EUROPE
Considérations sur la géographie physique de l’Europe.—Mers, lacs, rivières et montagnes
La nature n’a donné à l'Europe ni les dimensions imposantes ae Asie et de l'Amérique, ni la masse compacte de l'Afrique. Simple appendice du vaste continent asiatique, notre péninsule tout entiere n'offrirait pas un bassin assez large au Nil, au Kiang, à l’Amazone ; nos montaignesles plus imposantes n'égalent ni en élévation ni en étendue les Cordilières ou l'Himalayah ; les productions des trois règnes offrent en Europe peu d'originalité, eten général peu d’éclat, peu de majesté, Nos mines n’abondent pas en or, ct le diamant ne se mêle point parmi nos cailloux. Nous ne pouvons nommer que 30 à 40 espèces de quadripèdes qui nous appartiennent exclusivement ; encore sont-ce de petits animaux de peu d'apparence. Notre industrie a singulièrement perfectionné quelques races animales, telles que le cheval, le bœuf, le mouton et le chien; mais nos meilleures productions naturelles semblent cn grande partie avoir été importées des autres parties du monde. Le ver à soie nous est arrivé de l'inde; la laine fine, de la Mauritanic; le pêcher, de la Perse; l’oranger, de la Chine; la patate, de l'Amérique: nous ne sommes riches que d'emprunts et de conquêtes.
Mais, telle cst la prissance de l'esprit humain : cette région indigente, äpre et sauvage, que la nature n'avait ornée que de forèts n'avait enrichie que de fer, s’est complétement métamorphosée par une civilisation d'environ 4,000 ans, civilisation interrompue plus d'une fois, mais toujours renaissante sous la main de peuples non mon
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industrieux que belliqueux. La science cherche en vain à y distinguer les bienfaits de l’art des produits indigènes; la culture en a changé jusqu’au climat; la navigation y a apporté les végétaux de toutes les zones ; cette Europe, où le castor élevait en paix ses constructions au bord des fleuves solitaires, s'est peuplée d’empires puissants, s’est couverte de moissons et de palais; cette médiocre péninsule est devenue la métropole du genre humain et la législatrice de l'univers. L'Europe est présente dans toutes les parties du monde; un continent entier n'est peuplé que de nos colonies; la barbarie, les déserts, les feux du soleil, ne peuvent plus soustraire l'Afrique à nos actives entreprises; nos arts et nos loiss’implantent dans l'Océanie; l'énorme masse del’Asie est presque traversée par nos conquêtes; bientôt l’Inde britannique et la Russie asiatique se toucheront, et l’imménse, mais faible empire de la Chine ne saurait résister à notre influence, s’il échappe à uos armes. L'Océan tout entier est le domaine exclusif des Européens ou de leurs colonies. Tandis que les nations les plus policées des autres parties du monde n’osent s'éloigner de leurs rivages, nos hardis navigateurs suivent d’un pôle à l’autre les routes que leur traça du fond de son cabinet un de nos géographes. Seuls nous soumettons à nos volontés les forces même les plus redoutables de la nature ; la foudre de la terre est entre les mains de nos guerriers, et celle du ciel tombe enchaînée aux pieds de nos savants. Nous parcourons l’espace avec la rapidité de l’oiseau, et les distances n’existent plus pour notre pensée, nous pouvons la transmettre instantanément d’une extrémité de la terre à l’autre. L'arbre de la science est notre patrimoine, et seuls nous possédons tant les moyens de le conserver à jamais, que le secret d'en perfectionner les fruits.
Les limites de l’Europe à l’est ont déjà été discutées dans cet ouvrage. Nous avons démontré que la chaîne des monts Ourals, la rivière du même nom, la mer Caspienne et le plusbas niveau del’Isthme entre cette mer et celle d’Azof (niveau indiqué par le cours du Manytch et de la Kouma), sont les points naturels de séparation entre l’Europe et l'Asie, dans la partie où elles sont contiguës. Cette frontière aboutit au Don ou Tanaïs, qui ainsi conserve, du moins dans un petit espace, l’antique honneur de séparer deux parties du monde. Nous avons ensuite une limite peu sujette à contestation ; c’est la mer d’Azof, la mer Noire, lo
Bosphore, la Propontide, l'Hellespont ; nous suivrons à travers l’Archipel la ligne où cette mer est le plus dégagée d'îles, et par vonséqueñt, nous laissons Ténédos, Mitylène, Chio, Samos, Nicaria, Cos et Rhodes à l'Asie ; Naxos, Stampalie et Scarpanto, à l'Europe. La Méditerranée forme ensuite une frontière incontestable entre l’Europe et l'Afrique ; seulement l’île de Malte (avec Gozzo, Comino, Lampedouse et Linosa) a été un sujet de dispute, même dans le parlement britanniqr'e, sous le rapport administratif; et en effet, les raisons géographiques pour et contre se balancent. Nous suivrons l’usage ordinaire, et nous considérerons ces îles comme appartenant à l'Europe. Quant aux îles Canaries, au groupe de Madère et aux Açores, comme elles sont la continuation sous-marine de la chaine du mont Atlas, celles appartiennent physiquement à l'Afrique.
