CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ROCHES
qu'elles sont des mélanges d'espèces minérales, et que, suivant la proportion de chacune de ces espèces , elles présentent les aspects les plus variés. L'état d'agrégation peut en outre déterminer des apparences et des propriétés très-diverses ; enfin , il suffit d'une très-petite quantité d'une substance adventive pour changer les couleurs et l'aspect d'une même roche,, ainsi qu'on peut en juger par les marbres. Mais cet exemple des marbres prouve que les difficultés de l'étude des roches sont plus apparentes que réelles; ne les reconnaît-on* pas avec la plus grande facilité, malgré la mobilité de leur coloration ? Ne distingue-t-on pas de même, et sans difficulté, les nombreuses variétés des roches granitiques, quoique la proportion de leurs éléments constituants et leur état d'agrégation soient très-variables? Or, s'il suffit pour acquérir cette connaissance des marbres et des granités, de les avoir eus fréquemment sous les yeux , il est bien plus facile encore de l'acquérir par une étude rationnelle. On se rend compte alors de toutes les variations déterminées par le mélange des espèces minérales; on reconnaît comment les roches les plus dissemblables sont réunies par des passages minèralogiques , et l'on surmonte en peu de temps les difficultés qui résultent du grand nombre des roches et de leurs variétés ►
Quant à la nomenclature , elle ne s'est compliquée que par la multiplicité des noms donnés aux mêmes roches ; mais si Ton se borne à choisir les dénominations les plus usuelles on arrive à la rendre simple et facile.
Nous avons vu que les roches qui constituent l'épaisseur de récorce terrestre accessible à nos investigations doivent se rapporter à deux origines : elles sont éruptives ou sédimentaires. Les actions ignées et sédimentaires ont, en effet, couvert la surface du sol de roches tellement puissantes que nous ne savons si celles qui formaient la première surface consolidée sont réellement visibles sur quelque point du globe.
Quelle que soit la roche dont se trouve composée une masse minérale , la première question qui se présente est donc celle
de son origine. Estrelle sortie du globe par éruption, à Fétat fluide ou pâteux , en soulevant et traversant toutes celles qui étaient déjà consolidées et superposés? A-t-elle été déposée dans les eaux par les actions sédimentaires , ou précipitée de leur dissolution sous forme de concrétions ?
Cette distinction, si simple au premier abord, est quelquefois rendue douteuse par la présence des roches qui ont une origine mixte. Chaque espèce de roche éruptive est, en effet, accompagnée de roches semi-cristallines et à demi-stratifiées, dont les caractères métamorphiques établissent des passages et une sorte de liaison entre les deux classes si différentes par leur origine et leurs caractères.
Roehes érnptlTes.
Les roches éruptives expriment d'une manière directe la composition de Técorce terrestre.
En effet , tandis que les dépôts sédimentaires qui occupent une place beaucoup plus étendue à la surface du sol résultent d'altérations et de transformations minéralogiques déterminées par des actions superficielles, les roches ignées, émanations directes de l'intérieur du globe, sont comme des échantillons pris dans les zones successivement consolidées qui l'enveloppent. Ainsi , les roches éruptives, que nous appelons les plus anciennes, parce qu'elles ont été consolidées les premières et qu'elles ont été traversées par toutes les autres, devaient évidemment former une première enveloppe , de dessous laquelle se dégagèrent successivement celles qui leur sont aujourd'hui superposées. Les roches ignées, que nous appelons les plus modernes , celles qui sont amenées par les phénomènes volcaniques actuels, expriment en réalité la composition des zones les plus inférieures de l'écorce terrestre que nous puissions connaître.
Quel que soit leur âge , les roches ignées ont toutes des caractères spéciaux de composition et de forme.
