‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 3 sur 75 · RS · texte numérisé non relu

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germes de la civilisation. Aujourd’hui l’Afrique est la dernière partie de à lancieg monde qui attend de la main des Européens le joug salutair fl de la légasiation et de la culture. #

Si l'Afrique est restée si longtemps imaccessible à l’ambition des con- je quérants, à l’avidité des commercants et à la curiosité des voyageurs, se

c’est dans sa forme physique qu’il faut chercher la cause principale de

cet isolement. Une vaste péninsule de 1,820 lieues de long sur 1,650 de

large, n’offre, dans une étendue de plus de 4,750,000 lieues carrées, que peu de rivières de long cours et d’une navigation facile ; ses ports et ses rades présentent rarement un asile aux vaisseaux : enfin aucun golfe, aucune mer méditerranée n'ouvre un chemin vers l’intérieur de cette masse de terres. Au nord, la mer Méditerranée qui l’isole de l’'Europe : à l’ouest, l'Océan Atlantique qui la sépare de l'Amérique, forment seulement des enfoncements auxquels on donne improprement le nom de golfe, savoir : celui de la Guinée au midi, celui des Syrtes au nord, tous les deux redoutés des navigateurs. La largeur du continent, entre les deux extrémités de ces golfes, s'élève encore à 650 lieues. Il est vrai que la côte du Sénégal et de la Guinée offre beaucoup d'entrées de ri= vières précédées d'îles; sans la barbarie des habitants, ce scrait une des parties les plus accessibles de l'Afrique. Mais, vers le sud, le continent reprend son aspect ordinaire, et se termine par une masse de terres sans coupures, À l’est, plusieurs Îles et quelques embouchures de rivières annoncent de nouveau un accès plus facile ; la côte, baignée par l'Océan indien, s’abaisse comme les rivages opposés de la Guinée ; mais bientôt on retrouve, dans l’intérieur, la formidable terrasse de montagnes arides qui forment l'extrémité orientale du continent; enfin versle nord-est, le golfe Arabique sépare l'Afrique de l’Asie, sans rompre la contiguïté tristement uniforme des côtes africaines.

Le continent, dont nous venons de faire rapidement le tour, se termine par quatre promontoires : au nord, le cap Serra se projette dans la Méditerranée; le cap Vert regarde le couchant; le cap Guardafui reçoit le premier les rayons du soleil levant ; le cap de Bonne-Espérance s’avance au loin dans l'hémisphère austral. Sur trois autres points non moins remarquables, l'Afrique se rapproche du reste de l’ancien continent; au nord-ouest, le détroit de Gibraltar la détache de l’Europe; à l’est, VArabie en est séparée par le passage de Bab-el-Mandeb; au nord-est, un terrain bas et sablonneux, nommé l’ésthme de Suez, la joint à l'Asie.

Tantôt aride à l'excès, tantôt marécageux ou noyé sous les eaux, le sol de l’Afrique offre des contrastes singuliers. De loin en loin, quelques grands et bienfaisants fleuves, tels que le Nil au nord-est, le Sénégal avec la Gambie à l’occident, le Zaïre plus au sud-ouest, le Couama sur la côte orientale; et dans le centre, le mystérieux Niger qui cache son

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embouchure comme le Nil cache sa source ; plus souvent des rivières peu abondantes et d’un cours borné, comme le sont, à l'exception de dix ou douze, toutes celles que nous passons ici sous silence ; presque dans toutes ces nvières des cataractes, et, devant leurs embouchures, des barres ou bancs de sable; dans l’intérieur, et même sur la côte, des rochers d’où il ne jaillit aucune source, des plateaux que n’arrose aucun ruisseau, comme le désert de Sahara et beaucoup d’autres d’une moindre étendue; plusioin, des régions imprégnées d'humidité, comme les contrées où l’on suppose le lac ou marais de Wangara; quelquefois des lacs temporaires formés par les inondations auxquelles les fleuves sont sujets : tel estle tableau hydrographique de cette partie du monde.

