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9 ans, et pour les garcons entre 12 ct 14. Après unc longue cérémonie nuptialc à laquelle préside un Brahmane, on reconduit l’épouste à la maison paternelle, où elle doit rester jusqu’à ce qu’elle soit nubile. A cette époque, nouvelle fête suivie d’autres formalités. La polygamie est peu répandue, et les femmes ne sont pas astreintes a la vie murée, comme chez les musulmans. Si la jalousie a fait adopter à quelques riches Indous, appartenant à la caste suptricure, le régime du harem, les autres castes laissent aux femmes une liberté assez grande. La femme indoue, quoique regardée ct traitée corame un être d'une condition bien inférieure, témoigne en général un profond attachement pour son mari.
Pour les funérailles des Indous, le cérémonial varic selon les castes. Quand un PBrahmane est sur le point de mourir, on le couche en plein air sur un lit formé de la graminée nommée cusa; on l'arrose de l'eau sainte du Gange, ct on chante sur lui des strophes des Vedas. Expiret-il, le corps cstlavé, parfumé, couronné de fleurs ; un tison du feu sacré sert à allumer le bûcher; on supplie le feu de purifier le corps du défunt afin qu’il puisse s’élever aux célestes demeures. Les assistants jettent de l’eau sacrée sur les cendres, en chantant des hymnes funéraires. Les parents recueillent les cenures qui, renfermées dans un paquet formé de feuilles de butea frondosa, sont confites d’abord à la terre, mais, après un laps de temps, jetées dans le Gange, au milicu de nouvelles cérémonics. Au lieu de brûler les cadavres, on les jette souvent dans les fleuves saints, tels que le Gange, le Krichna, etc. Les basses classes ne brûlent pas leurs corps; elles les entcrrent.
L'usage indien qui prescrit aux femmes de se brûler sur le bûcher de leurs maris défunts a acquis en Europe une célébrité exagérée. Les Suttis, c'est ainsi qu’on nomme ces sacrifices, n'ont jamais été fort nombreux. et, depuis 1899, ils ont été absolument interdits par le gouverneur général, lord W. Bentinck. Cette mesure a été accucillie avec apnlaudissement par les Indous éclairés, maiselle a fort mécontenté les partisans fanatiques de toutes les anciennes superstitions. Quand une veuve se brülait sur le bûcher de son époux, ce n’était le plus souvent ni par attachement pour lui, ni par aucun motif religirux; elle cédait à la contrainte morale ct parfois même aux violeuces matcriclles des prêtres. Suivant eux, ces sacrifices étaient une gloire
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Le peuple indou a été anciennement plus civilisé qu'aujourd'hui ; c'est ce que prouvent ses monuments et ses livres. La littérature antique de l’Inde est riche en ouvrages de morale et de poésie. L'intéressant drame de Sakontala x été lu de toute l’Europe. Les fables de Piij .ou Bidpaï paraissent l'original de celles de Lokman et d’Esope; ce geure de poésie ne convient nulle part mieux que dans un pays où les âmes humaines sont censées passer dans le corps des brutes.
Aujourd’hui, les Indous n’excellent plus que dans quelques arts mécaniques. Livrés à leur indolence naturelle, ils n’éprouvent presque d’autre besoin que celui du repos. Sobres et modérés, leur vêtement est une simple étoffe de toile ou de coton; leur habitation, une cabane de bambous recouverte de feuilles de palmier ; leur principale nourriture, du riz et de l’eau : tous ils peuvent, sans beaucoup de peine, satisfaire ces premiers besoins, mais quelques riches, familiarisés avec les aisances de la vie, déploient dans leurs inaisons le luxe des peuples orientaux ; de nombreux esclaves, des vêtemenis qui brillent d’or, d’argent et de broderie, des appartements peints et dorés, des parfums et des essences précieuses; voilà ce que l’on rencontre chez les radjahs et les nababs. Les femmes riches partagent les goûts de leurs maris et vivent plongées dans une inactivité absolue. Les zenunus ou appartements des femmes, respirent un repos voluptueux; l’eau fraîche y murmure en cascades, ou s’épanche en bassins de marbre; les plus riches tapisseries couvrent le parvis, ornent les murs et doublent les portes. Une profusion de perles, de diamants, de saphirs, de rubis, plaisait déjà, du temps d'Alexandre, aux belles Indiennes; elles chargeaient même leur nez et leurs pieds d’anneaux précieux, mobiles et retentissants; elles joignaient à ces richesses le charme plus doux de mille fleurs naturelles et des plantes odoriférantes. Les diverses especes de fards ont, de toute antiquité, servi à la coquetterie indienne.