ROCHES ÊRUPTIVES. 53
Leur composition est généralement cristalline, c'est-à-nlire qu'eUes sont formées de substances, tantôt en cristaux visibles» juxtaposés et endievêtrés, tantôt en particules cristallines et microscopiques. Ces substances ^sont le quartz, silice à Tétat cristallin ; les feldspaiha , silicates doubles d'alumine et d'une seconde base qui est ordinairement la potasse , la soude ou la chaux; les micas, silicates d'alumine et de magnésie, chaux, lithine, potasse, etc.; les pyroxenes et les amphiboles, silicates doubles de chaux et de fer ou magnésie ; puis enfin les divers silicates magnésiens, que l'on appelle talcs ou serpentines. Que l'on ajoute à ces divers minéraux quelques substances adventives et principalement des oxydes de fer, parfois cristallins, mais le plus souvent répandus d'une manière générale comme principes colorants , et l'on aura tous les éléments de la composition des roches ignées.
Les roches ignées présentent des structures généralement massives; les fissures irréguliëres ou pseudo-régulières qui les divisent en blocs, en bancs, en tables, en prismes, leur donnent en outre un caractère tout particulier. Ces fissures ont, en effet , des analogies frappantes avec les divers systèmes de fissures de retrait qui se forment dans les masses d'abord fluides, puis consolidées par un refroidissement plus ou moins lent.
Si l'on ajoute à ces caractères de composition, de texture et de structure , ceux qui résultent de la forme des masses qu'elles constituent, on aura défini les roches ignées de manière à les distinguer facilement des roches sédimentaires.
Les roches ignées forment des masses généralement isolées. Tantôt ce sont de grosses montagnes arrondies, centres de soulèvement autour desquels sont relevés les dépots sédimentaires ; tantôt ce sont des pitons saillants , des dykes aplatis qui traversent et coupent toutes les autres roches à travers lesquelles ils se sont fait jour; quelquefois enfin ce sont des masses plus ou moins horizontales, qui ont pénétré latéralement dans des roches préexistantes , ou qui ont coulé et recouvert des surfaces plus ou moins considérables.
L'appréciation de ces phénomènes d'éruptions successives constitue l'étude et la description géognostique des ternÛDs ignés ; nous n'entreprendrons cette étude qu'aprës avoir décrit les terrains sédiroentaires , mais il importe de prédBer d'abord les caractères minéralogiques des roches.
La série minéralogique des roches ignées embrasse un grand nombre de variétés qui peuvent être rapportées à quatre dasses principales : les roches feldspdfhtques, serpeniineuseSg ampitholiqves et pyroxéniques,
Roehes reidspaihiqnes. — Le feldspath est l'élément le plus répandu et le plus abondant parmi ceux qui oonstitiient les roches ignées ; aussi trouve-t-on des roches feldspathiques à toutes les époques d'éruption. Elles se subdivisent en granités, porphyres^ trachytes et laves.
Les granités sont composés d'éléments cristallins « distincts, enchevêtrés les uns dans les autres de manière à former des roches solides. Ces éléments sont ordinairement les feldspaths, le quartz et le mica, tous trois avec les caractères qui leur f^^nt propres : les feldspaths jaunâtres, blancs , rosés ou rougeâtres, toujours lamelleux et clivables; le quartz en grains translucides, blancs ou grisâtres, vitreux et sans clivages ; les micas en paillettes brillantes et exfoliées dont les couleurs varient du blanc au jaunâtre et au noir.
La figure 8 représente la structure d'un granité ordinaire, dans lequel on distingue les formes clivées et anguleuses des cristaux de feldspath, celle des grains arrondis et disséminés du quartz, et les paillettes noires du mica.
Le feldspath et le quartz étant très-durs, les granités sont généralement résistants, font feu avec l'acier, et sont trèsdifficiles à tailler.
Le feldspath domine généralement le quartz et le mica ; toutefois , la proportion et la gi^osseur des éléments constituants donnent lieu à de nombreuses variétés.
Dans la plupart des granités, la grosseur des éléments varie de quelques millimètres à un centimètre^ Dans les variétés «