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jugeant le mort, ete. Souvent même on y voit des victimes décapitées dont le sang coule, et d’autres qu’on amène pour partager le même sort, ‘es scènes portent à croire que les Égyptiens avaient pour habitude d'honorcr les funérailles de leurs rois par le sacrifice d’un certain nombre d'esclaves ou de captifs. L'état le conservation de toutes ces peintures est admirable, et cependant elles sont appliquées non sur la roche, mais sur un revêtement de stuc. Tous les tombeaux n’ont pas encore été ouverts, tant sont grandes les dieultés de l’entreprise ; une douzaine seulement ont été visités.
Le village d’Erment, sur la rive gauche du Nil, à deux lieues environ au sud de Thèbes, est bâti sur l'emplacement de la célébre Æermonthis, On y voit encore un temple d’un assez grande étendue dédié à Typhon, le génie du mal. Mieux que d’autres temples plus remarquables, il donne une excellente idée de l'antique architecture égyptienne, parce qu'aucune de ses parties ne se trouve enfouie dans le sable ou couverte de décombres. Sept lieues plus haut, on arrive à Esneh, la dernière ville un peu considérable que l’on rencontre en remontant le Nil. Elle est située dans une vaste plaine qui jadis était arrosée et fertilisée par de nombreux canaux dérivés du fleuve ; mais ces canaux ont été négligés, et arjourd’hui les bords immédiats du Nil sont seuls cultivés. Avant l’administration de Méhémet-Ali, Esneh était presque séparée de l'Égypte, du moins au point de vue politique ; en effet, au milieu des fréquentes guerres civiles qui désolaient le pays, cette ville servait de refuge au parti vaincu. Les beys mamelouks qui s’y maintenaient dans une sort: d'indépendance, n’usaient de leur pouvoir que pour tourmenter et piller les misérables paysans. Esneh déploie un luxe et une industrie extraordinaires pour la haute Egypte. fl s’y fabrique entre autres une quantité considérable d’étoffes de coton bleu très-fines, de châles appelés malayeh dont on fait un grand usage en Egypte, et des poteries recherchées; enfin elle entretient un commerce assez actif avec le Sennaar et le Darfour. Cette ville renferme 5,000 hakitants; sur ce nombre on compte environ 300 familles coptes entre les mains desquelles sont concentrés toute l’industrie et tout le commerce du pays.
Le portique du temple d’Esneh, qui est l’ancienne Latopolis, est remarquable par sa beauté ; il étonne les voyageurs même qui ont déjà
vu les monuments les plus grandioses de l'Égypte. Son mérite consiste Vile 6
surtout duns la pureté de son style, et le savant Denon le considérait comme l’un des monuments les plus parfaits de l'antiquité. Ses dimensions ne sont point extraordinaires : les colonnes; au nombre de 24, n’ont que 35 pieds de hauteur et 17 de circonférence. Le zodiaque qui orne sa coupole est un des monuments les plus curieux de la science antique ; il a donné lieu à une foule de discussions savantes.
Dix lieues plus haut, À Edfou, l’ancienne Apollinopolis magna des Grecs, vers l'extrémité de l'Égypte habitable, on trouve encore un autre monument qui, suivant Jomard, peut être comparé pour l’heureuse con ception du plan, la majesté de la composition, l'exécution et la richesse des ornements, à tout ce qu'il y a de plus magnifique en architecture. Il a 484 pieds de longueur et 412 de largeur : il n’existe pas en Egypte un seul édifice de pareilles dimensions qui soit aussi bien conservé, Lorsqu'on est entré dans la cour intérieure, la grande porte d'entrée, les deux énormes masses pyramidales qui la flanquent, etle péristyle de 32 colonnes que l’on a devant les yeux, forment un des spectacles les plus grandioses qui se puissent voir.
Au-dessus d’Edfou, la vallée se rétrécit extrêmement ; en quelques endroits même, les rochers bordent immédiatement le lit du fleuve, Dans res rochers, auxquels on donne le nom de Gebel Silsili, on voit les immenses carri' resd’où les Égyptiens tiraient les matériaux avec lesquels ils ont construit tant de monuments ; quelques-unes de ces carrières souterraines forment des grottes qui ont été décorées à peu près à la manière des temples. Toute cette partie de l'Égypte présente l’aspect le plus désolé; on n’aperçoit que des rochers nus, dont les fragments sont mélés au sable. Pourtant on découvre dans cette solitude une val-
lée, aujourd’hui stérile, mais où florissait jadis la ville d’Ombos, dont.
les ruines ont plus de 7 kilomètres de circonférence. On y remarque deux temples, qui, malgré les dévastations qu’ils ont subies, offrent encore quelques vestiges de leur ancienne magnificence.
