‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 73 sur 75 · DES · texte numérisé non relu

DES

Le New-Hampshire, au nord du Massachusetts, occupe une grande par tie de la surface de la Nouvelle-Angleterre, Son torritoire, traversé par les Montagnes-Blanches, est très-montueux et très-accidenté, IL pré. sente une foule de sites pittoresques qui lui ont fait donner le nom de Suisse de l'Amérique. L'agriculture est la principale industrie du pays etelle est fort avancée. Jusqu’à ces derniers temps, les forêts formaient une de ses richesses, mais leur étendue est aujourd’hui fort diminuée. Get État est bien arrosé par la partie supérieure du Connecticut, et le cours presque entier du Merrimack appartient à son terr'toire. Les habitants se distinguent par leur vigueur, lour énergie et leur taille athlétique. Quoique l'instruction publique n’y ait pas pris le même développement que dans le Massachusetts et le Connecticut, cependant elle est encore fort répandue, et le collége de Darmouth , dans la petite ville d’Hanover, jouit d’une excellente réputation. Le New- Hampshire n’a que six lieues de côtes; néanmoins on y construit un grand nombre de bâtiments, et les habitants s’y livrent avec activité à la pêche et au commerce. La capitale de l'État est Concord, petite ville dont la population ne dépasse pas 5,000 âmes. La plus importante des cités du New-Hampshire est Portsmouth, qui renferme à peu près 10,000 habitants, possède un bon port et de beaux chantiers de construction. C’est à Portsmouth qu’on a construit l’America, vaisseau de 74 canons qui fut lancé au mois de novembre 1782, et dont le congrès fit présent à Louis XVI. C’est aussi dans ce port qu’a été construit et lancé, en 1814, la frégate Washington, également de 74 canons.

Le Vermont est borné à l’est par le New-Hampshire, et à l’ouest par l'État de New-York, dont il est séparé, sur une assez grande étendue, par le lac Champlain, qui a 5 lieues de longueur et six dans sa plus grande largeur. Le centre de ce territoire est traversé par les Montagnes Vertes (Green-Mountains), d’où il a pris son nom. Ces montagnes forment deux rangées parallèles qui n’excèdent nulle part la hauteur de 1,000 à 1,200 mètres, et qui embrassent plusieurs belles et fertiles vallées. Une plaine magnifique s'étend entre cette chaîne et le lac Champlain. Les habitants du Vermont sont renommés pour leur constitution robuste, leur vigueur et leur énergie ; dans la guerre, ils so distinguent par leur intrépidité, et, dans la paix, par leur industrie et leur amour du travail. Le législateur a pourvu amplement aux besoins de l'instruction

publique, et cette sage politique a porté ses fruits. Les manufactures du Vermont sont peu importantes; les exportations consistent principalement en bois de charpente et en produits agricoles, dont une grande partie est envoyée au Canada par la voie du lac Champlain. Montpellier, qui a le rang de capitale de l'État, n’a que 5,000 habitants environ. Du reste, Windsor, Bennington, Burlington et Middlebourg, les autres villes les plus importantes du pays, n’ont pas une population supérieure. Les deux dernières ont un collége richement doté.

Le vaste district maritime du Maine, le plus septentrional des pays qui formaient la Nouvelle-Angleterre, a fait longtemps partie du Massachusetts, et, comme nous l’avons dit, ne constitue un État indépendant que depuis 1820. Son territoire est montueux ct renferme plusieurs lacs ainsi que de vastes marécages. Nonobstant l’accroissement rapide de sa population, plus de la moitié de sa surface reste à coloniser. Le Maine est encore presque tout entier couvert d'immenses forêts; la plaine qui longe la côte est la seule partie cultivée. Les habitants se livrent avec activité à la construction des navires, à la pêche et au commerce. Les principales exportations consistent en bois de charpente, lin, chanvre et poisson sec. Augusta, la capitale, à 4,000 habitants. La ville la plus considérable est Portland, qui a 45,00€ âmes. C’est une jolie ville bien bâtie, dont le port est fortifié et éclairé, la nuit, par un très-beau phare.

Une petite colonie d’Indiens vit paisiblement dans le Maine, sur les bords du Penobscot. Ces Indiens professent la religion catholique ; leurs sachems veillent à la sainteté des mariages, et leur population s’augmente au moment où s’éteigneni tant d’autres tribus indigènes.

L'État de Rhode-Island, le plus petit de toute la confédération, occupe un angle saillant entre le Connecticut et le Massachusetts. Il doit sa fondation à une quarantaine d'individus chassés de Salem comme hérétiques. Ils acheterent le territoire à an chef indien pour une paire de lunettes, et y bâtirent une ville à laquelle ils donnèrent le nom de Providence. Grâce aux avantages de sa situation, la population de ce petit pays s’accrut rapidement. Le sol, un peu trop léger pour la culture des céréales, nourrit de nombreux bestiaux; l’industrie y a pris aussi un grand développement. L'instruction est moins répandue dans le Rhode-Island que dans les autres États de la Nouvelle-Angleterre,

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Les premiers colons étaient profondément convaincus que les connaissances humaines ne pouvaient être d’aucune utilité à un ministre de l'Evangile, et il est longtemps resté quelque chose de cette opinion dans l'esprit de leurs descendants. La loi pour l'établissement d’écoles publiques fut rapportée ; plus tard cependant on revint sur cette décision. Les Baptistes sont aujourd’hui la secte dominante dans ce pays. La ville la plus considérable de l'Etat est Providence, dont la population est estimée à 20,000 âmes. Elle est située au fond de la superbe baie de Narraganset, qui admet des bâtiments de 900 tonneaux. Elle est le siége d’un commerce furt actif. Newport, sur l'Île de Rhode, à l'entrée de la même baie, est moitié moins peuplée. Mais c’est une des places maritimes des Étas-Unis les plus importantes par ses fortifications. La législature siége alternativement à Newport et à Providence. L'île de Rhode où Rhode-Island, qui donne son ncm à tout l’État, a quatre lieues de longueur sur une lieue et un tiers de largueur. La fertilité de son sol, la salubrité de son climat et les avantages de sa situation, avaient fait considérer cette île comme l’Éden de l'Amérique.

