‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 4 sur 75 · AS SET · texte numérisé non relu

AS SET

l'action des rayons solaires, et la végétation, alors dans toute sa force, s’approprie l'eau qui s’évapore ; de sorte que, excepté des rosées assez abondantes et quelques brouillards trèés-peu fréquents qui ont lieu le matin, rien ne met obstacle à la transparence de l'air.

L'approche de l’équinoxe du printemps change la face de la terre ; le vent embrasé du sud commence à souffler, mais il dure rarement plus de trois jours de suite. Dès que ce vent de sud, nommé khamsin en Égypte, samiel en Arabie, et simoun dans le désert, commence à soufller, l'atmosphère se trouble, souvent une teinte de pourpre la colore ; l'air perd son élasticité; une chaleur sèche et brûlante règne partout, en même temps que des tourbillons, semblables aux émanations d’une fournaise ardente, se succèdent par intervalles. Cette saison du khamsin est la seule où l'atmosphère de l'Égypte soit généralement malsaine. C’est alors que se montre dans toute sa puissance redoutable la peste, cette maladie dont l’origine échappe encore aux recherches de la science. Il nous paraît prouvé que la peste est indigène en Égypte, et non pas apportée d'autres contrées. L'ancienne Égypte n’était pas exempte de ce fléau ; des passages d’Arétée prouvent qu’une maladie très-voisine de la peste était regardée comme endémiqne en Syrie et en Égypte.

L'ophthalmie fait les plus grands ravages pendant la saison du débordement. Comme elle attaque surtout ceux qui dorment en plein air, il est naturel d’en chercher la cause dans les rosées très-abondantes qui tombent pendant 1a nuit. Le natron, dont le sol de l'Égypte est imprégné, communique à l’air ses qualités salines et mordantes.

C’est à une atmosphère si singulièrement constituée, c’est aux inondations du Nil que l'Égypte doit l'avantage de réunir presque tous les végétaux cultivés de l’ancien continent. On peut diviser toutes les cultures d'Égypte en deux grandes classes: les unes ont lieu sur les terres arrosées par le débordement naturel du fleuve, et les autres sur les terres où l’inondation ne parvient pas, et où l’on y supplée par des irri-

gations artificielles. 1

Parmi les premières, on remarque le froment, l’orge, l’épeautre, les car fèves, les lentilles, le sésame, la moutarde, le lin, l’anis, le carthame ou pre safranon, la gaude, le tabac, le lupin, le pois chiche, le barsim ou trèfle est d'Égypte, le fenugrec, la pastèque, le melon, les concombres divers et aid

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Ja laitue. L’orge à six rangs de grains sert en grande partie à la nourriture du bétail et des chevaux. Les cucurbitacées, ainsi que les tabacs et les lupins, couvrent ordinairement les bords du fleuve à mesure que l'eau baisse. Les melonset les concombres grossissent pour ainsi dire à vue d'œil ; en 24 heures ils gagnent 24 pouces de volume, mais la plupart ont la chair fade et aqueuse; le tabac a peu de force. La gaude est presque toujours cultivée dans les canaux, lorsque l'eau s’en retire ; le lin, dans plusieurs cantons, se cultive aussi dans les terres arrosées ar-. tificiellement. Ces cultures sont peu pénibles; après un léger travail préparatoire, ou un léger labour, les semences sont confiées à la terre encore humide et vaseuse.

La seconde espèce de culture exige plus de soin ct de travail ; c’est celle des terres qui, par leur élévation, ou par les moyens qu'offrent les localités de les garantir de l’inondation du fleuve, sont destinées à des plantes qui ont besoin d’arrosements réiterés pendant la végétation. Ces cultures ont lieu principalement sur les bords du Nil, dans la haute

‘gypte, dans le Fayoum et dans la partie la plus basse de l'Égypte, où les eaux déjà épuisées du Nil ne suffisent plus à couvrir toutes les terres. Dans la haute Égypte, ces terrains sont principalement plantés en holcus-doura, nourriture générale du peuple : on en mange le grain landis qu’il est en lait, après l'avoir fait griller comme le maïs ; on mâche la canne verte, comme celle du sucre ; la moelle sèche sert d’amadou ; la feuille nourrit le bétail; la canne remplace le bois pour chauffer le four ; du grain on fait de la farine, et de cette farine des galettes; mais tous ces mets ne flattent guère nos palais européens. La haute Égypte nourrit encore, sur ces sortes de terres, la canne à sucre, dont la végétation s’accomiplit là dans une saison : on y cultive aussi l’indigo, le coton, et dans le voisinage des villes quelques plantes potagères. Le Fayoum se distingue par la culture des rosiers, qui fournissent l’eau de rose recherchée dans tout l'Orient. La partie La plus basse de l'Égypte abonde en riz et plantes potagères.

Toutes les terres de cette seconde espèce de culture sont divisées par carrés factices, qui sont séparés par de petites digues sur lesquelles est pratiquée une rigole. Toutes ces rigoles communiquent entre elles : l’eau est élevée au moyen d’un balancier muni d’un poids à l'arrière, qui aide à l'ascension du seau suspendu à l'extrémité la plus longue du le

vier, et qu'un homme, par un léger mouvement, fait descendre : un , verse l’eau, au moment de l'ascension, dans un réservoir, d’où elle s'é- é . coule par les rigoles vers le point où l’ouvrier chargé de ce travail dirige { son emploi. Le mouvement de ce ce balancier ne pouvant pas élever : l’eau à plus de six pieds, les cultivateurs sont obligés d'établir autant 1. de bassins et de nalanciers qu’il y a de fois cette élévation entre le ni- k | veau du fleuve et celui du sol. Dans le Fayoum, les eaux destinées à s | arroser les terres situées sur le penchant des collines et au fonu de la : vallée, sont d’abord élevées au moyen de la bascule appelée delou ou " chalouf ; elles sont reçues dans des rigoles horizontales, et tombent en- ne suite, de rigole en rigole, sur des plans inférieurs disposés comme les " degrés d’un amphithéâtre sur le penchant des collines. | Passons aux arbres fruitiers. Quelques espèces de l’Europe ne vien- äù | nent pas ici ; de ce nombre sont l’amandier, le noyer ct le cerisier. La du | poire, la pomme, la pêche et la prune ne sont ni abondantes ni de aie) bonne qualité; mais les citrons, les limons, les oranges, les gre- je nades, les abricots prospèrent à côté du bananier, dont une seule tige V'Éj porte quelquefois 500 fruits, du sycomore ou figuier de Pharaon, moins pa estimé pour ses fruits que pour son vaste et épais ombrage, du carou- pre bier, du jujubier, du tamarinier et d’autres arbres, parmi lesquels fair aucun n’égale en nombre ni en utilité le palmier-dattier, cultivé aussi rec bien dans les terres inondées naturellement que dans celles qui sont L arrosées artificiellement : on en voit des plantations de 3 à 400, quel- ma quefois même de plusieurs milliers. L’olivier ne se rencontre que dans obl les jardins, il y en a cependant quelques plantations dans le Fayoum, ent La vigne formait jadis une branche de culture intéressante. Aujourd’hui etl la vigne n’est cultivée en Égypte que pour donner de l’ombrage et des . sn raisins; quelques chrétiens récoltent cependant encore un peu de vin rie: r édiocre dans le Fayoum. dar Une production d'Égypte, fameuse chez les anciens, était le lotus. Ce mo mot était pris dans des sens différents. La plante proprenient nommés de lotus est une espèce de nymphæa ou lis d’eau, qui, lorsque londation du cesse, couvre tous les canaux et tous les étangs de ses larges feuilles dar rondes, parmi lesquelles des fleurs, en forme de coupe et d’un blanc me éblouissant où d’un bleu de ciel, reposent sur la surface de l’eau avec La

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bleu, tous deux connus des anciens qui, ce pendant, ont plus souvent parlé du bleu. Le lis rose du Nil, ou fève d'Egypte, qui est sculpté fréquemment sur les monuments antiques de l'Égypte, ue se trouve plus aujourd'hui dans cette contrée : cette plante, qu'on a retrouvée dans

nde, est le nymphæœa nelumbo. Mais les fruits du louus vantés par Homère,

et qui charmaient les compagnons d'Ulysse, étaient ceux de l'arbre nommé aujourd’hui jujubier, zizyphus lotus. Enfin, la plante nommée par Pline faba græca où lotus est le dispyros lotus, espèce de plaqueminicr ou d’ébénier, Le papyrus, également célèbre dans l'antiquité, a été re trouvé dans le cyperus papyrus de Linné. La colocase, si renommée anciennement, se cultive encore aujourd'hui en Égypte pour ses grosses racines nouritssantes.