Lorsque l'fslande, dépendance naturelle du Groënland, fut découverte, le nouveau continent n’était pas encore connu; on crut alors devoir placcr ces terres parmi les îles voisines de l’Europe. Les liaisons historiques ct politiques ont longtemps conservé cette classification ; mais aujourd’hui un coup d’æœil sur leglobe ne suffit-il pas pour montrer que l’Europe se termine au nord-ouest avec lesîles Féroer ? Séparées de nous par l'Océan, les terres arctiques, qu’elles se composent d'îles ou de presqu'îles, doivent être considérées comme un appendice del’Amérique septent“ionale.
Renfermée dans les limites qu’on vient de tracer, l'Europe doit avoir au moins une superficie de 500,000 lieues carrées de 25 au degré, et une population actuelle de 240,000,000 d'habitants. L'accroissement annuel de celle-ci est, d’après les estimations les moins favorables, d’un mnillion.
Voici les dimensions de l’Europe les plus remarquables.
Du cap Saint-Vincent aux monts Ourals près d’Itkaterinbourg. +. 1,215 lieues. De Brest à Astrakkan. 4. . + . . . . . . . . . . 860 Du cap Gates au cap Ortegal (péninsule hispanique). . * . . 210 De Port-Vendres à Bayonne (isthme des Pyrénées, 1er resserrement de l'Europe), . . +. + 95
De l’Adriatique à la mer du Nord (2e resserrement). 4, . . . 20 Du cap Matapan, en Grèce, au cap Nord (plus grande largeur de l'Europe). . . . . . . . + . + + + + + + . 870 De la mer Noire à la Baltique (3e resserrement).. . , . . . 268 De la Caspienne à la mer Blanche (4e resserrement.) . . , . 485
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EUROPE : GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 3t1
Les mers er les golfes nombreux qui baignent la péninsule européenne, en sont un des traits caractéristiques. Ces grandes masses d’eau, interposées par miles terres, manquent à l'Asie, à l'Afrique, à ja Nouvelle Hollande, et même à la majeure partic de l’Amérique; elles influent sur la température, qu’elles rendent humide et variable ; sur le commerce, dont elles multiplient lescommunications ; et sur Ja liberté des nations, auxquelles, conjointement avec les chaînes de montagnes, elles offrent des remparts naturels trop souvent négligés.
L'Océan occidental où atlantique baigne notre partie du monde du côté de l’ouest, etmême, dans le langage rigoureusement géographique, du côté du nord; car la mer au nord des îles Britanniques, entre le Groënland et la Norwége, ne mérite pas d’être distinguée sous le nom d’Océan septentrional, dont quelques navigateurs l'ont décorée. Quant à la dénomination de mer Glaciale, quoique reçue, elle ne convient pcutêtre à aucune partie des merseuropéennes, puisqu'il n’y en a aucune, pas même celle entre le cap Nord ct le détroit Waigatz, qui habituellement se couvre de champs de glace étendus. L’agitation constante de ces mers ouvertes leur assure cet avantage sur celles qui baignent la Sibérie et l'Amérique.
La mer Blanch:, golfe qui reçoit les eaux douces de trois rivières considérables, a le plus de disposition à se geler, surtout dans la partie occidentale, semée d'ilots et d’écueils. Ses rivages, généralement peu élevés. présentent presque partout des rochers fnhospitalicrs ou des marais tourbeux. La mer Blanche est, :omme Ja mer de la Nouvelle- Zemble, exposée à des tempêtes épouvantables, qui, venant du nordest, poussent contre les extrémités septentrionales de l’Europe la masse entière des mers inconnues au nord de la Sibérie.
