‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 3)Chapitre 1 sur 24 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Sur l'étude de la Géographie en général, et sur le but, le plan et les divisions de cct ouvrage eu particulier. — Dignité et utilité de la Géographie, — Plan de cet vuvrage, — Divers genres de Géographie spéciale. — Limites de la Géographie, — Sources de cette science.

Nous nous proposons de renfermer dans une suite de discours hisloriques, l'ensemble de la géographie ancienne et moderne, de maniere à laisser, dans l'esprit d’un lecteur attentif, l’image vivante de la icrre entière, avec toutes ses contrées diverses et avec les lieux mémorables qu’elles renferment et les peuples qui les ont habitées ou les habitent encore, Cette tâche paraît immense, si nous considérons combien de détails variés il faut réunir dans un tableau de peu d’étendue; ce dessein paraît même téméraire, si nous réfléchissons sur la nature de la matière que nous devons traiter, matière qui ayant élé abandonnée, chez les modernes, à des plumes plus doctes qu'élégantes, passe généralement pour n’admettre ni l'éclat des compositions littéraires, ni la profondeur des méditations philosophiques.

Toutefois, la défiance que devait nous inspirer la considération de 1. 1

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tant de diMcultés, a cédé à une conviction intime qui nous faisait entrevoir, dans la science géographique, moins ce qu’elle était que ce qu’elle pouvait et devait être./Nous nous sommes dit: La géographic n'est-elle pas la sœur et l'émule de l'histoire ? Si l’une règne sur tous les siècles, l’autre n’embrasse-t-elle pas tous les lieux? Si l’une a le pouvoir de ressusciter les générations passées, l’autre ne sauraitelle fixer, dans une image immobile, le tableau mouvant de l'histoire, en retraçant à la pensée cet éternel théâtre de nos courtes misères, celte vaste scène, jonchée de débris de tant d’empires, et cette immuable nature, toujours occupée à réparer par ses bienfaits les ravages de nos discordes ? Et cette description du globe n'est-elle pas intimement liée à l'étude de l’homme, à celle des murs et des institutions? n’offre-t-clle pas à toutes les sciences politiques des renseignements précieux ? aux diverses branches de l'histoire naturelle un complément nécessaire? à la littérature elle-même un vaste trésor de sensations et d'images”? C'est ainsi que nous avons été entraîné var l'espoir d'élever à la géographie un monument qui ne fût pas

| trop indigne de figurer à côté de ceux dont s’enorgucillit l’histoire.

Voici l'économie de netre ouvrage. Nous commençons par Île tableau historique des progrès de la géographie. Nous prenons cette science à son berceau. Moïse et Homère nous présentent d’abord le: mappemondes de deux peuples antiques. Bientôt, à la clarté des étoiles , le navigateur phénicien traverse la Méditerranée et découvre l'Océan. Hérodote raconte aux Grecs ce qu'il a vuet ce qu’il a entendu dire. Le vastesystème colonial de Carthage et les courses aventureuses de Pythéas de Marseille, font connaître l’occident et deviner le nord. La gloire d'Alexandre répand une vive lumière sur les contrées de l'orient. Les Romains héritent de la plupart des découvertes qu’avaient faites les nations policées de l’antiquité. Les Eratosthène, les Strabon, les Pline, les Ptolémée cherchent à coordonner ces matériaux encore imparfaits et incomplets. Puis la grande migration des peuples vient renverser tout l'édifice de l’ancienne géogaphie: c’est en périssant que les Grecs et les Romains apprennent combien le monde était plus étendu que leurs systèmes ne le faisaient paraître. Peu à peu ce chaos se débrouille, et, avec une nouvelle Europe, naissent :es éléments d'une géographie nouvelle. L’esprit des voyages se reveille :

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DE L'ÉTUDE DE LA GÉOGRAPHIE. J déjà il avait inutilement conduit les Arabes et les Scandinaves, ceuxlà aux Moluques, ceux-ci en Amérique; la science n'était point là pour recueillir le fruit de ces courses audacieuses, Plus instuits et non moins courageux, les Italiens et les Portugais, à l’aide de l’aiguille aimantée, parcourent avec sûreté la haute mer, betoutes parts tombent les barrières qu’avaient élevées les préjugés et qui rétrécissaient l'horizon de la géographie. Colomb nous donne le Nouveau-Monde. Par mer et par terre, tous les peuples s’élancent dans la carrière des découvertes, et, par leurs efforts réunis, le vaste ensemble du globe, malgré quelques ombres partielles, est enfin ouvert aux regards de la science.

Après avoir retracé ces époques de la géographie, nous en rechercherons les principes mathém tiques, physiques et politiques. Nous emprunterons à l’astronomie ce qu'il faut necessairement savoir sur la figure, la grandeur et les mouvements de notre planète; à la géométrie, les notions les plus nécessaires sur l’art de représenter, dans les bornes d’un dessin peu étendu, la forme exacte des terres ct des mers; nous dirons comment on détermine la distance des lieux, et comment on compare les mesures diverses, usilées dans les divers pays. Passant ensuite au tableau physique du globe, nous contemplerons les grands traits de la nature, les montagnes dont se hérisse la surface de la terre, les mers qui la ceignent, les fleuves et Jes vallées qui la sillonnent; nous descendrons dans les cavernes et dans les mines; nous nous pencherons sur les bords du cratère fumant; en un mot, nous étudierons la structure du globe.