Toutes les classes de la saciété, chez les Indous, ont l’usage de fumer du tabac et de mâcher du bétel; c’est pour elles une fonction aussi importante que le manger ou le boire. Dans toutes les maisons des personnes aisées, on trouve des terrasses ou toits plats, où l’on passe
une partie du jour à fumer. Pour voyager, les Indous font usage de palanquins souvent ornés avec beaucoup de luxe. Cette manière de voyager est plus commode dans un pays où les routes sont souvent impraticables pour les voitures.
L’hospitalité est placée par les Brahmanes au nombre des sacrements, et il n’y a point d’action plus agréable aux dieux de l’indostan, que celle de consacrer à la commodité des voyageurs des choultris ou hôtelleries publiques. Sur les fleuves ou rivières on voyage en bateaux également très-commodes, et ordinairement fort légers. On en trouve au moins de vingt espèces différentes; il y en a qui, à la manière des navires des anciens Ethiopiens, sont construits sans un clou de fer.
Quoique les Indous eussent pu faire un commerce brillant en portant aux autres nations les riches productions de leur territoire, ils sont cependant toujours restés fidèles aux lois de leur code, qui leur défend de quitter leur patrie. Il a donc fallu que les nations étrangères vinssent prendre elles-mêmes les richesses dont l'Inde abondait. Parmi les produits de l’industrie indigène, ce sont surtout les toiles dites indiennes que les nations européennes recherchent le plus, à cause de leur solidité et de leur beauté. Dans le langage du commerce, on appelle les pièces de toile indienne des guinées, C’est dans le pays des Telingas, au nord de la côte de Coromandel, que l’on trouve les plus grandes manufactures de guinées; les guinées bleues sont un grand objet d'exportation pour l’Afrique; les perkales, mot qui, en tamoul, signifie toile très-fine, se fabriquent dans le Karnatic; on y emploie un coton long et soyeux qui abonde surtout dans la plaine d’Arkot. Les Circars fournissent les beaux mouchoirs de Mazulipatam, dont les teintes éclatantes sont dues en partie à la racine d’une plante appelée chage, qui croît sur les bords du Kistna et sur le rivage du golfe du Bengale. Les mouchoirs de Paliakat, plus variés dans leurs dessins et leurs teintes que ceux de Mazulipatam, s’exportent en grande quantité pour l’Amérique et l'Afrique, où ils font la parure des femmes. C’est à Mazuiipatan, Madras et Saint-Thomé que se fabriquent les toiles peintes ou chintz, appelées improprement toiles perses, Sur la côte de Coromandel , on fait une espèce de mousseline rayée, nommée doréa, ou, en amoul, bétille, que les caravanes exportent en quantité pour le Levant, l'Arabie et la Perse ; l’Europe n’en tire plus qu’une faible partie, alteudu
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qu'on y imite cette étoffe avec beaucoup d’adresse. Il n’en est pas de mème d’une autre étoffe appelée ‘organdi, qui se fabrique daus {ce Karnatic, et qui est fort estimée en Europe. Les basins viennent des Circars du nord, eties guingams, de Madras, Saint-Thomé et Paliukat. Cette derniére étoffe ne s’exporte plus en quantité que pour les autres parties de l'Asie où l’on en fait des vêtements. Surate fabrique des soicries brochées d’or et d'argent, qui s’envoient en Perse, au Thibet et en Chine, où elles sont préférées à celles de Lyon, à cause de leur légèreté. Le Kachemire fournit les châles et draps qui portent son nom, c’est dans le territoire de Dakka que l’on fuit les neusouques, espèce de toile de coton d’une très-grande finesse, et transparente. Plusieurs fabriques du Bengale fournissent la easse, l’dmame et le garat, toiles de coton dont les Anglais font une exportation considérable. C'est, dit Legoux de Flaix, par la combinaison et les heureux mélanges de différentes espèces de coton qui conviennent par leur force, leur souplesse et leurs qualités variées, ‘au tissage des différentes mousseli nes, et à force de recherches et d'observations faites par les ancètres, et transmises par les pères à leurs neveux, que les Indous sont parvenus à perfectionner les arts de la main et à les porter tous à un degré de perfection dont nous sommes encore éloignés.