il: ypte, si riche en végétaux cultivés, manque de forêts. Les bords du fleuve et des canaux offrent quelques taillis d’acaciaset de mimosas du Nil; ils sont ornés de bosquets de lauriers-rose, de saules-kalef, de cassies et d’autres arbrisseaux. Le cactus forme dans le Fayoum des haies impénétrables; mais cette apparence illusoire de forêts ne dispense pas l'Égypte de chercher en Caramanie tout son bois de chauffage. Les paysans brûlent la bouse de vache, et la recherchent avec un soin presque risible : à peine un de ces bestiaux montre-t-il l'envie de satisfaire à ses besoins, qu’aussitôt le paysan accourt et tend la main pour recueillir ce dont l'animal veut se débarrasser,

Le règne animal de l'Égypte nous arrètera moins longtemps. Le manque de prairies empêche la multiplication des bestiaux; on est obligé de les nourrir à l'étable pendant l’inondation. Les \Mamelouks entretenaient une belle race de chevaux de selle. Les ânes, les mulets et les chameaux se montrent ici dans toute leur vigueur. Les buflles sont très-nombreux. LÉgypte inférieure possède le mouton de Barbarie. Les grands animaux féroces ne trouvent guère d’aliment ni d’asile dans ce pays : le chacal et Phyène y sont communs, mais le lion s’y montre rarement à la poursuite des gazelles qui parcourent les déserts de la Thébaïde. Le crocodile et l’hippopotame, ces habitants primitifs

du Nil, paraissent bannis de la basse Egypte, mais on les voit encore

dans la haute. Les îles voisines des calaractes sont quelquefois entière-

ment couvertes (le troupeaux de crocodiles qui y déposent leurs œufs.

La voracité de Fhippopotame, en anéantissant ses moyens de subsisvu, è

48 CHAPITRE DEUXIEME, tance, en fait diminuer la race. On sait depuis longtemps que l’ichneumon n’est pas domestique en Égypte, corame l’avait cru Buffon. L'ichneumon est l'animal même que les anciens désignaient sous ce nom, et qu'on n’a trouvé que dans cette contrée. On a récemment enrichi la

. Zoologie de plusieurs animaux rapportés d'Égypte, parmi lesquels on

remarque la gerboise, une nouvelle cspèce de lièvre, une de renard, une de hérisson, une de chauve-souris, quatre de rats, dont deux épineux. On y a trouvé le coluber haje, qui est figuré dans tous les hiéroglyphes comme l'emblème de la providence ; et le coluber vipera, qui est la vraie vipère des anciens.

Le Nil paraît nourrir des poissons singuliers, jusqu'ici inconnus aux naturalistes ; le polyptère bichir, décrit par M. Geoffroy Saint-Hilaire, en offre un exemple remarquable. Ce naturaliste a observé qu’en général les oiseaux en Egypte étaient peu différents de ceux d'Europe. Il a vu l’oie d'Egypte représentée, sur tous les temples de l'Egypte supérieure, tant par des sculptures que par des peintures coloriées ; il ne doute nullement que cet oiseau ne soit le chenalopexæ d'Hérodote, oiseau auquel les anciens Egyptiens rendaient des honneurs divins, et avaient même dédié une ville nommée Chenoboscion. L’ibis, qui était censé chasser les serpents, est, selon Cuvier, une espèce de courlis nommé aujourd’hui abouhannes. Grobert et Geoffroy Saint-Hilaire en ont rap-porté des momies, apprêtées et ensevelies avec des soins superstitieux. Les Egyptiens nourrissent une grande quantité d’abeilles, et les font voyager sur le Ni: pour les faire jouir de l'avantage des différents climats et des diflérentes productions de la haute et basse Egypte. Les abeilles se répandent sur ‘es deux rivages, et retournent exactement le

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LGYPTE,

Description topographique et tableau politique de l'Égypte.

Les anciens avaient divisé l'Egypte, d’après une indication donnée par le cours du fleuve, en haute Egypte, nommée Thébaïde, à cause de Thèbes qui en était la capitale; Egypte du milieu, appelée aussi Heptunomie, et enfin basse Egypte ou Delta, qui s’étendait jusqu’à la mer.

Les Arabes et les Ottomans n’ont fait que changer ces noms. Les Français y trouvèrent les divisions suivantes : 4° Le Saïd ou la haute Egypte, renfermant les provinces de Thèbes, Girgéh et de Syouth ; 2 le Vostani, ou l'Egypte du milieu, comprenait les provinces de Fayoum, Béni-Souef et Minyeh; 3° le Rahari, ou la basse Egypte, embrassait les provinces de Bahhyréh, Rosotte où Rachyd, Gharbyéh, Ménouf, Mansourah, Charkyéh, et le district du Caire, composé des subdivisions Kélioubeh et Atfihiéh.

Il faut observer que la dénomination de haute Egypte, prise dans un sens rigoureusement physique, est quelquefois étendue à toutes les provinces au-dessus du Caire. C’est d’après ce principe qu’Aboulféda et Ibn-Haukal divisent l'Egypte en deux parties : le Rif et le Saïd, c’està-dire la côte et le haut pays. Un autre Arabe appelle ces divisions Æsbli et Bahari, c’est-à-dire le midi et le rivage. Les divisions administratives de PEgypte se prêtent difficflement à une description topographique; nous nous conformerons donc à Ja division ancienne en trois régions.

SECT. re, — Bahari, Delta ou basse Égypte.

La ville la plus importante de la basse Egypte est Alexandrie, appelée Iskendériéh par les Arabes ct les Turcs. Elle fut jadis la capitale de toute l'Egypte et l’une des villes les plus célèbres de l’ancien monde. Son fondateur, qui fat le fameux conquérant dont elle porte le nom, la bâtit dans une situation extrèmement favorable au commerce, et elle dut en cffet sa prospérité au commerce entre l'Inde et l’Europe dont elle devint le siége principal. Plus tard, sous les Ptolémées, dontelle fut la résidence, Alexandrie acquit un nouveau genre de gloire; sa renommée littéraire éclipsa presque celle d'Athènes; à l'époque même où elle fut soumise au joug romain, elle eut le rang de la seconde ville de l’empire. Mais l'invasion des Arabes lui purta un coup mortel, ces nouveaux conquérants ayant montré de très-bonne heure une préférence décidée pour le Caire, qui les mettait en rapport avec la Syrie, l’Arabie et leurs autres provinces orientales. Néanmoins, Alexandrie continua d’être florissante, aussi longtemps qu'elle fut le point central du commerce avec l'Inde. Mais, lorsque la route du cap de Bonne-Espérance fut découverte, elle déclina ravidement. Sa population tomba de 300,000 âmes à 15,000. Aujourd’hui, grâce aux améliorations qu’elle doit à Méhémet-Ali, qui a rouvert la communication par eau entre la ville et le Nil, grâce aussi à la navigation à la vapeur qui habitue le commerce de l’Inde à reprendre son ancienne voie de la mer Rouge, elle a pris une activité nouvelle et compte une population de 40,000 habitants.

L'approche d'Alexandrie, en venant de l’ouest, n’est pas sans quelque danger, à cause de l’uuiformité de la côte qui est basse et sablonneuse, et qui n'offre aucun ohjet propre à guider la course des navires. Le premier point de reconnaissance que l’on aperçoive consiste en deux éminences surmontées d’une tour appelée Abousir ou Tour des Arabes. Bientôt la colonne de Pompée sert de guide au marin. Il ne reste plus aucun vestige de son célebre phare; son emplacement même est incertain. Alexandrie a deux ports, l’ancien et le nonveau. Le premier est commode, quoique l'entrée en soit difficile ; mais il est exclusivement réservé aux Musulmans. Les Européens sont obligés de se contenter du second, qui à un fond de roche et n'offre qu’un mouillage peu sûr. La

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AFRIQUE : ÉGYPTE. 21 nouvelle Alexandrie est tout entière bâtie hors de l'enceinte de la ville antique. Son aspect est triste, sombre et misérable, et l’on n’y rencontre aucun édifice remarquable. Mais, en sortant de la ville moderne, on a sous les yeux une vaste plaine couverte de ruines, murs écroulés, portiques renversés, colonnes antiques brisées, et tombeaux modernes également ruinés; les restes de l’ancienne cité sont entremêlés de palmiers et de nopals, et n'ont d’autres habitants que les hiboux, les chauvessouris et les chacals. On découvre encore les vestiges des immenses réservoirs qui fourmissaient d'eau sa nombreuse population. Il n’enreste plus que douze qui suffisent aux besoins de la ville actuclle. A partir de l'extrémité de l’ancienne ville, on voit le long de la côte, sur une étenduc de près de deux kilomètres, une série de tombeaux taillés dans le rocher; chacun d’eux paraît avoir contenu trois corps. Ces monuments, auxquels on a donné le nom de nécropole Gu cité des morts, sont presque tous vides, les Arabes les ayant saccagés dans l'espérance illusoire d'y trouver des trésors.