Les Anglo-Américains donnent le nom d’États du milieu (middle states) aux États de New-York, de Pensylvanie, du New-Jersey et de Delaware. Ces États sont au nombre des plus florissants de l’Union. Le sol y est généralement fertile, et presque tout entier soumis à la culture : ils renferment les villes les plus peuplées et les plus opulentes de toute Ja Confédération.

L'État de New-York embrasse un vaste territoire situé à l’ouest du Connecticut, du Massachusetts et du Vermont. Au nord, il est borné par le fleuve Saint-Laurent, le lac Oniario et le lac Erié. Une branche de l'Alléghany traverse la partie orientale de son territoire, mais n’est pas assez élevée pour entraver la culture de ce district. Presque iout le reste du territoire forme une vaste plaine remarquable par sa fertilité. L'État du New-York ne touche à la mer que par un seul point; mais l’île presque contiguë, appelée Long-Island, et l'immense baie qu’elle forme lui appartiennent. L'agriculture est aussi avancée dans ce pays que dans les États de la Nouvelle-Angleterre, Ses principaux produits sont le froment et le maïs. Les pâturages sont magnifiques. On y cultive une quantité énorme de fruits, particulièrement les melons d’eau. Les pêches sont parfois si abondantes qu'on s’en sert pour nourrir les cochons.

L'industrie manufaciurière est dans l’état le plus florissant : les fabri. ques sont à peu près les mêmes que dans la Nouvelle-Angleterre, Les sources salées d’Onondaga donnent chaque année 800,000 boisseaux de sel. Les eaux minérales de Clifton, Saratoga et New-Lebanon ou Nouveau. Liban sont les plus renommées des États-Unis. Le commerce de cet État a pris un développement prodigicux : il est d’ailleurs merveilleusement favorisé par son systéme de navigation intérieure. L’Hudson, à l'embouchure duquel est bâtie la ville de New-York, peut être remonté par les bâtiments de commerce jusqu’à une hauteur de plus de 40lieues, et les navires de 80 tonneaux le remontent même jusqu’à 57 lieues, Des canaux unissent ce fleuve avec les lacs Erié, Ontario et Champlain. D’autres canaux mettant le lac Erié en communication avec les affluents du Mississipi, les marchandises fabriquées dans l’État ou importées de l'étranger, sont introduites avec la plus grande facilité dans tout l’immense territoire de l'Ouest. Ajoutez à cela le magnifique système de chemins de fer qui enveloppe dans son réseau tous les États et toutes les villes importantes de la Confédération.

Par son étendue, par sa richesse, par sa beauté, par le chifire de sa population qui dépasse 300,000 âmes, la ville de New-York mérite d’être considérée comme la capitale des États-Unis. Elle est bâtie sur l'île de Manhaitan, à l'embouchure de l’'Hudson. Le port de New-York et l'immense baie formée par Long-Island peuvent recevoir des vaisseaux de 90 canons : toutes les flottes du monde pourraient s’y mettre en sùreté. Aujourd'hui, New-York est, après Londres, la place commerciale la plus importante du monde. La ville est régulière, bien bâtie et élégonte. Elle possède plusieurs beaux édifices publics; l'Hôtel de Ville est le plus remarquable. Les institutions littéraires, savantes, de bienfaisance et d'utilité publique sont extrêmement nombreuses. Parmi les établissementsutiles, nous citerons surtout la prison de l’État et le pénitentiaire, où l’on ne se p: opose pas uniquement de punir, mais surtout de réformer les détenus.

Les habitants de cette cité se distinguent, de ceux des autres villes des

tats-Unis, par leur politesse, leur gaîté et leur hospitalité, Les hommes s’habillent à la mode de Londres; les femmes suivent les modes de Paris. Le contact perpétuel des étrangers et le nombre considérable d'nabitants qui sont originaires de l’Europe, ont singulièrement modifié les

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AMÉRIQUE. 399 mœurs primitives des Anglo-Américains de cette ville. Tandis que Boston est une ville encore tout entière anglaise, New-York offre déjà beaucoup d’analogie avec Paris. Le goût pour les lettres, les beaux-arts, les représentations dramatiques s’y répand chaque jour davantage, et y rend la vie sociale plus animée et plus agréable. £a salubrité de New-York laisse à désirer. La fièvre jaune y exerce assez fréquemment ses ravages; la phthisie enlève tous les ans un grand nombre de personnes ; enfin, les individus originaires de la ville ont rarement de bonnes dents. On attribue ces maladies aux brusques alternatives de chaud et de froid.

