ACTION DES EAUX COURANTES
chures extrêmes et pour sommet le premier point de subdivision des eaux.
En amont du sommet de ces deltas , se trouve la partie du fleuve où les eaux sont à la fois les mieux réglées dans leur volume et les plus abondantes. Dans toute cette partie de son r^me régulier, le fleuve ne produit que peu d'atterrissements ; mais il entraîne des sables qui forment quelquefois des bancs mobiles et qui , se réduisant par le frottement , fournissent les matériaux qui ensablent la région inférieure. Les grains qui constituent ces sables augmentent de volume lorsqu'on remonte le fleuve, les pentes plus rapides permettant aux eaux de rouler de plus gros éléments ; de sorte qu'à mesure qu'on s'élève en remontant la vallée, on passe successivement du limon des deltas au sable fin , puis au sable grossier , puis au gravier contenant des galets gros comme des amandes , puis enfin aux galets de la grosseur du poing et au delà que le fleuve roule dans la partie supérieure de son cours.
Lorsqu'on arrive à la région des galets le régime du fleuve devient plus variable ; la contrée montagneuse déverse dans la vallée principale des affluents torrentiels, presqu'à sec en été , mais violents et sujets aux débordements dans les saisons pluvieuses. Cette région est celle des érosions. Les pentes y atteignant leur maximum, les eaux animées d'une grande vitesse désagrègent les roches, les roulent, les entraînent en blocs de toute dimension, et fournissent les éléments des galets qui, transportés à leur tour dans la zone du régime régulier, passent à l'état de graviers, sables et limons.
Ceux qui habitent les contrées peu accidentées ont peine à comprendre l'énergie de cette action érosive, et, pour s'en faire une idée, il leur faut étudier le cours de ces ruisseaux que l'on appelle des torrents.
Ces torrents prennent naissance dans les hautes régions, où l'abaissement de la température détermine de violents orages par la condensation rapide des eaux atmosphériques. Les
eaux , accumulées sous forme de neiges et de glaciers , fondent en partie dès que la température s'élève , et produisent des courants d*eau non moins abondants que ceux des orages les plus énergiques.
Un torrent reproduit sur une échelle moindre , mais plus violente, les actions des rivières et des fleuves; il comprend ordinairement trois parties distinctes : le bassin de réception , le canal d'écoulement et le cône de déjections.
Le bassin de réception se trouve sur les versants supérieurs des montagnes, là où les contreforts latéraux qui se détachent des crêtes principales ne sont pas encore bien saillants. De petits ruisseaux se ramifient sur ces versants élevés et reçoivent des eaux qui se réunissent bientôt dans un canal profondément encaissé par les contreforts latéraux. Dans ce canal à forte pente, qui est le canal d'écoulement , les eaux atteignent les plus grandes vitesses après les orages et les fontes de neige ; elles déchaussent les roches , en font rouler les débris de cascade en cascade, et les entraînent avec une violence telle, qu'ils brisent tout ce qu'ils rencontrent. Ces canaux débouchent dans des vallées plus grandes dont les pentes sont beaucoup plus faibles ; tous les matériaux charriés s'y déposent et forment par leur accumulation des amas demi-coniques, que l'on a appelés cônes de déjections.
Lorsqu'un torrent forme un cône très-saillant dans la vallée transversale où il débouche, il repousse les eaux de cette vallée vers l'encaissement qui lui est opposé ; quelquefois il les barre complètement et détermine des inondations dans les pays supérieurs à ce barrage , jusqu'à ce que les eaux rompent cette digue et en entraînent les débris.
Les rivières torrentielles dans lesquelles débouchent les torrents présentent déjà un régime plus régulier; elles coulent dans de larges vallées , dont le fond . nivelé par la stratification horizontale d'une grande quantité de débris, contraste avec les pentes abruptes qui les encaissent. Ce fond est loin cependant d'être horizontal , et les rivières qui y coulent ont encore des