Parmi les débris antiques que présente l’antique cité d'Alexandre, on remarque surtout trois monuments que le temps et les ravages de la guerre ont respectés. Le plus celebre est la Colonne dite de Pompée; mais il est évident, qu’elle a été seulement érigée sous les empereurs, peutêtre sous Dioclétien. Sa hauteur a été fort exagérée par les voyageurs : elle ne dépasse pas 29 mètres. La base, le fût et le chapiteau ont été taillés chacun dans un seul bloc de granit de la plus grande beauté. On cite encore deux obélisques d'environ 18 mètres de hauteur, ct formés également d’un seul bloc de granit. On les appelle vulgairement les Aiguilles de Cléopdtre. Un seul de ces obélisques est debout.

Alexandrie est bâlie sur une étroite langue de terre qui sépare le vaste lac Maréotis, nommé Mariout par les Arabes, de la Méditerranée. Ce lac, dont la forme est très-irrégulière, a environ 90 kilomètres de longueur sur 35 dans sa plus grande largeur; mais dans la partie occidentale qui est parallèle à la mer, cette largeur se réduit à 6 ou 7. Il était presque à see, lorsque les Anglais, en 1801, y ouvrirent une entrée aux eaux de ja mer afin de couper l’armée française du Caire. Sa profondeur est, du reste, peu considérable; on le passe en plusieurs endroits à gué ou sur des chaussées construites par les Arabes. A l’ouest et au sud , le lac est entouré de vastes déserts qui séparent Alexandrie du reste de l'Egypie

22 CHAPITRE TROISIÈME, habitée. 11 en était autrement dans l’antiquité, où cette région formait le nume Maréotique, dans le territoire duquel s’élevaient plusieurs villes énumérées par Ptolémée. Sous l'empire, il était rempli de couvents. A l'extrémité ouest du lac, un pauvre village arabe occupe l'emplacement de l’ancienne Toposiris, où l’on remarque une tour élevée nommée Koum Abousir où Tour des Arabes, dont nous avons déjà parlé. Sur le bord occidental du lac, près d’un endroit appelé 4bou-el Kheir, une double muraille, de vestes jetées solidement construites et de nombreux décombres semés sur un vaste espace, indiquent le lieu où s'élevait jadis la riche et importante ville de Marea. Il suffirait, pour rendre à la culture ce vaste district, de rétablir quelques-uns des anciens canaux.

La province de Bahireh, la plus occidentale du Delta, est traversée par le canal Mahmoudiéh, qui met en communication Alexandrie avec le Nil, et part de celui-ci près de Ramaniéh, petite ville dont les Français avaient fait, en 1801, un poste fortifié. Ce district est moins bien arrosé que les autres parties du Delta. La principale culture est celle du coton ; on en voit d'immenses plantations aux environs de Damanhour, l’antique Hermopolis parva, assez grande ville située au centre de la province.

A partir d'Alexandrie, la langue de terre entre le lac Maréotis et la mer s'étend à l’est et se prolonge par le lac Muadieh jusqu’au château d’Aboukir, près de l’ancienne Canope, si célèbre par son temple de Sérapis et ses fêtes licencieuses. La rade d’Aboukir est fameuse dans l’histoire moderne par la destruction de la flotte française et par la victoire que remportèrent nos soldats sur l’armée turque. Vers l'extrémité du lac Maadieh commence le lac d’Edkou, qui a environ 25 kilomètres de

longueur. Ce dernier communique avec la mer à son extrémité ouest;

mais ensuite, il en est séparé par une langue de terre étroite et stérile, composée de sables mouvants. La rouie à travers ces sables est marquée de distance en distance par des colonnes : elle conduit à Rosette.

Rosette, appelée Rachyd par les Arabes, est située à l'embouchure de la branche la plus occidentale du Nil. Elle est mieux bâtie qu’Alexandrie ; ses maisons sont construites en briques, et quoique ses rues soient étroites et sombres, la ville présente un aspect plus agréable que la plupart des villes de l'Orient. On y remarque une belle mosquée. Avant le rétablissement du canal d'Alexandrie, elle était le centre du commerce

avec le Caire et la haute Egypte; depuis, son commerce a décliné. Elle

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AFRIQUE : ÉGYPTE. 23 possède quelques manufactures de coton et de lin. La population actuelle ne saurait dépasser 15,000 âmes.

En remontant la branche du Nil qui débouche à Rosctte, on arrive à Metoubis, pelite ville signalée pour ia dépravation des mœurs de ses babitants. Plus haut, on trouve Fouah, ville de 6,000 habitants, dont le commerce est bien déchu. Le canal d'Hasbabs, qui est dérivé de la partie supérieure de la branche de Damiette, et qui se termine au lac Bourlos, marche parallèlement à la branche de Rosette à une distance de 9 à 10 kilomètres, et communique avec celle-ci par plusieurs canaux secondaires Sur cette branche, le misérable village de Sa-el-Hadjar occupe l’emplacement de l’antique Saïs qui fut la résidence des Pharaons et le siége primitif de la colonie par qui Athènes fut fondée Des débris et des ruines de tout genre attestent encore la splendeur de l’ancienne cité.

Plus au sud, à 18 kilomètres environ de la branche Bolbitine du Nil, on remarque Tantah, l’une des villes les plus populeuses du Delta, quoiqu’elle n’ait pas plus de 10,000 habitants. Elle est importante par le tombeau de SeydeAhmed-el-Bedaoui, qui y attire trois fois par an une foule de pèlerins accourus de toute l'Égypte, de la Turquie, de la Syrie, de la Perse, du Hedjaz, de la Barbarie, de l’Abyssinie et du Darfour. Au mois d’avril, on y voit quelquefois 450,000 hommes. Suivant l'usage de l'Orient, le commerce et le plaisir s’allient à la superstition ; cette réunion donne lieu à une foire immense, et les baladins, les jongleurs, les danseuses et les filles de joie , ne manquent pas de venir en foule exercer égaiement leurs talents et leur industrie. La mosquée,

érigée par le sultan Malik-el-Nassir, en l'honneur du saint, est un des ‘

plus beaux monuments de l'Égypte moderne.

La partie supérieure du Delta, appelée Menoufieh, est une des contrées les plus agréables et les plus fertiles de l'Égypte. Un large canal qui va d’une branche à l’autre, la traverse ; et quoique, pendant l’inondation, elle soit complétement recouverte par les eaux, celles-ci n’y séjournent pas aussi longtemps que dans les partics inférieures du Delta, et n’y rendent pas l'air aussi malsain. Menouf, avec 4,000 âmes, en est la ville la plus considérable.

En descendant la branche de Damiette, nons la trouvons, comme

celle de Rosctte, accompagne par un canal varallèle, appelé d’abord ca-

nal de Karinaïn ct ensuite canal de Melig. A ce dernier village, il envoie une branche à travers le Delta, puis se perd dans le lac Bourlos. Ce canal , paraît être l’ancienne branche Sébennytique, car nulle part il ne présente l’apparence du travail de l’homme. Les bords du Nil sont ici plus beaux et plus fertiles encore que sur la branche opposée : tous les 5 à 6 kilomètres, on rencontre un bourg ou un village qu’entourent des bouquets de paliers, Parmi ces villages, nons citerons Ben-al-Hassar, au nord duquel on remarque les ruines de l’ancienne Bubaste, suivant Pococke ; et le bourg d'Abousir, qui occupe l'emplacement de Busiris, fameuse dans l'antiquité par son temple d’Isis et par les fêtes qu’on y célébrait en l'honneur de cette déesse. À une lieue et demie plus bas, on trouve Semenhoud, gros bourg de 4 à 5,000 âmes, florissant par son commerce. Il représente l’ancienne Sebennytus. Mahallet, grande ville de 45,000 habitants, est située sur le canal de Karinaïn, à 7 kilomètres à l’ouest de Semenhoud; c’est la ville la plus commerçante et la plus industricuse du Delta. On y fabrique des soieries, et spécialement une sorte de mouchoirs en toile à bordures de soie, dont on se sert dans les bains. Les mœurs des habitants passent pour être fort dépravées : on y compte un grand nombre de filles de joie qui jouissent ici de beaucoup plus de liberté que dans le reste de l'Égypte. Plus au nord, sur le même canal, on voit les ruines de Behbeys, les plus considérables de toutes celles qui existent encore dans le Delta. Au centre d’une enceinte de briques, d'environ 1,200 pieds sur 800, on remarque les restes d’un édifice antique, long de 160 pieds et large de 400. Ils forment une masse de débris, parmi lesquels on distingue des colonnes, des chapiteaux à tête d'Isis, tous couverts de bas-reliefs très-bien exécutés. Ces fragments sont tous en maguifique granit rouge de Syene. Plus bas, sur la

rive droite du Nil, des minarcts élevés annoncent de loin HMansourah, ville de 6,000 âmes, fameuse par la batailie où saint Louis fut fait prisonnier.

