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terres à défricher et un sort plus prospère. Loin de là ; elle se compose, pour la majeure partie, d’Anglo-Américains mêmes qui abandonnent les États de l’est. Les Anglo-Américains sont les voyageurs les plus entreprenants que l’on puisse rencontrer. Ils sont animés d’un esprit d'avene ture qui les pousse sans cesse en avant. Ils quittent avec une incroyable facilité leur première demeure, pour aller s'établir dans les parties les plus reculées de l’Union, sans y être forcés par la nécessité. Ils vont tenter les aventures, pour peu qu'ils se figurent trouver quelque avantage dans ce déplacement de leur foyer. «za vieille Amérique, dite Birkbeck, semble se disjoindre et se mouvoir vers l’ouest. Quand on traverse l’Alléghany, on a presque toujours en vue des émigrants de l’est qui se transporten‘ dans l’intérieur, emportant avec eux toute leur famille et tout leur mobilier. Tous les jours, je voyais trente à quarante familles . traverser Pittsbourg et descendre l'Ohio. » L’objet de l’émigrant est de devenir propriétaire et cultivateur d’une partie de ces immenses terres inoccupées que le gouvernement lui vend au bas prix de deux dollars l’acre, ou one francs les 40 ares et demi. Il ne paie au comptant que le quart du prix du lot de terre qu’il choisit ; les trois autres quarts sont dus au bout de la deuxième, de la troisième et de la quatrième année. Si le colon ne tient pas ses engagements, la terre fait retour à l’État; celui-ci néanmoins se montre fort indulgent au sujet des retards de paiement. La situation et les chances de l’émigrant ont été très-diversement appréciées. Au commencement, sa tâche est des plis rudes. Il faut tout d’abord qu’il se construise une cabane en bois, nommée loghouse, qu'il est fort difficile de rendre impénétrable au vent et à la pluie. Il faut qu'il commence par abattre les arbres séculaires qui couvrent la terre qu’il a choisie, qu’il les rassemble et les brûle. Il a ensuite à labourer un sol vierge et compacte, et à attendre souvent longtemps une récolte précaire. Tous ces travaux, l’émigrant doit les accomplir de ses propres mains et avec la seule assistance de sa fanulle, car il n’y a pas ici de serviteurs à gages. Chacun veut être, et non sans raison, propriétaire et cultivateur pour son propre compte. Lorsqu’enfin, à l’aide de travaux pénibles et incessants, la terre fécondée commence à répondre aux soins du laboureur, il s'élève pour le colon une nouvelle difficulté, celle d'échanger ses produits afin de se procurer les objets dont il a besoin. Indépendamment de ces obstacles, il
aus CHAPITRE QUATRIÈME.
arrive souvent que le territoire sur lequel l'émigrant est établi, est rendu malsain, soit par les inondations auxquelles un grand nombre de localités sont exposées, soit par l’action même du défrichement. Malgré cela, la race anglo-américaine, avec un courage et une. énergie indomptables, se rend maîtresse de tous les obstacles, et parvient, à force de persévérance, à se créer une position aisée et à se procurer en abondance toutes les choses nécessaires à la vie. Dans l’état actuel des choses, la misère est inconnue dans les États-Unis d'Amérique, parce que le travail y est toujours demandé, parce qu” tout homme laborieux y trouve toujours l’emploi de ses forces et de ses facultés, Quelles ressources n'offre pas encore aux générations futures le territoire du bassin Missouri-Mississipien, quand on considère qu'il ne renferme encore que 9 millions d'habitants et qu’il peut suffire à une population de plus de cent millions d'hommes!
