‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 33 sur 75 · NE · texte numérisé non relu

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AFRIQUE : RÉGION DU MAGHREB. 193 pouvoir; au moindre mécontentement de ses anciens compagnons, il était déposé et étranglé. Les pirates algériens formaient une sorte de république distincte; ils se livraient à leurs brigandages avec l’autorisation du prince, qui recevait une large part du butin, soit marchandises, soit chrétiens réduits à l’esclavage. En 1816, ces écumeurs de mer désolaient encore la Méditerranée, et l'Angleterre envoya contre eux une flotte commandée par lord Exmouth. Alger fut bombardée, la plus grande partie de sa marine fut détruite, et le Dey fut obligé de se soumettre aux conditions imposées; mais il n’entrait pas dans le dessein de l'Angleterre de détruire ce nid de pirates, plus redoutable aux puissances méditerranéennes qu’à elle-même. Ce châtiment se trouva insuffisant; et enfin, de nouveaux brigandages et de nouvelles insolences contraignirent la France à agir. Au mois de juin 1830, une armée française, appuyée par une flotte redoutable, débarqua sur le territoire algérien. Alger fut attaquée et prise, malgré la résistance héroïque des Turcs et des Maures fanatisés. La France en prit possession, et aujourd’hui le territoire qui dépendait jadis de la régence est devenu un territoire français.

Nous croyons convenable de réserver les détails administratifs et sta. tistiques concernant l'Algérie et ses principales villes. Il nous semble plus avantageux de les joindre à notre tableau administratif générai de la France, dont l’Algérie fait désormais partie intégrante ; en conséquence, nous nous bornerons ici à la descriplion topographique des principales villes de l’ancienne régence.

Alger, que les Arabes nomment 41-Djézatr, est bâtie en amphithéâtre sur le penchant d’une colline qui regarde la Méditerranée ; ses maisons s'élèvent les unes au-dessus des autres en formant plusieurs étages suc- : cessifs, et, comme toutes sont blanchies à la chaux, la ville, vue de la mer, présente l’apparence d’une vaste carrière de craie. La population de cette capitale était, sous la domination des deys, évaluée fort diversement. Les uns la portaient à 50,000 seulement, les autres allaient jusqu’à 200,000. Cependant, non compris la garnison, elle ne dépasse pas le chifre de 30,000 âmes. Or, comme assurément elle n’a jamais pu renfermer un plus grand nombre d'habitants qu’à cette heure, cet exemple suffit pour montrer combien il est dificile d'estimer exactement la population des villes orientales, et à combien d’exagérations

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se laissent entraîner les observateurs qui passent pour les plus inc. dérés.

Depuis la conquête, la ville a presque complétement changé de face, Une partie de ses rues étroites et tortueuses ont été remplacées par des rues larges, telles que l’exigent les besoins d’une population euro. péenne. On a ouvert des places spacieuses ; seulement, comme de farges voies de communication offrent ici un inconvénient grave à cause de l'élévation de la température, l'obligation de la border d’arcades à été imposée aux propriétaires. Les constructions à l’européenne à plusieurs étages se sont également substituées aux petites maisons moresques ; mais nous ne pouvons considérer cette substitution comme un progrès. Plusieurs édifices publics importants décorent la capitale de l’Algérie. Parmi ceux qui ont été élevés avant la conquête, on distingue surtout plusieurs mosquées, l’ancien palais du Dey et les casernes ou Kassariah qui étaient destinées à la miiice : l’une d’elles, celle de Caratina, a été transformée en hôpital civil. Au nombre des monuments construits depuis l'occupation, nous citerons le palais du gouvernement, la cathédrale dédiée à Saint - Philippe, l'évêché et le théâtre. |

Le port d'Alger est petit et l’entrée en est étroite ; mais la construction d’une immense jetée entreprise par le gouvernement français, et dont les travaux avancent rapidement, en feront bientôt un des ports les plus vastes et les plus sûrs de la Méditerranée. Les fortifications qui défendent la ville et le port étaient déjà, sous la domination algérienne, formidables, tandis que celles du côté de la terre éta:ent assez faibles. Ce dernier défaut n’existe plus, ct, en outre, les fortifications qui regardent la mer ont été considérablement augmentées par le génie militaire français. La citadelle occupe le sommet de la colline sur laquelle est bâtie Alger. C’est dans cette citadelle, appelée la Kas-bah, qu'Hussein-Pacha, le dernier dey, avait établi sa résidence ; c’est dans ses caves que l’on trouva, en 14830, un trésor de 48 millions de francs entassés depuis longtemps par l’avarice et la cupidité des deys.

