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de l’Abyssinie, quoiqu’elle n'offre rien de curieux ; sa construction date seulement de deux siècles.
Le royaume de Tigré, considéré comme une des grandes divisions politiques de l’Abyssinie, renferme, indépendamment du Tigré propre et du district maritime, neuf autres provinces.
A l’est du Tigré propre est la province d'Agamé. Sa grande élévation
au-dessus du niveau de la mer la fait jouir, sous le climat brûlant des |
tropiques, d’une température douce et modérée, d’une terre féconde. Sa capitale est Genata. La province d'Enderta, au sud d’Agamé, est un
pays excessivement montueux ; sa capitale, Antalou, renferme environ |
5,000 habitants. Le roi de Tigré l’a choisie pour sa résidence, afin d’être
plus à portée de protéger ses États contre lesGallas du sud.Chélikout n’est |
qu'un gros village, où le roi a une maison de plaisance qu’il habite souvent. L'église de Chélikout est regardée comme la plus belle de lAbyssinie, Les provinces de Wojjerate et de Wofila sont des contrées basses et boisées qui confinent au lac 4schangen, et nourrissent beaucoup d'animaux féroces. Dans ce pays, les Gallas se sont mêlés aux indigènes et sont devenus chrétiens.
Les provinces de Lasta, d’Avergale et de Samen sont trois districts âpres et montueux, situés entre le Tacazzé et le Coror. Les deux premiers sont habités par des Agous, dont les maisons ont la forme de temples égyptiens et sont construites sans mortier. On remarque dans le Lasta neuf églises creusées dans une montagne. Ces temples singuliers sont environnés d’un cloître ; leurs voûtes ou plafonds sont soutenus par des piliers, et leurs parois sont couvertes de sculptures dont la plupart sont des arabesques fort bien exécutées. La tradition les attribue à saint Lalilaba, le plus illustre des empereurs de la dynastie Zagéenne , qui vivait au xe siècle. Les montagnes du Samen sont les plus hautes de l'Abyssinie et sont fréquemment couvertes de neige ; parmi elles on remarque lPAmba-Gidéon, qui servait de principale forteresse aux juifs Felaschas, à l’époque où ceux-ci étaient maîtres du pays sous un roi de leur nation. Immédiatement à l’ouest du Tigré propre, se trouvent les belles provinces de Siré ou Schiré, de Zernben ou Temben, et de Waldoubba, La première passe pour la partie lu plus pittoresque de l’Abyssinie ; elle abonde en vallées, en prairies et en forêts. Le chef-lieu, Siré, renferme des débris antiques. Le district de’Waldoubba est rempli de moines qu'
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AFRIQUE : ABYSSINIE, 95 mènent, dit-on, une vie fort déréglée ; l’habit de leur ordre est jaune, une corde leur sert de ceinture,
Le royaume de Tigré, malgré l'infertilité d’une grande partie de son territoire montueux, est le plus puissant et le plus florissant des États abyssiniens. Sa population, renommée par sa bravoure, a repoussé constamment les invasions des Gallas. Le ras de Tigré peut mettre sur pied près de 40,000 hommes. En outre, ses communications avec 1a côte lui assurent le monopole de toutes les marchandises importées en Abyssinie, par exemple, des armes d'Europe ; il a surtout celui de tout le sel qui se consomme dans l’intérieur.
La divisicn centrale de l’Abyssinie, appelée royaume d’Amhara, à cause
| de la langue que parlent les habitants, et qui serait mieux nommée
royaume de Gondar, est, sous plusieurs rapports, la partie la plus favorisée de cette vaste contrée. Elle renferme les plus grandes plaines de l'Abyssinie, produit la plus grande quantité de céréwes et nourrit une multitude de bestiaux. Lorsque l’Abyssinie obéissait à un seul souverain, et avant que les Gallas se fussent emparé de toute cette division centrale, Amhara était la résidence du Négus et celle des plus riches et des plus anciennes familles ; ses habitants passaient pour très-braves.
