FLANDRE, H A 1 N A UT ET CAMBRÉSIS. — DÉPARTEMENT DU NORD
§ I". Limites, subdivisions, aspect général. — L'ancien gouvernement militaire de la Flandre était borné au nord par les Pays-Bas et la mer d'Allemagne , au sudouest par l'Artois, au sud par la Picardie, à l'est par la Champagne; il comprenait la Flandre française, qui n'était qu'une partie de ce qu'on appelait Ict Flandres, nom général donné à tout le pays compris entre la mer, l'Artois et le bas Escaut, et l'on y avait ajouté le Hainaul français et le Cambrisis. Ces pays forment h peu près aujourd'hui le département du Nord , lequel comprend dans sa partie septentrionale une longue bande de territoire qui, près d'Armentières, n'a guère que /i kilomètres de la'geur, et dans sa partie méridionale un espace triangulaire qui a près de 80 kilomètres de hauteur; sa plus grande longueur du sud-est au nord-ouest est d'environ 170 kilomètres.
La Flandre, le Cambrésis et le Hainaut, sous le rapport judiciaire (sauf Dunkerque cl Gravelines) , ressortissaient au parlement de Douai, qui avait été établi en 1 7 1 A ; sous le rapport administratif, ils formaient, avec l'Artois, deux généralités; celle de Lille, pour la Flandre et l'Artois; celle de Valencicnnes, pour le Cambrésis et le Hainaut. En outre, chaque province avait ses étals provinciaux : ceux de la Flandre maritime se tenaient à Casscl, ceux de la Flandre wallonne à Lille, ceux du Hainaut • à Valencicnnes. A la formation des départem nts, la Flandre maritime a formé les arrondissements de Dunkerque et de Hazebrouck, la Flandre wallonne les arrondissement de Lille et de Douai, le Cambrésis l'arrondissement de Cambrai, et le Hainaut les arrondissements de Valencicnnes et d'Avesues.
Ce pays présente généralement l'aspect d une \aste plaine unie, découv erte, sillonnée par quelques plis de terrain , coupée par une infinité de rivières et de canaux ; elle
ne présente presque partout que des aspects vulgaires, mais elle n'a pas la monotonie des plaines de la Picardie et de la Beauce, à cause de la division extrême des propriétés et de la très-grande variété des cultures. Sous ce ciel pâle, gris, doux, sous cette température humide, brumeuse, un peu froide, la terre, profondément fertile, se couvre presque partout d'une verdure épaisse, foncée, continuelle, qui s'émaille des couleurs des blés, des colzas, des œillettes, etc. Pas une parcelle de terrain ne reste en friche; nulle part, excepté sur la côte, on ne voit de cailloux et de sables; tout est gras, noir, vert, touffu, plantureux. C'est de tous les départements français le plus fertile et le mieux cultivé, et on lui a justement donné le surnom de ferme-modèle de la France; car la valeur de sa production agricole s'élève à 200 millions. Les villes, les villages s'y pressent, s'y serrent de telle sorte qu'on y compte G62 communes, dont 131 ont plus de 2,000 habitants, 17 plus de G, 000, et 7 plus de 20,000. 7 de ces communes ont plus de 100,000 francs do revenu, 23 plus de 30.000 francs, 39 plus de 10,000 francs, etc. C'est en même temps l'un dos pays les plus riches en produits minéraux, les plus industrieux et les plus commerçants. A chaque pas on rencontre des cheminées d'usines, des moulins à huile, des puits de mines, des fabriques de tout genre. Il renferme quatre des plus grands centres manufacturiers de la France, et, ce qui vaut mieux, l'industrie y est répandue jusque dans les villages et près du foyer domestique. Dans aucun autre des déparlements actuels le commerce ne trouve plus de facilités pour ses transports : car le pays possède 39 rivières ou canaux navigables, h chemins de fer, 32 routes impériales ou départementales et 2 ports. Enfin c'est une contrée essentiellement militaire, l'un des grands fronts de celle vaste citadelle dont Paris est le réduit, l'un des boulevards de la France. Nulle part la barrière artificielle dont le génie de Vauban a couvert nos frontières n'apparaît mieux combinée et plus redoutable ; nulle part un pays plat et ouvert par la nature à toutes les invasions n'a été plus complètement , plus habilement fermé; nulle part le réseau de nos forteresses (qui ne contient pas moins de 15 places ou forts) n'est défendu par une population plus forte, plus résolue, plus digne de servir d'avant- garde à la France.
Le voisinage de la mer, le peu d'élévation du sol, l'étendue des marais, le grand nombre des cours d'eau, les hivers, qui sont pluvieux ou brumeux, contribuent à donner à la Flandre un climat froid et humide, un air épais et rude. Le maximum ordinaire du froid est de —8°, et celui de la chaleur de -|-320. Les vents dominants viennent de l'ouest.
§ II. Description physique. — Bassins de l'Aa et de l'Yseb. — Cotes. — L'orographie des pays qui nous occupent est à peu près nulle ; tous les cours d'eau qui les arrosant ont en eflel leur origine dans les collines de F Artois, qui, nous le savons, séparent les eaux de la mer du Nord de celles de la Manche et courent dans le déparlement du Pas-de-Calais depuis le pelit plateau de Saint-Qtientin jusqu'au cap Grisnez. Toutes ces rivières, l'Aa exceptée, ont également leur embouchure hors de la province, dans la mer du Nord, en Belgique. Le département du Nord se divise donc physiquement, historiquement et adminislrativement en trois parties différentes : 1° celle des bassins de YAa cl de Yl'ser, comprenant autrefois la Flandre maritime, et aujourd'hui les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck ; 2" celle des bassins de la Lys et de Y Escaut supérieur, comprenant autrefois la Flandre wallonne et le Cumbrèsis, et aujourd'hui