D’autres singularités frappent nos regards, si nous con‘emplons la structure des montagnes. Quoique l'Afrique possède très-probablement des montagnes qui, sous l'équateur même, conservent des neiges éternelles, et qui, par conséquent, d :vent avoir plus de 46,000 pieds d’élévation, on peut dire en général que les chaînes africaines sont plus remarquables par leur largeur que par leur hauteur. Si elles arrivent à un niveau très-considérable, c’est en s’élevant lentement de terrasse en terrasse. Peut-être même serait-il moins hardi que juste de dire que tout l’ensemble des montagnes d’Afrique ne forme qu’un seul grand plateau qui, de tous les côtés, présente des terrasses contiguës. Ce noyau du continent africain, cette haute terre paraît, dans son intérieur, renfermer peu de chaînes longues et élevées; de sorte que siles eaux de la mer haussaient de 3 à 4,000 pieds au-dessus de leur niveau, l'Afrique, dépouillée de toutes les terres basses qui en bordent les côtes, paraîtrait dans l’Océan comme une île d’un sol assez uni.

Aucune des chaînes connues de l’Afrique ne s'oppose à cette manière de voir. L'Atlas, qui borde le continent presque tout entier du côté septentrional, est une série de cinq à six petites chaînes qui s’élèvent l’une derrière l’autre, et qui renferment ua grand nombre de plateaux. La chaîne littorale de lamer Rouge, où la chaîne Troglodytique, ressemble à l'Atlas par ses falaises calcaires qui en imposent à l’œil du voyageur, mais qui n'arrivent réellement qu’à une très-petite hauteur. La chaîne Lupata ou l’Epine du monde, qui paraît s'étendre du cap Guardafui au cap de Bonne-Espérance, en suivant une direction encore peu connue, se termine au sul par des plaines élevées etstériles, nommées les Karros, et

par des montagnes escarpées, mais aplaties au sommet, dont une même a reçu le nom significatif de la Table : ainsi cette chaîne paraît ressembler aux deux précédentes. Lesrivières de la Guinée descendent de cataracte en cataracte, et non pas par des vallées longues ct profondes ; c'est le caractère ordinaire des montagnes calcaires découpées en terrasses, et telle semble être la nature des monts Kong.

Si l'Afrique n’est pour ainsi dire qu'une seule montagne plate, dont tous les bords s'élèvent en gradins ou terrasses, on conçoit qu’elle ne doit pas donner naissance à ces presqu'iles étroites et pointues, à ces longues chaînes d'îles par lesquelles d'autres continents se terminent. Ces presqu’iles, ces séries d'îles sont des prolongations sous-marines de chaînes de montagnes qui traversent ces continents. En Afrique, à lexception des îles Canaries, on ne voit rien de semblable; les montagnes disposées parallèlement à la côte, n’ont presque point de continuation sous-marine; une mer dégagée d'îles baigne une côte peu découpée. Si à l’est il se présente une grande île, Madagascar, elle n’est pas dans le prolongement du continent; elle en suit parallèlement la direction.

Considérons l’intérieur de l'Afrique. Le même principe se reproduit dans ces vastes plaines qui en occupent la plus grande partie. Les unes, couvertes de sable et de gravier, semées de coquillages marins encroùûtés de cristallisations salines, ressemblent à des bassins de mers desséchées ; tel est ce fameux désert de Sahara, où les sables, roulant comme les flots de la mer, ensevelissent des tribus entières. Les autres, marécageuses et remplies de lacs stagnants, deviennent les foyers d’épidémies pestilentielles, ou le berceau d’animaux malfaisants et de reptiles dégoûtants. Dans les unes etles autres, les rivières ne trouvent pas de pente

ni d’issue; elles terminent leurs cours dans un lac ou se perdent dans

les sables. Souvent aussi ces filets d’eau, ne pouvant se réunir pour former des courants durables, disparaissent avec la saison pluvieuse qui les fait naître. L'Afrique renferme un nombre infini de ces torrentset de ces rivières sans embouchure, ou du moins sans communication avec la mer. Les autres fleuves, tels que ie Sénégal, la Gambie, le Zaïre, l’Orange sur les côtes occidentales, le Zambèze ou Couama sur la côte orientale, enfin le Nil, qui les surpasse tous, et qui, seul parmi ces grandes rivières, se dirige au nord pour se jeter dansla Méditerranée, offrent tous un trait de sinulitude qui tient d’un côté au climat dela