La province qui porte maintenant le nom d’Amhara, renferme la fameuse montagne d’Amba-Geschen , dont nous avons parlé. A l’est de l'Amhara propre, s'étend le Beghemder, province qui abonde en pâturages et élève la plus belle race de chevaux de l’Abyssinie. Il existe, dit-on, des mines de fer dans ses montagnes. Ses habitants sont belliqueux et peu disciplinables. Le Beghemder est borné au sud par une chaîne de profonds ravins, qui a longtemps servi de barrière contre les incursions des Gallas,
La province de Dembea est située à l’est de la précédente; elle est généralement plane, et fertile surtout en blé; sa capitale, Gondar, a été longtemps celle de toute l’Abyssinie. Cette ville, qui est située à 10 lieues au nord du lac Tzana ou Dembea, paraît avoir renfermé jusqu’à 50,000 habitants ; aujourd’hui, sa population, suivant Rüppel, ne dépasse pas 6,000 âmes. Ses maisons ne sont, en général, que des huttes en terre avec des toits coniques en chaume. On y compte 42 églises; mais son principal édifice est le palais royal, bâti par les jésuites ; il est construit en pierre, baut de quatre étages et ressemble à une forteresse gothique.
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Malheureusement , les étages supérieurs sont tombés en ruine ; dans la partie qui subsiste encore, on remarque la salle d’audience longue de 120 pieds. Gondar possède des tanneries et des fabriques de coton. Emfras
est une petite ville de 300 maisons, bâtie dans une situation pittoresque. |
Le lac Tzana ou Dembea, qui occupe le centre de la province de ce nom, forme un des principaux traits de la constitution physique de l’Abyssinie. Il reçoit les eaux du Bahr-el-Azrek ou Nil bleu et d’une ultitude d’autres rivières ou ruisseaux qui prennent naissance dans la contrée montagneuse située à l’ouest. Sa longueur est évaluée à 18 lieues et sa largeur à 43; il renferme des îles nombreuses, dont quelques-unes ont servi de prisons d’État. Le Bahr-el-Azrek, après avoir traversé le lac Dembea et en être ressorti du côté de l’est, décrit un immense demi-cercle de plusieurs centaines de milles, et coule ensuite dans la direction du nord-ouest ; c’est dans ce coude que se trouvent les deux belles et fertiles provinces de Gojam et de Damot. Un voyageur moderne représente celle-ci comme ur véritable paradis terrestre. Elles abondent surtout en pâturages et nourrissent de nombreux troupeaux
de bétail magnifique. Les habitants diflèrent un peu des autres Abyssiniens, sous le rapport de la religion et des mœurs.
La dernière grande division politique de l’Abyssinie se compose des provinces méridionales de Schoa et d’Efat ou Ifat, avec quelques autres dépendances peu connues. Ces provinces constituent aujourd’hui un royaume entièrement séparé de celwi de Tigré par l’interposition des Gallas, et gouverné par un prince issu de l’ancienne famille royale : aussi ce prince prend-il le titre de Négus. La province d’Efat est un pays élevé et arrosé par un grand nombre de ruisseaux. Sa capitale, nommée Ankober, est la résidence du roi, et possède une population de 5,000 âmes. La province de Schoa, beaucoup plus basse, est renommée pour ses magnifiques paturages, ses vallées fécondes remplies d’habitations et de couvents. Daus ces deux provinces, la littérature éthiopienne est dans un état plus florissant que dans les autres contrées de l’Abyssinie. Elles ont leurs poëtes, leurs iettrés, qui ne sont pas prétres. Les habitants sont encore attachés ici aux mœurs et aux coutumes antiques de leurs ancêtres; on trouve chez eux, autant que Salt a pu les observer, plus d'esprit, d'intelligence , de civilisation que chez les hommes les plus distingués du Tigré.