Les Français ont importé avec eux, à Alger, une foule d'établissements et d'institutions qui en font à cette heure une ville tout à fait européenne. Elle est aujourd'hui largement pourvue d’établissements charitabies et d'institutions pour l'instruction publique. Elle a une acadé-

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C'est autour d'Alger que s'étend la fameuse plaine de la Métidja, si connue par sa fertilité et aussi par son insalubrité avant les travaux de desséchement que l'on y a exécutés. Cette piaine, dont la merveilleuse fécondité est due aux nombreux cours d’eau qui descendent du petit Atlas et des collines du Sahel, a environ dix-huit lieues de longueur, de l'est à l’ouest, sur six à sept de largeur du nord au sud. On y remarque les deux villes de Æeléah, à huit liéues au sud-est d’Alger, et de Biidah qui est à 12 lieues au sud de la mêine ville. Cette dernière ville n’a de remarquable que sa mosquée convertie aujourd'hui en église catholique : mais des sources abondantes, de nombreux vergers d’orangers et de magnifiques jardins font de son territoire un endroit délicieux.

Le littoral méditerranéen, à l’ouest d'Alger, nous présente plusieurs villes maritimes assez importantes. Cherchell n’a qu’un mouillage défendu par deux batteries. Ses habitants se distinguent par leur industrie et leur habileté dans la fabrication des potcries, ainsi que dans Part de travailler le fer et l’acier. Cette petite ville, ainsi que le prouvent les nombreux débris antiques qu’on y a trouvés, occupe l’emplacement de la Julia Cæsarea des Romains. Tenez, à l’ouest du cap auquel elle donne son nom, n’a qu’un port très-peu sûr. Elle a été jadis la capitale d’un petit royaume détruit par le fameux corsaire turc Barberousse. Mostaganem possède un port assez bien fortifié. C’est à deux lieues de Mostaganem que se trouve la petite ville de Mazagran, célèbre par l’héroïque défense d’une compagnie de chasseurs d’Afrique. Ces braves, dans un lieu dépourvu de toute fortification, soutitrent, pendant quatre jours, l'effort de 12,000 Arabes, et les forcèreni de se retirer après une verte considérable. Arzew est importante par ses salines, ses débris antiques, et surtout par son port régardé comme le meilleur de la côte algérienne : c’est le Portns magnus des anciens.

Oran, appelé Ouahran par les Arabes, est la ville la plus considérable de l’Algérie occidentale par sa population et son commerce. Elle est également importante par ses fortifications. Après avoir été prise et reprise par les Maures et les Espagnols, cette ville était demeurée entre les mains de ces derniers, qui la céderent enfin au Dey en 1792. Elle

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était, avant la conquête française, la résidence d’un bey qui gouvernait la partie occidentale de la régence. On distingue, parmi ses constructions moresques, les restes d’un palais et la porte de la Nouvelle-Kasbah. Les Espagnols y avaient élevé de nombreux édifices ; l’un des plus beaux est l'hôpital militaire. Les fortifications d'Oran sont remarquables par leur solidité : elles ont dû coûter des sommes énormes, et les nouveaux travaux ajoutés par les Français ont achevé de faire de cette ville une place respectable. Oran n’a qu’une rade dont le fond est bon; mais elle est si exposée aux vents que les navires sont obligés de décharger leurs cargaisons à la pointe de Mers-el-Kebir, distante d'environ une demi-lieue. Le port de Mers-el-Kebir est, au dire des marins, le meilleur de la côte après ce.ui d’Arzew.

Sur la côte, à l’est d'Alger, nous trouvons d’abord Bougie qui possède un bon port assez fréquenté et bien fortifié. Les montagnes de son territoire renferment des mines de fer exploitées par les Kabyles. C’est dans cette ville qu'ont été inventées les chandelles de cire qui portent son nom. Djidjelli, avec un petit port, occupe l'emplacement d’une ancienne colonie romaine. Coll, nommée Coullou par les Arabes, était l’une des villes du littoral algérien où les Européens étaient le mieux accueillis. Elle n’a qu’un mouillage, mais il fournit au moins un bon abri contre les vents du nord-ouest qui sont fort dangereux sur cette côte. Stora, qui donne son nom au golfe au fond duquel elle est située, possède un assez bon ancrage. A une demi-lieue à l’est, s’élève sur les ruines de l’antique Rustcada, la nouvelle cité de Philippeville, construite en 18?8. Cette dernière, dont ie mouillage est dazgereux quand souffle le vent du nord, est surtout importante par ses fortifications.

Bone, que les Arabes nomment Beled-el-4’neb, est importante par sa situation , sa population et son port, qui est vaste et commode, Malheureusement, les vastes marais que forme la Seybouse vers son embouchure lui ont fait une réputation d’insalubrité méritée. De grands travaux entrepris dans le but de dessécher ces marais ont amélioré l’ancien état de choses. A un quart de lieue à l’est de la ville, on remarque les ruines d’Hippore, ville que saint Augustin, qui en fut évêque, a rendue célèbre. La Calle est un endroit peu considérable, mais son port est extrêmement fréquenté par les pêcheurs de corail qui affluent de la Sardaigne, de la Corse et de J’Italie. Un autre lieu de rassemblement

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