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zone torride, et de l’autre à la structure des plateaux intérieurs de l'Afrique. Nous voulons parler de ces crues périodiques par suite desquelles ces rivières inondent les contrées où passent leurs cours, et surtout celles qui avoisinent leurs embouchures. Ces crues ne diffèrent de celles de nos rivières que par leur retour annuel et régulier, par le volume d’eau qu'elles apportent et par la quantité de limon que ces eaux déposent. On sait que la saison pluvieuse qui, dans toute la zone torride, accompagne la présence verticale du soleil, amène des averses presque continuelles; les cieux, auparavant enflammés, deviennent semblables à une mer aérienne : les eaux abondantes qu’ils répandent se rassemblent sur les plateaux de l’intérieur, et y forment d'immenses tlaques aquatiques, des lacs temporaires. Lorsque ces lacs sont arrivés à un niveau assez haut pour dépasser les bords de leur bassin, ils déversent tout à coup dans les fleuves déjà gonflés un énorme volume d’eau qui, étant resté quelque temps en état de stagnation par-dessus des terres molles, en a dissous une partie et s’en est chargé. De là ces pauses momentanées et ces reprises subites de la crue du Nil; de là cette abondance de limon fécondant qui ne saurait se trouver en qualité égale dans les eaux des fleuves gonflés directement par des pluies.

Le climat général de l'Afrique est celui de la zone torride. Plus des trois quarts de ce continent étant situés entre les deux tropiques, la grande masse d’air chaud qui se développe au-dessus de ces terres ar dentes envahit facilement les lisières septentrionaïss et australes, situées nominativement dans la zone tempérée. Rien, dans la réalité, ne tempère la chaleur et la sécheresse du climat africain, que les pluies annuelles, les vents de mer ct l’élévation du sol. Or, ces trois circonstances se réunissent quelquefois dans un pius haut degré sous l'équateur que dans les zones tempérées. Aussi, telle partie de l'intérieur de la Guinée ou de la Nigritie, de l’Abyssinie, jouit d’une température infiniment moins brûlante, moins sèche que les déserts sablonneux au sud du mont Atlas, quoique ceux-ci soient eloignés de 30 degrés de la ligne équinoxiale. Il n’est pas impossible que l’on découvre dans le centre de l’Afrique de hauts plateaux seinblables à celui de Quito, des vallées semblables à celle de Cachemire, et où règne, comme dans ces deux régions fortunées, un printemps presque perpétuel.

Nulle part l'empire de la fécondité et celui de la stérilité ne se touchent de plus près qu’en Afrique. Quelques-unes de ces contrées doivent leur fertilité à des montagnes élevées et boisées qui modèrent les ardeurs et les sécheresses. Plus souvent les terrains fertiles, bordés par de vastes déserts, forment des lisières étroites le long des fleuves et des rivières, ou des plaines d’alluvion situées à leur embouchure. Ces dernières terres, ordinairement comprises entre deux branches du fleuve, et qui divergent en représentant un triangle, ont reçu de cette figure, qui est celle de la quatrième lettre de l’alphabet grec, le nom de Delta, nom plus spécialement consacré à l’île que le Nil forme dans la basse Egypte. Une autre classe de terrains fertiles doit son existence à des sources qui jaillissent par-ci par-là au milieu des déserts. Ces coins de verdure sont appelés Oasis.