Après avoir doublé le cap Stat, pointe occidentale de la Norwésge, nous voyons un golfe, nommé la mer du Nord ou d'Allemagne, s'étendre depuis lesiles Shetland jusqu’au détroit de Calais, et des côtes d’Angleterre jusqu'à l'entrée du canal de Jutland. Ses rivages, formés d’abord par les rochers norwégiens et écossais, deviennent ensuite des plages très-basces, sablonneuses et quelquefois limoneuscs, exposées à des inondations et à des affaissements. La côte de la Basse-Ecosse et l'Yorksbire présentent encore aux flots la barrière de leurs collines; mais dans le petit golfe nommé {5 Wash, la mer roule souvent ses eaux asitées par-
dessus les terres pendant un espace de plus de 1,500 mètres et les forêts sous-marines, eutassées sur la côte de Lincoln, sont les monuments authentiques de ses anciens ravages. Le Nore, ou l'embouchure de la Tamise a éprouvé ces dévastations dans un moindre degré; mais toutes les côtes des Pays-Bas en portent les traces, et ne se maintiennent que par les digues que l’industrie a élevées partout où les flots eux-mêmes n’ont pas entassé des dunes. Dans le XII siècle, une effruçable irruption changea le lac Flévo uni à la mer par des fleuves, en ce golfe ouvert qui s'appelle le Zuyderzée. Le petit golfe le Dol. lart, près l'embouchure de l’Ems, ne s’est pas non plus formé sans la coopération de la mer. Les côtes du Holstein et du Schleswick ont été déchirées par les flots plus d’une fois; les débris de l'île de Nordstrand, engloutie en 1634, attestent ces révolutions qui ont également réduit la terre sainte d'Héligoland à un seul rocher. Mais dans cette partie de la mer nommée par les marins le golfe de Hambourg, le limon fécond, déposé sur les rivages, accroît de nouveau la terre. Plus au nord,
un double rempart de bancs et de collines sablonnecuses défend aujour- ! d’hui le Jutland, qui jadis peut-être avait des côtes plus dentelées. |
La portion de la mer comprise entre la Norwége et le Jutland porte chez les navigateurs anglais et hollandais le nom de Sleeve. On pourrait mieux la désigner sous le nom de canal de Norwége ou de Jutland. Trèsprofond près ses rivages septentrionaux, ce canal est resserré au midi par le grand promontoire sablonneux du Jutland, qu’environnent des bancs de gravier et des rochers très-dangereux. Au sud du cap Skagen, pointe extrême du Jutland, un second canal plus resserré, rerapli d’ilots et de rochers, sépare le Jutland de la Suède. C’est le Kattegat, qui st termine par les trois détroits, le Sund, le Grand Belt et le Petst Relt, dont les nombreux embranchements baignent l’archipei danois.
Tous ces détroits conduisent dans la petite méditerranée du nord, nommée généralement mer Baltique, mais qui, chez ies nations scandinaves et germaniques, porte le nom de mer Orientale, Le bassin de ha Baltique esi, dans sa partie méridionale, environné de plaines sablonneuses ou de falaises de craie peu élevées; la côte orientale de la Suède et la côte méridionale de la Finlande présentent une ceinture de rochers et d’écueils ; mais nulle montagne tant soit peu considérable n’est baignée par ces eaux peu profondes, peu salées, et souvent couvertes
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de glaces. Cette mer recoit le superflu de tous les lacs dont la Finlande, lingrie et la Livonie sont remplies ; c'est dans son sein que s'écoule la à moitié des rivières de la Pologne et de l'Allemagne orientale ; enfin, les nombreux fleuves du nord de la Suède y portent les eaux fournies par les neiges des monts Dofrines. Aucune mer ne reçoit, proportion gar- À dée, un si grand nombre d’añluents d’eau douce; aussi la Baltique participe de la nature d’un lac, et la fonte des neiges y détermine dans l'été un courant qui se verse dans la mer du Nord par le Sund et les Belts, tandis qu’aux autres époques de l’année les courants ordinaires entrent et sortent selon les vents dominants. Le golfe de Bothnie et celui de Finlande envoient presque toute l’année des courants dans le grand bassin de la Baltique. Entraînées par cette direction générale des eaux, les glaces de l’intérieur de la Baltique vicnnent souvent ‘e joindre ets’arrêter dans les détroits du Danemarck, comme dans le débouché d’un lec.