Après avoir pris connaissance des mouvements de l'atmosphère et de la loi des températures, nous distribuerons dans leurs régions natales, les animaux, les végétaux, tous les êtres enfin que nourrit le sein inépuisable de la terre. Nous finirons par considérer l'homme dans son état naturel et politique; nous classerons les races humaines, d’après les caractères physiologiques qui les distinguent, d’après les langues qu’elles parlent, les croyances qui les consolent ou les enchaînent, et les lois qui marquent l'essor de leur civilisation ou la profondeur de leur abrutissement.

Le globe terrestre a-t-il toujours été dans l’état que nous décrivons? C’est une question qui n’intéresse pas moins l’histoire de l’homme

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que celle de la nature; mais est-ce une question de géographie phvsique? est-ce méme une question que, dans Pétat actuel des sciences, on puisse discuter avec fruit? Nous n'entreprendrons point de la résoudre; nous nous contenterons d'exposer les faits positits sur lesquels les géographes ont édifié leurs brillants systèmes.

Celte introduction générale terminée, nous passerons à la description successive de toutes les parties du monde. C’est ici qu’il nous a fallu de longues méditations, avant d’avoir pu trouver et arrêter la méthode qui réuuit le plus de solidité et Le plus d'agrément. Un ordre purement géographique paraissait devoir anéantir les liaisons politiques et morales des divers tableaux que nous avious à présenter, un ordre purement poliique aurait nui à la description des montagnes, des mers, des fleuves, des climats. Comment concilier, en quelque sorte, ces deux méthodes? IL faut tenter plus d’une voie, il faut varier les moyens selon les obstacles qu’on se propose de vaincre. Esquissons, dans des iutroductions particulières, ces traits généraux qui appartiennent en commun à une partie du monde; plaçons, par exemple, le tableau des Alpes à la tête de la description de l'Europe, et celui des Cordillières, au commencement de la section consacrée à l’Amérique méridionule, Plusieurs peuples, séparés dans FPordre politique, r atsils une origine, une langue, une histoire commune:? réunissoiisles sous un seul poiut de vue; cherchons à former partout des masses bien arrondies et faciles à embrasser d’un seul coup d’æil, rassemblons en groupes naturels les petits États, et distribuons les provinces des grauds empires, d’après la direction des montagnes et des fleuves; enfiu, que toutes les comparaisons des divisions, fau lieu d’embarrasser le discours, soient rejetées dans des tableaux synoptiques et analytiques,

Outre la disposition générale, il a fallu encore trouver la méthode particulière fpour la description de chaque pays. Apres avoir examiné toutes les préteudues classifications des objets de la géographie spcciale, nous avons reconnu que c’est précisément l'emploi trop rigoureux de ces ncthodes abstrailes qui donne aux livres de géographie ant de sécheresse, Grâces à ce vain appareil de science, la géographie, celte image vivante üc l'univers, ne semble en ètre que la froide ct tristejanatoinie, Variaut d’après la nature des objets, non-seuleinnt

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DE L'ÉLTUDE DE LA GÉOGRAPHIE. D) le ton, mais même l’ordre de la descriplion, nous avons cherché à inventer, pour la peinture de chaque pays, un cadre particulier qui convint à la grandeur relative des objets. Un pays offre-t-ille spectacle d’une riante culture : nous en détaillons avec soin les diverses productions. Est-il inculte : nous retracons plus en grand Île caractère que la nature Jui a imprimé. lei, dans un voyage supposé, nous érnmimérons sans sécheresee les villes c'e l'intérieur; là, navigateurs saos péril, nons voguons de porten port, d'ile en île, Une nation joue-t-elle un grand rôle dans le monde civilisé: nous indiquons ses force:, ses ressources, ses intérèts, S'agit-il d'une peuplade sauvage : nous nous atlachons davantage à peindre ses n.œurs ct sa manière de vivre.

Le choix des villes et des lieux remarquables que nous décrirons, gera déterminé, tantôt d'apres l'importance politique, tantôt d’après la célébrité bistorique. Nous prendrons souvent la liberté de discuter, en passant, un point de géographie critique, de résoudre un doute, de relever une erreur; nous ne nous interdirons pas non plus le plaisir de semer, au milieu d’une description topographique, des traits d'histoire ou des anecdotes relatives aux mœurs, ct qui servent à fixer dans ia mémoire les noms les plus difficiles à retenir. Pourquoi dédaigner de cucillir une fleur qui se présente à nos regards? Pourquoi une description du Monde ne ressemblerait-clle pas à notre terre elle-même, où les déserts les plus arides offrent de temps à autre une source limpide etde frais ombrages? En un mot, nous avons voulu faire un livre et non une table des matières.