C’est à ces constrastes que l'Afrique doit sa double réputation. Cette terre toujours altérée, cette aride nourricière des lions, comme les anciens l’appelaient, était cependant représentée sous l'emblème d’une femme couronnée d’épis. Quoique la réputation d’une haute fertilité appartienne spécialement à l’Africa propria des anciens, ou à l’État actuel de Tunis, ilest certain que, dans cette partie du monde, partout où l'humidité s’unit à la chaleur, la végétation étale une vigueur et une magnificence extrêmes. L'espèce humaine y trouve, au prix de quelques travaux légers, des aliments abondants ; les épis se courbent sous leur fardeau ; la vigne atteint des dimensions colossales ; les cucurbitacées acquièrent un volume énorme; le millet, surtout l’holcus, la céréale la plus commune dans les trois quarts du continent, rend, quoique mal cultivé, cent et deux cents grains pour un; enfin le dattier, qui est à l’Africain ce que le cocotier et l'arbre à pain sont pour l’Océanien, en brave même le voisinage et les souffles enflammés du désert. Les forêts du mont Atlas égalent les plus belles de l'Italie et de l'Espagne ; celles du Cap s’enorgueillissent de la protée aux feuilles argentées, de la bruyère en arbre; dans toute la Guinée, la Sénégambie, le Congo, la Nigritie et l'Inde sur les côtes orientales, on retrouve les épaisses forêts de l'Amérique. Mais dans les parties marecageuses ou arides, sahlonneuses ou pierreuses, c’est-à-dire, dans la moitié de l’Afrique, la végétation spontanée offre une physionomie dure et bizarre. Les touffes de plantes salines hérissent des plaines dont aucun gazon ne couvre la

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Le règne anin.i presente encore plus de variété et plus d'originalité. L'Afrique possède la plupart des espèces de l'ancien continent, et en possède même les variétés les plus vigoureuses, les plus belles. Le cheval de Barbarie, le bufile du Cap, le mulet du Sénégal, le zèbre, orgueil de la race des ânes, en sont des exemples. Le lion d’Afrique est le seul digne de son nom. L’éléphant et le rhinocéros, d’une taille moins colossale que ceux d’Asie, ont beaucoup plus d’agilité, et peut-être aussi plus de férocité. Beaucoup de formes animales très-singulières paraissent particulières à cette partie du monde. Le lourd hippopotame s’est répandu du Cap jusqu’en Égypte et jusqu’au Sénégal. La majestueuse girafe étend ses courses des bords du Niger à ceux de l’Orange. Le genre des gazelles ou des antilopes peuple le continent de ses nombreuses espèces et variétés, les unes plus sveltes, plus légères que les autres, mais dont peut-être aucune ne se retrouve exactement la même sur le plateau de l’Asie. D’après le même principe, l’Afrique, remplie de difformesguenons et de dégoûtants babouins, manque de plusieurs espèces de singes qui semblent réservés à l'Océanie, comme l’orang-outang, ou à l'Amérique, comme les sapajous.

Le peuple volatile ne reste pas en arrière; le flamant, dans sa robe d’écarlate, le perroquet vêtu d’émeraude et de saphir, laigrette au plumage élégant, auraient pu dispenser Vaillant de composer des oiseaux imaginaires. L’autruche est propre à l'Afrique comme le castor l’est à l'Océanie, et le touyou à l'Amérique méridionale; mais, parmi ces oiseaux marcheurs, dépourvus de véritables ailes, celui d'Afrique est le plus grand et le plus parfait de son genre.

Les désastres et les inconvénients que causent les reptiles venimeux ou voraccs, ne sont pas particuliers à l’Afrique; toute la zone torride a ses serpents, ses scorpions, ses crarcäiles ou les équivalents. Mais les termites n’élèvent nulle part, si ce n’est en Nouvelle-Hollande, autant de bâtisses destructives, et les essaims de sautcrelles planent en nuages moins épais sur le plateau d’Asie que sur celui d'Afrique, où ils servent de nourriture à des tribus entières.

L'homme enfin s’offre ici sous un point de vue tout à fut extraordinaire. Les Africains paraissent former trois races depuis longtemps distinctes. Les Maures sont une belle race, semblable, par la taille, la physionomie, les cheveux, aux nations les mieux constituées de l’Europe et de l’Asie occidentale, seulement brunie par les ardeurs du climat ;

à cette race appartiennent, selon nous, les Berbers et les Kabyles, et les

autres restes des Numides et des Gétules; elle a beaucoup de rapport avec les Arabes dont elle a reçu, dans le vue siècle, de nombreuses colonies. On ne saurait considérer comme une race originairement distincte, les Coptes, les Nubiens, les Abyssiniens, peuples probablement nés d’un très-ancien mélange de nations asiatiques et africaines. La seconde race est celle des Nègres, dont le caractère général est connu de tout le monde ; clle occupe tout le centre, tout l’occident depuis le Sénégal jusqu’au cap Negro; elle a pénétré en Nubie, en Égypte. La troisième race est celle des Cafres, qui occupe toute la côte orientale, distinguée des aègres par un angle facial moins obtus, un front bien voûté, un nez élevé; mais elle s’en rapproche par les lèvres épaisses, les cheveux crépus et presque laineux, et par un teint qui, en variant du brun-jaunâtre au noir clair, semble dépendre du climat.