En retournant dans la mer du Nord, nous voyons le détroit de Douvres ou Pas-de-Calais nous ouvrir le bras de mer connu sous le nom de canal Britannique ou la Manche. Peu profond, étroit, mais ouvert à tous les grands mouvements de l’Océan atlantique, il éprouve des marées
Le golfe de Gascogne où de Biscaye ne se distingue guère du reste de l'Atlantique dont il fait partie. On peut seulement remarquer le contraste entre ce golfe et les parages de Terre-Neuve, situés exactement sous le même parallèle : là, les glaces polaires, en s’arrètant par suite de la direction des courants, répandent, même dans l'été, des brumes éternelles ; ici, la configuration des côtes exclut même les glaçons flottants, tandis que le mouvement continuel de l'atmosphère modère
Le détroit de Gibraltar nous conduit dans la Méditerranée, grande série de mers intérieures, que leur situaticn, leur caractère physique et leur célébrité historique rendent également intéressantes. Le premier bassin de la M‘üiterranée se termine au cap Bon et au détroit de Messine; il est lui-même partagé en deux parties inégales par les îles de Corse et de Sardaigne ; mais on ne désigne guère aujourd’hui que le golfe de Gênes, et quelquefois celui de Lyon ou mieux du Lion, sous der deuominations particulières. La rofondeur de ce bassin va jusqu’à 1,000 et même 1,500 brasses, dans les parages où les eaux baignent les pieds
des Pyrénées, des Alpes et des Apennins. La partie orientale, qu'on peut nommer la mer d'Italie, est semée d'îles volcaniques telles que les îles Lipari, l'ile Ponce et autres, liées au même foyer qui nourrit les feux du Vésuve et de l'Etna. Le deuxième bassin de la Méditerranée, d’une étendue presque double, et généralement dépourvu d'îles, de rochers, d’écueils, se prolonge sans interruption des côtes de Sicile et de Tunis jusqu’à celles de Syrie et d'Egypte. Il forme au nord Ceux
bassins particuliers, aussi célèbres dans l’histoire que remarquables !
en géographie, celui de la mer Adriatique, dont le fond, examiné avec
soin, a paru n’offrir qu'un lit de marbre, de chaux et de coquillages; 4 et celui de l’Archipel ou de la mer Blanche des Turcs, où des îles nom-
breuses, pittoresquement groupées, couvrent un vaste foyer volca-
nique. Au midi, le golfe de la Grande Syrte pénètre en Afrique : c'est À presque la seule côte sablonneuse ct plate que baigne la Méditerranée; |
il paraît même que de vastes lagunes, en changeant souvent d’étendue au milieu des sables mowiles, confondent ici en quelque sorte les
limites de la terre et de la mer. Mais le plus remarquable des bassins {
dépendants de la Méditerranée, c'est sans contredit celui de la mer Notre, dont le détroit des Dardanelles, la petite mer de Marmara où la Propontide, et l’étroit canal de Constantinople ou le Bosphore, forment le vestibule. Cette mer, nourrie par les plus grands fleuves de l’Europe centrale, reçoit par le détroit de Caffa ou le Bosphore Cimmérien les eaux limoneuses de ces Palus-Méotides, si ridiculement qualifiés de mer d’Azof par les modernes. Tel est à présent le terme de cette série de mers intérieures qui, en séparant l'Europe de f'Asie et de l'Afrique, servent de route de communication à une grande partie de ces trois sections de l’ancien continent. Peut-être, un ancien détroit, successivement encombré de gravier par les torrents du Caucase, liait-il, même
longtemps après les dernières grandes catastrophes du globe, la mcr À
d’Azof, et, par conséquent, la mer Noire à la mer Caspienne.
Les eaux très-salées et très-profondes de la Méditerranée proviennent principalement du Nil, du Danube, du Dnieper et d’autres fleuves de la mer Noire, du Pô, du Rhône et de l’Ebre; de sorte que les neiges de l’Abyssinie et de la Suisse, celles Au Caucase et du mont Atlas y contribuent également. Malgré cette abondance d’eaux ffluentes, on a cru généralement que la Méditerranée recevait plus d’eau de l'océan Atlan-
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EUROPE : GÉOGRAPHIE PHYSIQUE, 315 ique qu'elle n'y en envoyait ; on n donné comme preuve l'existence d'un grand courant perpétuel qui entre par le milieu du détroit de Gibraltar, tandis qu’il n'en sort, du moins à la surface, que deux faibles courants latéraux. Mais cet influx apparent de l'Océan dans la Médikrranée n’est que l'effet de la pression d’une masse fluide plus grande
sur une masse plus petite, pression qui déplace nécessairement les
couches supérieures de la petite masse, comme ayant la moindre furce
s&aux dès qu’ils laissent tomber une ancre, emporte vers l'Océan le superflu des eaux de la mer intérieure.
Le mouvement général de la Méditerranéese dirige de l’est à l’ouest, mais la réaction des eaux contre les côtes fait naître plusieurs remous ou courants latéraux contraires. Les détroits donnent aussi naissance à des courants locaux très-variables; le Phare de Messine ou la Charybde les anciens, et l'Euripe, entre le continent et l'ile de Négrepont, méritent d'être distirgués. Les marées ne se font sentir que très-légèrement ; on a cru les remarquer dans le golfe Adriatique et le golfe des Syrtes.
