pierre seulement 75 maisons, la moitié anglaises. On y trouve en outre des fonderies de fer, des fabriques de draps, des filatures de lin et d'étoupes, des fabriques de métiers è tulles, etc.

Ètaplti (arrondissement de Montretiil), ville maritime de 2,267 habitants, est située près de l'embouchure et sur la rive droite de la Canche, dans un terrain plat et inondé, au milieu des sables et des dunes. Son port, qu'on a vainement essayé de creuser en 1803, n'est abordable qu'aux bateaux de pêche et petits bâtiments; mais sa population , toute composée de marins , lutte avec énergie et intelligence contre cetto mauvaise situation. Élaples a un entrepôt et des raffineries de sel . et fait surtout la pèche du hareng et du maquereau.

Son origine est inconnue; c'était, dit-on, la station d'une flotte romaine quand la baie do Canche allait jusqu'à Montrcuil. Déjà importante au neuvième siècle par son commerce, elle oblint une charte de commune en 1367. Les Anglais, maîtres de Calais, la dévastèrent en 1354, 1378, 1435; Charles VIII et Henri VII d'Angleterre y signèrent un traité en U92. eten 1803 l'aile gauche de la flottille de Boulogne y fut rassemblée.

Herk-tw Mer est un pelit port de pèche peuplé de 2.216 habitants, situé au milieu des dunes, et dont le tonnage en 1851 était de 87 petits bâtiments jaugeant 459 tonneaux.

Ifetdin (3,380 hab.) est située au confluent de la Canche, qui traverse la ville, et de la Ternoisc, qui passe dans ses fossés. Bien bâtie, bien percée, elle n'a d'autre monument que son hùtel de ville et ses vieilles fortifications; mais, grâce à ses environs délicieux , elle est l'une des plus agréables villes du Nord. Elle a des fabriques de bas, de tuiles, de savons, et fait le commerce de grains et de graines. C'est la patrie de l'abbé Prévôt.

Celle ville, placée d'abord à '1 kilomètres plus loin, au Vieil- Hetdin , avait un fort château, résidence des ducs de Bourgogne- Valois , où Louis XI visita Philippe le Bon en 1404, et dont il s'empara après la mort de Charles le Téméraire. Elle fut prise et repris»; huit fois en soixante-quinze ans par les Français et les Impériaux; le denrer siège, en 1553, fut fait par Philibert-Emmanuel contre Robert de la Marck; la ville et le château furent détruits comme venait de l'être Thérouanne, et de ses ruines il reste le village aciuol de Vieil Hasdin. Charles-Quint la rebâtit à 6 kilomètres plus à l'ouest, à Mesnil-sur-la-Canche , et fortifia la nouvelle ville, comme étant un avant-poste contre la Picardie. Le maréchal la Meilleraye la lit capituler en 1639, et le traité de 1659 la donna à la France.

Aire (arrondissement de Saint- Orner), place de guerre avec un collège et 8.781 habitants , est située au confluent de la Lys et de la Laquette , à la jonction des canaux de Saint-Omcr et de la Bassée, dans un pays couvert de jardins, de prairies, de hameaux ; elle est bien bâtie, bien percée, et a un aspect riant et animé. On y remarque l'hôtel de ville avec son beffroi, haut de plus de 40 mètres; l'église Sain t- Pi erre , monument du quatorzième siècle; les casernes, qui peuvent loger 6,000 hommes, et les fortifications, qui consistent en dix bastions, deux ouvrages à cornes et le fort Saint-François, situé à 800 mètres, pentagone régulier de cinq bastions. L'industrie ùe cette ville consiste en brasseries, fabriques d'huile, raflineries de sel, teintureries, et son commerce en grains, laines, charbons, etc.

