PINACLE
si rapprochés les uns des autres; mais le Pinacle demande une description particulière (fig. IW, p. 85).
Ce roc immense est ce qu'il y a de plus grandiose i\ Jersey, et sa formation est des plus intéressantes pour l'histoire des changements de configuration des côtés de l'ile. Les amateurs de points de vue pittoresques peuvent y venir, eux aussi, et ils n'auront pas lieu de regretter leur voyage. Je décris d'autant plus volontiers le Pinacle , qu'il pourra s'y produire d'ici à peu de temps un changement considérable. En géologie un siècle n'est qu'une durée bien courte; eh bien, j'oserais prédire que dans un siècle le Pinacle aura perdu la moitié de son immense masse de 200 mille tonnes, si la mer conserve son niveau actuel, et surtout si elle l'élève un peu.
La figure ci-jointe aidera à se faire une idée du pic et de sa formation, ainsi que des changements que l'on doit y attendre dans l'avenir. La base du Pinacle P a 80 mètres de long sur 25 de large, elle se rapproche d'une ellipse. La section parallèle à la base diminue assez régulièrement jusqu'au sommet du rocher qui s'élève à 60 mètres. Le cône s'étendait autrefois sur la plate-forme inclinée r et il était complètement séparé des landes par deux fentes provenant de veines qui se coupent presque à angle droit. La mer à cette époque montait un peu plus haut qu'aujourd'hui; c'est du moins ce que semblent démontrer des roches polies par le frottement qui se voient en m , à la voûte de la
grotte septentrionale. Le flot balayait donc Tisthme (liii joint l'ancien Ilot à la terre ferme. xMais lorsque la mer perdit de son élévation , elle laissa aux blocs tombant des falaises et du Pinacle lui-même, la facilité de former une voûte à la tranchée de séparation ou même de la combler entièrement. Aujourd'hui les vagues
ont rétabli ou repris la communication par-dessous les remblais, et c'est seulement au point c que le passage devient difficile, ou môme impraticable, si l'on n'a pas une échelle k sa disposition.
Plaçons-nous maintenant sur la plate-forme /•, le dos tourné à la mer. C'est là que le géant de granité apparaît dans toute sa majesté. On tremble d'approcher de cette immense muraille verticale, et rien pourtant jusqu'ici n'annonce encore sa chute imminente. La roche est très compacte et à peine sillonnée de
quelques légères veinules de quartz blanc. Mais voyez de f en c cette écharpe verte dont je parlais tout à l'heure : c'est la tranche de la nappe de diabase qui descend obliquement de la falaise située à votre gauche. Elle plonge de 30 à 35 degrés sous la base du Pinacle et va, à votre droite, se perdre dans la mer. Descendez de ce côté et constatez que de b en a un immense quartier de roche a disparu en dernier lieu ; car la muraille y est relativement fraîche et conserve presque toute sa rugosité, tandis que le reste de la surface est poli et comme frotté par les vagues ou au moins adouci par l'action de l'atmosphère.
Vous voyez aussi que la disparition de la veine laisse sans support toute cette partie du rocher. Reprenant donc votre première position au haut de la plate-forme, en face de la muraille , reconstituez , par la pensée , la portion disparue de la nappe verte : il est visible qu'elle s'étendait jusque sous vos pieds , et dessus , à votre place, reposait le Pinacle épais alors de i5 mètres et haut sans doute de plus de 80. A mesure que la diabase s'est fragmentée ou simplement émiettée, le rocher auquel elle servait d'appui s'est écroulé, et les débris, faciles à entraîner sur cette pente, sont allés se perdre à l'extérieur. Actuellement en /il y a quelques gros blocs tombés d'en haut ; mais ils peuvent y rester longtemps, car la mer les atteint à peine. Un peu plus bas est une vaste marmite creusée comme je l'ai expliqué précédemment. Avec le régime présent des marées