Les villes de l'intérieur sont en général peu considérables, non-seulement dans l’État de New-York, mais encore dans les autres républiques de l’Union. Cela tient à ce que la population anglo-américaine est essentellement active et laborieuse. Ou bien elle se concentre dans les grandes places maritimes pour s’y livrer à l’industrie et au commerce; ou bien elle se disperse dans la campagne pour se livrer aux rudes travaux de l’agriculture. En remontant l’Hudson, le voyageur rencontre cependant quelques cités assez importantes, qui doivent leur origine et leur développement à l'immense mouvement commercial dont ce fleuve est le siége. La principale est 4lbany, qui a près de 30,000 âmes, et qui est la résidence du gouvernement de l’État de New-York. C'est à Albany que l’Eudson cesse d’être navigable pour les navires de commerce, et que commence le canal Erié. Hudson, située à 10 lieues au-dessous d’Albany, et Troy, sont deux villes toutes récentes qui doivent leur prospérité au commerce de transit, La première a 6 à 7,000 habitants, et la seconde 42 à 15,000. Nous citerons encore les villes d’Utica, sur le Mohawk, à l'endroit où le grand canal joint cette rivière, Rochester, sur le Gennessée, au point où ce dernier s’unit au lac Ontario, et Buffalo, sur le lac Erié, à l’entrée du canai, qui s’accroissent avec rapidité. Utica rene ferme 10,060 habitants, Rochester 16,000, et Buffalo 11,000. Les forts jadis célèbres de Crown-Point et de Ticonderoga, sur le borä occidental du lac Champlain, tombent en ruine,

La Pensylvanie, située au sud et à j'ouest de l'État de New-York, est une des républiques les plus vastes et les plus florissantes de l’Union. Son territoire, qui forme à peu près un parallélogramme régulier, ne touche que par ses points extrèmes au luc Erié, aiusi qu'aux baies de

Chasepeake et de Delaware. Les monts Alléghanys le traversent dans une direction oblique. Quoique une partie de leurs flancs soit rocheuse et infertile, la chaîne est entrecoupée de belles et fécondes vallées, Sur la côte, le sol est généralement léger et sablonneux ; mais dans l’intérieur, il est gras, fertile et place la Pensylvanie au rang des États les plus favorisés par la nature. L'agriculture est fort avancée et très-florissante dans les districts de l’est et du sud. Dans ceux du nord et de V'ouest, on trouve encore de vastes forêts qui, du reste, disparaissent chaque jour sous la hache du colon. La Pensylvanie possède aussi de vastes pâturages, et une multitude de bestiaux d’excellente race. Outre les grandes rivières de la Delaware, du Susquehannah et de l'Ohio, un nombre considérable d’eaux courantes répandent partout la fertilité, font mouvoir des moulins et des usines, alimentent les canaux d'irrigation, ou embellissent le pays par des cascades rorrantiques. Les Ohio-Pyles, ou la chute de la rivière Youghioghegy, est une des plus remarquables. La farine de froment, de qualité excellente, la farine de mais, le chanvre, le sucre d’érable, sont les productions agricoles les plus importantes. Il y a en outre d’abondants gisements de houille et de riches mines de fer qui alimentent de nombreux établissements métallurgiques.

La race pensylvanienne se distingue par son activité, ses bonnes mœurs et son courage. Plus éclairée que les habitants de New-York, plus tolérante que ceux de la Nouvelle-Angleterre, elle n’est pas corrompue par l'esprit exclusif du commerce, et dédaigne les préjugés qui accompagnent dans les États du midi l’existence d’une classe d’esclaves. C’est la Pensylvanie qui est le centre principal du mouvement abolitioniste. La constitution très-démocratique de l'État est appuyée par de bonnes institutions municipales. La tolérance religieuse ne connaît d’autres bornes que celles de la morale universelle et de cette conscience du genre humain qui repousse l’athéisme. On sait que ce territoire fut d’abord colonisé par des Quakers, sous la direction de ce sage appelé William Penn, dont le nom a été donné à tout le pays (Pensyluanie signifie « forêt de Penn »). Mais à leur suite accoururent une foule d’émigrants ;enus, soit de la Nouvelle-Angleterre, soit des cortrées transatlantiqurs, principalement de l'Irlande et de PAllemagne. Aujourd'hui lee Quakers représentent au plus un sixième de la population

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AMERIQUE. AU totale de l'État; néanmoins l'influence de leur caractère moral, douxet philanthropique, n'a jamais cessé de s’y faire sentir. Les Quakers et les Anglais épiscopaux habitent Philadelphie, et les comtés de Chester, de

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Bucks et de Montgomery. Les Irlandais, pour la plupart presbytériens, habitent les contrées de l’ouest et du nord. Les Allema,.ds, pour la plupart originaires de la Souabe et du Palatinat, demeurent principalement dans les comtés fe Lancaster, J’York, de Dauphin et de Northampton, ou sur les prernières rampes des Montagnes Bleues, où les noms de Berlin, Manheim, Strasbourg, Heidelberg et autres, leur rappellent le souvenir de la patrie allemande.

Lu capitale du la Pensylvanie, Philadelphie, est située au confluent de la Delaware et du Schuylkill. Le plan en fut tracé en 1683, par William Penn lui-même. Elle est construite avec élégance; ses rues, remarquables par leur largeur, sont toutes en ligne droite, disposition peu pittoresque, mais commode. Parmi les nombreux édifices publics qui méritent d’être mentionnés, nous nommerons le Marché, le plus beau peut-être de toute l'Amérique, la Banque de Pensylvanie, la Banque de Gérard, la Banque des Etats-Unis, bâtie en marbre blanc sur le modèle du Parthénon, le Palais où siégrait le congrès avant sa translation dans la ville de Washington, et la Monnaie fédérale, le seul établissement de ce genre que possède l’Union. Philadelphie possède une foule d'établissements littéraires et scientifiques d’un haut iniérêt, tels qu’un observatoire, un jardin botanique , un riche musée où l'on remarque an squelette complet de mammouth, trois grandes bibliothèques publiques, une académie des Beaux-Arts avec une riche collection de modèles, et enfin l’Université de Pensylvanie, qui jouit d’une réputation méritée dans tous les Etats de la Confédération, et qui n’a pas de rivale sous le rapport de l’enseignement des sciences médicales. Philadelphie renferme une soixantaine d’imprimeries qui se distinguent toutes par leur activité et font de cette ville un foyer de lumières. Les institutions philanthropiques de là Cité des Frères sont en grand nombre, ainsi qu’on devait l’attendre dee disciples de Penn: nulle part au monde, il n’a été fait autant d’efforts dans le but d'améliorer le système pénitentiaire. Philadelphie n’est que la seconde ville de la Confédération sous le rapport de la population, qui s'élève à environ 925,000 âmes, mais elle tient le premier rang sous le rapport de l'industrie menufacturiere,

