‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 5)Chapitre 65 sur 72 · AFRIQUE · texte numérisé non relu

AFRIQUE

— Mise (Egypte).

— TanABLoUCI-GHARB (Tripoli de Barbarie),

A la tête de chaque eyalet est placé un vali (vice-roi) ou un mutsssarsf (gouverneur général) ; chaque liva est administré par un kaïmakan (lieu-

tenant gouverneur), ou un mohassil (préfet). Il n’y a pas de mohassil dans le liva où réside le vali; celui-ci en fait les fonctions: de même chez nous, il n’y a pas de sous-préfet dans les cnefs-lieux de départe. ment. Ubicini expose ainsi l'office de ces fonctionnaires : « Le vali représente le pouvoir exécutif, requiert la force armée et currespond directement avec ies ministres. Le mohassil, as:i:ic du commu ant militaire, surveille le recrutement et le recensement quinquenn:i Il forme, avec les membres du tribunal de police civile ei ceux du sdjli (conseil de province), le tribunal correcuonel du liva, et préside à l’assielte de l'impôt qui est coufiée à une commission particulière nommée chaque année par les municipalités. Le medjli se réunit quatre fois par semainc ; ii se compose : du kaïmakan ou mohussil, président; du malmudtri ou receveur particulier des finances ; de l'évêque grec, armémien, où méme du rabbin juif, suivant la localité; du Khodja-bachi ou délégué des municipalités chrétiennes; et des vudjouhs ou députés, noi «3; par les habitants, d’après le chiffre de la population. L’adminishiation des cazas est confiée à un mudir (sous-préfet) ou à un muteseilim (préposé), qui, avec les vudjouhs, veille à la rentrée des contributions. Les nahiyés ou communes sont aduunistrées par un mouktar ou khodja-bachi, élu par les habitants et faisant l'office de maire. Pour ce qui concerne l’administration financière, chaque eyalet a un d-/terdar, littéralement teneur de livres, correspondant à nos receveurs généraux, et chaque liva un mal-mudiri ou receveur particulier qui a aussi dans ses at ibutions la surveillance de certaines recettes spéciales, telles que douanes, postes, péages, droits de quarantaine, capitation, passe-ports, salincs, pêcheries, etc. »

L'ordre judiciaire comprend la haute-cour de justice et d'appel, qui se divise en deux présidences, celle de Roumélie et celle d’Anatolie. Ces deux chambres sont présidées par deux grands juges nommés caziaskers, c’est-à-dire juges de l’armée, qui, dans la magistrature, oecupent le premier rang après le scheik-el-islam, et qui sont eux-mêmes les chefs de ja magistrature; celui de la Roumélie pour les provinces d'Europe, celui d’Anatolie pour les provinces asiatiques. La justice estrendue en outre par 22 cours d’appel présidées par un molla; chacune de ces cours embrasse plusieurs provinces. Les tribunaux ordinaires sont au nombre de 94, Les tribunaux inférieurs sont présidés par un #aïb ou substitut

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EUROPE : PÉNINSULE ORIENTALE, 433 qui fait l'office de juge de paix dans les districts et dans les communes. , |