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| # à ses formes extérieures. Une autre tribu d’Agows habite la province
| ‘tres sont privées par eux de toute communication avec les peu-
|: graine qui porte son nom. C’est de là, en effet, que le caféier est in- | digène et a été transporté en Arabie, puis dans tous les pays pro- | pres à sa culture, Le second forme une des terrasses les plus élevées
AFRIQUE : ABYSSINIE, 97 Au nord-est du royaume de Schoa, les anciennes provinces d’Anyt | et de Mara sont occupées par les Bertouma-Gallas. La première était, | lorsque les Portugais la visitèrent au xvre siècle, un des districts les î plus florissants de l'empire. Ils y remarquèrent un grand nombre de ] belles églises.
| Sur la frontière occidentale , au nord de Gojam et de Damot, s’éteud l’'Agow-Midré ou le pays des Agows. Ce peuple remarquable vit à peu près indépendant dans les montagnes qui avoisinent les sources du Nil ! bleu. Ils payent simplement au roi et au gouverneur de Damot un lé- | ger tribut en beurre, miel, peaux et bestiaux. Ce sont eux qui fournissent Gondar de miel, de beurre et de viande ; ils se rendent alors à la capitale par troupes nombreuses qui s'élèvent souvent à 1,000 ou 1,500
} 8,000 pieds d’élévation qui, sous cette latitude, permet de cultiver leurs
| naie. Leur vêtement consiste en une sorte de chemise de cuir qu’ils ! savent assouplir par un procédé particulier. Les Agows adoraient anciennement le Nil; mais, depuis près de deux siècles, ils se sont con- | vertis au christianisme et en sont stricts observateurs, du moins quant
: de Lasta, dans le royaume de Tigré, autour des sources du Tacazzé. Le Bahr-el-Azrek, après avoir décrit sa courbe autour des provinces
pelé Maïtscha. Le sol est trop humide pour produire des grains; mais l'espèce de bananier nommé ensete y prospère et fournit à la nourri-
sauvages, mais braves, qui parlent une langue particulière. | Les contrées les plus méridionales de l’Abyssinie sont fort peu : connues; les unes sont sous le joug des féroces Gallas, les au-
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« ples voisins. Parmi ces dermères, nous citerons les territoires mon- | tueux de Caffa et de Naréa. Le premier a donné son nom à la précieuse
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| de l'Afrique. Les habitants, retranchés dans leurs montagnes, ont ré-
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98 CHAPITRE CINQUIËME
sisté pendant des siècles, avec la plus grande bravoure, aux attaques des Gallas, qui n’ont pu conquérir que ie picd de la terrasse qui entoure le plateau de Naréa à l’est et au nord. Les Naréaniens ont la peau
beaucoup plus claire que les autres nations abyssiniennes; Bruce va |
jusqu’à dire que leur couleur n’est pas plus foncée que celle des Napolitains et des Siciliens. Tellez les appelle un peuple excellent; ce voyageur et tous ceux qui lui ont succédé n'hésitent pas à donner la préfé. rance aux Naréaniens sur les Abyssiniens. Ils les surpassent en force, en esprit, en fidélité et en bravoure. Ceux d’entre eux qui ont le malheur de tomber entre les mains de leurs ennemis sont les plus estimés de tous les esclaves, et surtout les Naréaniennes qu’on dépeint comme très-intelligentes, très-actives et très-fidèles. Les Naréaniens ont adopté le culte des chrétiens abyssiniens depuis la seconde moitié du xvi siècle,
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RÉGION DU MAGHREB.
| Tableau général de la Barbarie ou Région du Maghreb.
Les géographes européens désignent généralement sous le nom de Babarie, cette immense contrée qui occupe la partie septentrionale de { l'Afrique, et s’étend de la région du Nil aux bords de l’océan Atlanti- | que, c’est-à-dire entre le 25° degré de longitude orientale et le 44° de | longitude occidentale : ce nom de Barbarie dérive des Barbares ou
ou Contrée du couchant, que lui donnent les géographes orientaux, quoique défectueuse, nous semble cependant préférable : c’est celle que { nous adopterons.
| La Région du Maghreb est bornée au sud par l’immensité du Sahara,
ou le Désert par excellence. Elle comprend ainsi tous les pays au nord de la grande chaine atlantique, et, en outre, les parties cultivables situées sur le versant méridional de ce système de montagnes. Cepen- * dant, comme les États entre lesquels se partage le Maghreb étendent leur domination sur une partie des oasis disséminées dans la partie la plus septentrionale du Sahara lui-même, nous ferons une concession à ! Ja géographie politique aux dépens de la géographie physique, en
} | ajoutant la description de ces oasis à celle des États dont elles dé-
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pendent.