Outre ces grandes races, l’Afrique nous montre des peuplades qui doivent , soit à une origine inconnue, soit à l’influence du climat , un caractère tout à fait particulier. Les Hottentots en présentent l’exemple le plus connu; mais nous en reconnaîtrons d’autres dans le cours de nos descriptions spéciales.

Les langues de l’Afrique doivent, selon Seetzen, monter au nombre de 100 ou 150. Elles offrent entre elles les disparates les plus frappantes,

et si peu de traits de ressemblance, que tous les essais pour les classifier

sont restés infructueux. La langue berbère , ilest vrai, a été retrouvée depuis Maroc jusqu’en Égypte ; les trois langues nègres des Mandingues sur le haut Sénégal, des Amina sur la Côte-d'Or, des Congues sur la côte du Congo, paraissent très-étendues ; il faut en dire autant des Cafres-Betjouanas. Mais le caractère général de l'Afrique , sous ce rapport, est néanmoins une multitude d’idiomes qui semblent renfermer beaucoup de cris à peine articulés, beaucoup de sons bizarres, de hurlements, de siMements inventés à limitation des animaux , ou par le besoin de se distinguer d’une peuplade ennemie.

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Nous ne parlerons ici ni des religions ni de la civilisation des diverses nations qui peuplent l'Afrique. Il en sera question lorsque nous décrirons les peuplades disséminées sur ce continent. Tout le monde sait dans quelle barbarie vivent la plupart des tribus appartenant aux races noires, les etforts tentés jusqu’à ce jour par la civilisation de l’Europe chrétienne ont eu peu de succès, il faut le reconnaître ; mais nous ne pou vons ici en rechercher les causes. Quant à ceux qui, croyant à l’heureuse influence et à la vertu civilisatrice de l’islamisme, ont regretté qu’il ne se fût pas plus étendu en Afrique, ils doivent nécessairement entrer aujourd’hui dans un autre ordre d’idées en voyant la faiblesse toujours croissante des sectateurs du Koran réduite à conûer la défense de la Turquie à ces mêmes nations chrétiennes qu’elle menaçait encore toutes à la fois, il n’y a pas deux siècles.

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Description physique générale do l’Égyple.

L’Egypte rattache l'Afrique au monde civilisé ; ce pays, unique dans sa nature, unique dans les fastes de l’histoire, mérite une description plus détaillée que les autres contrées africaines. Mais qu'est-ce que l’Egypte ? une vallée que le Nil arrose après l’avoir en partie formée, et que resserre à droitecomme à gauche la stérile immensité des déserts. Commençons donc par le Nille tableau physique de cette contrée, qui, grâce aux dons de son fleuve, peut se passer du reste de la terre.

Le Nil, le plus grand des fleuves de l’ancien monde, dérobe encore ses véritables sources aux regards de la science. Eratosthène distinguait trois branches principales du Nil; la plus orientale est le Tacaze des modernes, qui descend des flancs septentrionaux du plateau de V'Abyssinie; la deuxième, ou le fleuve Bleu, circule d’abord sur le plateau d’Abyssinie, et descend ensuite dans les plaines du Sennaar. Les sources de ce fleuve Bleu ont été trouvées et décrites par les jésuites Paez et Tellez, deux siècles avant la prétendue découverte de Bruce. Ces deux rivières vont grossir le fleuve Blanc, le Buhr-el-Abiad, qui est le véritable Nil, et quidoit avoir ses sources dans les pays au midi du Darfour, nominé, selon le rapport d’un nègre, Dar-el-Abiad, Les montagnes d’où il sort font probablement partie des monts El-Kamar ou de la Lune.