Enfin deux lieues au-dessus de l'embouchure du Nil, s'élève Damiette avec 30,000 habitants. La ville est très-grande, mais mal bâtie ; elle renferme de belles mosquées. Elle estle marché principal pour les productions du Delta, et surtout pour le riz. La population passe pour très-fanatique ; un chrétien n’y peut parître sans être insulté : c’est toujours l'islamisme du temps passé. Damiette n’a pas de port; les vaisseaux jettent l’ancre dans une rade fort peu sûre située à l'embouchure du

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AFRIQUE : ÉGYPTE, 25 fleuve; et des barques font le service de transport de la ville à la rade. La Damiette ancienne, Thamiatis, était bâtie sur la rade même ; elle fut détruite pendant les croisades. La ville actuelle date seulement de 1260. C’est done à tort que l’on a attribué aux aftérissements formés par le Nil l'éloignement de cette ville des bords de la Méditerranée.

Il nous reste à décrire la base du Delta, ou la côte entre Rosette et Damiette. Eile représente une zone de3 à 4 lieues de largeur, qui consiste cn une plaine sablonneuse ou marécageuse. Une grande partie de cct cspace est occupée par le lac Bourlos qui a environ 8 lieues de long sur 2 de large, De même que le lac Maréotis et celui d’'Edkou, il est peu profond, et n’est séparé de la mer que par une langue de terre étroite. li communique avec la Méditerranée par une ouverture qui paraît être la bouche de l’ancienne branche Sébennylique. C’est ici qu’on pluce l’Etéarchie ou les Bucolies, c'est-à-dire le pays des marais et des pasteurs de buffles, qui fut plusieurs fois le refuge des rois d'Égyte, renversés du trône par une invasion ou par une insurrection. Ce canton portait en égyptien le nom de Baschmour, qui a été donné au troisième dialecte. de l’ancienne langue de l'Égypte. Les sauvages baschmouriens vivaient tantôt sur leurs barques, et tantôt parmi les roseaux qui couvraient leurs rivages marécageux : tel paraît être encore l’état des Égyptieus qui habitent autour du lac Bourlos.

La contrée située à l’est de la branche de Damiette est beaucoup moins importante que les districts du Delta proprement dit. Dans l’antiquité cependant, elle était arrosée par deux grandes branches : la branche Tanitique et la branche Pélusiaque, qui s’écoulaient dans le lac Menzalch. On distingue encore les traces de leur ancien lit. Malus a suivi toute la branche Tanitique. connue aujourd’hui sous le nom de canal de Moëz, depuis le village situé à 43 lieues au nord du Caire, où elle part de la branche de bamictte. Elle devait son nom à la ville de Tanis située vers son embouchure, et dont l'emplacement est marqué par le village de San et par les débris qu’on y rencontre, Ce canal est encore navigable pour les petites barques : il serait facile de lui rendre toute son ancienne importance. Même aujourd'hui, il fournit d’amples moyens d'irrigation et de culture; ses bords supérieurs principalement sont remarquables par leur fertilité : la partie inférieure même renferme de

beaux villages. La plupart de ces villages sont fortifiés par crainte des LLTR 4

26 CHAPITRE TROISIÈME, incuraions des Arabes bédouins. A 7 lieues environ au-dessous du commencement du canal, près du village de Tell-Bastah, Malus a observé des ruines immenses qu'il croit être celles de Bubaste; elles consistent en énormes masses granitiques plus ou moins mutilées et couvertes de caractères hiérozlyphiques.

Sur les bords de l’ancienne branche Pélusiaque la culture est bien moins florissante, et les habitants sont bicn plus exposés aux incursions des Bédouins. Les endroits les plus importants de cette région sont Belbeys et Salahieh, petites villes fortifiées, qui forment des portes militaires pour protéger le Delta du côté de la Syrie. Le district situé plus au sud , entre ces canaux et le Care, porte le nom de Kelioub, Il est assez bien arrosé et abonde en bestiaux. Un village du même nom, peuplé de 1,500 âmes, en est le chef-lieu.

La partie basse de la province de Charkyeh n'offre guère, comme toute la côte méditerranéenne de l'Égypte, que des sables et des marécages. Elle est traversée par le Menzaleh, vaste lac peu profond, qu'une longue et étroite langue de terre sépare de la mer Méditerranée. Sa superficie est beaucoup plus considérable que celle des lacs Maréotis et Bourlos, car on lui donne 22 lieues de longueur sur 9 à 10 de largeur. Une saillie péninsulaire le divise en deux parties, et il communique avec la mer par deux ouvertures. Ce lac est extrêmement poissonneux. Les pêcheurs qui habitent ses bords, ainsi que les îles Matharieh, situées près de la péninsule, sont robustes, vigoureux, mais aussi sauvages que ceux qui demeurent dans le voisinage du lac Bourlos. La petite ville de Menzaleh, avec 2,000 âmes, est bâtie sur Ja péninsule dont nous venons de parler.

SECT. %. — Vostani ou Égypte moyenne.

Lorsqu’on a dépassé l'angle formé par les deux branches divergentes du Nil qui forment le Delta, on entre dans l’Égypte moyenne. Lei , à une lieue à l’est du fleuve, on trouve d’abord le village de Mataryeh, remarquable par les ruines qui subsistent dans son voisinage. Cesruines sont les restes de la ville antique appelée On dans l’Écriture et Héliopolis par les Grecs, à cause de son magnifique temple dédié au Soleil, Elle était célèbre par la beauté de ses temples et par son collége où les prè-

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AFRIQUE : ÉGYPTE, ; tres enscignaient les hautes sciences, telles que 11 philo« | 45 tronomie; ce fut à leur école qu'Hérodote, Platon et Eudox: truisijy [3 rent dans les sciences et les mystères des Égyptiens. Déjà, du temps de | LÀ Strabon, cette grande ville était presque déserte. On remarque, parmi ses ruines, un obélisque qui a 67 pieds de hauteur, plusieurs sphynx et d'énormes pierres couvertes d’hiéroglyphes.

Enfin la plaine cesse d’étaler ses richesses monotones. Le mont Mokattam élance ses cimes arides à l’est; de l'autre côté, se présente Gizeh avec ses éternelles pyramides. C'est vis-à-vis de ces monuments que l'œil découvre successivement sur la rive orientale du grand fleuve les villes de Boulak, du Nouveau-Caire et du Vieux-Caire.

Boulak est le port du Caire, et sert à recevoir les vaisseaux qui ont remonté le Nil. I présente tout le tumulte et la confusion du commerce. La ville est fort étendue , quoique la population ne dépasse pas 48,000 âmes; mais elle renferme de nombreux jardins. C'est à Boulak que Méhémet-Ali a établi l'Ecole polytechnique , qui a fourni d’utiles sujets à l'Égypte, et une imprimerie qui a reproduit en arabe plusieurs des livres scientifiques de l’Europe. Parmi ses édifices, nous citerons la Douane, le bazar et des bains magnifiques. Les barques qui viennent de la haute Égypte s'arrêtent au port du Vieux-Caire, appelé Foskak par les Arabes. | La ville est presque déserte pendant la plus grande partie de l’année.

Elle est principalement habitée par des Coptes. Ils y possèdent douze | églises, dont plusieurs sont vastes et somptueuses. Le patriarche de cette nation y réside. Ce que le Vieux-Caire renferme de plus curieux, ce sont les Greniers dits de Joseph. Ces fameux greniers consistent simplement en 7 grandes cours carrées entourées de murs en briques, hauts de 45 pieds. Dans ces cours, s’élèvent des tas de blé d’une hauteur prodigieuse, qui sont couverts avec des nattes.