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et le troisième sous le rapport du commerce maritime, que favorisent sa situation et la bonté de son port qui est à la fois vaste et sûr.

Dans l’intérieur de la Pensylvanie, nous remarquons, sur les bords du Susquehannah, Lancaster, jolie ville d’environ 9,000 âmes, et Harrisburg, qui n’a que 6,000 habitants, mais qui est le siége du gouvernement, La moitié de la population de Lancaster est allemande. Il se publie dans cette pelite ville 6 journaux, dont 3 en anglais et 3 en allemand. Citons encore Carlisle, bourg de 3,000 âmes, qui possède un collége florissant ; Bethléem, chef-lieu des Frères Moraves, et Ephrata, résidence d'une autre secte religieuse très-austère, nommée les Dunkers ou Tunkers. La partie occidentale nous présente une autre ville fort importante; c’est Pittsburg que l’on appelle quelquefois la Birmingham de l'Amérique. Quoique ce titre soit ambitieux pour une ville dont la population est estimée à 25,000 âmes environ, elle le mérite jusqu’à un certain point. La situation de Pittsburg à l'endroit où les rivières Alléghany et Monongahela ge réunissent pour former l'Ohio, en a fait le centre du commerce de l'immense territoire de l'Ouest. L'activité industrielle ct commerciale de cette cité naissante est merveilleuse. Elle possède de vastes établissements métallurgiques dont les matériaux sont fournis par les riches mines de fer et de houille qui abondent dans ses environs, et fabrique une quantité énorme d'outils et d’ustensiles en fer. Après les usines, les moulins à farine et les verreries sont les établissements industriels les plus importants.

L'espèce de péninsule formée à l’est de la Pensylvanie et au sud de l'État de New-York par la Delaware et l'océan Atlantique, qui constitue le New-Jersey, commence au nord par des montagnes extrêmement riches en mines de fer. Plus bas, des collines agréablement variées étalent leurs vergers et leurs pâturages. L’extrémité méridionale n'offre qu'une plaine couverte d’une immense forêt de pins et dont le sol maré- ! cageux et sablonneux abonde en mines de fer limoneux. De nombreux À cours d’eau y font mouvoir toutes sortes d’usines et de moulins. La cascade du Passaïk est une des plus pittoresques des &tats-Unis : la rivière tombe en une seule nappe d’une hauteur de 70 pieds. Les premiers 3olons qui s’établirent sur ce territoire étaient Hollandais; mais il reçut bientôt des émigrants anglais et écossais, ainsi que des quakers et des presbvytériens de la Nouvelle-Angleterre ; de sorte qu’à cette heure la

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AMERIQUE, : 403 population est un peu bigarréc. Cet Etat ne renferme aucune grande ville. Trenton, la capitale, située sur la Delaware, n’a que 5 à 6,000 habitants. New-Brunswick et Elisabethtown en ont 8,000. Le port de Newark, situé vis-à-vis la ville de New-York, est le seu! endroit où l’on ait tenté des expéditions maritimes : la population de cette ‘lernière ville dépasse 12,000 âmes. La baie de Raritan offre un excellent port.

Le petit Etat de Delaware n’occupe qu’une étroite bande de terre sur la côte orientale de la baie de ce nom. C’est un territoire très-bas, sablonneux dans quelques endroits, marécageux dans quelques autres. Le marais des Cyprès (Cypress Swamp) a une superficie de près de 50,000

À acres. Néanmoins une bonne partie du sol se compose de terre d'alluvion

et se distingue par sa fertilité. Primitivement le Delaware fut peuplé par des colons suédois ; puis vinrent des Hollandais; ensuite il fut cédé à William Penn et fit partie de la Pensylvanie. Mais en 1755, il en fut

; séparé sous le nom des Trois Comtés de Delaware. Dover et Wilmington

sont deux petites villes de 44,000 et de 8,000 âmes, qui prospèrent par

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première est la capitale de l'Etat.