Les Anglais ont, dans le Bengale, multiplié les plantations d’indigo ; mais le meilleur vient d’Agra ; on en exporte une énorme quantité pour l'Europe, la Perse et l’Arabie. Par les soins de la compagnie anglaise, la cochenille a été aussi tellement répandue sur la cbte de Coromandel, qu'elle forme actuellement une branche de commerce. Une autre matière tinctoriale , le sapan ou bois rouge, vient en abondance dans les Gates orientales. La gomme-laque est fournie par plusieurs provinces de l’In= dostan , spécialement par le Pundjab et le Moultan, où l’on fait la meilleure : d’après l’assertion de l’auteur que nous venons de citer, il sort tous les ans, par le Gange seulement, pour 3,000,000 de cette matière. Le bois de sandal, qui croît en abondance sur les Gates et au milieu des deux branches de ces montagnes, entre dans le commerce de plusieurs manières, en blocs et planches pour servir à la fabrication des petits meubles; en poudre, pour être brûlé avec l’encens; et en copeaux ou en büches, pour être employé dans la teinture. Les Indous en extraient aussi une essence précieuse, à laquelle on attribue des
qualités salutaires. 11 y a de grands dépôts de sandal à Mangalor et dans plusicurs grandes villes de la côte de Malabar, d’où ce bois est exporté pour l’Europe et les divers pays de l’Asie ; la Chine surtout +2 tire une grande quantité : es navires anglais en portent à Cavion environ 20,000 quintaux par an.
Presque toutes les contrées de l'Inde cultiventle coton ; mais le plus beau vient dans les terrains légers et rocailleux du Guzerate, du Bengale, d’Aoudh et d’Agra ; cette culture est tellement lucrative, qu’un arpent rapporte environ neuf quintaux de coton par an. Le coton du Guzerate est acheté par les Chinois pour la fabrication du nankin. Les Anglais ont donné leurs soins à la culture de la soie, que l'on tire de diverses provinces de l'Inde ; la meilleure est celle de Kassimbazar, il située entre deux canaux du Gange ; cette ile seule en fournit annuellement 2,000 quintaux. Une grande partie de la soie indienne est employée dans les manufactures du pays; le reste s’'exporte en Europe. On a, dans le nord de l'Indostan, une espèce particulière de vers qui font une soie plus grossière, mais plus forte que les vers à soie ordinaires. On en fabrique, dans les manufactures du Bengale, une espèce de gaze, dont on fabrique des moustiquières.
La côte de Malabar tire un grand revenu de la récolte du poivre. L’ex: portation de cette denrée s’élève annuellement à la somme de 190,000 quintaux ; les principaux marchés de poivre sont Calicut, Mahé, Mangalore, Cochin et autres villes de la côte. Une autre épice, le cardamome, qui prospère dans les Gates occidentales, est achetée en quantité par les Perses, les Arabes, les Chinois, les Japonais et autres peuples asiatiques, qui en font grand usage dans l’assaisonnement du bétel. L'opium constitue cependant le principal objet d’exportation de l'Inde pour la Chire. Le commerce du salpètre est considérable; on en fabrique plus de 600,000 quintaux par an dans le seui district de Patna. Des vaisseaux anglais et portugais spéculent ist ur la pècue des requips, dont les ailerons passent pour un mets très-friand en Chine. Cette pêche est tres-abondante sur la côte de Malabar ; les Chinois en tirent une quantité considérable d'ailerons.