Entre ces deux villes s’étend le Nouveau-Caire, appelé avec emphase par les Orientaux le Grand-Caire , et dont le nom El-Kahira signifie le Victorieux. Les Orientaux regardent le Caire comme la reine des cités, comme la ville sans rivale. Sa splendeur forme un des thèmes favoris . des contes de l'Orient. Le Caire a été fondé en 973, par Al-Mansour, le

premier des kalifes fa{himites qui ait régné en Égypte. En 4176, Saladin l'entoura d’une forte muraille, et le Caire éclipsa bientôt Alexandrie. La ville est éloiguée du Nil d'environ 2,500 mètres , et s'étend vers les

montagnes de l’est, à peu près de 5 kilomètres. Elle occupe une surface considérable, comme toutes les grandes villes de l'Orient; mais dans cette vaste enceinte de 25 kilomètres de tour environ, on ne trouve que des rues étroites, tortueuses et non pavées; les maisons sont mal construites, en mauvaises briques ou en terre ; mais, ce qui est remarquable, c’est qu'elles ont deux et jusqu’à trois étages, contre l'usage du pays. Comme elles ne sont éclairées que par des fenêtres sur des cours intérieures, elles présentent du côté de la rue l’aspect de prisons, Ce qui égaie un peu le Caire, ce sont plusieurs places publiques spacieuses, et quelques beaux édifices. Parmi ces places publiques, les plus remarquables sont celles nommées Birket-el-Ezbekieh et Birket-el-Fil, qui sont inondées pendant été. La première, dont la superficie égale à peu près celle de l’intérieur du Champ-de-Mars à Paris, offre un spectacle féerique lorsque des centaines de barques illuminées la sillonnent pendant la nuit, à l’époque de la plus forte crue du Nil. Le Caire renferme 411 mosquées grandes ou petites. Sur ce nombre, il en est une trentaine qui méritent d'attirer l'attention des curieux. La mosquée de Touloun est regardée comme le plus beau monument arabe qui reste en Egypte, quoiqu’elle soit à moitié ruinée; on admire surtout la dilicatesse de ses sculptures, ct ses beaux portiques en arcades de forme ogivale. Cet édifice ayant été construit dans le rxe siècle, il est incontestable que ce sont les architectes arabes qui ont fourni aux chrétiens le type de l'architecture dite gothique. La mosquée d'El-Hakem est également remarquable par son antiquité, son étendue et ses ornements. Celle du sultan Hassan, bâtie au pied d’une éminence où est la citadelle, est tres-grande. Elle forme un carré long couronné tout au-

tour d'une corniche très-saillante et ornée de sculptures. On remarque

la grandeur et l'élévation de sa coupole, l'élévation de ses deux minarets, la variété des marbres qu'on à prodigués à l’intérieur et son pavé en mosaïque. La mosquée d’El-Azhar se distingue par sa coupole magnifique ; ses dépendances offrent une grande quantité d’appartements destinés à loger les pèlerins qui vont à la Mecque; mais, ce quila rend surtout célebre, c’est le Collége qui y est annexé, et qui est le premier du pays. C’est là qu’enseignent les plus célèbres docteurs de l'Islamisme ; une bibliothèque établie dans le Collége facilite les études des élèves,

On remarque encore trois ou quatre belles portes : celle appelée Bub-

el-Soutoub les bains, d'Ommand’El-Soukk chesses. 0 quelquesoù se réut tières où l’ La citad la ville, C magnifiqu quée, Elle primerie e Saladin, ai grand Sala fondeur.

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AFRIQUE : ÉGYPTE, 29 el-Soutoub (porte de la Victoire), est la plus magnifiqne de toutes. Parmi les bains, au nombre de 70, on en compte plusieurs, tels que ceux d'Omman-Jezbak, d'El-Sultan, d’El-Moyed, d'El-Tanbaleh, de Sounkor, d’El-Soukkarieh, qui méritent d'être cités pour leur étendue et leurs richesses. On doit encore mentionner les citernes, au nombre de 300, quelques-uns des bazars, les jardins, surtont celui dit Gheit-Kazim-Bey, où se réuuissaient les membres de l'Institut d'Égypte, et les vastes cimetières où l’on admire plusieurs tombeaux magnifiques.

La citadelle est bâtie sur une colline du mont Mokattam, qui domine la ville. C’est la résidence ordinaire du vice-roi. qui y occupe un palais magnifique. Méhémet-Ali y a récemment fait construire une belle mosquée, Elle renferme encore un arsenal, une fonderie de canons, une imprimerie et l'Hôtel des monnaies. Enfin, on y voit les ruines du Palais de Saladin, ainsi que le fameux Puits de Joseph, creusé par les ordres du grand Saladin, appelé Joussouf par les Orientaux. Il a 280 pieds de profondeur. La population du Caire ne paraît pas être au-dessous de 350,000 âmes.

Les habitants du Caire, avides de spectacles comme tous ceux des grandes villes, sont surtout amusés par les jeux d’exercice, comme sauts, danses de cordes, luttes, tours de jongleurs; par les chants et les danses, par les théâtres de marionnettes et d’ombres chinoises, par les bouffons dont les plaisanteries obscènes et les jeux de mots grossiers excitent la gaieté d’un peuple ignorant et surtout corrompu. Les almées, ou improvisatrices, qui vont exercer leur art chez les riches, se distinguent pourtant de celles qui amusent le bas peuple. Elles viennent égayer la solitude du harem; elles apprennent aux femmes les airs nouveaux ; elles déclament des poëmes d’autant plus mtéressants qu’ils offrent le tableau vivant des mœurs du pays. Ces improvisatrices dont l'esprit est cultivé, ont une conversation agréable; elles parlent leur langue avec pureté. L’habitude où elles sont de se livrer à la poésie, leur rend familières les expressions {es plus douces et les plus sonores ; elles récitent avec beaucoup de grâce. Les almé:s font l’ornement de toutes les grandes fêtes. Pendant le repas, on les place dans une tribune où elles chantent : elles viennent ensuite dans la salle du festin former des danses ou plutôt des ballets pantomimes, dont les mystères de l'amour forment le sujet ordinaire. Alors elles quittent leurs voiles et en mème

temps la pudeur de leur sexe : elles paraissent vêtues d'une gaze légère et transparente, ou parfois même entièrement nues; les tambours de basque, les castagnettes, les flûtes les animent. C’est ainsi que dans tous les pays du monde, la danse et la musique ne sont que les esclaves de la volupté et les alliées de la licence.

Dans les environs immédiats du Caire, onremarque l’fle de Rouda, célèbre par ses beaux jardins et par son Nilomètre, sorte de colonne en assez mauvais état, qui sert à mesurer la crue du fleuve ; Choubra, petit village où Méhémet-Ali a fait construire une maison de plaisance magnifique et élever des jardins délicieux ; Abou-Zabel, petit endroit important par son École de médecine et de chirurgie et par son Hôpital où lon soigne 1,200 malades.

En traversant le Nil, an arrive à Ghizeh, ville triste et mal bâtie, mais agréablement ombragée de dattiers, de sycomores et d’oliviers. On y remarque un beau palais entouré de vastes jardins. Mais ce qui rend cette petite ville célèbre, c’est le voisinage des trois grandes pyramides, qui par leur grandeur et leur renommée, ont effacé toutes celles dont l'Égypte est parsemée. La plus grande, appelée pyramide de Chéops, a 449 pieds 6 pouces (146 mètres) de hauteur perpendiculaire, et la longueur de sa base actuelle est de 716 pieds: mais on croit qu’avec l’ancien revêtement, l'élévation a dû être de 480 pieds, et la longueur de la base de 734 pieds 3 pouces. L'entrée de la grande pyramide, quelque soin qui ait été pris pour la dissimuler, a été découverte par les Arabes dans le 1x° siècle. On a suivi plusieurs longues galeries conduisant à deux chambres, dont la plus grande a 30 pieds sur 16, et renferme un sarco phage aujourd’hui vide. La seconde pyramide, ou pyræmide de Chéphrènes,

est haute d’environ 370 pieds. Belzoni, grâce à ses efforts persévérants, :

étant parvenu à découvrir son entrée que fermait un énorme bloc de granit, touva, à l'extrémité d’une longue galerie, une chambre de 42 pieds sur 15 où reposait un sarcophage contenant quelques ossements qui furent reconnus paur être ceux d’un bœuf. Ce faitest un puissant argument en faveur de l'opinion dés savants qui prétendent que les pyramides étaient des édifices religieux et non point des mausolés royaux. La troisième grande pyramide, qui porte le nom de Mycerinus, offre des dimensions bien moins considérables que les deux précédentes; mais elle les surpassait en beauté. Elle était entièrement revé-

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AFRIQUE : ÉGYPTE. 31 tue en beau marbre de la Thébaïde, que les Arabes ont arraché pour en orner d’autres édifices.

