‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 3)Chapitre 2 sur 24 · LA GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LA GÉOGRAPHIE

Histoire de la Géographie, — Commencement de cette science, — Connaissances

de Moïse et d'IHomirie, :— Voyages des Argonautes,

a marche des connaissances géographiques ne nous est connue qu’à l'égard d’un petit nombre de peuples, dont l’histoire nous a été conservée avec quelque degré de certitude. D'ailleurs, les progrès des découvertes ont dù être plus ou moins rapides, selon le caractère des nations et leur manière de vivre. Les peuples agricoles ne sortent guère des fertiles contrées qui les nourrissent; voilà pourquoi les anciennes mappemondes des Indous ne présentent de clairement tracé que l'Indostau, la Perse, le Thibet, et l'ile de Ceylan. La même raison doit faire rejeter les obscures traditions qui tendent à placer le berceau de la géographie sur les bords du Nil, Les Esyptiens ont pu tracer des méridicns ; les inondations périodiques ont pu leur rendre nécessaire Part de lever des plans topographiques; mais cette application de la géométrie ne suppose point des idées géographiques chez un peuple qui avait la mer etla navigation eu horreur. Il faut avouer que nous n'avons pas de système géographique, digne d’attention, qui soit antérieur à celui de Moïse (a. M. 2460). Les livres de l'historien sacré, et ceux de ses successeurs, contiennent les notions des Hébreux, des Phéniciens, des Arabes, et des autres peuples de l'Asie occidentale.

Après Moïse, le plus ancien auteur qui nous fournisse l’idée d’une [nl ?

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géographie, est Homère (4. M. 3000); il nous fait parcourir toute la sphère des connaissances, des traditions et des fables répandues en Grèce et dans l’Asie-Mincurce.

Les bases communes aux premières géographics, furent presque toutes prises dans les préjugés des siècles peu éclairés qui les virent naître. D'abord chaque peuple se crut naturellement placé au centre du monde habité. Cette idée était si généralement répandue, que chez les Indous, voisins de l’équateur, et chez les Scandinaves, rapprochés du pôle, deux mots et même deux mots assez semblables, midhiama et midgard, signifiant tous les deux La demeure du milieu, étaient souvent employés pour désigner les contrées qu’habitaient ces deux peuples. L'Olympe des Grecs passait, comme le mont Mérou des Indous, pour le centre de toute la terre : on se représentait le monde habité comme un vaste disque, borné de tous les côtés par un Océan merveilleux et inaccessible ; aux extrémités de la terre, on plaçait des pays imaginaires, des îles fortunées, et des peuples de Géants ou de Pygmées, La voûte du firmament était supportée par des montagnes énormes où par des colonnes mystérieuses,

Ces rêves d’une imagination active ne pouvaient être dissipés par les premiers voyageurs ou navigateurs. «Trop de dangers attendaient ja- » dis celui qui eût voulu pénétrer aux extrémités de la terre. Y par- » vint-il même, il était bien difficile de faire soi-même des observations » au milieu des déserts ou des peuples sauvages; il l'était encore plus d'apprendre quelque chose de gens dont on n’entendait pas la lan- » gue; étant enfin de retour, une nouvelle lutte attendait le voyageur ; » il fallait résister à l’esprit général et se respecter assez soi-même pour » ne pas débiter des fables que tout le monde était prêt à accueillir. » Ce témoignage positif du judicieux Polybe s'accorde parfaitement avec l'opinion d’Eratosthène, ce savant bibliothécaire d'Alexandrie qui disait aux érudits de son temps, aussi mauvais critiques que les nôtres: a Ou reconnaissez qu'Homère a conté des fables surles pays visités par » Ulysse, ou allez nous retrouver Eole avec le sac dans lequel tous les » vents étaient renfermés. »

La seule nation qui sût naviguer en haute mer, la seule qui eût parcouru la Méditerranée et pénétré dans l'Océan, cachait avec soin ses découvertes, ses entreprises et ses colonies. Les Phéniciens, déjà

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fondateurs, à l’époque dont nous parlons (a. M. 3000), d’Utique, de Carthage, de Gades et d’autres colonies, employaient tous les moyens possibles pour empêcher les autres nations de suivre leurs traces