On voit combien les formes actuelles de l’organisation politique et administrative de l'empire offrent d’analogies avec celles qui existent chez nous. Cette nouvelle organisation (Tanzimat) est l'application des principes proclamés, en 1839, par le sultan Abd-ul-Meljid, dans son hatti-schérif de Gulhané. A peine monté sur le trône, où il arrivait à l’âge de 17 ans, Abd-ul-Medjid résolut de continuer l’œuvre glorieuse de son pére, et de régénerer lempire ottoman, Son hatti-schérif de Gulbané formulait les principes d’une administration toute nouvelle, Il promettait, entre autres, l'égalité de tous les sujets ottomans, sans diflérence de race ou de religion, devant le souverain et devant la loi; Padmissibihté de tous aux emplois; la garantie du jugement publie pour tous les accusés ; l'abolition de la confiscation ; la réforme de l'impôt ct son assiette sur des bases régulières ; un nouveau mode de recrutement militaire qui ferait disparaître toute distinction entre les sujets musulmans et non musulmans. Depuis lors Ie sultan a travaillé sans relâche à cette œuvre de réforme et à l’organisation d’une administration libérale et régulière. Ainsi a disparu, pour ne jamais renaître, sans doute, cette confusion de toutes les attributions et de tous les pouvoirs dans les mêmes mains, confusion qui a été longtemps la principale source d’abus énormes, soit au préjudice des populations, soit au détriment de l'autorité suprême. Ainsi, plus de ces pachas qu' commandaient les troupes, administraicnt les provinces, répartissaient et levaient l'impôt; plus de ces despotes délégués qui, après avoir obtenu leurs places à l'enchère auprès d’un ministre vénal, allaient tourmenter, vexer et pressurer leurs administrés pour s'enrichir en peu d'annécs; plus de ces gouverneurs ambitieux qui, mettant à profit la concentration de tous les pouvoirs entre leurs mains, se servaient de leur autorité illimitée pour se soustraire à l’obéissance, lever l’étendard de la révolte contre le padischah et s’ériger en souverains indépendants. Le sultan Mahmoud était parvenu, par sa persévérance indomptable, à ruiner par les armes la féodalité ottomane ; par la nouvelle organisation qu'il a donnée à l'empire, Abd-ul-Medjid en a détruit les racines ellesmêmes. L'intervention des représentants de la population auprès des agents du pouvoir, soit pour contrôler leur administration, soit pour y

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prendre part dans tout ce qui touche aux intérêts directs des localités, est aussi une innovation capitale ct une institution aussi libérale que le comport” l’état actuel de la Turquie. Dès que les peuples peuvent faire entendre leur voix, la vie et les biens de chaque citoyen sont en sûreté, Remarquons aussi que, dans l'établissement des medijlis où conseils lo: caux dont nous avons parlé, il n'est fait aucune acception des différences de race ou de religion. Par là, l'égalité des droits entre tous les sujets de l'empire a commencé de se réaliser.

Le gouvernement actuel ne se borne pas à réformer les abus anciens et à modifier l'administration de l'empire en prenant pour modèle l'organisation des États européens, il s’efforce encore de créer une génération nouvelle qui soit apte à marcher de pair avec les populations de l'Occident. Pour cela, il s'occupe avec la plus grande sollicitude de tout ce qui intéresse l'instruction publique. C'est en effet par la propagation des vraies connaissances scientifiques, jusqu'à ce jour restées presque complétement étrangères à la Turquie comme à tout l'Orient, que le gouvernement ottoman parviendra à rendre à la nation le rang élevé auquel elle a droit parmi les peuples de l'Europe. Les conseillers du sultan l'ont bien compris : mais ils ont senti aussi qu'ils ne pouvaient modificr, sans paraître porter atteinte à la religion, l'enseignement des medressehs qui est presque entièrement théologique et qui est entre les mains de l’uléma. En conséquence, des nouveaux établisse:uents ont été créés en dehors de ce corps généralement rétrograde et hostile aux idées nouvelles; ils doivent avoir pour résultat d'amoindrir son in: fluence. L'enseignement primaire était graluit; il x été déclaré obligatoire ; des écoles d’adultes, gratuites également, pour l’enseignement secondaire, ont été créées. Il y a à Constantinople trois colléges préparatoires pour les jeunes gens quise destinent aux emplois civils, et une école normale, qui forme des professeurs en dehors de l’uléma. Les écoles spéciales sont au nombre de huit : elles ont pour objet les mathcmatiques, la médecine, l’art militaire, le génie et l'artillerie, la marine et la navigation, les mines, l’agriculture et l'art vélérinaire. En juin 1851, une académie ottomane des sciences et des lettres a été fon dée dans la capitale. Elle se compose de 40 membres ordinaires, et de membres étrangers ou correspondants. Les individus de toute religion y sont admissibles. Enfin, le gouvernement, tout en la surveillant, encou-

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EUROPE : PÉNINSULE 'RIENTALE. 435 rage la presse périodique qui contribue à faire mieux connaître la Turquie à l'Europe et les idées de l’Europe à la nation ottomane.