‘Tel est le commerce d'exportation que l’Inde fait avec les nations étranscres, et qui répand dans le pays des sommes immenses : le com= msvec d’'import\lion est actuellement presque en entier entre les main:
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ASIE : INDOSTAN. 17 dr: \nglais; il consiste en draps, velours, fer, cuivre rouge, plomb, armes à feu, vins, eau-de-vie, dentelles, fils d'or, galons, coraux, fruits secs et confits, Ceylan introduit du bois de palmier, des uoix d'arec et de la cannelle; les Moluques des épices; le Pégu du bois de teck ; l'Arabie, du café, des encens, des coraux, des dattes. La Chine envoie, par les vaisseaux européens , beaucoup de thé; la côte d'Afrique, des coquillages très-recherchés des Indous pour leur parure.Jusqu’en1813, le commerce de l'inde britannique a été le privilége exclusif de la Goringre. À cette époque, le parlement ouvrit le marché de lindostau à tous les sujets Anglais, mais avec de nombreuses restrictions. Sous cc régime de liberté restreinte, le commerce privé prit tel un développementque la Compagnie se trouva presque supplantée par la concurrence, Fuñin, la nouvelle charte ayant enlevé à la Compagnie le nronopole du commerce entre l'Inde et la Chine, elle a cessé ses opérations commerciales. Chaque pas fait dans la voie de la liberté commerciale a été un bienfait pour l'Inde.
Les Indous, un des peuples les plus daux etles plus paisibles du globe,
ont été, depuis l'antiquité, la proie des nations conquérantes, attirées par les richesses de leur territuire, et ont passé d’une domination à l'autre. Après la mort d'Alexandre, l'Inde respira pourtant pendant treize siècles; mais en l’an 4000 de l’ère vuigaire, Mahmoud le Gaznévide conquit la majeure partie de l’Indostan, traita la nation avec la dernière cruauté, et détruisit autant que possible la forme du gouvernement Brahmanique. La mort l’empêcha de faire la conquête de l’Inde méridionale. Koutoub, un de ses généraux, fonda la dynastie Afghane, nommée Patane par les Indiens. Tamerlan parcourut l’Inde en 1398, et n’eut lesoin que de cinq mois pour acquérir le titre de prince destructeur. Les Mogols qu’il commandait pillérent Dell, commirent partout les plus gramites cruautés, et se retirèrent chargés d’un immense butin. ils revinrent, en 1526 , sous Baber, descendant de Tamerlan, renversèrent la dynastie Patane, et fondèrent l'empire Mogol.
Pendant ces invasions terribles, plusieurs tribus mdiennes de la caste guerrière se rekirèrent dans les montagnes, et y formèrent es États indépendants qui, grâce à leurs retraites inaccessibles, maintinrent leur liberté ; ces peuples devinrent dans les temps modernes, à leur tour, de Se de di c'est là, en peu de mots, l'origine D en des
Mahrattes, des Sikhs et d’autres peuples indépendants de l’Inde. Baber fut le premier souverain indien à qui l’on donna en Europe le titre de Grand-Mogol. Humayoun, son fils et son successeur, loin de faire de nouvelles conquêtes, ne sut pas même conserver celles de son père. Il fut chassé de ses Etats, et remplacé par Férid, de la nation des Patanes. Ce prince s’occupa un peu de la prospérité de ses États, en faisant construire des grandes routes depuis le Bengale jusqu'à l’Indus, des plantations, des postes et des hôtelleries pour les voyageurs. Après sa mort, le roi de Perseremit Humayoun sur le trône. Celui-ci eut pour successeur son fils Akbar, qui s’est illustré par sa valeur, sa sagesse et sa jus tice. Il soumit le Bengale, agrandit son empire au sud et au nord, et le divisa en onze provinces ou soubabies, dont chacune était sous-divisée en districts ou Circarf ; ceux-ci comprenaient un certain nombre de cantons ou pourgounnahs. L'empire, parvenu au comble de sa splendeur, fut troublé par Aurengzeb, petit-fils d’Akbar, qui, après avoir déposé son père, s’'empara de vive force du trône, et opprima la nation par toutes sortes de vexations. On dit qu’il tirait des terrains cultivés dans ses États un revenu de 900,000,000 de francs, et qu’il entretenat