Les Anglo-Américains donnent le nom d’Etat du Sud, au Mar/;land, à la Virginie, aux deux Carolines et à la Géorgie, parce qu'ils sont situés au sud des territoires que nous venons de décrire. Ces Etats possèdent bien des avantages naturels sur leurs voisins du Nord. Le climat y est beaucoup plus doux, et le sol donne en abondance ces riches produits qui ne peuvent réussir sous le ciel plus âpre de la Pensylvanie, du New-

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404 CHAPITRE QUATRIÈMES repose indolemment dans une retraite bien ombragée, où il boit, fume et dort. Sans sortir de sa molle inactivité, il jouit de toutes les douceurs de la vie. Les esclaves mènent l'existence la plus dégradée, le fouet est le mobile de leur activité, et parfois ils sont traités avec la plus extrême barbarie, même par leurs maîtresses. Le témoignage d’un esclave n’est pas reçu en justice, et la loi punit d’une amende quiconque lui apprend à lire. Enfin un préjugé barbare refuse aux hommes de couleur, même quand ils sont libres, les droits et les priviléges du citoyen. L’esclavage, on peut le dire, est à la fois la honte et la plaie des Etats du Sud. La vie indolente des planteurs de cette région explique suflisamment pourquoi le niveau intellectuel et moral de la population, considérée en général, est inférieur à celui des habitants des Etats septentiionaux. |

Le Maryland a été ainsi nommé d'apres la reine Henriette-Marie, qui accorda, en 1632, à lord Baltimore, pour le posséder lui et ses descendants, un vaste territoire situé sur les deux côtés de la grande baie de Chesapeake. Le voisinage de la mer et une rangée de montagnes dans l'intérieur modèrent l’action de la chaleur. Quoique certaines parties soient sablonneuses ou marécageuses, les terres sont généralement remarquables par leur fertilité. Le blé, l’orge et les pommes -de terre viennent très-bien ; mais le principal objet de la culture, ici et dans là Virginie, c’est le tabac. On évalue la production annuelle du Maryland à 20,000 boucauts. Le tabac de cet Etat est plus fort que celui de la Vir- ginie, et il est plus estimé dans le nord de l’Europe. L'industrie n’a pas encore acquis dans cette provinee un très-grand développement; cependant on y trouve plusieurs établissements métallurgiques vastes et productifs. Le commerce y est assez actif; mais les exportations consistent principalement en produits du sol : le tabac et la farine sont les articles les plus importants. Les premiers colons amenés par lord Baltimore, qui était catholique, professaient la même religion : aussi, les catholiques sont-ils encore très-nombreux dans le Maryland. En outre, comme ces derniers se distinguaient par un esprit de tolérance inconnu aux émigrants de la Nr: velle-Angleterre, le Maryland devint promptement un lieu d’asile pour les individus qui fuyaient les persécutions des fanatiques puritains. Les habitants de cet État présentent le plus heureux spécimen de la race du sud; on vante leurs marières

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AMÉRIQUE. 403 agréables, leur douceur et leur hospitalité. Aujourd'hui, le Maryland rivalise de zèle avec les États septentrionaux pour la diffusion de l’instruction. Plusieurs colléges ont été fondés, et de fortes sommes ont été votées pour l'établissement d'écoles publiques.

La petite ville d'Annapolis, sur la côte ouest de la baie de Chesapeake, est le siége du gouvernement : elle n’a pourtant que 4,000 âmes. Frede rikstown, jolie petite cité bâtie au pied des montagnes, renferme à peu près 6,000 habitants, pour la plupart d’origine allemande. La seule ville considérable de l’État est Baltimore ; mais celle-ci est l’une des cités les plus importantes de l’Union sous le rapport de sa population, de son étendue et de son commerce, Baltimore est située au fond de la baie de Chesapeake, sur la rivière de Patapsco. Elle surpasse New-York et Philadelphie pour l'élégance et la régularité de ses constructions, ainsi que par la propreté de ses rues. Elle est ornée d’un grand nombre d’édifices . publics, parmi lesquels on cite surtout la Cathédrale catholique dont la coupole ressemble à celle du Panthéon de Rome ; l’Église des Unitaires, la Bourse, le Théâtre et le monument élevé en l'honneur de Washington. C’est une colonne de marbre de 150 pieds de hauteur, surmontée par la statue colossale du héros de l'Amérique. Baltimore possède une université, un musée et une bibliothèque assez nombreuse. Cette ville se distingue encore par son industrie et par son commerce. Les manufactures de coton, les verreries, les fabriques de bleu de Prusse et de vitriol, les distilleries et la construction des vaisseaux sont les principales brane ches d'industrie de ses habitants. Les schooners construits à Baltimore sont également propres au commerce et à la course. Le commerce de la capitale du Maryland est extrêmement considérable : c'est la farine qui forme l’objet principal de ses exportations. Quoique les petits bâtiments puissent arriver jusqu’à Baltimore, le port de la ville est à Fell- Point, à deux kilomètres au-dessous.

Le territoire de la Virginie, ainsi nommée en l'honneur de la reine Élisabeth, s'étend depuis la baie de Chesapeake jusqu'aux bords de l’Ohio. Les Montagnes Bleues ou les Alléghanys la partagent en deux portions : celle d’ouest, riche en magnifiques points de vue, ressemble à un vaste parc; le fameux tabac, le riz, le fromeut enrichissent les culti- | ë vateurs de l’autre partie. Daus la premiere, on ne voit guère que des bluucs ; duus la seconde, les esclaves noirs sont tres-nombreux. La