Toutefois, en adoptant ce plan pour notre Géographie universelle, nous sommes loin de nier le mérite des méthodes différentes de la nôtre. Qu'un nouveau Varénius, dans une géographie purement mathématique, fasse usage de toutes les ressources de la haute gé6omélrie, qu'un autre Bergmann discute daus le langage de la chimie et de l’histoire naturelle, les éléments d’une nouvelle géographie physique ; que les naturalistes subdivisent même la géographie physique en plusieurs sciences particulières, telles que la géographie des plantes, Ja géographie minéralegique, ete.; que d’autres rassemblent avec une patience infatigable les matériaux de la chorographie et de la topoyraphie, qui ont pour but la description particulière d’une contrée, d’un cauton, d'une ville; qu'ils étalent en d’imnenses colonues de chitlres, les

détails de cette branche de géographie politique, qui, de nos Jours, a acquis tant d'importance sous le nom de statistique; que de laborieux érudits approfondissent d’autres parties, telles que la critique comparative des anciens géographes, ou l’histoire des voyages et des découvertes : rien de plus utile à la science que ces travaux consacrés à un objet particulier; rien de plus juste que de donner à chacune de ses branches les formes les plus exactes, les plus rigoureuses, les plus scientifiques que leur nature particulière puisse admettre. Mais une géographie universelle ne pouvant, sans tomber dans le défaut d’üne étendue démesurée, embrasser tous les détails des diverses branches de la science du géographe, doit se borncr à cueillir la fleur et le fruit de ces savantes discussions et de ces pénibles recherches.

Il y a encore un point de vue qu’il nous paraît nécessaire d'indiquer aux lecteurs de cet ouvrage. Les principes mathématiques et physiques de la géographie sont immuables, mais l’état des connaissances humaines varie; les peuples s’éteignent, les royaumes s’écroulent, les villes tombent en ruines, et finissent par ne point laisser de trace de leur existence. On peut donc se figurer une série de géographies, dont chacune, très-différente de celles qui la précèdent ou qui la suivent, serait pourtant vraie, exacte et complète pour l’année ou même pour le siècle auquel elle appartiendrait. L'usage a consacré, en quelque sorte, une triple partition de la science, sous ce rapport; on comprend dans la Géographie ancieane tout ce qui est intérieur à l’an 500 de J.-C. ou à la grande migration des peuples; la Géographie du moyen âge descend jusqu’à la découverte de l'Amérique; le reste est regardé comme le domaine de la Géographie moderne. Mais si l’on voulait mettre dans le langage une rigueur scientifique, on devrait distinguer autant de géographies qu'il y a eu de nations et de siècles marquants. Ces géographies peuvent être considérées chacune à part comme une science particulière; ce ne sont à la vérité que des systèmes incomplets et erronés, en comparaison de la géographie de notre siècle; mais il est intéressant, d’avoir une idée de cette marche lente et quelquefois rétrograde de la science, Nous allons tracer à grands traits cette histoire des découvertes et des systèmes géographiques, avant de commencer l'exposé de la géographie moderne mais ce n’est toutefois que cette dernière partie que nous promettons

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Nous circonscrirons même la géographie moderne dans de justes limites, qui, sans la réduire à une aride ei insignifiante nomenclature, l'empécheront de se confondre avec d’autres sciences. Les discussions de politique, de religion, de morale; les recherches d'histoire, de chronologie et d’antiquités qui ne touchent pas directement aux changements géographiques; les calculs de haute géométrie ; les applications superflues des thèses de physique et de géologie; les détails d’histoire naturelle qui ne sauraient être exprimés qu’en termes de naturaliste, ou qui ne forment point un trait essentiel dans le tableau physique d'un pays; toutes ces choses sortent entièrement du cadre d’une bonne géographie universelle, quoique plusieurs puissent entrer convenablement dans des traités spéciaux de géographie mathématique, physique ou politique.

Elle cest assez vaste, sans tout cet attirail étranger, la science du géographe ; elle offre assez de difficultés, assez d’épines. Quand on aurait lu, comparé, jugé toutes les relations des voyageurs de toutes les nations, quand on aurait analysé un immense nombre d'itinéraires, d'observations astronomiques, de dissertations, de descriptions et notices, de recensements et tableaux officiels, d’estimations et de calculs faits par des particuliers; quand on aurait cherché péniblement quelque renseignement géographique perdu daus un mémoire d'histoire naturelle, dans une topogranhie médicale, minéralogique ou botanique, souvent mème dans des almanachs de commerce et des journaux de politique, on n'aurait pas encore épuisé toutes les sources de la géographie, et il resterait encore à découvrir tout ce qui est caché dans les archives des gouvernements, ou enterré dans les portefeuilles des particuliers, et Lout ce qui, bien qu'étalé à nos yenx dans ‘3 grand livre de Ia nature, n’a pas encure trouvé un observateur attentif.

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