Nous considérons encore la mer Caspienne comme baignant l'Europe kpuis embouchure de li Koun jusqu’à celle de l'Oural; mais les eux auuxss tiers de la circonférence de cette mer appartiennent à l'Asie. C'est du côté européen que la mer Caspienne reçoit la plus gande quantité de ses caux. Son niveau est inférieur de 90 picds à lui de l'Océan.
Les mers que nous venons de parcourir bordent le continent de l'Europe sur une ligne de 5,500 lieues, tandis qu'il ne tient au contiwrt d'Asie que sur une ligne de 880 lieues. Ges mers sont d'une haute iwmoortance pour les Européens; au nord, clles nous séparent des brres glaciales du pôle nord; au midi, elles nous garantissent des chaleurs de l'Afrique: partout elles ouvrent un accès au commerce, à navigation ; elles nous rendent voisins de toutesles parties äu monde, en même temps qu’elles nous fournissent une variété de poissons ufisante pour nourrir le cinquième de la population européenne. La masse de ces mers a été estime > à 238,790 lieues carrées, quise partagent comme il suit :
Mer Noire avec la mer d'Azof. + + + + + + + + + Mer Caspienne.
Mer Médilerrante., . . . . ° 131,980 Mer Blanche ou d'Arlhangel. , + : 5,000 Mer Baltique. . + + . … . 20,360 Mer d'Allemagne où du No-d.. + 32,000 Canal d'Irlande., +, . … À 3,400 Manche ou Canal Britannique... . . 3,700
L'Europe renferme quelques régions remarquables par l'abondance d'eaux douces réunies en grands et petits lacs, trait que la géographiell physique doit remarquer avec soin; toutefois ces amas d’eau n'égalent# pas ceux de l'Amérique septentrionale.
La première de ces régions est celle qui a les sources du Wolga auh sud, la mer Baltique à l’ouest, et la mer Blanche au nord-est. Nous! ne nommerons que les lacs les plus considérables : Le lac Ladoga a 830 lieues carrées ; l'On‘3a, 430; le Bielo-Osero, 70; le Peïpous, 450; le Suima,| 210; le Æuopio, 80; le Kolki, 70. La surface des eaux de tous ces lacs est d'environ 3,000 lieues carrées, c'est-à-dire qu'elle est supérieure à celle du golfe de Finlande qui n’en a que 2,300 de superficie.
La Scandinavie est remplie de lacs, moins cependant que la région! précédente. Celui de Wéner a 280 licues carrées ; celui de Weter, 110, cel de Mœlar, 100; ettous les lacs de la presqu'île de Scandinavie 7 à 800 lieues carrées. Ils sont, à un ou deux près, tous placés sur les penchants méridional et oriental de la chaîne de montagnes qui parcourt cette contrée. Tous ceux de la Russie septentrionale sont, au contraire, sur les penchants occidentaux de ce pays. Ces lacs s’écoulent don, les uns et les autres, dans la Baltique ; ils peuvent être regardés comme les sources de cette mer intérieure.
Les plaines au sud dele mer Baltique offrent deux ou trois contrées qui sont comme semées de petits lacs. Dans le Mecklembourg, dans h Marche-Ukraine, dans l’intérieur de la Poméranie et de la Prusa orientale, on compte au delà de 400 lacs, dont une partie n’ont point} d'écoulement vers la mer. Ce sont plutôt des étangs que des lacs,
Ils occupent pour la plupart des creux formés par l’éboulement d4 terres argileuses ou sablonneuses.
La chaîne des Alpes est accompagnée de moins de lacs que celle ds monts scandinaves : ceux qu’on trouve sur les penchants méridionauf sont le lac Majeur, 20 lieues carrées; celui de Lugano; ceux de Com
et de Lecce; celui de Garda, 24 lieues carrées; celui d’Iséo; en tout
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EUROPE : GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 317 avec quelques autres peu con: dérables, 80 lieues carrées, La pente septentrionale des Alpes offre beaucoup plus de lacs: celui des quatre antous, 43 lieues carrées ; ceux de Thun et de Brienz; celui de Neuchâtel, 45 lieucs carrées, celui de Biel ; ceux de Zug, de Sursee, etc.; œlui de Zurich, 10 lieues carrées; ceux de Wallenstadt, de Greiffense, etc.; celui de Constance, 38 lieues carrées ; 5 ou 6 dans la Haute- Souabe, une douzaine dans la Bavière, enfin, dans l'Autriche, ceux d'Atter, d'Abend, de Hallstadt et autres à l’est de Salzbourg. On peut estimer à 480 lieues carrées la surface de tous ces lacs. La pente occideniale des Alpes ne contient que le lac de Genève, 44 lieues carrées, lui d'Annecy et quelques autres très-petits.