Le vrai Nil (quellé que soit sa première origine) reçoit, comme nous l'avons dit, les deux grandes rivières d’Abyssinie, et forme ensuite un vaste circuit dans le pays de Dongola, en se tournant au sudouest. Trois fois une barrière de montagnes semble arrêter son cours ;

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AFRIQUE : ÉGYPTE. | sen Ÿ4 trois fois il franchit cet ohstaclc. La seconde cataracte, en Nubie, est la plus forte; la troisième ouvre au Nil l'entrée de l'Egypte près Syène ou Assouan. La hauteur decette cataracte varie selon les saisons, et n’est généralement que de 4 à 5 pieds. Depuis Syène jusqu’au Caire, il coule dans une vallée d'environ 3 lieues de largeur, entre deux chaînes de montagnes, dont l’une s’étend jusqu’à lamer Rouge, et dont l’autre se termine dans les déserts de l’ancienne Libyc. Près du Caire, les chaînes qui resserrent la vallée du Nil s’éloignent de part et d'autre; l’une, sousie nom de Gébel el Natron, se dirige au nord-ouest vers la Méditerranée ; l’autre appelée Gebel el Attaka, court droit à l’est vers Suez.

En avant de ces chaines s’étend une vaste plaine composée de sables recouverts du limon du Nil. A l'endroit nommé Batou-el-Bakara , le fleuve se partage en deux branches qui, en coulant l’une vers Rosette, l’autre vers Damiette , embrassent le Delta actuel ; car cette espèce d’île triangulaire , anciennement plus grande, était bornée à l’orient par la branche Pélusiaque, aujourd’hui perdue ou convertie en canaux fangeux. A l’ouest, elle était terminée par la branche Canopique, aujourd’hui en partie confondue avec le canal d’Alexandrie, et en partie perdue dans le lac Edkou. Cependant la dépression et l'égalité du niveau, ainsi que la fertilité et la verdure, marquent encore aujourd’hui les limites de l’ancien Delta. Les divers bogaz ou embouchures de ce grand fleuve ont souvent changé de position et en changent encore.

La profondeur et la rapidité du Nil varient selon les lieux et les saisons. Dans un état ordinaire, ce fleuve ne porte que des bateaux de 60 tonneaux, depuis les embouchures jusqu'aux cataractes. Le bogaz de Damiette a cependant 7 à 8 picds d’eau dans le temps des basses eaux; celui de Rosette n’en a que 4 à 5. Dans les hautes eaux, l’un et l’autre de ces bogaz ont 41 picds de plus, et les caravelles de 24 canons remontent jusqu au Caire. La navigation est singulièrement favorisée pendant les crues; car pendant que le courant du fleuve entraîne les navires depuis les cataractes jusqu’aux bogaz avec une extrême rapidité, les vents du nord, très-violents, permettent de remonter le fleuve à force de voiles avec une égale rapidité : on fait l’un et l’autre trajet en huit à dix jours. C’est un spectacle intéressant que de voir les nombreux bateaux se croiser dans leurs courses.

Les fameuses plaines de l'Egypte ne seraient pas le séjour d’une éter-

42 CHAPITRE DEUXIÈME, nelle fertilité, sans les crues du fleuve qui en même temps les arrase et les couvre d’un limon fécond. La crue du Nil commence au solstice d'été; le fleuve acquiert sa plus grande élévation à l’équinoxe d’automne, reste permanent quelques jours, puis diminue, mais avec plus de lenteur. Au solstice d'hiver, il est déjà très-bas; mais il reste encore de l’eau dans les grands canaux. A cette époque, les terres sont mises en culture. Le sol se trouve couvert d’une couche de limon plus ov moins épaisse, et disposée par couches horizontales. Les cultivateurs le regardent comme un engrais suffisant.

La salubrité de l eau du Nil, vantée par les anciens, paraît reconnne par les modernes avec certaines restrictions. Cette eau est très-légère; elle est aussi purgative, ce qu’on doit attribuer à divers sels neutres dont elle est chargée. Mais pendant les trois mois d’été qu’elle reste pres que stagnante , elle devient bourbeuse, et ne peut être bue qu'après avoir été clarifiée,

Les montagnes à l’occident du Nil paraissent calcaires et coquillières ; dans celles à l'orient, la serpentine et le granit semblent former les plus hautes cimes.