A environ 300 pas de la seconde pyramide, on admire la statue gigantesque du Sphynæ. Cettesculpture colosale a 440 pieds de longueur ; la tête et le cou, les seules parties quine soint pas enfouies dans les sables, ont ensemble 27 pieds de hauteur.

En remontant le Nil, on voit Sakkarah, village près duquel s’élève un grand nombre de pyramides dont quelques-unes en briques. L’une d’elles, haute de plus de 300 pieds, aurait, suivant Champollion, 7,000 ans d'existence. Ces pyramides sont disposées sur une ligne de 4 lieues. Au pied de cette chaîne de monuments, s'étendait l'antique Memphis, dont les immenses édifices ont laissé quelques débris à Mitrahineh, et probablement jusque vers Mohannan. Les habitants font le commerce de momies ou de corps embiumés d'hommes et d’animaux sacrés qu’on tire des caveaux ti illés dans les rochers. Sur la rive orientale se montre la fameuse mi squée Atzar-en-Neby, très-fréquentée par les Musulmans du Caire, qui y viennent en pèlerinage visiter une pierre où ils voieni les pieds du Prophète parfaitement empreints. Atfieh, l’ancienne Aphroditopolis, su r la rive droite du Nil, est une petite ville de 4,000 habitants.

Cette partie de l'Égypte, jusqu’à Beni-Souef, est loin d'offrir la même fertilité que le Delta : cependant elle n’est pas dépourvue de moyens d'irrigation. La pente du terrain présente certains obstacles ; mais un gouvernement intelligent pourrait aisément remédier à ces difficultés. Les terres situées au pied des montagnes sont arrosées par une dérivation naturelle du Nil, appelée Canal de Joseph, dont la branche principale traverse le Fayoum, tandis qu’une autre s’étend jusqu’à la basse Égypte. Beni-Souef, sur la rive gauche du fleuve, est importante par son industrie, son commerce et sa population de 6,000 habitants. Elle est bâtie en briques, et possède des manufactures de toiles de coton et de tapis grossiers.

A l’ouest de Beni-Souef s'étend le Fayoum, dont Ie riche bassin apparaît comme une île entourée de déserts. Une ouverture à travers la chaîne lybienne, agrandie par une vaste coupure artificielle, a servi à conduire dans cette contrée une branche du Nil, quien a fait une des parties les plus belles et Les plus fertiles de l'Égypte. Cette branche, après avoir arrosé le pays par ses mille canaux, forme le lac de Fayoum,

l'ancien lac si célèbre sous lenom de Meris, auquel les Arabes donnent aujourd’hui le nom de Birket-el-Karoun, ou lac de Caron. Ce lac, que les anciens comparaient à une mer, a 41 lieues de longueur sur une et demie à 2 de largeur; mais Jomard a observé qu'il n’occupe plus guère que le fond du lit qu’il remplissait jadis. En considérant l'immense étendue de ce bassin, on regarde généralement comme impossible qu’il soit l’ouvrage de l’art, ainsi que le prétendait l’antiquité. Pour y dériver les eaux du Nil, il aurait fallu enlever 3 millions de mètres cubes de terres ou de rochers. Cependant, si l’on réfléchit aux entreprises colossales exécutées par les anciens Égyptiens, il n’est pas permis de crier à l’impossibilité, d'autant que le creusement du lac Mœris passait, aux yeux des anciens, pour le plus prodigieux de ces travaux. Jomard à observé au passage à travers la montagne et dans le canal de Bahr-Balama, des traces évidentes de travaux d’art. Le lac Mæris formait le grand réservoir de l'Égypte; il servait à recevoir les eaux surabondantes, lorsque l’inondation était trop forte, et quand celle-ci était insuffisante, il épanchait ses trésors sur le pays.

Suivant Jomard, l’œil ne se lasse jamais de contempier les campagnes riantes du Fayoum, arrosées par des milliers de canaux qui y entretiennent une fraicheur perpétuelle, et dont l’aspect forme le contraste le plus parfait avec les déserts voisins de la Lybie. On y récolte du blé, du riz, des dattes, du chanvre ex des fruits délicieux. L’olivier et la vigne y prospèrent, et les vastes plantations de rosiers fournissent à la préparation d’une grande quantité d'essence de roses. Maïs ce qui attire surtout l'attention des voyageurs, ce sont les antiquités du Fayoum. Indépendamment du lac Mœris, la tradition y place le fameux labyrinthe, l’une des plus prodigieuses merveilles du monde. Les savants ne sont pas

d'accord sur son emplacement : les uns l'ont placé à un endroit situé à

une lieue de l'extrémité ouest du lac, où l’on voit un édifice de 90 pieds de long sur 50 delarge. Cet édifice offre de vastes appartements ornés dans le style égyptien, mais sans se distinguer pourtant par une rsagnificence extraordinaire.Ce qu’on y a découvert de plus remarquable est un passage ou mieux un trou long et étroit qui aboutit à une cellule de 6 pieds sur 4. Jomard, qui y a pénétré, a été frappé de son extrême sonorité et de la facilité avec laquelle la voix parcourait toute son étendue; il en a conclu avec raison, que cet endroit devait avoir été le siége de quelque oracle,

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AFRIQUE : éGYPTE. 33 Mais en définitive, ses observations, ainsi que celles de Belzoni, établis sent que cet édifice ne mérite ni par ses dimensions, ni par la disposition de ses appartements, d’être regardé comme le trinple si renommé du

Labyrinthe. Jomard a été plus heureux en cherchant ailleurs; à 40 kilo-

mètres environ au sud de Medinet-el-Fayoum, s'élève une haute pyramide en briques près de laquelle s’étend une masse de ruines d’environ

: 900 picds de longueur sur 400 de largeur. Tout cet espace est couvert

de monceaux de pierres taillées et de matériaux entassés les uns sur les autres; cependant, en pénétrant dans retamas de décombres, on découvre quelques vestiges de murailles. Le mur qui forme l'enceinte du côté de la pyramide et quelques petites tours dont il était flanqué sont les parties les mieux conservées. Il est surprenant qu’un édifice qui, au temps de Pline, 36 siècles après sa fondation, était parfaitement intact, ait, depuis cette époque, été aussicomplétement détruit. Aussi Jomard suppose-t-il que la masse de la construction a été ensevelie par les sables et que les ruines qui se voient aujourd’hui sont simplement celles des toits en terrasses.

Médinet, le chef-lieu du Fayoum, est une assez jolie ville, bâtie près de l’ancienne Arsinoë, et avec les matériaux enlevés aux ruines de ccileci. Elle est située sur le canal de Joseph, immédiatement avant sa séparation en 9 branches. On y remarque quelques belles mosquées. Sa population, qu'on évalue à 12,00 habitants, est composée en grande

| partie de Coptes.

Quand on remonte le Nil, à partir de Beni-Soucf, on traverse un pays

très-fertile, bien plus varié et bien plus pittoresque que le Delta. Les vil-

lages s’y succèdent à de courts intervalles. Hinyeh, chef-licu d’un district étendu, est une jolie ville dont les mosquées sont ornées de magnifques colonnes d’architecture grecque en granit et en porphyre. Les marchés de Minyeh sont trés-fréquentés ; ses Habitants sont au nombre de 5,029; enfin on y fabrique une grande quantité de ces vases de terre pr'eux, appelés bardak, qui servent à faire rafraîchir l’eau. A l’oucst de la ville, est un vaste lac ou marécage nommé Zuthen, qui offre rarement plus d’un pied ou deux de profondeur.

Au-dessus de Minvyeh, la chaîne à l’est du Nil est percée de vastes ct nombreuses carrires qui l'ont convertie en un rocher perpendiculaire, et jui ont donné l'apparence d’un immense château fortifié. On a égalc-

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ment pratiqué dans ces rochers une multitude de tombeaux. Ils sont surtout nombreux à un endroit aprelé Zayonet-el-Mayetaïn ou le village des morts, et, un peu plus haut, près de Beni-Hassan. L'intérieur de ces sépulcres est orné d'inscriptions hiéroglyphiques et de peintures aux vives couleurs, qui retracent des détails intéressants relatifs aux mœurs et à la vie domestique des anciens Égyptiens.