Les Carthaginois faisaient jeter à la mer tout navigateur étranger

qui s’approchait des côtes de la Sardaigne. Moins jaloux d’un peupie agricole et pasteur, les Phéniciens de Tyr associèrent les Hébra@@ ue

quelques-unes de leurs expéditions maritimes: mais ces liais G & furent pas d'assez longue durée pour agrardir considérablefh£ la sphère des connaissances de ceux-ci. | $ ©° &

Il ne faut donc chercher dans les livres de Moïse et dans leKaues AS) anciens écrits des Hébreux, que quelques indications sur le siééKprisg:ae ” mitif des nations de l’Asie occidentale. L'auteur de la Genèse n'a pa . voulu faire une géographie; il ne s'explique point sur la structure générale de la terre; il n’indique d'une manière reconnaissable d’autres grands fleuves que le Phrat ou l’'Euphrate et le Nil, qu’il appelle fleuve de Mizraïim ou d'Egypte. Une chaîne de montagnes est nommée 4rarat ; si l’on compare tous les passages où il en est parlé, on reste persuadé que c’est dans les branches du Taurus, répandues en Arménie et en Curdistan, qu'il faut chercher ces fameuses montagnes près desquelles historien hébreu place le second berceau du genre humain.

Toutes les nations de l’Asie occidentale, que Moïse a connues, sont ramenées à trois familles : l'une, celle de Sem, comprend des peuples pasteurs, habitant sous des tentes; l'autre se compose des nations industrieuses et commercçantes, dont Cham est la souche; enfin, au nord des autres, la race de Japhet établit ses belliqueux empires.

Sur un de ces points, l’antique tradition des nations les plus éclairées, coïncide d’une manière frappante avec les récits de Moïse. Cet auteur et plusicurs autres écrivains hébreux disent positivement que les contrées riveraines de la Méditerranée, les îles des Gentils furent peuplées par les descendants de Japhet. Or les Grecs et les Romains font descendre

*tout le genre humain, c’est-à-dire, toutes les nations à eux connues, de Japetus, dont le nom ne diffère pas essentiellement de celui de Japhet.

Encouragés par cet accord surprenant, des érudits ont cherché à fixer le nom et le siége primitif de chaque peuple descendant de Japhot, de Sem, et de Cham ; mais comment supposer que des noms

de familles aient été conservés à travers les vicissitudes des siècles ? Comment reconnaître les demeures ou les traces de nations errantes qui v’élevaient aucun monument?

On reconnaît l’'Ion ou Zion des Grecs, père des Toniens, dans Javan, et Madaï désigne vraisemblablement les Mèdes. Il y a d'autres noms d'une interprétation plus difficile ; tels sont ceux de Gomer, de Magog, et autres: ils paraissent désigner des peuples voisins du Pont-Euxin ct du Caucase, Cette mer inhospitalière, ces montagnes redoutäbles semblent être les limites de la géographie mosaïque du côté du nord; cependant Thiras pourrait bien avoir du rapport avec les Thraces, si voisins de l'Asie.

Un des descendants de Janhet, par Javan, est nommé Tharschich, ct serait, selon Josèphe, la ‘souche des Ciliciens, dont Tarsus était la ville principale ; mais il est impossible de voir dans ce Tharsis de la Genèse, le pays lointain dont les richesses furent lobjet des voyages entrepris en société par les Hébreux et les Phénicicns, du temps de Salomon. Saint Jérôme a observé, et notre savant Gosselin a complétement prouvé que le mot Tharschich, daus les passages où il est question des voyages que les Phéniciens et les Hébreux faisaient en partant du port d’Eziongeber sur la mer Rouge, ne dénote autre chose que la grande mer, Quant à l’Ophir d'où les flottes de Salomon rapporlaient les trésors de l'Indostan ct l'Ophir dont parle Moïse, c'étaient deux contrées absolumeut différentes, comme la différence orthogrophique des deux noms hébraïques aurait dù le faire voir, d'autant plus que, dans la version des Septante, l'Ophir de Müïise est rendu par Oupheir et celni des temps de Salomon par Soopheira. Le premier était sans doute une contrée de l’Arabie Heurense ; mais l’autre, la patrie des picrres-gemmes, des bois odoriférants, de l’or et de l'étain, semble devoir être cherché dans les Undes orientales.

