‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 26 sur 31 · EUROPE : NATIONS, LANGUES, ETC · texte numérisé non relu

EUROPE : NATIONS, LANGUES, ETC

en nombre bien plus que les Écossais; d’où vient qu’ici l’homme craint l’indigence, compagne d’une nombreuse famille, tandis que là il ne s'inquiète de rien. Les cantons suisses s'opposent par des lois à l’accroissement des naissances illégitimes.

Les côtes ct les îles offrent généralement plus de moyens Eoélencs que les terres continentales ; ainsi, parmi les provinces danoises, les îles d'Æroe, de Sélande, la péninsule d’Eyderstedt, la Ditmarse, égalent la population d'Angleterre, des Pays-Bas, de la Lombardie, tandis que le Jutland, formant une masse plus compacte, n’est pas beaucoup plus peuplé que la Suède méridionale, ainsi, en France et en Espagne, les zrovinces centrales, le Berri et la Castille, par exemple, sont les moins peuplées. En réunissant, d’un côté, toutes les provinces maritimes de l'Espagne, et de l’autre, toutes celles de l’intérieur, on trouve dens les premières 910 habitants par legua carrée, et dans les secondes seulement 509. Mais ce rapport général offre également de nombreuses exceptions. Le Wurtemberg, qui n’est pas très-fertile, a vu sa population s’accroître à un tel degré, que les émigrations annuelles sont devenues indispensables. La Corse, la Sardaigne, même la Sicile, sont au contraire moins peuplées rue le continent de l'Italie.

La Russie se fait remarquer par une opposition diamétrale à cette règle ; car la population est concentrée dans les provinces intérieures,

où elle s'élève de 400 à 990 par lieue carrée, tandis que dans les provinces sur Ja mer Baltique, elle n’est que de 80 à 300, et que dans celles sur la mer Blanche et sur la mer Noire elle descend jusqu’à 40 et même jusqu'à 2. Est-ce dans des circonstances historiques, dans les ravages des guerres anciennes, qu'il faut chercher la cause de ce phénomène ? ou faut-il admettre que la race slavonne est naturellement plus prolifique que la racc finnoise et tartare. Quoi nw’il en soit, la population de l’Eurcpe s'accroît, en masse, au moins d’un million par année moyenne, de sorte qu'avant l’an 1,900 elle poura être d’environ 380 millions. Cette augmentation est plus rapide dans le nord que dans le centre, le midi èt l’ouest. La Russie, avec 58 millions d'habitants, gagne annuellement 5 à 600,000 individus, tandis que la France, avec 36 millions, ne paraît en acquérir que 210,000 tout au plus. L'Italie, l’Espagneet la Tur: quie sont presque stationnaires par rapport à l'Europe. Des considérations en grand nombre se présentent à

quiconque

voudrait classer la population européenne d’après les rangs, les occupations, les fortunes; mais nous ne pouvons pas envahir le domaine de l’économie politique, dont la partie descriptive est nommée statis« tique.

Il aurait été autrefois curieux de connaître exactement le nombre des familles nobles, et celui des individus qui les composent; mais la noblesse a cessé d’être un corps uni par l'esprit chevaleresque et par l'illustration de naissance, depuis qu’il existe dans plusieurs grands États une noblesse purement politique, à laquelle le mérite individuel peut s'élever, ou que la faveur des rois peut prodiguer.

L’accroissement constant et uniforme de la haute bourgeoisie, c’està-dire de la classe industrielle, dont la fortune et l'éducation égalent ou surpassent celles de la noblesse, scrait égilement un fait général trèsintéressant; mais il est encore impossible d’en réunir les éléments authentiques. Cette classe influente et active forme au moins cinq millions d'individus, contre un demi-million de nobles de race, reconnus comme tels: mais cette classe est très-inégalement répandue en Europe : elle est faible mais favorisée en Russie, puissante ct tranquille en Angleterre, nombreuse mais agitée et divisée en France. Au milieu de cette élite des nations actuelles, s'élève une autre tribu, celle des hommes à talents intellectuels; les avocats, les médecins et les écrivains de profession, formeraient au besoin la population d’un petit État. L'Allemagne, la France et l’Angleterre possèdent entre elles au moins 42,000 écrivains vivants, qui gouverneraient le mondes'ils n’étaient pas divisés.

La population manufacturière de l’Europe est un autre phénomènc moderne des plus remarquables. 30 à 35 millions d’Européens vivent au: urd’h:: de leur seule industrie, sans aucune propriété immobilière; si.es débouchés s’encsmbrent, si une prohibition ferme les routes, des miiliers d'individus peuplent les hôpitaux ou joignent les émigrations qui font passer tous les ans 150,000 Européens dans le continent ocidental. Cette population de prolétaires industriels surabonde dans l'Angleterre propre, dans quelques parties de la France, des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la Suisse,

La classe des simples cultivateurs comprend, généralement parlant, les deux tiers de la population européenne ; il y en a moins en Angle-

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EUROPE : NATIONS, LANGUE, ETC. 397 terre, il y en plus en Russie. Cet énorme ensemble de 160 millions d’individus participe tous les jours aux idées nouvelles.