La Turquie est un pays presque exclusivement agricole, et lindustrie manufacturière y est dans l’enfince. Néanmoins elle est encore le siége d’un commerce considéralle. Les produits étrangers peuvent tous entrer dans l’empire sous un droit fort peu élevé. Malheureusement le manque de routes et de canaux limite le mouvement commercial et même la production au littoral ou aux parties sillonnées par des rivières navigables. La créetion de nombreuses voies de communication est au premier rang des besoins du pays. On parle, ilest vrai, de l'établissement d'un chemin de fer qui unirait Constantinople à Belgrade et se relierait ainsi au réseau de chemins de fer construit par l'Autriche, ainsi que du percement d'un canal qui mettrait en rapport le Danube, dont les bouches sont si fréquemment rendues impraticables par les sables avec le port de Kustendji sur la mer Noire. Mais la situation financière du gouvernement ottoman permettra-t-elle l’exécution de ces travaux ?

Les ressources financières de l'empire sont à cette heure fort limitées. Le budget des dépenses est évalué approximativement à 731 millions de piastres ou à 168,130,000 francs environ, car la piastre turque ne vaut actuellement que 23 centimes. Les recettes se composent du revenu des dîimes, 220 millions de piastres; de l'impôt sur le revenu, 220 millions également; du produit des douanes, 85 millions ; du haratch ou de la capitation qui frappe les sujets non musulmans, 40 millions; du tribut de l'Egypte, 50 millions ; des tributs de la Valachie et de la Servie, 2 millions chacun; de celui de la Moldavie, 1 million; du produit des impôts indirects, patentes, timbre, péages, revenus des mines et postes, estimés à 1431 millions. Les dépenses ne dépassent pas ce chiffre, en temps ordinaire du moins; l’armée à elle seule absorbe 300 millions de piastres, ou 69 millions de francs. Il est évident que les limites d’un tel budget ne permettent pas au gouvernement de réaliser toutes les améliorations dont il reconnuît la nécessité ; ajoutons que les dépenses extraordinaires causées par l'attitude perpétuellement hostile de la Russie, viennent ensore presque périodiquement rompre l’équiibre entre les recettes et les dépenses.

L'armée turque est organisée à l’européenne, et une loi nouvelle prescrit le mode de recrutement usité chez nous. « Le contingent an-

nuel, dit l'Annuaire des Deux-Mondes, est de 25,000 hommes seulement; mais, dans les cas extraordinaires, une levée en masse peut être ordonnée. L'armée se divise en deux parts; l’armée active et la réserve. Après six ans de service, les soldats de l'armée active entrent de droit dans la réserve pour six ans. Le cmiffre de la réserve est exactement le même que celui de l’armée active, 138,680 homines ; en tout 277,360 hommes. Les cadres de la réserve, en officiers et sous-officiers, sont complets. L'armée active et la réserve ne sont pas les seules ressources de la Turquie ; il faut y ajouter les troupes irrégulières qui, en cas d’invasion du territoire, c’est-à-dire de guerre sainte, se composent de toute la population musulmane, sans distinction d’âge ni de sexe, dit la loi religieuse. Sans prendre cette loi à la lettre, on évalue au moins à 50,000 hommes les volontaires musulmans qui se présenteraient spontanément en cas de guerre. Les kavass ou gendarmes, les Tartares, les Cosaques du Don émigrés en Asie, sont évalués à 41,500 hommes. Viennent enfin les contingents auxiliaires que doivent fournir la principauté de Servie, la haute Albanie, l'Égypte et les autres localités où le recrutement n'est point encore pratiqué dans la forme du Tanzimat. Ces forces sont évaluées ensemble à 100,000 hommes. La Moldavie et la Valachie, sans être obligées par leur traité avec la Porte à lui fournir un contingent, pourraient, dans le cas d’une guerre sur le Danube, lui apporter le concours de quelques milliers d'hommes. L’armée turque pourrait donc s’élever de 440,000 à 450,000 hommes. Il est bien entendu que les seules populations chrétiennes comptées dans ces chiffres sont celles du contingent Serbe (20,000 hommes). En effet ces populations chrétiennes n’ont point été, jusqu’à ce jour, soumises au recrutement; c’est pour cela qu’elles paient la capitation appelée haratch; mais il est. question d’abolir entièrement cet impôt, signe de leur sujettion, et d'appeler les chrétiens au service militaire. Ce double principe a été proclamé ; des difficultés, qui ne sont point invincibles, en retardent seules l'application.