Son origine est incertaine. Érigée en commune en 1188 , elle fut assiégée vainement par les Anglais en 1355, et prise par d'Esquerdes en 1482. Rendue par le traité de Senlis et fortifiée par Charles-Quint, elle résista en 1639 au maréchal de la Meiileraye, qui s'en rendit maître en 16ftl après un long siège. Elle fut prise encore en 1676 par le maréchal d'Huinières, fut cédée à la France par le traité de 1678, et s'illustra en 1710 : assiégée alors par Eugène et Marlborough, elle ne capitula qu'après cinquante-huit jours de tranchée , avec les honneurs de la guerre. Elle fut rendue à h France par le traité d'Utrecht.

Thérouanne , commune du canton d'Aire, n'est plus qu'un triste village do 936 habitants, qui est le vivant témoignage des calamités infligées par la guerre à l'Artois. Ancienne capitale des Morini, devenue la principale forteresse des Romains dans ces pays sauvages , cette ville était très-vaste et très-riche dans les premiers «siècles de l'ère chrétienne; elle fut tour à tour ravagée par les Huns (451), les Normands (881 et 884), les Flamands (1303), les Anglais (1347). Maximilien vint en l/479 en faire le siège, et le leva après la bataille d'En gui negatte ; il l'assiégea de nouveau avec Henri VIII en 1513 , et la força à capituler après la journée des Éperons; elle fut alors démantelée; enfin Charles-Quint s'en empara en 1533 , et n'y laissa pas une maison, pas un habitant. Repeuplée malgré ce désastre , elle fut encore incendiée et détruite dans la guerre de Trente-Ans.

Ardret, ville de 2,071 habitants, est située sur un coteau, au milieu d'un pays marécageux, près du canal d'Ardres à Calais; elle n'a aucun édifice remarquable , ne compte plus parmi les places fortes, bien qu'elle ait des restes de fortifications , et ne fait qu'un médiocre commerce.

C'était la deuxième ville du comté de Guines; comme Guines, c'était l'avant-gardo de Calais, et, grâce à cette position, elle a joué un rôle militaire considérable. Prise par les Anglais en 1347, elle le fut encore en 1377 par Philippe le Hardi , et en 1492 par les Anglais alliés de Maximilien, qui la rendirent au traité d'Étaples. C'est prè- de là , entre cette ville et Guines, qu'eut lieu en 1520 l'entrevue du camp du Drap-d'Or. Prise encore en 1596, après une glorieuse défense, par l'archiduc Albert, elle fut restituée à la France par le traité de Vervins (1598). Les Espagnols l'assiégèrent vainement en 1657.

On remarque encore dans l'arrondissement de Saint-Omcr : Arques (2,700 hab.), qui a des distilleries d'eaux-de-vie et des fabriques de sucre indigène ; Audrick (2,200 hab.), ch5teilenie autrefois importante et qui a subi de nombreux sièges;

l'auquembenjue, ville nubile à 1.000 habitants, autrefois très-forte, et dop.t les seigneurs battaient monnaie; EnguineijaUc , village célèbre par la bataille de 1/|79 et p u- celle de 1M3, dite la journée des Éperons; Renti, village que défendait jadis un château fort, où le duc de Guise battit les Impériaux en 155'i.

Azincourt (arrondissement de Sainl-l'ol), village du canton de Wail, peuplé de /|00 habitanLs, et situé dans une longue plaine près des sources de la Planquctte, affluent de la Candie, est célèbre par la bataille du 25 octobre 1M5, où les Anglais remportèrent une victoire complète sur la noblesse orgueilleuse et indisciplinée de la France ; 8,000 gemilshommes y périrent. Des fouilles faites par les Anglais en 1810 ont amené des armes, des pièces d'or, des bijoux, etc.

On trouve encore dans l'arrondissement de Saint-Pol : Frètent, bourg de 3,050 ha: bitanls, situé sur la Candie, remarquable par ses filatures de laine et de lin, et près duquel se trouvait l'abbaye de Cercamp, où les comtes de Saint-Pol sont enterrés; Permet, ville jadis très-forte, située sur la Clarcnce, et réduite à 900 habitants: il ne reste plus aucune trace de 'son ancienne puissance , si ce n'est dans les traditions du pays.

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