Cette grande région ne présente au voyageur que d'immenses forêts ou des prairies sans fin. Les forêts prédominent dans le territoire qui avoisine la chaîne de l’Alléghany, ct par conséquent dans les Etats que nous venons de décrire. Ces forêts consistent en arbres séculaires qi attcignent souvent à une hauteur prodigieuse. Les chênes blancs élèvent leurs troncs magnifiques sans une seule branche, jusqu’à 70 et 80 pieds, et se terminent par une tête touffue et luxuriante de verdure. On trace les routes en abattant les arbres l’un après l’autre, et en ouvrant ainsi un espace assez large pour laisser passer un cheval ou un léger chariot. Un voyage à travers ces forêts offre un spectacle grandiose, mais bientôt pénible par sa monotonie. Cet aspect éternel de la forêt est surtout pénible pour le colon qui y a établi sa demeure. Son horizon visible ne s'étend pas au delà de l’espace qu’il a défriché, 500 mètres de rayon peut-être. Au-dessus de lui, il aperçoit le ciel, et, de quelque côté qu’il porte ses regards autour de lui, il ne voit que les arbres gigantesques de l’éternelle et primitive forêt. L'aspect des prairies est tout à fait différent. Ces prairies consistent en plaines qui s'étendent à perte de vue, où l'œil n’aperçoit ni un arbre ni un arbrisseau, et où croissent seulement des herbes dont la hauteur s'élève à 4, 6 et même 8 pieds. C’est en approchant du Mississipi que les prairies apparaissent. La Grande Preirie s'étend depuis le lac Michigan jusque près de l'Ohio. Elle a ainsi 400 lieues de longueur environ sur 9 à 12 de largeur. La région
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AMÉRIQUE. 45 à l’ouest du Mississipi ne forme presque qu’une immense prairie qui s'étend jusqu’au Mexique. Les Indiens et quelquefois mêmeles Européens mettent le feu aux herbes de ces prairies ; alors l'incendie se répand au loin avec une rapidité effrayante, et produit un spectacle aussi terrible que sublime. La flamme envahit les hautes herbes avec un bruit semblable à celui du tonnerre; d’épais nuages de fumée s'élèvent, et l'air lui-même paraît tout en feu. Les voyageurs qui traversent la prairie courent, en pareille occurrence, le plus grand danger; ils ne peuvent échapper à la mort qu’en mettant eux-mêmes le feu aux herbes de l’endroit où ils se trouvent, et en se ter:ant au centre de la partie qu’ils ont incendiée : car l’autre incendie, faute d’aliment, s'arrête dans sa marche, et ne peut atteindre l’endroit qui sert d’asile aux voyageurs. Rien n'est plus triste que l’aspect d’une prairie qui a été incendiée; elle ne présente plus su’une surface noire uniforme, comme une vaste plaine de charbon. On croyait jadis que les prairies étaient impropres à la cul. ture; mais l'expérience a prouvé que c'était une erreur, et aujourd’hui les émigrants les préférent aux forêts, parce qu’ils s’épargnent ainsi les rudes travaux qu’exige le défrichement des bois.
L'œuvre de la colonisation et de la civilisation dans le Territoir: de l'Ouest, s’accomplit d'une facon régulière et progressive par les mains des émigrants, qui, soumis aux lois sociales et civiles de la Confédéra tion, se rendent légitimes acquéreurs des terres inoccupées qui, comme telles, appartiennent aux gouvernements. Toutefois elle est utilement rrénarée par une race particulière de pionniers, appelés, en Amérique, backwoodsmen, qui se plaisent à vivre en dehors de toute société et de toute contrainte légale. Ces hackwoodsmen se divisent en squatters ou défricheurs, et un hunters ou chasseurs. Les squatters sont des individus qui s’établissent sur des terres inoccupées, sans droit régulier. Aussi, lorsque les gouvernements des Etats commencent à disposer de ces terres, les squatters, qui ne veulent pas les payer, sont obligés de déguerpir et d’aller se fixer plus à l’ouest; ce qu'ils font du reste sans difficulté, les nouveaux colons étant généralement prêts à leur donner un bon prix de leurs constructions et de leurs bestiaux. Ils forment ainsi nine sorte d'avant-garde irrégulière de la colonisation. Les chasseurs sont encore plus avant dans le désert que les squatters. Ils. ne se livrent jamais à la culture de La terre. Constamment armés de leur carabine,