Les guerriers de l'Europe, soldés par les gouvernements, forment une masse de deux millions, ou d’un centième de la masse totale. Leur entretien absorbe les deux cinquièmes du revenu public dans la plupart des États européens.

La vaicur politique de l'individu comme contribuable et comm soldat ou marin, varie singulièrement de pays à pays. Cette diversité est de la plus haute importance pour bien apprécier la force des États, les événements contemporains et ceux que verra éclore un avenir prochain.

Chaque individu contribue aux charges publiques dans les proportions suivantes.

Angleterre propre. . + + + + 108 fr.

Grande-Bretagne. + + « + + 61

Pologne russe, + + + + « + 17fr.

Autriche, +. + + + + + + 16 Portugal, . , , + + + + + 15 Russie... . , . + + + + + 14 Etats sardes . . . + + + + 13 Suède et Norwcge. + , + + + 12 États de l'Église. « + . + + 12 Deux-Siciles. . + + + + + 11 Toscane, . . . . «+ + + « 10

France. . . . . + « + + 34 Belgique et Hollande, + + « + 93 Baviere et Wurtembcrg. + + + 23 Danemarck. . . + + + + + 22 Saxe. +, + + + + + «+ + 21 Prusse. . . + + + + + + 19 Espagne. . + . + . + + + 18

Généralement parlant, moins un Étata d'importance, de richesses, d'énergie et d’esprit publie, moins aussi les habitants paient d'impôts. Les gouvernements constitutionnels coûtent fort cher ; les gouvernements despotiques sont à bon marché ; c'est que chacun d’eux coûte à peu près ce qu'il vaut, Il existe pourtant des pays bien administrés qui ont de faibles revenus ; tel est le cas de la Toscane : la raison en est que ces États n’entretionnent qu'extrèmement peu de troupes; ils s’aban-donnent à la merci des grands empires. Bene qui latuit, bene viæit.

Il faut encore observer que plusieurs États, chargés d’une dette énorme , sont obligés d'imposer leurs sujets au delà de la proportion naturelle de leurs facultés.

En outre, plusieurs puissances de l’Europe oricntale, surtout la Russie, suppléent à la modicité de leurs revenus en argent, par des prestations en nature, prestations qui ne sauraient être caiculées.

Daus le service militaire, la différence de valeur entre les nations cu-

ropéennes s’énonce d’une manière encore plus frappante, mais qu’il est a. difficile d'exprimer en chiffres, 1° parce que l'effectif des forces imnilitaires celle varie; 2 parce qu’il faut compter les marins, qui d’ordinaire sont licen- dix à ciés en temps de paix ; 3° enfin parce que le même nombre de combat- Les p tants ne représente pas la force réelle sur le champ de bataille. Il pa - la gu rait que la proportion d’un soldat pour cent habitants est celle que tout DAS €)

État européen peut adopter sans épuiser ses ressources, et sans enlever Nou à la culture aucun bras véritablement utile : néanmoins les monarchies

Hi : rope T militaires grandes et petites vont bien au delà. D’autres États restent Venise considérablement en arrière. Nous croyons que l'on peut adopterles |

NE j ‘ D.

estimations suivantes, pour le pied de paix actuel. L:

Angleterre... . , 4 . . , . . chaque 140ehabitant est militaire. Mais

France... +. . . . … 110

Autriche, + ee ee + + + + + + : 100 trouver

Russie, Jeter nr ete 7 te € 2, - 00 Pou

Bavière. , + + + + + + . 69 ) Pou

Prusse. , ee 0 ee + + + + + … 68

Pologne russe, . + 4 + + + + + . . 60 Voilà

Wurlemberg. + 4 + e + + . + + + + 59

S'ucde. , , . . . . . + . 58

Danemarck. …. +. . . 57

Les denx ZJesses. . 49

Par contre-coup, il est des Ltats où ces proportions sont extrémement faibles.

Deux-Siciles. + + + + + + + + chaque 180c habitant est militaire. Toscane. Let MR de où ce ss 5 7 3 9200

Etats romains... 4 4 4 + + , « + + . 300

1l n’est guère possible de tirer une conclusion sûre ct positive de ces > données, sar on ne peut y séparer ce qui appartient au caractère plus es ou moins beliiqueux des nations, et ce qui n'appartient qu'aux efforts exagérés des gouvernements. Un seul fait reste évident; c’est que les États du nord, à population, égale, ont une valeur politique, militaire et financiere, double, triple, ou même quadruple. Prencns pour exemple la Swsse ou le Danemarck et bes Deux-Sicies; supposons que les puissances européennes restassent spectatrices d’une guerre entre eux; pour qui seraient les meilleures el:ances? Probablement Naples serait la premiere à désirer la paix ct pourrait bien perdre la Sicile, dans une lutte contre le Dancmarck; peut-être le royauic de Naples serait-il

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