La région la plus curieuse de l'Égypte est celle qui renferme la vallée du Fleuve sans eau et le bassin des lacs de Natron. Ces deux vallées sont parallèles. La montagne de Natron domine et suit la vallée du même nom. Six lacs se suivent dans la direction de la vallée. Leurs bords et leurs eaux sont couverts de cristallisations, tant de sel commun ou chlorure de soude, que de natron ou carbonate de soude. Lorsqu'une même masse d’eau contient à la fois l’un et l’autre sel, c’est le natron qui se cristallise le premier , puis se dépose dans une couche à part.

Cette curieuse vallée n’est habitée que par des moines grecs. Leurs qua- :

tre couvents sont à la fois des espèces de forteresses et des prisons. Ils ne vivent que d’un peu de légumes. Même la végétation dansces vallées offre un aspect sauvage et triste. Les palmiers ne forment que des buissons , et ne portent point de fruit.

La vallée parallèle à celle du Natron porte le nom de Bahhar-béla-me, c'est-à-dire fleuve sans eau. Séparée de la vallée du Natron par une petite chaîne de hauteurs, elle conserve généralement une largeur de trois lieues. Dans les sables qui la recouvrent, on a découvert des troncs d’arbres entièrement pétrifiés. Au surplus, on y rencontre les mêmes pier-

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AFRIQUE : ÉGYPTE, 13 res que dans la vallée du Natron. Quelques savants ont pensé que ces pi: "3 y ont été amenées par un bras du Nil qui y aura passé. On prétend que la vallée du Fleuve sans eau rejoint au sud le Fayoum, et qu’au nord elle aboutit à la Méditerranée.

Le climat et la fertilité de l'Égypte ont été l’objet de beaucoup de dis cussions. Un voyageur français trouve ici le paradis terrestre ; un autre nous y montre le séjour le plus désagréable. L'aspect & ‘Égypte varie périodiquement comme les saisons. Dans les mois de notre hiver, la verdure des prairies émaillées de l'Égypte charme les yeux. Les fleurs des orangers, des citronniers et d’une foule d’arbustes odorants, parfument l'air ; les troupeaux répandus dans la plaine animent le tableau; l'Égypte ne forme alors qu’un jardin délicieux, quoiqu’un peu monotone; car ce n’est partout qu’une plaine terminée par des montagnes blanchâtres, et semée de quelques bosquets de palmiers, Dans la saison opposée, ce même pays ne présente plus qu’un sol ou fangeux, ou sec et poudreux; d'immenses champs inondés, de vastes espaces vides et sans culture , des campagnes où l’on n’aperçoïit que quelques dattiers , des chameaux, des bufles conduits par de misérables paysans nus et hâlés, haves ct décharrés ; un soleil brûlant, un ciel sans nuage, des vents continuels ct plus ou moins violents. Excepté sur les bords de la mer, rien n’est plus rare en Égypte que les pluies ; et plus on remonte vers le sud, moins on en éprouve. On appelle hiver les mois pendant lesquels elles tombent. Au Caire, on a 4 à5 ondées ; dans la haute Égypte, une ondée, deux au plus dans l’année, sont le terme moyen.

Les vents sont assez réguliers pendant les mois de juin, juillet, août et septembre; ils soufflent, presque sans interruption, du nord et du nord-est. Pendant le jour le ciel est pur, sans nuages, sans nébulosités même ; mais le refroidissement de l’atmosphère, qui suit l’abaisseinent et la disparition du soleil, condense les vapeurs. Ou les voit alors passer d’un mouvement précipité du nord au sud; et ce passage continue jusqu’au lendemain après le lever du soleil, parce qu’alors la chaleur les raréfie de nouveau et les rend invisibles.

L'époque de la décroissance du Nil, qui a lieu, année commune, au mois d'octobre, est accompagnée de vents intermittents. Ces vents soufflent du nord, mais avec des intervalles de calme. L'hiver, les vents sont variables ; l'atmosphère, sans nuages, n’oppose aucun obstacle à

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