une armée de 4 ,000,000 d'hommes. Ce souverain est en grande partie l’auteur de la constitution politique moderne de l'Inde, Il mit à la tête de chaque province un nabab ousoubah, pour commander les troupes et disposer des emplois. Chaque nabab possédait, dans une autre province, une porion de terre dont il avait la jouissance, et qui le privait des moyens de vexer la province dans laquelle il commandait. Dans plusieurs provinces, il y avait des principautés qui avaient leur propre rajah, et qui payaient au Grand Mogol un iribut et fournissent des troupes. Chaque province était divisée en cirkars, présidés par des zemindar, espèce de juges nobles et feudataires. Aurengzeb fut obligé de faire la guerre aux Mahrattes, et de leur payer enfin le quart de ses revenus. Les Sikhs firent aussi des incursions dans ses États ; mais ils furent repoussés. Aurengzeb mourut en 1707, âgé de 90 ans. Sous son règne, l'empire du Grand Mogol s’étendait du 10° au 35° degré de latitude, et renfermait près de 80,000,000 d'habitants.
Les successeurs d’Aurengzcb, trop faibles pour défendre un aussi vaste empire contre les nations belliqueuses qui l’entouraient, virent, dans l'espace de cinquante ans, les guerres le réduire à l’état le plus déplu-
nts de l’Inde. Baber à Europe le titre de ir, loin de faire de es de son père. Il fut on des Patanes. Ce s, en faisant consl’Indus, des plantars. Après sa mort, i eut pour succes- 1 sagesse et sa jus d et au nord, et le tait sous-divisée en in nombre de cane de sa splendeur, après avoir déposé ima la nation par ains cultivés dans d’il entretenait une nde partie l’auteur it à la tête de chatroupes et disposer utre province, une rivait des moyens Ans plusieurs proropre rajah, et qui s troupes. Chaque mindar, espèce de aire la guerre aux cvenus. Les Sikhs furent repoussés.
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rable. Nadir-Schah de Perse emporta sans peine les immenses trésors de Delhi, dont il perdit un quart en traversant les déserts de Bounguicha. Les Afghans, devenus maîtres d’une partie de ces trésors, disputèrent aux Mahrattes l'empire de l’Inde. Mais ils ne poursuivirent pas avec assez de zèle les espérances qt:° leur donnait le gain de la fameuse bataille livrée en 1761, auprès de Delhi, par 150,000 mahométans commandés par Abdallah, roi des Afghans, à 200,000 Mahrattes. Les kuropéens, semblables aux vautours, furent attirés par l’odeur d’une proie déjà toute sanglante et déchirée. Les Portugais, après avoir exclu Venise des marchés de l’Inde, disputaient encore aux Hollandais le privilége d'y commercer seuls, quand les Anglais, à leur tour, les chas sèrent, et s’emparèrent successivement de diverses places où leur pouvoir prit des accroissements aussi rapides que considérables. Ils furent imités par les Français et les Danois. La Compagnie des Indes, fondée par Elisabeth, envoya ses flottes et parvint à établir des factoreries dans l’Indostan et sur les côtes de Malabar et de Coromandel.
Ces succès furent suivis de quelques revers ; et plus d’une fois la Compagnie, en butte à la Jalousie des autres marchands anglais et des Hollandais, fut menacée d’une ruine totale ; mais elle sut se relever avec avantage et triompher de tous les obstacles. Les Anglais ne s'étaient d’abord mèlés d'aucune guerre intestine dans l’Inde ; mais en 1749 ils commencèrent par protéger le nabab du Carnatic contre les Français ; k protection qu’ils accordèrent ensuite au dernier Grand Mogol, Schah Allum Il, leur valut, en 1765, la concession du Bengale, du Béhar et de l'Orissa ; et le descendant du puissant Aurengzeb, qui avait joui de 900,000,000 de revenus, se contenta de recevoir d’une compagnie marchande une rente viagère de 8,250,000 fr. Mais forcée à employer toutes ses forces pour se maintenir dans ses conquêtes, ayant à combattre Hyd2:r-Ali, les Français et les Mahrattes, la Compagnie ne sut faire face à tant d’ennemis qu’en se dédormageant ide ses dépenses énormes sur le pays dont elle disputait la possession.