Assouan, célèbre dans J’antiquité sous le nom de Syène, est si‘16e sur la rive droite du Nil, à l'extrémité de ce long et triste désert. Elle est remarquable, non-seulement parce qu’elle formait la limite entre l'Égypte et l’Éthiopie, mais encore parce qu’elle était le lieu choisi par les géographes de l’école d’Alexandrie pour leur point de départ dans la mesure de la terre. Ils croyaient que Syène était placée immédiatement sous le
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AFRIQUE : ÉGYPTE, 43 tropique, et l'on y avait creusé un puits, au fond duquel, au jour du solstice, l'image du soleil se réfléchissait tout entière. Les observations des astronomes français placent Assouan à 24 degrés 5 minutes 23 secondes de latitude sud. Si cette place a été située autrefois sous le tropique, la terre a dû changer un peu sa position, de manière à faire diminuer l’obliquité de l’écliptique ; mais il est bon de remarquer le caractère vague de l'observation des anciens, qui a donné tant de célébrité à ces lieux. Le phénomène de l’absorption de l’ombre, soit dans un puits, soit autour du gnomon, n’est pas borné à une ligne mathématique, mais à toute une zone terrestre correspondant au diamètre du soleil, c’est-àdire de plus d’un demi-degré de largeur. Il suîMisait donc que le bord septentrional du soleil atteignit le zénith de Syène le jour du solstice d'été, pour que l’ombre y fût nulle. Or, au n° siècle de l’ère vulgaire, l'obliquité de l’écliptique, en partant de l'observation d'Hipparque, était de 23 degrés 49 minutes 25 secondes; si l’on y ajoute le demi-diamètre du soleil, qui est de 15 minutes 57 secondes, on trouve pour le bord septentrional 24 degrés 5 minutes 22 secondes; ce qui, à une seconde près, est la latitude actuelle de Syène. Aujourd’hui que l’obliquité do Pécliptique est de 23 degrés 28 minutes, le limbe septentrional du soleil n'arrive qu’à 21 minutes 3 secondes du zénith de Syène, et pourtant l'ombre y est à peine sensible. Il n’y a donc aucune raison péremptoire pour admettre une plus grande diminution de l'obliquité de l’écliptique, que celle qui est prouvée par de véritables observations astronomiques, précises et authentiques. Celle du puits de Syène n'est pas de ce nombre, et ne peut pas nous aider à remonter à la connaissance de la position du tropique, il y a 30 siècles, comme des savants estimables ont paru le croire.
Syène, qui sous tant de maîtres divers fut le poste avancé de l'Égypte, présente ce mélange confus de monuments qui, jusque dans les destinées des nations les plus puissantes, rappelle la fragilité humaine. Ici, les Pharaons et les Ptolémées ont élevé ces temples et ces palais à moitié cachés sous le sable mobile ; ici les Romains et les Arabes ont bâti ces forts, ces murailles; et au-dessus des débris de toutes ces constructions, des inscriptions françaises attestent que les guerriers et les savants de l'Europe moderne sont venus placer ici leurs tentes et leurs observatoires. Mais la puissance éternelle de la nature présente un spectacle
encore plus grand : voilà ces terrasses de granit rose-grisâtre , coupées à pic et à travers lesquelles le Nil roule en écumant ses flots impétueux ; voilà ces carrières d’où l’on a tiré les obélisques et les statues colossales des temples égyptiens; un obélisque ébauché en partie, attenant à sonrocher natal, atteste encore les efforts de l’art et de la patience.
Au milieu de celte vallée, généralement bordée de rochers arides, une suite d'îles riantes, fertiles, couvertes de palmiers, de dattiers, de müriers, d'acacias et de napecas, a mérité le nom de Jardin du Tropique. Celle nommée £l-Sag, vis-à-vis de Syène , est l’'Éléphantine des anciens ; on retrouve celle de Philæ dans l’île d’Et-Heif des modernes. L'fle d'Éléphantine renfermait naguère deux temples de dimensions médiocres, mais remarquables par leur simplicité et leur élégance. Ils ont été récemment détruits pour construire une caserne et des magasins à Syène. Les cataractes du Nil, si célèbres dans l'antiquité, commencent à 5 lieues environ au-dessus d'Éléphantine; nous avons vu que leur chute ne dépasse pas 5 pieds. En 1821 , à l’époque de l'expédition d’Ismaïl- Pacha en Nubi , la plus septentrionale fut débarrassée des rochers qui l'obsiruaient, afin d'ouvrir un passage aux barques destinées à l'approvisionnement de l'armée; depuis lors, la mavigation est facile aussitôt que le fleuve a une grande quantité d’eau.
L'ile de Philæ, située au-dessus de cette cataracte, et à l’entrée même de l'Ethiopie des anciens, mérite de nous arrêter un instant. Dans un espace de 450 mètres de longuevr sur 150 de largeur, elle présente une réunion de monuments qui rivalisent avec ceux que l’on admire dans les plus grandes villes de l'Égypte. Leurs formes élégantes et leur
blancheur font un contraste frappant avec les teintes sombres et l'aspect
désolé des montagnes voisines. Denon y a distingué huit temples différents et bâtis à des époques diverses. Philæ est loin d’offrir Paspect riant d'Éléphantine; cependant quelques palmiers et quelques champs cultivés, soit dans l’île même, soit sur les hords opposés du fleuve, produisent une impression agréable, entourés qu'ils sont de sables brûlanés et de rochers arides,
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SECTION 4°. — Territoires dépendant de l'Égypte, hors de la vallée du Nil.