chaîne de l’Alléghany donne ici naissance à trois belles rivières, le James, le Rappahannok et le Potowmac, qui s’écoulent à l’est dans la baie de Chesapeake. Le long des montagnes, il y a une race d'habitants très-forts et très-grands, parmi lesquels il est rare de trouver un homme qui n’ait pas six pieds de haut. Il paraît qu’en général les individus qui habitent la partie supérieure de la Virginie jouissent d’une excellente santé, La partie maritime, au contraire, qui est basse et marécageuse, est exposée à des fièvres dangereuses. Une distinction tranchée entre les riches et les pauvres rend le gouvernement plus aristocratique que celui des autres États; mais le petit nombre de citoyens riches, éclairés ct intelligents qui forment l’oligarchie virginienne, a montré, dans les affaires générales de l’Union, un esprit très-démocratique, et plusieurs des hommes d’État les plus éminents de l'Amérique, appartenaient à . la Virginie: nous nous contenterons de citer Washington, Jefferson et Madison. Cependant, sous le rapport de la diffusion des connaissances scientifiques et littéraires, ainsi que sous celui du développement de l’industrie, cet État est fort en arrière des républiques du nord. Un pays aussi essentiellement agricole ne saurait posséder des villes bien considérables. Cependant il en est plusieurs qui doivent à leur commerce d'exportation une certaine importance. Richmond, la capitale de l'État, est une jolie ville d'environ 20,000 âmes, située sur le James, mais un peu trop loin de son embouchure. Son Capitole, ou palais du gouvernement, est regardé comme l’un des plus beaux édifices des États- Unis. Gette ville exporte chaque année 25,000 boucauts de tabac et plus de 200,000 barils de farine. Plus bas, sur le même fleuve, on remarque encore Pétersbourg, qui a près de 40,000 habitants. Norfolk, à l’'embouchure du James, en renferme 12,000. Wheeling, avec 6,000 âmes, doit sa prospérité à ce qu’elle se trouve sur la route du territoire de l'Ouest, Des curiosités ordinaires ne sauraient nous arrêter dans notrecourse. Nous ne pouvons donc accorder qu’une simple mention à la Cave de Madison et au passage du Potowmac, à travers les crevasses des montagnes; mais le pont de roche exige une courte description. Une petite rivière, le Cedar-Creek, affluent du James, passe au fond d’une vallée qui ‘a de 210 à 270 pieds de profondeur, 45 pieds de diamètre en bas et 90 en haut. Une masse solide de roche calcaire, épaisse de 40 pieds, recouverte de terreau et de rochers détachés, passe d’un bord de la vallée à

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Le district de Columbia n’est qu'un petit territoire de cent milles de superficie, créé aux dépens du Maryland et do la Virginie. C’est là que s'élève la Cité Fédérale, qui porte le grand nom de Washington. Le siége du gouvernement central y a été transféré en 1801, Washington occupe l'angle formé par le Potowmac et l'Eastern-Branch, C’est une des plus heureuses situations de l'Amérique, tant par la salubrité de l'air et la beauté du pays que sous le rapport d’une parfaite convenance. Les éminences graduelles y forment une foule de charmantes perspectives et une pente suffisante pour l'écoulement des eaux pluviales. L’Eastern-Branch fournit un des havres los plus sûrs et les plus commodes de l’Amérique; les plus grands vaisseaux y trouvent assez d’eau jusqu’à trois kilomètres au-dessus de son embouchure, et le canal percé le long du rivage contigu à la ville, offre un havre spacieux avec les plus grandes commodités. Le plan de cette capitale a été tracé par un Français, le major Lenfant. Avant de rien commencer, on avait déterminé la position des divers édifices publics sur le terrain le plus avan-

tageux. Tous dominent ou des perspectives lointaines ou des vues

agréables, et leur situation les rend susceptiblos de tous les accessoires que pourra exiger, par la suite, l’utilité ou l’embéllissement, Plusieurs beaux édifices ornent la Cité Fédérale, Les deux plus remarquables sont le Capitole et l’Hôlel du Président, Le premicr est construit sur une éminence : c’est un bâtiment vraiment imposant, surmonté par trois cou- . poles. Celle du milieu, qui correspond à la vaste salle nommée la Ro tonde, a 88 pieds de diamètre. Le Capitole est le lieu où le sénat et le congrès tiennent leurs séances. C’est encore là que la cour suprême de la Confédération siége pendant deux mois de l’année, Enfin, cet édifice

renferme encore la riche bibliothèque du congrès, L'Hôtel du Président

est bâti sur une plate-forme encore plus élevée, Cet édifice est également remarquable par ses dimensions, par son architecture et par la richesse de son ameublement. Les quatre grands corps do bâtiment qui l’entourent servent à loger les administrations des finances, de la marine, de la guerre, de l'intérieur et des affaires étrangères, Pendant la der-

nière-guerre, en 4814, ‘es Anglais mirent le feu au Capitole, procédé véritablement digne d'Érostrate. En outre, comme pour rivaliser avec la barbarie arabe, ils incendièrent 14 bibliothèque nationale, La population de Washington s'élève à 30,000 âmes, y compris celle de Georgetouwn, qui n’est qu’un faubourg de la capitale de l'Union américaine.

La Caroline du Nord, la Caroline du Sud et 1a Géorgie, présentent tant d’analogies que nous croyons superflu de les décrire séparément. Le vaste espace qu’occupent ces trois États remplissent le reste du territoire de l’union primitive. La chaîne de l’Alléghany continue encore de former leur limite à l’ouest ; mais, comme dans sa course, elle va toujours s’éloignant davantage .2 la côle, elle laisse entre elle et la mer un intervalle dont la largeur n’est guère au-dessous de 70 lieues. A travers le centre de ce territoire court encore une chaîno de collines sa-

blonneuses qui est large d'environ 12 licues et qui ne produit que des

pins; aussi les habitants leur donnent-ils le nom de pine-barrens. Lo long de la côte maritime on remarque aussi une vaste étendue de marais et de terres basses q'i sont généralement impropres à la culture, et qui même exercent une influence fâcheuse au point de vue de la salubrité du pays. Les bords des rivières et les terres situées au pied des montagnes présentent un sol excellent et remarquable par sa fertilité.