La presqu'île d'Italie ne renferme que 4 ou 5 lacs un peu considérables; ils se trouvent tous ensemble vers le milieu de la chaîne des Apennins. Ils sont tous d’une forme circulaire, et entourés de falaises considérables. Des géologues italiens les ont regardés comme des monuments d’une révolution volcanique, qui aurait surtout affecté lecentre de la presqu'ile.
Dans toute l’Europe occidentale, nommément dans le Portugal, l'Espagne, la France et l'Angleterre, on trouve extrêmement peu de lacs. En passant en Irlande on voit le contraste le plus frappant; 4 ou 5 lacs dont un égale celui de Zurich, une dizaine de plus petits, peutêtre un centième du terrain occupé par des amas d’eau douce, sans même y comprendre jes bogs ou terrains spragieux dont nous parle= rons dans la description particulière.
Les fleuves de l'Europe, dont le cours est évalué et comparé dans un tableau joint à ce chapitre, présentent quelques résultats généraux dignes d'attention.
L'ensemble de toutes les eaux courantes de l'Europe pris pour
unité. «4 « + à ee + + + + 6 + + + + 1,000 Celles qui s'écou'ent dans la mer Noire sont. . . « + . + 0,273 Dans la Méditerranée. . . . ,. . « . + + + + + + 0,144 Dans l'Océan atlantique. « + + + + + + + + + + 0,131 Dans la mer du Nord. « + + + + + ee + « + + + + 0,110 Dans la Baltique... . + + + + + + + + + + , . *: 0,129 Dans l'Océan septentrional. . + +. + + + + + + + + + 0,048 Das la mer Caspienne. . . + + + « + + + + . + 0,165
qui deman-
Ce sont à présent les chaînes et massifs de montagnes
mandent notre attention. Un système, celui des monts Ourals, nous cst commun avec l'Asie, et a déjà été décrit. Aucune des suites de collines ou de rochers qui traversent la Russie ne lie distinctement le système des monts Ourals aux autres systèmes européens.
Le plateau de Waldaï, d'où descendent le Wolga vers la Caspienne, la Dwina vers la Baltique et le Dnieper, vers la mer Noire, n’est qu'une plaine élevée, couronnée de collines de 390 à 420 mètres d’élévation an. dessus du niveau de la mer. Ce plateau même s’abaisse du côté de la
Pologne, tellement que les sources de la Bérésina, du Nitmien, du 4 Pripecz, se trouvent dans une plaine sans pente sensible, et à peine | élevée de 65 mètres au-dessus des mers où s’écoulent les eaux de cr: | rivières. L'escarpement granitique, dépendant des monts Carpalhes, Î qui coupe le cours du Dnieper, est également d’une élévation à peine |
sensible, et se perd tout à fait vers les bords de la mer d’Azof, Les Dofrines, qu’on appelle aussi les Alpes de Scandinavie, présentent un système parfaitement isolé du reste des montagnes européennes,
L'ensemble s'étend depuis le cap Lindesness jusqu'au cap Nord, Cest
la partie du milieu, ou les Dofrines propres, qui seule offre le véritahle |
caractère d’une chaîne ; la Laponie et le sud-ouest de la Norwége «ont deux plateaux couronnés de chainons isolés. Des rochers soureilleux, des abîmes taillés à pic, d'immenses chutes d’eau, des glaciers, tout rappelle ici aspect des grandes chaines du globe; c'en est mème un des plus riches en beautés pittoresques : mais ses sommets les plus élevés n’alicignent que 2,000 à 2,500 mètres. Une branche inférieure, les monts Sèves, après avoir servi de limite entre la Norwége et la Suede, catre dans ce dernier royaume et se termine en collines.
Les monts Grampiens où Calédoniens forment, comme ceux du pays de Galles, un groupe isolé de plusieurs petites chaînes paralléles, dont l'élévation ne dépasse pas 4,300 mètres. Ces chaînes se lient sans doute au-dessous de la mer, aux rochers des îles Orcades, des îles Shetland, dirigés généralement du sud-ouest au nord-est, et peut-être aux îles Fér or. Les montagnes Cambriques, dans la principauté de Galles, et celles du nord-ouest de PAngletcrre, semblent des terrasses inférieures du système salédonien.
Le nord et l'est de l'Europe, depais l'Irlande jusqu'à la mer Caspienne, présentent donc une plaine au-dessus de laquelle la Calédonie
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Muussifs de montagnes.