L'Inde fut opprimée, pillée et épuisée en peu d'années. Le Bengale, auparavant si florissant, ne présentait de toutes parts que des déserts et ides ruines. Le monopole du riz caus\, en 1770, une famine qui détruisit 4& à 5,000,000 d’habätants. La Compagnie, loin de s'enrichir par ces
oppressions, se couvrit de dettes, tandis que ses agens revenaient dans leur patrie avec des trésors énormes. Mais ses premiers succès contre Tippou-Saïb, sultan de Mysore, et fils d'Hyder-Ali, relevèrent ses espérancss abattues et changèrent de face la position de ses affaires. Soutenue par les Mahrattes ct par le Nizam de Décan, elle força ce fameux prince, par le traité de 4792, à céder aux alliés la moitié de ses États, et à leur payer des sommes immenses pour les frais de la guerre. Le plus grand gain de la compagnie fut la concession du district situé à l’ouest des Gates, concession qui la rendit seule maîtresse du commerce du poivre, Encouragé par l’arrivée des Français en Egypte, Tippou-Saïb recommença, en 1798, la guerre, et chercha d’arracher aux Anglais les conquêtes de la guerre précédente; mais, dès qu’ils eurent connaissance de ses projets, ceux-ci conclurent un traité d’alliance avec le Nizan de Décan, prirent à leur solde une armée de cipayes ou soldats indous, et attaquèrent les États de Tippou à la fois sur la côte de Coromandel ct sur celle de Malabar. Le sultan fut bloqué dans Seringapatam, sa capitale; dans un assaut livré par les Anglais, il perdit la vie avec ses principaux officiers; les vainqueurs se rendirent maîtres de la ville ; le trésor du sultan, qu’on évalua à 3,000,000 de livres sterling, (75,000,000 de francs), tomba au pouvoir de l’armée. L’Angleterre céda le territoire de Mysore à un descendant de l’ancienne dynastie chassée par Hyder-Aly, accorda quelques districts à un autre descendant de cette dynastie, récompensa en terres son allié le Nizam, et se réserva le reste, com. posé des districts de Seringapatam et de Mangalor, de la plus belle partie de l’empire de Mysore.
Cette conquête excita, non sans juste motif, les alarmes des Mahrattes, dont la puissance s’étendait sur toutes les provinces du centre de l'Inde. En 1803, la guerre éclata entre l’Angleterre et la confédération mahratte. Celle-ci dut céder à la discipline et à la tactique des généraux anglais. Le Peischwa, 1e chef nominal de la conicdération, fut néanmoins replacé à sa tête ; mais Pounah, sa capitale, reçut une garnison angiaise chargée de surveiller les mouvements des Mahrattes et de contrôler l'administration du pays. La Grande Bretagne mit ensuite au nombre de ses possessions immédiates Agrah et Delhi, dont la souveraineté nominale avait été laissée jusqu’alors au dernier représentant de la dynastie mogole.
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ASIE : INDOSTAN. 21 : En1817,unenouvelle guerre fut entreprise pour réduire les Pindarris, tribu ftroce et redoutable, retirée dans les retraites presque inaccessibles des monts Vindhya, mais qui par ses incursions continuelles désolait les territoires voisins. Le plus renommé des chefs mahrattes, Holkar, le Peischwa et le Rajah de Bérar, crurent l’occasion favorable, etessayerent de secouer le joug : l'Angleterre eut ainsi à soutenir une lutte véritablement sérieuse, mais elle en sortit triomphante. Le Pcischwa fut obligé de se retirer avec une pension annuelle de 2,500,000 francs; les deux autres chefs furent réduits à un état de vasselage complet, et la domination britannique dans l’Inde se tronva plus solidement établie que jamais. Une tentative de résistance faite par le Rajah de Népaul fut également réprimée : ce prince toutefois conserva son indépendance.