Nous arrivons maintenant à des antiquités d’un caractère plus classique. Jusqu’à présent, l'Égypte nous a vrésenté des monuments prodig'eux par leur immensité, mais dans ceux que nous allons voir, la grandeur s'allie au goût et nous offre un art plus avancé. A 4 lieues environ au-dessus de Minyeh, on passe entre deux de ces grandes masses de ruines; sur le bord oriental du fleuve, sont celles d’Antinoë, fondée par Adrien dans le but de montrer une architecture unissant la pureté et l'élégance de l’art grec avec le grandiose de l’art égyptien. Afin de produire la même impression de grandeur, il fit des rues qui traversaient toute la ville en formant une seule et immense colonnade. Les ruines d’Antincè ont une étendue d’environ 1,800 metres en tous sens, au milieu d’une forêt de palmiers au-dessus desquels s'élèvent des colonnes encore debout. Le théâtre avec son portique, l’hippodrome, la rue principale, une colonne triomphale dédiée à Alexandre Sévère, un arc de triomphe et une grande porte, sont les monuments principaux que l’on distingue encore.

La rive opposée du fleuve nous présente les restes de l'antique Hermopolis magna, Où, sur un espace de 7,000 pieds de longueur sur 5,000 de largeur, on admire un amas de débris grecs, romains et égyptiens ; la seule partie qui reste entière est le portique du grand temple. Il se composait primitivement de 20 colonnes, muis il n’en existe plus que 12. La longueur actuelle du portique est de 120 pieds; l’architrave et la frise sont formées par cinq pierres longues de 20 pacds ; la seule pierre de la corniche qui subsiste en a 34. Les fûts des colonnes sont jauts de 6) pieds et ont 8 pieds 10 pouces de diamètre.

A l'extrémité de ces ruines on trouve le village d’Achmounein, peuplé de 5,000 âmes. Son territoire, situé entre le Nil ct la montagne, est bien cultivé; les eaux qui l’arrosent sont dérivées du fleuve et du canal Joseph. Deux lieues et quart plus haut, on rencontre la ville de Mellavi, qui renferme quelques fabriques et exporte une grande quantité de

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AFRIQUE : ÉGYPTE. 35 grains pour la Mecque. Beaucoup plus haut, on arrive à Menfalout, ville

plus importante par son étendue et sa beauté. Les habitants fabriquent des draps et font un assez grand cornmerce de grains.

SECT. 3°. — Saïd ou haute Égypte.

Quand il a passé Monfalout, le voyageur entre dans la haute Égypte, appelée Thébaïde par les anciens et Saïd par ies Arabes modernes. Siouth est la première grande ville que l’on y rencontre. Ici, la vallée du Nil a encore plus de 4 lieues de large , quoique la largeur du fleuve ne dépasse pas 750 pieds. Le territoire de Siouth est très-fertile en blé, orge, dourra et chanvre ; on y voit de beaux jardins , la ville est grande et

renferme au moins 20,000 habitants. Elle est le point de départ des

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caravanes de la Nubie et du Darfour, et il s’y fait un grand commerce en toiles, poteries, carbonate de soude et opium. Siouth paraît occuper l'emplacement de ancienne Lycopolis. Les flancs de la montagne , à trois quarts de lieuc à l’ouest de la ville, sont creusés de toutes parts. La plus grande partie de ces excavaiions représentent d’ancieus tombeaux ornés d’hiéroglyphes et de peintures ; les autres sont des cellules qu'habitaient jadis les fameux anachorètes de la Thébaïde.

Les premiers grands monuments de la haute Égypte qui frappent l'œil du voyageur sont ceux d’Antéopolis, situés au village de Æau ou Gau, sur la rive gauche du Nil. On y voit les vestiges d’un temple qui avait 230 pieds de long et 150 de large ; mais il n’en subsiste plus que le premier portique; il a 50 pieds de hauteur. Le village de Gau est misérable, et ses environs sont mal cultivés. Les deux petites villes de Tornieh et de Tahta ne méritent pas de nous arrêter. Akhmym ou Echmim est une jolie ville de 10,000 habitants, dont plus de Ja moitié sont chrétiens ; les rues sont larges, et on y remarque plusieurs belles mosquées avec de hauts minarets. Elle prospère par son agriculture , son industrie et son commerce . on y fabrique des étoffes de coton et des :oteries. Non loin de là sont les restes de deux grands temples, qui apartenaient évidemment à la ville nommée Chemnis par les Égyptiens, el Panopolis par les Grecs.

Djirdjeh, capitale de la haute Égypte, est à 7 lieues au sud-est d’Akhmym. Malgré son titre, elle est bien moins considérable que Siouth, et n’offre rieu de remerquable ; mais le pays qui l'entoure est très-fertile et le

vin y est à très-bon marché. Son nom vient d’un ancien monastère dédié à saint George, qu’on prononce ici Djirdjch.

Près de cette ville, à trois quarts de lieue du Nil, sur les bords du canal de Joseph, mais aussi sur la lisière du désert, sont les ruines d’Abydos, la seconde ville de la Thébaïde, au dire des auciens. Elle possédait un palais de Memnon et le tombeau d’Osiris, œuvres des mêmes mains qui avaient construit Thèbes ; aujourd'hui, les sables du désert ont enseveli l'antique cité; cependant Jomard est parvenu, en passant par un toit, à visiter quelques-unes de ces ruines. Il a trouvé de vastes appartements parfaitement intacts et décorés d’hiéroglyphes ct de peintures , dont les couleurs étaient aussi vives et brillantes que le premier jour,

En remontant au-dessus de Djirdjeh, le voyageur traverse Farshout, ville d’un aspect misérable qui renferme cependant une grande fabrique de sucre ; Hen, long village bâti sur i emplacement de l’ancienne Diospolis, dont il ne reste plus de débris; puis il arrive à Keneh, ville plus importante, où l'on fabrique beaucoup de poieries qui s’expédient par toute l'Égypte ; mais il ne s’y arrête pas, car il a hâte d’atteindre Denderah, située de l’autre côté du Nil. Denderah est un bourg insignifiant par lui-même, mais c’est dans son voisiage que s'élèvent encore les ruines de la fameuse Tintyra.

Cette ville antique est représentée par un large espace semé de débris et de fragments, mais on y voit encore un temple qui est, à juste titre, considéré comme l’un des monuments les plus magnifiques de l'antique Égypte. Sa longueur est de 265 pieds et sa largeur de 140. Le portique est composé de six colonnes, dont les chapiteaux sont formés par des têtes d’Isis colossales. Il a 60 pieds de hauteur ; mais le mur qui forme l'enceinte générale du temple n’en a que 17. Tout l'édifice est ccuvert de ces sculptures mystiques et souvent fantastiques aui caractérisent l'architecture égyptienne. Le travail de toutes les parties du monument est d’un fini admirable. L'intérieur du purtique représente un rectangle de 120 pieds sur 67. Il est supporté par 24 colonnes disposées en six

rangées de 4 de profondeur. C’est à son plafond qu'était fixé ce fameux Zodiaque qui forme aujourd’hui l’un des plus riches ornements des musées dr Paris, et qui a suscité tant de controverses passionnées parmi les sav'uts.

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À 4 licues au-dessous de Keneh et de Denderah, on trouve Keft, l'anaenne Koptos, et Kous, l’ancienne Apollinopolis parva, Ces villes, sous les Ptolémées et même sous les kalifes fathimites, étaient riches et po-

puleuses : elles étaient alors le ren£ez-vors des caravanes qui allaient à l’ancienne Bérénice et à la moderne Kosseir. Mais l’abandon de la :oute

de l’inde par la mer Rouge, et le déplacement du commerce de l'Égypte avec l’Arabie, qui se fait maintenant par Suez, ont ruiné ces deux villes qui sont presque inhabitées, On y remarque des débris égyptiens de diverses époques ; à Kous, en particulier, on admire le portique d’un ancien temple qui est presque aussi beau que celui de Denderah. La population de ces deux villes est en grande majorité composée de chrétiens.

Au-dessus de Kous , on voyage, pendant l’espace de quelques licues, dans une plaine; puis les rochers se rapprochent du fleuve pour s’écarter de nouveau. Quand il a franchi ce passage, le voyageur a devant les yeux un tableau sans rival au monde : c’est une plaine immense, couverte dans presque toute son étendue de ruines prodigieuses. C’est la plaine où fut Thèbes, la ville aux cent portes, qui avait 400 stades de circonférence , &at la fondation remonte aux âges antéhistoriques, et dont les merveilles vantées par les anciens nous paraîtraient incroyables si les débris qui en subsistent e 1icore n’attestaient que toutes les descriptions antiques élaient au-dessous de la réalité. Ces monuments d’une époque fabuleuse éclipsent par leur immensité tont ce que l’art et la richesse ont produit depuis lors. Au premier instant, l’observateur n’aperçoit qu'une confusion de portiques, d’obélisques, de colonnes, tous gigantesques, qui s'élèvent au-dessus des palmiers ; mais ensuite, il distingue , sur la rive droite du fleuve, les palais de Karnak et de Luxor, et, sur la rive gauche, Mediiet-Abou, le tombeau d'Osymandias, ainsi que la Nécfopole taillée dans la montagne.