Les chrètiens servent dès à présent dans la marine, qui est d’ailleurs sur un bon pied. Elle se compose de 74 bâtiments de diverses grandeurs, parmi lesquels 3 vaisseaux à trois rangs et 43 à deux rangs, 414 frégates, 12 corvettes, 4 bricks, 14 cutters, G frégates à vapeur et 8 corveltes. Les équipages sont évalués à 15,000 hommes,

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La Grèce moderne, quoique érigée depuis environ vingt-cinq années, en État indépendant, nous intéresse encore fort peu par ce qu’elle est réellement, Ce qui nous touche surtout, quand nous parcourons les diverses parties de son territoire, ce sont les vestiges de son antique civilisation, ce sont les souvenirs glorieux qui se rattachent à tous ces lieux classiques illustrés par les armes, par les arts et par la poésie. Ce sont ces grands souvenirs, plus encore que {e courage dont ont fait preuve les Hellènes dans leur lutte contre la domination ottomane, qui ont contribué à l’affranchissement de la Grèce ; car ce sont eux qui ont provoqué dans toute l'Europe civilisée set élan de sympathique enthousiasme par lequel furent entraînés les gouvernements eux-mêmes. Malheureusement, depuis leur affranchissement, les Grecs, par leur conduite, se sont montrés médiocrement dignes de leurs illustres ancêtres. 11 ne faut pas néanmoins désespérer de l’avenir du nouvel État. La liberté elle-même a besoin d’un apprentissage, et une race qui a croupi plusieurs siècles dans l'esclavage et l'ignorance, a besoin d’un long temps pour apprendre les vertus d’un peuple libre, et pour s’instruire dans les sciences et aans les arts qui font les nations civilisées.

SECT. 1° — Tableau politique et moral de la Grèce. La Grèce actuelle est loin de comprendre tous les pays que l'antiquité

désignait sous ce nom, La partie continentale du royaume est séparée de l’einpire ottoman par uue ligne qui s'étend du golfe Zeitouni, près de

l'embouchure de l’ifellada, jadis appelé Spcrchius, au golfe de Patros, à l'embouchure de l’Aspro-Potamos, l’ancien Acheloüs. Cette ligne suit le cours de l’Aspro-Potamos jusqu’aux lacs d’Angelo-Castro et de Vrachori qu’elle traverse près de leurs rives septentrionales ; elle passe cnsuite par les crêtes des monts Coraxa, Animos et du fameux OEta. La plus grande longueur de la Grèce continentale, prise de l'OEta au cap Matapan, n’est que de 60 lieues, et sa plus grande largeur, du cap M :thon au cap Tornèse, ne dépasse pas 55 lieues. Les îles attribuées à la Grèce par les trailés qui l’ont érigé en État indépendant seront nommées plus tard.