La chaîne atlantique que nous venons de rommer est le premier objet que nous ayons à examiner, car c’est à elle que l’Afrique septentriorale doit sa fertilité. Elle arrête les vents brûlants du sud, qui anéantiraient toute végétation ; elle empêche l’envahissement des sables qui assimileraient la Barbarie au Désert; et enfin elle donne naissance à uu grand nombre de rivières et de sources, qui portent la fécondité
dans ces terres arides. Le nom d’Atlas s'applique à ce système de montagnes qui s'étend depuis le cap Noun, sur l'océan Atlantique, jusqu’à l’est de la Grande-Syrte, dans l’État de Tripoli. C'est dans l'empire de Maroc que se trouvent les sommets les plus élevés de toute la chaîne; elle diminue ensuite généralement en avançant à l’est, de sorte que les sommets observés dans le territoire d’Alger sont plus hauts que ceux de la régence de Tunis, et ces derniers plus élevés que les montagnes qui traversent l'État de Tripoli. Cette chaîne principale change souvent de nom dans son long parcours. En outre, elle envoie dans différentes directions plusieurs chaînes secondaires; nous citerons, au nord, la chaîne qui va se terminer au détroit de Gibraltar. La partie de la chaîne principale qui passe au sud de Tripoli, et qui porte là le nom de Monts Gharian, émet au sud plusieurs rameaux remarquables quoique peu élevés. Ces ramifications, appelées Monts Maray, Monts Haroudjé-el- Asouad, Monts Harcudjé-el-Abiad, Monts Tibesty, sillonnent les immenses solitudes du désert de Lybie et du Sahara proprement dit.
La grande élévation de l’Atlas est constatée par les neiges perpétuelles qui couvrent les sommets dans l’est du Maroc, à 32 degrés de latitude. Ces sommets doivent, selon les principes de Humboldt, être à onze mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Le mont Méltsin, à 12 lieues au sud-est de la ville de Maroc, s'élève, suivant Washington, à 41,400 pieds. Léon l’Africain, qui y voyageait au mois d'octobre, faillit être enseveli sous une avalanche de neige. Dans l'Etat d’Alger, les sommets de Jurjura et de Félizia perdent leurs neiges dans le mois de mai, et en sont de nouveau couverts avant la fin de septembre. Le Wanascherisch, situé à 35 degrés 55 minutes, et qui forme une chaîne intermédiaire entre l’Atlas inaritir’e et celui de l’intérieur, reste pendant toute l’année revêtu d’une calotte de neige. Mème vers l'est, où l'élévation paraît s’abaisser, les monts Gariano où Gharian, au sud de Tripoli, se couvrent de neige pendant trois mois.
La largeur de la plaine qui s’étend entre l'Atlas et la Méditerranée ne dépasse nulle part 40 lieues : en plusieurs endroits, elle se réduit même à 4 ou 5; néanmoins, on peut l’estimer en moyenne à une vingtaine de lieues. Parmi les fleuves et les rivières qui arrosent la Barbarie, il n’en est aucun qui soit remarquable par la grandeur de son cours ou le volume de ses vaux : en conséquence, nous les nommerons seulement
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dans nos descriptions locales. Il en est de même des cours d’eau moins connus. qui naissent sur le versant méridional de l'Atlas, et rendent habitables certaines parties de cette contrée brûlante : mais ces rivières, dont quelques-unes, telles que l’Ouadi-Draha et le Siz, ont un cours assez long, s’épuisent à la fin et disparaissent dans les sabies,
La longue chaîne de l’Atlas ne saurait être dépourvue de richesses minéralogiques; mais, excepté dans le territoire d’Alger, elles n’ont été nulle part étudiées par des hommes compétents, et encore moins exploitées. Les Romains tiraient de la Numidie des marbres précieux, les uns jaune-uni, les autres tachetés de diverses couleurs. Déjà, avant les Romains, les Carthaginois les avaient employés à des pavés en mosaïques. Il existe dans les montagnes du Maroc et del’Algérie des mines de fer, de plomb, de cuivre, et autres métaux. Il faut espérer que la France n’imitera pas l’incurie des gouvernements barbaresques, et saura enfin tirer parti de ces trésors.