Jusqu’à ces dernières années, les provinces occidentales de l’Indostan étaient les seules qui n’eussent pas eu de démêlé avec l'Angleterre. Du côté de l’ouest, les possessions anglaises sont contiguës au vaste territoire de la confédération des Stkhs. Les Sikhs ont commencé par n'être qu’une simple secte religicuse avant de constituer un corps denation. La religion des Sikhs, appelée Nanékisme, du nom de son fondateur, Nanck, né, selon Hamilton, en 1419 dans la province de Lahore, estun mélange de Mahométismeet de Brahmanisme. « Les Sikhs, dit Balbi, adorent un Dieu unique, admettent des récompenses et des punitions futures, croient à uneincarnation secondaire de la divinité, proscrivent le culte des images et s’abstiennent de manger du porc. Ils reconnaissent l’authenticité des Védas, qu’ils regardent, ainsi que le Koran, comme des livres divins; mais ilsprétendent que lareligion des Indous s’est corrompue par l’introduction du polythéisme, et que l’adoration des images a éloigné le peuple de l’adoration du vrai Dieu. Ils regardent l’ablution comme un des premiers devoirs à remplir. Leurs temples n’offrent aucune idole, et leurs prières sont très-simples. Cette religion a subi de grandesréformes sous le pontificat de Gourou-Govind qui mourut en 1707; les Sikhs le considèrent comme un nouveau prophète et comme le fondateur de la puissance de leur nation. Les sectaires de ce culte rejettent la distinction des castes, sont censés être tous soldats, doivent renoncer à l’usage du tabac et laisser croître leur barbe et leurs cheveux. Un corps nombreux de guerriers nommés 4kalis est chargé de tout ce quicst relatif au culte,
ya une espèce de baptême ou d'initiation que l’on fait subir aux sectaires adultes, cérémonie par laquelle doit passer tout individu qui veul être admis danscette religion. »
Dans le principe, les Sikhs formaient une population paisible, de mœurs douces et presque philosophiques : mais la persécution et la mort cruelle infligée à deux de leurs chefs, excita leur fureur et en fit une race de guerriers intrépides. Tant que la puissance mogole resta inébranlée, les Sikhs ne purent se venger qu’en faisant de rapides invasions sur les territoires voisins qu’ils pillaient et ravageaient ; après quoi ils se réfugiaient dans les montagnes. Cependant, à l’époque de la dissolution de l'empire du Grand Mogol, ils se trouvaient en état de résister à toute armée indigène.
Le gouvernement des Sikhs constitue une espèce de théocratie, sous un corps de chefs qui unissent le triple caractère de prêtres, de gucrriers et d’hommes d’État , et qui se rassemblent dans la ville sainte d’Amritsir, pour y tenir le grand conseil national, Celui-ci délibère sur les aflaires qui concernent la nation et détermine la marche à suivre dans les diverses circonstances. Mais la désunion s’étant mise parmi ces chicfs , l’un des puissants d’entre eux, Rundjet-Singh réussit à concentrer tout le pouvoirentre ses mains età s'élever au rang de souverain despotique. La domination de ce prince s’étendait non-seulement sur le territoire de Lahore ou le Pundjab, et sur la partie nord de la province de Delhi jusqu’à la Djumna, mais encore sur le Moultan, sur le Cachemire et sur une grande partie du royaumede Caboul. Ces dernières possessions étaient le résultat de la conquête. L'autorité de Rundjet- Singh s’appuyait sur une armée de 80 régiments a’infanterie équipés à la manière européenne, et disciplinés par des officiers français distingués. Le prince possédait également une cavalerie et une artillerie bien organisées.
Malgré les ombrages que la puissance de Rundjet Singh donnait aux Anglais, ce prince fut assez habile pour vivre avec eux en bonne intelligence. Mais, aussitôt après sa mort, le royaume de Lahore fut agité par les dissensions intestines de sa famille, et l'Angleterre, fidèle à sa politique traditionnelle, se hâta d'intervenir. L'armée sikhe opposa à l’armée anglaise unc résistance énergique à laquelle celle-ci n’était pas habituée; mais cependant elle fut défaite (A. 4846). La conséquence de
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«cette défaite fut le démembrement de la monarchie des Sikhs, et la ichute de cette dernière au rang des États vassaux de la Grande- Bretagne.