Le plus célèbre et le plus central de tous est celui des A/pes, dont la haine principale renferme le Mont-Blanc, le sommet de l'Europe. La hngueur de la chaîne, prise depuis le mont Ventoux, en Dauphiné, jusqu'au mont Kahlenberg, en Autriche, est d'environ 200 lieues. L’éléation des sommets est de 3,200 à 4,800 mètres, et celle même des pasages à travers les chaînes principales est généralement de 1,600 à 3100 mètres. Mais les plaines au nord des Alpes, en Bavière, en Suis:e, wnt élevées de 325 et même 650 mètres, tandis que celles de Lombarle et de Hongrie, qui bordent ce système au sud et à l’est, s’élévent pu a dessus du niveau des mers. Les glaces perpétuelles, qui conte nencent entre 2,200 et 2,600 mères, forment, dans la partie centrale lu système des Alpes, des mers glacées comme celles des pôles. Passé 3500 mètres la glace même ne peut plus se former; les vapeurs de atmosphère, retombant déjà gelées, couvrent tout de neiges éternelles, Linorme profondeur des lacs situés dans les hautes Alpes est encore ün trait caractéristique de cette chaîne ; le lac d’Achen, entre autres, a 5 mètres de profondeur.
Au su, l’Apennin, avec ses diverses dépendances, forme la branche niridionule du système des Alpes, branche qui s'élève de 4,200 à 2,400 hèlres, tandis que les montagnes des îles voisines vont au delà. Celles le la Sicile sont pourtant visiblement un appendice de la chaîne des \ennins, et l'élévation de leur sommet (l'Etna), qui a 3,237 mètres, st duë en partie à des éruptions volcaniques.
Une branche orientale des Alpes passe entre les affluents du Danube la mer Adriatique, en réunissant ainsi sans interruption le système les Alpes à celui des monts Hémus. Cette branche, en Carniole et en ilmatie, est souvent très-étroite; mais elle a des sommets de 2 à 0° mètres.
La branche ou plutôt l’apperdice septentrional des Alpes comprend
lu chaîne du Jura, depuis Genève jusqu'a Lûle, et celle des Vosges depuis Langres jusque vers Mayence. Cette dernière se lie aux montagnes de l'Allemagne centrale, et par conséquent au système des Carpathes qui joint également celui des Alpes en Autriche.
Quoique liée aux Pyrénées par la montagne Noire, et séparée des Alpes par l’étroite vallée du Rhône, la chaîne des Cévennes, avec ses di. pendances, les montagnes jadis volcaniques d'Auvergne, est justement regardée comme une branche du premier système.
Nous arrivons à la péninsule des Pyrénées, qu'on peut considérer comme formée d’un plateau centrel ayant de 4 à 500 mètres d’élévation, et sur lequel sont placées diverses chaînes distinctement marquées, ct
d’autres qui constituent plutôt des groupes. Les Pyrénées se présentent, au nord, et les Alpujarras ou la Sierra Nevada au sud, comme deux bou!
levards extérieurs de ce plateau ; les premières ayant 2,000 à 3,400
mètres, les secondes de 2,000 à 3,500 d’élévation dans leur partie cen«
trale. Mais cette élévation ne se soutient pas dans une grande ligne comme dans les Alpes, et la largeur de ces chaînes est aussi beaucou] moins considérable, ce qui diminue ici tous les phénomènes des glaces et des neiges perpétuelles. On connaît encore très-mal le prolongement des Pyrénées dans le nord-ouest de l'Espagne. Les chaînes inter diaires, telles que la Guadarama, entre les deux Castilles, la Sierra M rena, au nord de l’Andalousice, et l'Estrella, dans le Portugal, n'on guère que la moitié de cette élévation.