Passons maintenant à l’examen des pays désignés comme le séjour des Sémites ou descendants de Sem. Les Hébreux étaient à même de bien les connaître, puisque c'étaient leurs frères et leurs voisins. Aussi cette partie de la géographie hébraïque est bien précieuse; elle indique l'identité d'origine de presque tous les anciens peuples des bords de l’Eupbrate, d’une partie de l’Asie-Mineure, de la Syrie ei de VArabie, idcutité parfaitement constatée par la ressemblance de leurs

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L'£ian, l'Elymaïs des Grecs, longtemps un royaume indépendant, l'Assur ou l’Assyrie et l’Aram, qui est la Syrie, rappellent incoutestablement trois noms des fils de Sem ; le dernier était connu d'Hoimère qui eu a fait ses Arémi, Mais on ne s'accorde pas aussi bien sur Lud qui nous paraît être la nation des Lydiens, si puissante dans lAsie-Mineure. On dispute aussi pour savoir si les Chaldéens descendent d’4r, qui est la souche des Hébreux et de tant d’autres peuples sémitiques, et qui parait s'être d’abord établi dans l'Arménie et la Haute-Assyrie, où l’on trouve une province Arrapachitis, Ou a même cherché à retrouver les Chaldéens tantôt daus les Chalybes des Grecs, tantôt dans les Scythies qui fireut une invasion dans l’Asie ; enfin on en a voulu faire une race indigène qui scrait la souche des Arméniens et des Curdes.

C'est dans l’Asie occidentale que la géographie hébraïque, d’accord avec tous les auteurs profanes, indique les plus anciens empires que nous connaissions. Leurs immenses capitales, Babel ou Babylone, et Ninive ou Ninus, ont disparu; mais le souvenir des Assyriens et des Chaldéens est conservé par l'histoire des peuples qu'ils ont soumis. Alors, plus encore qu'aujourd'hui, les ravages de la guerre changeaient l’état et les limites des pays qui deveuaient la proie d’un conquérant. On amenait en captivité des nations entières; on leur assignait de nouvelles deiueures.

Au midi des empires de Ninive et de Babylone, plusieurs peuples, amis de la liberté, changeaient de domiciie au gré de leur humeur inquiète. La géographie des siècles les plus reculés distingue déjà Les Edomites, connus des Grecs sous le nom d’Iduméens ; les Madianites, très-anciennement adonnés au commerce, mais dont le nom disparait bientôt; les Nabaïoths où Nabathéens des Grecs et des Romains, tribu principale parmi celles du nord-ouest de l'Arabie, qui font remonter leur origine à Isinaël ; beaucoup d’autres tribus arabes du centre et du midi, qui regardent conne leur souche, Juctan, et parmi lesquelles les Homérites établirent, dans PYémen, un empire longtemps heureux et puissant ; enfin, les célèbres Hébreux qui se disent, comine tous ces peuples, descendants de Sem, par Arphacsad, assertion dont la ressemblance des langues ferait d'ailleurs un: vérité historique.

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Moïse connaissait même les noms de Æadramauth ou Hazarmaveth, ct de Chavilah où Chaulan, deux contrées d'Arabie encore ainsi nominées de nos jours. Semblables aux Bédouins modernes, la plupart des anciens Arabes, et les Hébreux eux-mêmes, menaient une vie errantc; rois de leurs déserts, au milieu de leur heureuse famille et de leur: troupeaux innombrables, ces patriarches n'avaient rien à envier aux monarques de la terre. Il y avait aussi des tribus agricoles; les Homérites élevèrent des digues pour retenir les torrents des montagnes, et des aqueducs pour en distribuer les eaux dans les champs. D’autres tribus ayant dompté le chameau, employèrent ce navire du désert à transporter en Syrie, à Babylone et en Egypte, les parfums «1 les pierres fines de l'Arabie Heureuse, et plus tard, les produits de l'inde, que le commerce maritime amenait sur les côtes de l'A: rabie.