Un mot maintenant sur l’organisation gouvernementale actuelle de Finde. On doit d’abord distinguer les territoires qui sont soumis à l’Angleterre, ei ceux qui jouissent encore d’une indépendance complète. Les premiers se subdivisent en possessions immédiates et en possessions médiates. Voici comment le savant géographe et statisticien Balbi décrit le gouvernement des possessions immédiates.
« La Compagnie anglaise des Indes orientales, jouit de tous les droits annexés à la royauté; mais son autorité n’est que temporaire, et doit, de temps à autre, être confirmée par le parlement d'Angleterre, dont da Compagnie reconnaît toujours la suzeraineté, et devant lequel les gouverneurs généraux et les autres employés sont directement responsables. L'administration du gouvernement de l'Inde est partagée entre le Compagnie et un Bureau du contrôle, Un appel à la loi commune et aux tribunaux ordinaires de l'Inde a toujours existé contre les membres et les agents de la Compagnie dans Îe cas d'illégalité et d’oppression. Les directeurs chargés de gérer les affaires de l’Inde sont au nombre de 24, et nommés par l’assemblée générale des actionnaires. Quand un ordre des 24 a été sanctionné par le Bureau du contrôle, les actionnaires n’ont plus le droit d'intervenir. Le président et les autres membres du Bureau du contrôle sont nommés par le roi. Il y a dans l’Inde trois gouverneurs pour les trois présidences de Calcutta, de Madras et de Bombay. Le gouverneur général réside à Calucutta; il a seul le droit de faire la guerre et la paix. Des Conseils permanents aident les gouverneurs de leurs avis et ont le droit d'insérer dans les procès-verbaux les remontrances qu'ils jugent à propos de faire. La justice est administrée par trois degrés de juridiction, savoir : par des juges indigènes ; par des juges anglais choisis parmi les employés de la Compagnie ; enfin par des jurisconsultes anglais, qui sont nommés juges royaux, et qui jouissent d’une pleine indépendance. Chaque présidence est subdivisée en districts administrés par un juge, un receveur général et d’autres employés. »
{ Les possessions médiates de la Compagnie sont gouvernées par leurs princes respectifs : mais ces princes indigènes n’exercent une autorité
réelle que pour ce qui concerne l'administration intérieure de leurs États. Pour tout le reste, l'autorité appartient aux résidents anglais qui sont accrédités près de leurs cours. Afin de mieux assurer l'autorité de ses résidents, la Compagnie entretient des garnisons dans les capitales el dans les meilleures places fortes de ces princes. Le degré de vassalité n’est pas le même pour tous; leurs chaînes sont d’autant plus étroitement rivées qu’ils se sont montrés moins dociles et plus remuants. Li plupart sont obligés de payer un tribut plus ou moins considérable
Quant aux États indépendants, c’est le gouvernement absolu dans s pureté : là, règne sans contrepoids le double fléau du despotisme et de la superstition.
Un document parlementaire publié, il y a déjà quelques années, évaluait ainsi la superficie et la population des possessions immédiates de la Compagnie.
Présidence du Bengale , .« . 220,312 milles carrés. 69,710,071 âmes.
de Madras. + + « 141,924 13,508,538 = de Bombay. . + ee e 59,438 — 6,251,546
A quoiil faut encore ajouter 85,700 milles carrés dans le Bengale, et 5,550 dans la présidence de Bombay, dont la population n’a pas été déterminée : mais comme il s’agit de districts sauvages situés sur la Nerbouddah supérieure et dans le Concan, les habitants doivent y être clair-semés. La population de l'Inde anglaise s'élève donc à 96,000,000 d’âmes environ.
A la même époque, Hamilton évaluait de la manière suivante la population des possessions médiates de la Compagnie et des États indépendants de l’Inde.