Le gouvernement de la Grèce est une monarchie constitutionnelle. La charte française de 1830 a servi de modèle à la constitution hellénique. C’est aussi sur le type français qu'a été fondée l'organisation administrative et judiciaire du pays. Ainsi la Grèce est divisée en départements, arrondissements et communes, appelésnomes, éparchies ct demens ; à la tête de chacune de ces divisions est placé un monarque où un éparque, assisté soit d’un conseil généra), sort d’un çonseil d'arrondissement élu par les administrés. Chaque commune à un conseil municipal, dirigé par un démogéronte où maire nommé par le roi sur la présentation du peuple. Les nomes sont au nombre de 10, et les éparchies de 44. Eu voici les noms, ainsi que ccux des: ch. fs-licux.

{ Attika . , . . . . Athènes.

| Mégare. , , , . Mégare.

ATTIQUE Er BÉOYIE, Athènes, , , Thèbes. + + + + Thebes. Livadie, , , + + * Livudie, Egine . , , + Egine.

Parnasis. . + + Salone.

4 Locride. + + + + + Tulunti, PaocIDE FT Locibr. Salon. Phthiotide . CRT Zeiloun. Poride , , + + Lidoriki.

; Naupaktia . e + Lépante.

BrOLIES +. se «° dépante, À Missolonghi . Missolonghi. } Nauplie, eo Nauplie.

| ÂArgos «4 + + + Argos.

: ; Cerinthe. + , + + . Corinthe.

ARGOLIDE, + » + JVauplic » . Tete De Paios:

Hermionis , « + + . Uastri.

Hydra . . + + . Zydra.

Patros . + + . Pairas.

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e. e ee | Olympie. «+ + + + + Phanari.

MiBSSENIE, + + + Arcudia. «+ Méthone. + + + + + Modon. | Messénie . + Androussa.

Kalamai. . . + + + Kalamala.

y Mantinée . .« + + + Tripolitza.

ARCADIE « « à Tripolilen: | Gortyua. . + + + Carilene. H g * ) Megalopolis. . , , . Leontari.

Kynouriu . . , . . Prastos.

Lacédémone . + Misilra.

Epidaurus-Liméra, . . Monembasie, Gythion, . .« , + . Murathonisi, Octylos. + »

LACONIE « + + , Misitra «

Khalkis. . . . * . ÆgriposouNcyreponé Caristo. . C'aristo.

ÉvBÉEouNEGREPONT. Négrepont . | or ie ( Scopélo (Sporades septen. Sconélo.

{ Syra , . , . . ÎTermopolis Audros . . , . . . Andros.

Tinos , . . ,. . . Tinos ou Borgo.

CYCLADES , + + + Hermopolis, , © Naxos ou Naxia . . , Naxos. Thira ou Santorin. , , TAira, Miidos. , . . , . Milo.

Kythnos on Thermia , . Thermia.

Quant à l’organisation judiciaire, elle se compose d’une cour de cassation siégeant à Athènes, de deux cours d'appel, dont les siéges sont Athènes et Nauplie, et de dix tribunaux de premiere instance établis à Athènes, Missolonghi, Patras, Nauplie, Misitra, Calamata, Tripolitza, Lamia, Négrepont et Syra. Athènes, Patras, Nauplie et Syra ont en outre des tribunaux de commerce. La Grèce possède aussi des cours d'assises et l'institution du jury. Eufin elle à des juges de paix dont la mission est la même qu’en France. La législation est en grande partie une imitation de notre législation. Les crimes sont malheureusement fort commuas dans la Grece; c'est la con:équence inévitable de la rudesse des mœurs et de l'ignorance des populations.