Nous avons visité le Delta du Nil et remonté le cours du fleuve jusqu'aux limites de la Nubie : il nous reste à parcourir rapidement les régions généralement arides et désolées qui dépendent géographiquement et politiquement de l'Égypte, mais qu'il était impossible de décrire en même temps que la vallée du Nil.
La väste contrée qui s’étend entre la vallée du Nil et la mer Rouge, ne présente dans toute son étendue qu’un désert de sables entrecoupé de rochers , et n’offrant qu'à de longs intervalles quelques bouquets d'arbres et d’arbustes chétifs. De tout temps, les caravanes ont sillonné ce désert pour arriver aux ports de la mer Rouge, par où l'Égypte recevait les denrées et les marchandises de l’Arabie et de l’Inde. Dans l’antiquité, Bérénice était le principal centre de ce commerce ; les ruines de l’ancienne Bérénice ont élé découvertes par Belzoni. Il a pu en suivre les rues principales et reconnaître que les maisons avaient été construites avec les coraux, les madrépores et autres pétrifications dont abonde la mer Rouge. Vis-à-vis est un très-beau port naturel, mais qui n'a pas assez de profondeur pour les gros navires; en outre, son entrée est très-obstruée par un banc de sable ; néanmoins il serait aisé de faire disparaître cet obstacle. Belzoni a vu, à Bérénice, un petit temple égyptien. L'étendue des murs de la ville est de 2,000 pieds sur 1,000 ; on calcule, d’après cela, qu’elle a pu contenir 10,000 habitants : à cette heure, elle est complétement inhabitée.
C'est au nord de Bérénice, à quelques lieues de la côte, que se trouve le mont Zabara, fameux par ses mines d'émeraudes qu’exploitaient les anciens. Ces mines ont été reconnues par le voyageur Caillaud. Le pacha d'Égypte a voulu les exploiter de nouveau; mais les produits obtenus étant inférieurs aux frais, il a renoncé 4 cette entreprise.
Le commerce entre l'Égypte d’une part, l’inde et l'Arabie de l’autre, se fait aujourd’hui presque entièrement par la voie de Suez et du Caire, Cependant il existe encore des caravanes qui vont de Kéneh à Kosséir : elles portent dans cette dernière ville les produits agricoles de la haute Égypte, et là on les embarque pour aller approvisionner le territoire de
la Mecque. Le voyage dure 42 heures ; il se fait sans autre inconvénient que la rareté de l’eau. C’est entre des récifs de coraux et de madrépores qu'est formé le port de Kossär , lequel ne peut contenir qu'un petit nombre de bâtiments inférieurs. La ville de même nom n’est, à propre ment parler, qu’un assemblage de huttes, composées de bois et de natles. On n’y trouve d’autre eau potable que celle qu’on y apporte de l'Asie, et le pays qui l'entoure est d’une aridité absolue.
Le vaste désert de la Thébaïde n'offre pas cependant sur tous les points le spectacle uniforme de la stérilité. En se rendant du Keneh au Caire par une route qui traverse obliquement la partie septentrionale de ce désert, Irwine y rencontra, à côté de ravi:s effroyables et de crevasses noirâtres, qu.yques vallées où les buissons d’acacias, couverts de fleurs bianchss et odorantes, prêtaient leur ombrage charmant à la timide gazelle. Quelques touffes de blé sauvage, un dattier, une fontuine, une grotte, semblaient rappeler les souvenirs des anciens anachorètes qui, dans ces solitudes, aimaient à oublier un monde impie. Deux semblables îles de verdure rapprochées des bords de la mer Rouÿe, et plus voisines de Suez que de Kosséir , renferment les monastères de Saint- Antoine et de Saint-Paul, entourés de jolis vergers de dattiers, d’oliviers, d’abricotiers ; le premier de ces couvents possède un vignoble qui produit un bon vin blanc.
Une route un peu moins triste conduit du Caire à Suez ou Soueys, ville située sur ’isthme de ce nom. Le port de Suez n’a qu’un mauvais quai, où de faibles bateaux abordent à peine dans la haute marée; les vaisseaux restent en rade : une seule sourr” d’eau saumâtre fournit aux besoins des habitants. La mer est poissonneuse, mais les habitants négligent la pêche; toutes les denrées nécessaires manquent dans cette. misérable ville, située dans une plaine aride et sablonneuse, à une lieue de la rade. La forteresse est digne de la ville : ce sont quelques tours demi-ruinées. Ce lieu était d’une bien autre importance lorsque, du ternps des Ptolémées, elle portait le nom d’Arsinoë, changé plus tard en celui de Cléopatride, C'était à son port qu’aboutissait le fameux canal commencé par Nécos et terminé par Ptolémée-Philadelphe, qui faisait communiquer la branche orientale du Nil avec la mer Rouge. Il avait, selon d’Anville, 450,000 mètres de longueur, 57 de largeur, et plus de $ de profondeur. L'établissement des bateaux à vapeur entre l'Inde et