La troisième race d'hommes connue de Moïse et des Hébreux, est représentée comme la postérité de Cham ou Ham, troisième fils de Noë, et les malédictions dont tous les écrivains hébreux la chargent, semblent prouver qu’elle a dùà différer des peuples sémitiques, soit par sa conslitution physique, soit par sa langue et ses mœurs, Le nom même de Ham ou Cham signifie en hébreu ou la couleur foncée de ces peuples, où là chaleur du climat sous lequel ils habitent, Ce nom se retrouve évidemiment dans celui de Cham où Chamia, donné à l'Égypte par les indigène: dans les temps anciens et modernes. Il est également incontestable que le nom d’un des fils de Ham, Mizr (au pluriel Mizraim }), le même que chez les Arabes et les Turcs, désigne encore aujourd’hui l'Egypte, principalement le Delta. Ce point de la géographie mosaïque semble don: très-clair, et s’il nous est impossible de retrouver d’une manière certain

tous les peuples indiqués comme descendants de Mizraïn, il nous es

pourtant permis de croire que les Hébreux connaissaient toute l’Egypli et une partie des côtes africaines du golfe Arabique. On ne peut guèr non plus douter que le nom de Kusch, donné à un des fils de Ham, n désigne les peuples de l’Arabie méridionale et orientale, où les géogr phes grecs et romains connurent les villes ou peuples de Saba, de Sab batha, de Rhegma, et autres que les auteurs hébreux donnent à quelques-uns des descendants de Kusch.

La géographie des Hébreux présente des lumières bien plus précise:

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quand elle nous retrace l’ancien état de la Palestine. Cette contrée, théàtre d’une des plus anciennes révolutions physiques consacrées par l’histoire, de celle qui fit écrouler Sodôme et Gomorrhe dans les abimes de la mer Morte, devait le nom sous lequel les Grecs la connurent, aux Philistins, peuple sorti de l’Egypte et qui avait d'abord cherché un asile en Chypre. La Palestine était encore habitée par une foule d'autres tribus qui toutes descendaient de Chanaan, fils de Ham. Cette circonstance pourrait servir à expliquer pourquoi les Phéniciens qui parlaient la langue cananéenne, trouvérent tant de facilité à se répandre en Afrique. Le commerce florissant de Tyr et de Sidon étonne moins lorsqu'on se rappelle combien les auteurs hébreux nomment de villes murées dans la Palestine et dansla Syrie. Dumas, Hémath, Hébron, Jéricho existaient longtempsavant Athènes; Sidon est déjà célébrée par Homère, et la superbe Tyr, la reine des mers, nommée par les écrivains hébreux du temps de David (a. M. 2950), a dû préparer pendant plusieurs siècles cette grandeur commerciale, dont le prophète Ezéchiel traça le brillant tableau à une époque où Rome, sous le premner des Tarquins (4. M. 3385), commençait à changer ses chaumières en maisons. Les cèdres du Liban, les chènes de lu Bazanée, les bois les plus précieux de Chittim (Citium en Chypre) servaient à la construction des flottes de Tyr; son port étail le marché de l’Asie, de l'Egypte ct de la Grèce; les caravanes de l’Arabie Heureuse, veuues d’Aden, de Cane et d’autres villes, y apportaient Les pierres-gemmes, les épiceries et les étoffes de l'Inde; l’Egyptien y vendait ses toiles fines; Damas y envoyaitses laines d’une blancheur éblouissante; l’argent, l’étain, le plomb, tous les métaux de l’Asie-Mineure y arrivaient par les vaissaux de Tarschisch qui peut désigner ici Tarsus en Cilicie; les Ioniens y achetaient des esclaves et probablement toute sorte d'ouvrages de manufacture.

Placés dans le voisinage d’une ville où refluaient tant de nations, les Hébreux, qui eux-mêmes vendaient aux Tyrieus leurs blés, leurs huiles et les autres productions de leur sol, ne purent rester absolument étrangers aux Connaissances géographiques répandues dans la capitale de la Phénicie. Mais en restreignant la sphère de la géographie hébraïque dans une limite qui ne dépasse guère le Caucase au nord, l'archipel de

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avons cru mieux apprécier le véritable esprit des antiques monuments

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