La diflusion de l'instruction est donc un des premiers besoins du nouvel État, Le gouvernement favorise, autant qu'il le peut, la propagation des lumières. L'université d'Athènes occupe le premier rang parmi les établissements d'instruction publique. Athènes, Patras, Nauplie et Syra ont des gymnases : on compte en outre 25 écoles secondaires. La capitale possède une école polytechnique, une école normale et une école militaire; tandis que Syra et Nauplie ont chacune une école de marine, Mais ce qui intéresse surtout la masse de la popula- Uon, c'est lu multinication des écoles pr'naires. On porte aujourd'hui

leur nombre à plus de 500. Nous ferons observer que, dans les écoles pour l’enseignement supérieur, on s'efforce de revivifier la langue hellénique dégénérée en la retrempant aux sources les p'us pures de l’antis quité. Peut-être dans quelques années pourra-t-on entendre retentir dans toute sa pureté l’idiome que parlaient Démosthène ei Aristophane.

Le clergé pourrait être l’instrumeni principal de la régénération morale et intellectuelle du pays ; il possède une énorme influence, parce que les Grecs ont conservé leur foi avec toute lardeur d'individus qui vivaient au milieu d’un peuple professant une religion hostile, Par malheur, le clergé est lui-même fort ignorant, et subit en outre l’ascendant de la Russie. es ecclésiastiques séculiers occupent les places de lecteur, de chantre, de diacre, de prêtre et d'archiprètre ; ils ne dépassent jamais ce dernier grade. C’est parmi les moines que s’élisent les évèques, les métropolitains et les archevêques. Les prêtres et autres desservants peuvent se marier, mais seulement avant leur ordination, une seule fois, et à une vierge. L'Église du royaume est, à cette heure, tout à fait séparée, sous le rapport administratif du patriarchat de Constantinople ; néanmoirs les deux Églises professent absolument les mêmes dogmes, et diffèrent ainsi sur quelques points de l’Église gréco-russe. Les allaires religieuses du royaume sont dirigées par un synode d’évéques. Une faible partie des Grees s’est laissée entraîner à une sorte de réunion avec l'Église romaine. En conséquence, les Grecs-Unis, comme on les appelle, reconnaissent le pape pour chef spirituel, en retenant néanmoins le mariage des prêtres et les rites de l'Église d'Orient. Cette dissidence, soigneusement entretenue par la vanité des rois catholiques, a révolté l'esprit national de la Grèce, presque sans fruit pour l'Église romaine. La vraie politique de l'Occident à l’ecard de Eglise hellénique doit consister à empêcher son absorption dans l'Église gréco-russe,

Les Grecs font tous les ans cinq carèêmes, pendant lesquels ils ne peuvent prendre d'autre nourriture que des poissons sces ou salés, assaisouués seulement avec de l'huile d'olive. Ils observent de même tous les vendredis de année, et avec tant de rigueur, qu’ils pardonnent plus volontiers à celui qui vole ou qui assassine, qu’à celui qui enfreint le carême ou le vendredi.

L'agriculture est extrêmement arriérée. Quoique les montagnes et les rochers occupent un üers du territoire grec, et ies forèts un sixième,