Ici commencent à dominer des cultures différentes de celles de la Vir- !

ginie, et qui se rapprochent de celles des pays tropicaux. Le blé ne réussit pas aussi bien que dans les États du nord, quoique le maïs continue de former la base essentielle de la subsistance des classes inférieures. Le riz et le coton sont les principaux produits agricoles de ces . trois États. La culture du premier est singulièrement favorisée par l'humidité des terres basses de la région maritime. Presque tout le riz qui se consomme en Europe vient des Carolines, Le coton, qui aime au contraire ur sol sec, prospère admirablement dans les districts sablonneux de la côte et dans les îles voisines. Le débouché énorme et toujours croissant que les manufactures européennes et surtout britanniques offrent à cette denrée, a enrichi les habitants de ces trois États, qui trouvent plus de profit à produire du coton qu’à tout autre genre de culture. L'industrie est encore moins développée dans ces provinces que dans la Virginie elle-même. Leur principal commerce consiste dans l'exportation du riz et du coton, en échange desquels on importe des

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AMÉRIQUE. 409 produits marnfacturés, des vins et diverses denrées des .Indes orientales et occident"les. Les mines d’or des eux Carolines et de la Géorgie, découvertes il y a une quarantaine d’années, ne sont point sans importance : leur produit est évalué à environ 5 millions de francs chaque année. |

Les Caroliniens sont polis, hospitaliers et pleins de talents naturels ; mais, en revanche, ils sont indolents, dépourvus d'instruction et trop adonnés aux plaisirs sensuels. On prétend néanmoins que, sous ée dernier rapport, une amélioration notable se fait seutir parini eux. Plusieurs colléges ont élé fondés dans les deux Carolines, et des sommes assez considérables ont été votées pour l'établissement d’écoles publiques.

La Caroline du Nord ne renferme que de fort petites villes d'environ 3,000 âmes, comme Wilmington, Fayetteville et Raleïgh qui a le titre de capitale. La plus peuplée n’a que 6,000 habitants : c’est Newbern, située

. au confluent du Trent et 'e la Neuse. Elle fait un assez grand com-

inerce et son port possède beaucoup de navires marchands.

Le gouvernemeni ‘: ‘1 Caroline du Sud siége à Columbia, petite ville de 4,000 âmes, dar. : ut pays. Mais la principale ville est Charlestown, située à la jonction de l’Ashley et du Cooper, rivières grandes et navigables qui forment un vasie confluent. Les rues de la ville sont larges, régulières et ornées de belles maisons. On y remarque aussi plusieurs beaux édifices. Les riches planteurs résident à Charlestown une partie de l’année, et y passent leur temps à recevoir et à se livrer aux plaisirs. Plusieurs d’entre eux ont 100 à 150 mille francs de revenu; quelques-uns en ont jusqu’à 500,000. Charlestown a été souvent décimée par la fièvre jaune ; cependant elle passe pour l’une des villes les plus salubres des États du sud Sa population s’élève à 40,000 âmes environ.

La capitale de la Géorgie est Milledgeville, petite ville de 3,000 habitants. Savannah et Augusta sont un peu plus considérables. La première a 9,000 âmes et la seconde 7,000. Savannah, située à l'embouchure du fleuve de ce nom, est importante par son commerce. Augusta, bâtie igalement sur le Savannah, mais à 75 lieues au-dessus de son embouchure, est l’entrepôt du coton récolté dans la Haute-Géorgie, pour être ensuite embarqué à Savanuah ou à Charlestown. La t *s-petise ville

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Mo CHAPITRE QU 'RIÈME.

d’Athènes est remarquable par son bel établissement d'instruction qui porte le titre d’Université de Géorgie.

La Floride doit son nom à ce qu’elle fut découverte le jour de Pâques Fleuries, en 4512, par Ponce de Léon, navigateur espagnol, qui allait à la recherche d’une miraculeuse fontaine de Jouvence, dont l’existence se fondait sur une tradition conservée parmi les Caraïbes des Antilles. Quelques Français s’ét” fixés dans ce pays négligé par les autres puissances, qui alors ne chaient que des mines d’or, Philippe IE, roi d'Espagne, jaloux de : possession exclusive de toute l'Amérique, y envoya une flotte chargée de détruire ce nouvel établissement. Par une barbarie atroce, des colons qui avaient échappé au massacre général furent pendus à des arbres, avec cet écriteau : « Non pas comme Français, mais comme hérétiques. » Dominique de Gourgues, marin gascon, indigné du massacre de ses compatriotes, vendit ses terres, construisit quelques vaisseaux, s’associa une élite d’aventuriers chevaleresques, cingla vers ‘a Floride, surprit et écrasa les coupables, fit sauter leur fort, et pendit à son tour les prisonniers, avec cet écriteau : « Non pas comme Espagnols, mais comme assassins. » Après avoir ainsi vengé l'affront fait à sa patrie, il retourna en France, et, réclamé par l’Espagne, il fut heureux d’être oublié.