La fertilité de l'Afrique septentrionale a été célébrée par Strabon et Pline; ce dernier en admire les figues, les oliviers, le froment et les bois précieux. Il remarque que les vins avaient une certaine âcreté qu’on corrigeait en y mettant du plâtre; les vignobles y doivent être exposés au nord et à l’est. Les vignes, dit Strabon, ont quelquefois le tronc assez gros pour que deux hommes puissent à peine l’embrasser; les grappes sont longues d’une coudée. Une administration affreuse et l’absence de toute civilisation n’ont pu anéantir tous ces dons de la nature. La Barbarie et même le Maroc exportent encore de grandes quantités de blé ; l'olivier y est plus beau qu’en Provence, et, malgré une religion qui interdit l'usage du vin, les Maures cultivent sept variétés de vigne. Le soi des plaines ressemble cependant, en beaucoup d’endroits, à celui du reste de l'Afrique; il est encore léger et sablonneux, entrescmé de rochers; mais les vallées du mont Atlas et celles des petites rivières qui en descendent dans la Méditerranée sont couvertes d’un terreau assez fertile et bien arrosé : il en résulte que les plantes indigènes les plus communes fleurissent sur les rivages ou s’enracinent profondément dans le sable mobile, tandis que les espèces les plus rares viennent dans les marais ou les forêts. Les côtes arides se couvrent de plusieurs espèces salines et grasses, telles que la Salsolu et la Salicornie, le Pancrais et la Scille maritime, avec diflérentes espèces d'herbes dures, à
longues racines, entres autres le Lygeum spartum, le Saccharum cylindri. cum et l’Agrostis pungens, entremèlés çà et là d’héliotrope et de Soldanelle. Les plateaux secs et rocailleux qui séparent les vallées de l'intérieur ont une grande ressemblance avec les landes d’Espagne ; elles abondent en bosquets épars d'arbres de liége et de chènes toujours verts, à l’ombre desquels la sauge,la lavande et d’autres plantes aromatiques, croissent en abondance et s’élèvent à une hauteur extraordinaire. Le genêt à haute tige, les différentes espèces de cistes, la mi-
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d’euphorbes et de cactus, ornent les anfractuosités des rochers, où, bravant la chaleur et la sécheresse, ils fournissent aux chèvres une nourriture et un ombrage salutaires.
Les forêts qui, vers le nord de ces contrées, couvrent les flancs des montagnes fertiles, sont composées de diverses espèces de chènes telles que le Quercus lex, le Coccifera et le Balluta, dont les glands font partie de la nourriture des habitants. On y trouve fréquemment l'arbre à mastic, le Pistachier atlantique, le Thuya articulata, \e Rhus pentaphyllum. Le grand cyprès, pyramide verdoyante, étend ses branches vers le ciel; l'olivier sauvage donne sans culture d'excellents fruits; l’Arbustus unedo porte des baies rougeâtres qui ressemblent à celles de la fraise; la bruyère en arbre répand au loin une odeur très-douce; toutes les vallées un peu élevées ressemblent, en avril et en mai, à autant d’Élysées. L’ombre, la fraîcheur, l’éclat de la verdure, la variété des fleurs, le mélange d'odeurs agréables, tout charme le voyageur. Les côtes et les plaines voient, dès le mois de janvier, l’oranger, le myrthe, les lupins, la vigne vierge et le narcisse se couvrir de feurs et de feuilles nouvelles; mais aux mois de juin, juillet, août et septembre, le sol desséché et gercé n’est recouvert que des débris des végétaux morts ou expirants. Le chêne à liége attriste les forêts par le sombre aspect de son écorce brûlée. A cette époque, néanmoins, le taurier-rose étale encore ses fleurs brillantes depuis le sommet des montagnes jusque dans les plus
profondes vallées, sur les bords de tous les ruisseaux et de toutes les ri vières.
Parmi les plantes cultivées, nous distinguerons le blé dur, l'orge, le mals, l’Holcus sorghum et l'Holcus saccharatus; le riz dans les terrains inondés ; le tabac, le dattier, l'olivier, l’oranger, le figuier, l’amandier,