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GRÈCE. 4 il y a encore deux cinquièmes du sol qui se composent de terres arables, et le reste de pâturages. Mais la culture de ces dernières est délaissée, et la récolte des céréales suffit à peine à la consommation de la population. Le froment, l’orge et Le maïs sont les grains le plus généralement cultivés. L'huile est la production la plus importante des provinces méridionales. Celle de l’Attique passe pour la plus fine. Les habitants connaissent la taille de l'olivier, mais ils ne la pratiquent pas. L'espèce de raisin, connue sous le nom de raisin de Corinthe, est particulière à la Morée et aux îles Ioniennes, spécialement à celle de Zante. Ces deux produits donnent lieu à une exportation assez considérable. Les plantes aromatiques dont le soi de l’Attique est couvert, donnent au miel de ses abeilles Les bonnes qualités qui ont rendu le mont Hymète si célèbre. Plus doux et doué d'un parfum plus exquis que tous les autres miels connus, le miel de PHymète est en même temps de la plus belle transparence, quoique d’une couleur rousse. La Grèce pourrait devenir Pémule de l'Espagne pour la beauté de ses laines; ses pâturages sont très-favorabfes pour les brebis. Les terrains les plus incultes produisent en abondance le thym, 1e serpolet, la marjolaine et toutes les plantes aromatiques. Iei comme en Espagne, on fait voyager les troupeaux. Sous le règne des empereurs byzantins, le mélauge des brebis africaines et asiatiques avait embelli les races grecques ; elles ont dégénéré, depuis qu'on ue suit plus la methode &es croisements, Le mouton de Livadie est le plus beau, celui de lAttique ? !e plus perdu, L'industrie manufacturière est dans une situation plus déplorable encore que l’agriculture : inais la Grèce possède une compensation plus que suffisante dans la prospérité de son commerce maritime. La marine ätarchande de ce petit Etat se compo: n 1850, de 4,046 bâtiments, dont 1,792 au-dessus de 30 tonneaux le reste au-dessous. Leur en semble jaugeait 266,224 tonneaux. On évalue à plus de 30,000 le nombre des matelots à bord de ces hàtirnepts, Un des principaux obstacle: qui s’opposent au développemen! de l'agriculture et du commerce intérieur est l’absence de voies %e cominunication. Les routes sont encorc ce qu'elles étaient sous le régime turc. Ce qui empêche d'assurer les améliorations publiques les plus urgentes, c’est la déplorable situation financiere de la Grèce, Toux les budocts un effet sc sofdent en déficit, Le système d'impôts est radicale :

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419 CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME, ment vicieux; car la contribution foncière et le droit d’usufruit, qui constituent presque la moitié des revenus du royaume, se paient en nature, mode qui prête singuiièrement à la fraude, outre que son produit est essentiellement incertain. Le budget des dépenses pour 1851, s'est élevé à la somme de 19,357,747 drachmes, et celui des recettes à 46,334,811. De plus, la Grèce a à payer les intérêts d’un emprunt garanti par les trois puissances protectrices, qui montent à 3,835,473 drachmes; mais ces puissances sont obligées de lui avancer cette somme. La guerre et la marine figurent dans le budget des dépenses, la premiere pour 4,816,831 drachmes, et la seconde pour 1,334,889 ; mais l'effectif de l’armée n’atteint pas le chiffre de 9,000 hommes, et la ma rine de l'État se compose simplement de 2 corvettes, 2 bateaux à vapeur, 3 bricks, 7 schooners, 5 cutters, 3 yachts et 44 chaloupes canonières.

Le royaume de Grèce ne contient que la plus faible partie des populations appartenant à la race bellénique qui, comme on le sait, sont répandues sur toute Ja surface de l'empire ottoman. « Ge qui est plus singulier, remarque un observateur, s'est «ve les Grecs, soumis encore à la domination ottomane, ne cherébent point à venir se fixer dans l'Hellade. » Ce fait seul suffirait pour prouver combien est léger ce joug des Turcs qui à été l’objet de tant de déelamations. La population du royaume ne dépasse guère 980,000 individ@æ dont 280,000 habitent les villes. Or, la superficie totale du royaus.e élant évaluée à 3,220 lieues carrées, ce chiffre donne à peu près 306 âmes gar lieus carrée.

Les Grecs ont malheureusement conservé de leurs pères la vanité, l'inconstance et peut-être aussi la mauvaise foi; mais la nature ne leur refuse pas les dons de lesprit ; ils naissent encore orateurs et poëtes ; le défaut seul d'instruction étouff: leurs talents, Le sarcasme et la raillerie sont encore, comme chez les anciens Grecs, les principaux ornements du discours. Au milieu des objets les plus sérieux, un geste, une parole, une frivolité, suffisent pour leur faire oublier les affaires les plus importantes. Les Moraïtes paraissent être les moins frivoles parmi les populations helléniques, et par conséquent plus faits pour devenir un peuple libre sous une bonne discipline. Les Athéniens ont conservé quelques traces de leur ancicnne politesse. L'idiomc y est plus doux que partout ailleurs : il y a quelque chose de plus animé dans les sons,

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