La Floride est divisée en orientale et occidentale. La premiére est cette longue péninsule qui forme l'extrémité sud-est du continent de l’Amérique septentrionale. La seconde est une bande de terre qui s'étend à l’ouest et qui est baignée par une partie du golfe du Mexique. La Floride n’est qu’une continuation du pays plat de la Géorgie et de la Caroiine du Sud, Le climat passe pour malsain, quoique l'air y doive être habituellement agité et renouvelé par le contre-coup des vents alisés joint au mouvement que le courant du golfe lui communique. L'hiver est si doux que les végétaux les plus délicats des Antilles, les orangers, les bananiers, les govaviers y éprouvent rarement la moindre atteinte de la saison. Les brouillards y sont inconnus. Aux équinoxes, et surtout en automne, les pluies tombent abondamment chaque jour, depuis onze heures du matin jusqu’à quatre de l'après-midi, pendant quelques semaines de suite. Les productions des latitudes septentrionales et méridionales y fleurissent les unes à côté des autres. Les pins rouge et blanc, les sapins, les chênes toujours verts, le chätuignier,

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AMÉRIQUE. an l’acajou, le noyer, le cerisier, l’érable, le bois de campêche, le bois de braziletto, le sassafras couvrent ici un sol très-varié, tantôt riche en terreau, et tantôt composé de sable et de gravier, le plus souvent marécageux. On voit des forêts entières de mûriers blancs et rouges, plus beaux que dans aucune autre partie de l'Amérique. Tous les arhres fruitiers de l’Europe y ont été naturalisés. L’orange y est plus grosse, plus aromatique et plus succulente qu’en Portugal. Le myrte à cire vient dans tous les terrains , et en si grande quantité que toute l’Angleterre pourrait être fournie de cire, dit Stork, s’il y avait assez de mains pour cueillir les baies. L’extraction de cette substance est fort simple. Après avoir écrasé les baies, on les fait bouillir dans l’eau, et on enlève avec une écumoire la cire qui est d’une belle couleur verte. Elle peut être blanchie comme la cire d’abeilles, ct sa consistance rend les bou= gies qu'on en fait très-appropriées aux climats chauds. L’indigo et la cochenille réussissent admirablement.

Les animaux domestiques de l’Europe ne trouvent pas ici les pâturages convenables. De nombreux essaims d'oiseaux des contrées septentrionales viennent y passer l'hiver. Dans les forêts, une grande araignée jaune, dont le ventre est plus gros qu’un œuf de pigeon, suspend ses toiles semblables à de la soie jaune, et assez fortes pour arrêter de petits oiseaux, dont cet insecte se nourrit. Il y a aussi une grande variété d’innocents lézards en partie très-beaux, et dont quelques-uns changent de couleur comme les caméléons. Mais les rivières sont habitées par de nombreux alligators.

La Floride ne renferme aucune ville considérable. Tallahassée, la capitale, n’a que 3,000 habitants. L'ancienne capitale sous la domination espagnole, Saint-Augustin, n’est pas plus peuplée. Cette dernière est située sur la côte orientale de la péninsule : son port est de difficile accès. Pensacola, dans la Floride occidentale, renferme une population de 5,000 âmes seulement; mais cette petite ville est destinée à s’accroître rapidement. Son port est regardé comme le plus beau et le plus sûr de tout le golfe du Mexique. Le congrès y a fait construire un arsenal pour la marine et des fortifications importantes. Un beau phare de 80 pieds de hauteur indique, pendant la nuit, l’entrée de son port.

L'Etat d’Alabama, à l’ouest de la Géorgie, a la plus grande ressemblance avec elle, sous le rapport du sol et des productions. Il est arrosé

Mo CHAPITRE QUATRIËÈME.

par deux grandes rivières, l’Alabama et le Tombeckbec, qui en s’unissant forment la Mobile. On n’y trouve qu’une ville importante, Mobile, située à l'embouchure du fleuve de ce nom, qui y forme un bon port. Elle doit sa prospérité à sa position, qui en a fait le débouché des riches produits du fertile territoire d’Alabama et surtout de l'immense quantité de coton qu'on y récolte. Sa population s’élève “éjà à 19,000 habitants; malheureusement elle est souvent visitée par la fièvre jaune, Nous nommeïons encore Montgomery, Cahawba et Tuscaloosa, dont ia population varie de trois à ur ‘e mille âmes. La première est la capitale de l'Etat ; la seconde est le. .:e d’un établissement d'instruction publique qui porte le titre pompeux d'Université de l’Alabama.

C’est dans l’Alabama qu’habite la nation indienne des Cherokis, jadis fameuse dans la guerre, mais que les soins bienfaisants du gouvernement fédéral ont réussi à civiliser. Elle possède des moulins à blé, à scie et à poudre; elle fabrique du salpêtre ; les femmes ont toutes des métiers à filer et à tisser. En 1810, la tribu comptait 12,395 Indiens, 341 blancs et 540 nègres.

Ainsi que nous l’avons dit, les Anglo-Américains donnent le nom de Territoire de l'Ouest à cette vaste région qui se trouve comprise entre les deux chaînes des Monts Alléghanys et des Montagnes-Rocheuses, et qui forme le magnifique bassin Missouri-Mississipien, Toute cette région n’est pas encore constituée politiquement; la formation des États suit les progrès de l'immigration, et il existe encore, entre le Missouri et les Montagnes-Rocheuses, une surface immense qui est encore, mais cessera bientôt de l’être, abandonnée aux tribus errantes des Indiens. C’est surtout dans 1a direction de l’est à l’ouest qu’a lieu le mouvement d'immigration ; aussi, les États les plus anciens, les plus peuplés et les plus florissants du Territoire de l'Ouest, sont-ils ceux qui avoisinent la chaîne alléghanienne.

C’est un spectacle vraiment merveilleux et tout à fait digne de l'étude des hommes d’Etat et des économistes, que cette conquête progressive de la civilisation sur la nature et sur la barbarie, que ce développement rapide de jeunes républiques qui se hâtent de prendre place dans la grande famille confédérée. L'émigration, qui se porte i‘cessamment dans le territoire de l’ouest, r : se compose pas uniquement d'individus qui ont abandonne l'Europe . ‘ur aller chercher uans le Nouveau-Monde des

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