Les ruines de Karnak surpassent en grandeur toutes celles que nous offre l'ancienne Thèbes. elles out plus de 5,000 mètres de tour: lorsqu’on y arrive par le côté du nord-est, on trouve une longue avenue de sphynx, tous de dimensions colossales, qui conduit à une série de portiques dont les façades sont ornées de statues également colossales. Ces constructions se distinguent non-seulement, par la grandeur des dimensions, mais encore par la variété des matériaux. Parmi les débris de ce

palais merveilleux, on admire surtout une avenue d’obélisques hauts de 70 pieds, mais tous renversés, et la salle principale longue de 318 pieds sur 159 de largeur, dont le plafond est soutenu par 134 colonnes, ayant chacune 70 pieds de hauteur et 44 de diamètre. Toutes les sculptures sont ornées de couleurs qui brillent ercore du plus vif éclat. L’im- Gue pression produite par ces restes prodigieux est telle que, suivant Denon, d'u Lrsque les soldats français les aperçurent, toute l'armée s'arrêta, ne | comme frappée par un choc électrique. Quand Belzoni les visita, il lui inicée sembla qu’il entrait dans une ville jadis habitée par des géants, et qu'il était complétement isolé du reste du monde; pendant quelques instants,

il douta s’il était encore sur la terre ou s’il avait été transporté dans un autre planète.

autres éclat.

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Si les débris de Karnak dépassent en étendue et en grandeur les sea autres ruines de Thèbes, le temple de Luæor leur paraît supérieur en phis 1 beauté. On y arrive par le willage qui lui donne son nom, et dont les dite d huttes misérables forment un étrange contraste avec ces monuments chef-d des siècles passés. Enfin on aperçoit le portique, sur les côtés duquel Londr s’élevaient deux des plus beaux obélisques de l'Egypte, l’un haut de 72 Un picds, autre de 75 ; aujourd’hui le premier orne la place de la Concorde ronds à Paris, et le second est à Londres. Ces obélisques étaient accompagnés Égypt de quatre statues colossales, maintenant complétement mutilées et pro- ville, fondément enfouies dans le sable; deux sont hautes d’environ 44 pieds sn et deux de 30; chacune d'elles est taillée dans un seul bloc de granit. sale Le propylon a 200 pieds de hauteur et s'élève de 57 pieds au-dessus jé 1 du niveau actuel du sol ; l’intérieur présente également des proportions lieues énormes. On y voit plus de 200 colonnes de différentes dimensions, dont admi plusieurs ont 10 pieds de diamètre. La plupart sont encore entières; Éeyr mais ce que cet édifire offre de plus remarquable, c’est la profusion vés- à des sculptures qui couvrent les obélisques, les murs et tous les appar- pièce tements. Elles sont en outre exécutées avec tant de soin, leur fini est entoi si parfait qu’on dirait l’œuvre du plus habile graveur en cachets. Elles l’occ: représentent l’histoire et les trioniphes des rois qui ont fondé ce temple. bles

La rive occidentale ou lybique du Nil est également couverte de mo- sage numents Qui appartenaient à l’ancienne Thèbes. On remarque surtout état. le tombeau d'Osymandias et le temple de Médinet-Abou. Certaines parties dele!

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autres couleurs employées a les décorer brillent toujours du plus vit éclat, Près du premier on admire deux colosses qui, quoique assis, ont 61 pieds de haut ; l’intérieur de l'édifice présente une troisieme statue colossale, mais complétement brisée, ‘es fragments répandus sur le sol donnent l’idée d’une carrière ; l’ercille a 3 pieds de longueur; la distance entre les deux épauites &. -olosse est de 22 pieds : cette statue, d'un seul bloc de granit, doit avoir pesé 4 million de kilogrammes. L'un des deux colosses extérieurs, d’après les inscriptions qui y sont tracées, paraît être la célèbre statue de Memnon, doni les anciens ra contaient que la bouche émettait des sons harmonieux aussitôt qu’elle était frappée des premiers rayons du soleil levant. Wilkinson a constaté que ce phénomène était dû à une pierre sonore cachée dans les vastes flaucs du colosse, et qu’un homme, placé dans une niche intérieure, frappait avec une baguette de fer. Ce colosse est le portrait d’Aménophis IE, qui régnait vers l’an 1680 avant notre ëre. La tête colossale dite du jeune Memuon, remarquable par sa beauté et qui passe pour le chef-d'œuvre de la sculpture égyptienne, orne maintenant le Musée de Londres. Elle est du poids de 12,000 kilogrammes,

Il nous reste à parler des tombeaux de Thèbes. Dans tout l’Orient, on rend aux morts un culte particulier, mais aucun peuple n’a égalé les Égyptiens sous ce rapport. Partout où l’on rencontre les ruiues d’une ville, on est assuré que les montagnes voisines ont été creusées en vastes nécropoles. Les tombeaux de Thèbes, comme on doit s’y attendre, sont encore plus nombreux, plus vastes et plus riches que tous les autres. La chaîne lybique, qui présente, pendant un espace de plus de deux lieues, une hauteur verticale de 3 à 400 pieds de rochers calcaires, était admirablement propre à cette destination. Ces ouvrages souterrains des Égyptiens rivalisent presque avec les monuments que ce peuple a élevés à la surface du sol. De longues galeries conduisent dans de vastes pièces richement décorées, où sont rangés les sarcophages. Le mort est entouré de figures qui représentent tous les objets qu'il aimait ou qui l'occupaient pendant sa vie. On y voit retracées toutes les scènes possibles de la vie civile de cette singulière nation. Les chambres et les passages adjacents renferment des miliiers de momies dans un merveilleux état de conservation ; les cadavres embaumés sont enveloppés de bandelettes de toile ou de coton imprégnées de bitume et si artistement

appliquées, qu’elles conservent sans presque l’altérer la forme des traits et des plus petites parties du corps. Entre les plis de ces bandelettes, on trouve parfois des papyrus chargés de caractères hiéroglyphiques.

Les anciens Égyptiens prenaient toutes les précautions imaginables pour empêcher qu'on ne péuétrât dans la demeure des morts. Les entuées étaient fermées avec le plus grand soin par de larges pierres si bien dissimulées, qu'il est extrêmement difficile de découvrir la solution de continuité des roches; mais la curiosité des voyageurs et la cupidité des Arabes, qui s’imaginent toujours que les sépulcres doivent renferner des trésors, sont souvent venues à bout de tous les obstacles. Le district immédiatement contigu à Thèbes est habité par une race partieulière, indisciplinée et adonnée au vol, dont Funique métier consiste à fouiller les tombeaux pour y découvrir quelques bijoux, et à en retirer des momies et des papyrus qu’ils vendent aux voyageurs. La plupart de ces Arabes ont fixé leur résidence dans l’intérieur même de la nécropole.

Ces monuments, qui sont ceux des habitants de la ville, sont bien inféricurs aux tombeau des rois, À un endroit où s’élève un petit temple d’un travail exquis, appelé El-Ebck, on trouve une gorge étroite qui conduit par un senticr sinueux au cœur de la chaine lybique. Après avoir parcouru un chemin d'environ 3,500 mètres, on arrive à une fente étroite entre les rochers qui s'ouvre sur la «vallée des tombeaux, » s0litude ombre dont l'aspect est aussi aride et désolé que celui du plus :ffreux désert. De hautes montagnes de rochcrs bordent l'horizon de toutes parts et ne laissent apercevoir qu’une faible partie de l'hémi-

sphère céleste. La chaleur réfléchie par les rochers est si intense que,

en 4799, elle fit périr Aeux personnes de l’escorte de Desaix. Les Égype.

licus, vaine précaution. avaient choisi cette horrible solitude pour y cacher à tout œil humain les magnifiques monuments de leurs rois. La pierre énorme qui en cachait l'entrée enlevée, on trouve d’abord un passage étroit et compliqué fermé par plusieurs portes successives ; enfin, on arrive dans une chambre spacieuse au milieu de laquelle est le sarcophage, ordinairement vide, tandis que les murs sont décorés dc sculptures peintes de la plus grande magnificence, Les sujets diffèr nt, en général, de ceux qu'on trouve dans les temples : ce sont des processions funéraires, des mystères religieux, des animaux féroces, Osiris

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