A l’autre extrémité de l’Europe, le mont Hémus avec ses branch: remplit une autre péninsule moins distinctement marquée que celk d’Espagne. Nous ne pouvons faire mieux, dans l’état imparfait de connaissances, que de considérer le Despoti-Dag, l’ancien Scomius, à nord de la Macédoine, comme le centre d’où partent quatre chaine l’une, celle des montagnes Albano-Dalmates, qui se rattache aux Alpes l'autre, celle des monts Hémus proprement dits, qui se dirige droit l'ést, où elle se plonge abruptement dans les eaux du Pont-Euxin; | troisième, intérieure, celle de Rhodope, qui sépare la Thrace de la me Égée ; enfin la quatrième, qui, sous les noms poétiques de l’Olympe, { Pinde, de l'Oéta, du Parnasse, de l’Hélicun et du Lycée, traverse la Gt et se propage dans les îles de l’Archipel. On a donné à ces chaiucs nom de système slavo-hellénique,
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Le système des montagnes Carpathes et Hercyniennes n’est séparé des Alpes et des monts Hémus que par le bassin du Danube, et dans deux endroits, savoir en Autriche ainsi qu'entre la Servie et la Valachie, les branches respectives resscrrent le lit du fleuve au point de former de véritables défilés, Tout ce système n’est donc au fond que l’avant-terrasse des Alpes, et aucun de ses sommets mesurés ne dépasse 3,000 mètres, tandis que l'élévation générale est de 1,200 à 4,600, c’est-à-dire inférieure même aux passages des chaînes alpines; mais il présente une grande largeur, il renferme de grands plateaux ou bassins élevés et fermés, tels que la Bohême et la Transylvanie. C'est la chaîne européenne la plus riche en or, en argent, en cuivre et en sel-gemme. Peu élevées, ces montagnes n'ont pas de glaciers ; peu escarpées, elles ne présentent pas ces creux profonds où se forment les lacs des Aïpes et des Dofrines. Les principales parties de ce système sont les monts de Transylvanie, connus des anciens sous le nom d’Alpes Bastarniques ; les monts Krapacks où Carpathes, entre la Hongrie et la Pologne; les monts Sudètes où des Géants, entre la Silésie et la Bohème ; les monts Métalliques ou Ertzgebirge, entre ce dernier pays et ia Saxe ; enfin les diverses petites chaines de l'Allemagne centrale jadis comprises dans la forét Hercynienne.
Les montagnes de la Corse et de la Sardaigne constituent un système tout à fait indépendant des autres chaînes de l’Europe. On le nomme Sardo-Corse,
L'examen des vallées de l’Europe présente peu de généralités qui soient particulières à cette partie du monde. Elles sont naturellement moins étendues que celles d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. La vallée du bas Danube, comprenant les plaines de la Valachie, la Bulgarie, et la vallée du Danube moyen, formant la Hongrie, sont les plus considérables ; la dernière est peut-être de toutes celles qu’on connaît sur le globe la plus fortement caractérisée, comme ayant été le bassin d’un lac saumätre desséché. La vallée du P vient en troisième ligne pour la grandeur ; mais rien n’égale ses riches cultures. On peut comparer le bassin circulaire de la Bohème à la fameuse vallée de Cachemire. Entre Bâle et Mayence, la vallée du Rhin présente un bassin formé en ovale, d’un aspect assez magnifique. Le Valais ou la vallée du haut Rhône est
la plus grande de la chaîne alpine proprement dite ; mais la Carinthie, lle ü
moins vantée, le surpasse peut-être en beautés variées. Nous remar. querons le caractère des vallées de Norwége et d'Écosse, dont le bassin long et étroit est d'ordinaire occupé au milieu par un lac de la même forme.
En résumant ces principaux faits de l’orographie européenne, on est conduit à considérer notre partie du monde comme divisée naturellement en deux moitiés, la haute et la basse Europe; division non moins importante pour l’histoire de l’homme que pour la géographie physique. Depuis Paris et Londres jusqu’à Moscou et Astrakhan, une grande plaine s'ouvre aux invasions des peuples asiatiques et aux influences alternatives de l’atmosphère sibérienne et de l’atmosphère océanique ; le peu d’élévation de ces terres les rend moins froides et plus habitables que le plateau de la Tartarie, situé sous la même latitude. De Lisboune à Constantinople, une suite de terres hautes présente au contraire une grande variété de coupes et de pentes, les unes exposées aux vents froids du rord, les autres aux tièdes haleines du sud; partout des obstacles naturels séparent les nations ; ce sont des défilés à passer, ce sont des golfes à franchir; c’est là surtout que le caractère particulicr de cette partie du monde se prononce. Sans des chaussées dispendieuses, les pays au nord et au sud de la chaîne des Alpes n’auraient, dans toutes les saisons, que des communications difficiies. Dans les grandes plaines de la basse Europe, rien n’arrête en hiver la lourde charrette ni le traîneau rapide. Aussi les peuples du nord sont-ils voyageurs, et ceux du midi sédentaires. L'une et l’autre partie sont favorisées par la nature ; mais la haute Europe réunit naturellement à peu près toutes les productions de ce continent, parce que la pente septeutrionale et les points élevés des chaînes centrales reproduisent le climat froid des latitudes plus hautes de la basse Europe ; tandis que cette dernière partie, renfermant plus de plaines, présente une culture plus égale, mais plus bornée quant aux espèces.
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H. Bassin Baltique.
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