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TROU DU DIABLE

paroi opposée du cirque. D'énormes galets couvrent tout cet espace; mais le niveau est assez bas, et la communication avec le Crabbé assez libre , pour permettre à la mer de balayer ou d'user les éboulis A. mesure qu'ils se renouvellent.

Après le Crabl^é , on longe l'anse des Reusses, ainsi nommée sans doute pour la couleur roussâtre de ses pierres. La destruction y est assez active, et la dernière fente du côté de l'est s'est considérablement augmentée en 188i, par l'éboulement de l'une de ses parois.

Non loin de là est le célèbre Trou du diable, « Devil's Hole », dont on a fait le Creux du Vis. On dit encore le Creux terrible. S'il était permis d'ajouter un quatrième nom, je l'appellerais volontiers la Pipe au lieu du Trou du Diable; car cette dénomination ferait comprendre plus aisément sa forme actuelle.

Si vous y venez de mai à octobre , vous le trouverez gardé; et, pour être admis par la only entrance, seule entrée, vous paierez two petice, ou quatre sous, car le billon français a cours à Jereey. Franchissez la barrière : s'il n'y avait pas d'éboulis , vous verriez clairement que la cavité doit son origine à la rencontre d'une fente partant de l'ouest, et d'une grotte ouverte au nord à travers le rocher. Mais la fente a été comblée jusqu'à demi-hauteur par l'éboulement des murailles et sa partie extérieure donnant sur la mer est seule re- C3nnaissable. Les éboulis ont au moins 30 mètres de profondeur; et c'est sur leur pente, chaque année re-

nouvelée, que le gardien rétablit et entretient l'escalier par lequel vous allez descendre, sans trop de danger m de peine, dans le fond de l'entonnoir (1). Arrivé en bas , regardez autour de vous et vous comprendrez pourquoi je me suis servi du nom de pipe. Ce n'est pas qu'elle soit très régulière ; et de plus les bords en sont ébréchés à l'ouest et au nord-est ; mais il y a une cavité sensiblement ronde dont le fond communique par un tuyau avec la mer. Le bord le plus élevé de la cavité atteint 70 mètres. Le rayon de base inférieure n'est que de 7 mètres; mais il doit être plus que triplé pour la base supérieure ou l'ouverture.

Si la mer est basse, on peut entrer dans le tuyau ; car c'est un vrai tunnel de 9 mètres de haut sur 7 de large, et assez bien éclairé par ses deux extrémités. A 20 mètres de l'entrée, du côté droit, il est à moitié intercepté par le rocher sur une longueur de 8 mètres, sans pourtant que cette demi-barrière monte jusqu'à la voûte. A partir de là le tunnel reprend ses premières dimensions. Le sol, sauf quelques restes de la roche vive, est recouvert de gros cailloux roulés entre lesquels coule l'eau saumàtre d'une source assez abondante. La longueur totale est de 70 mètres. Mais on ne peut s'avancer jusqu'à l'extrémité que par une mer très basse. La

(I) En 1885, la mer ayant plus fortement rongé le pied du remblai naturel, il a fallu construire un escalier en bois, lequel, après les pluies d'octobre (jui avaient favorisé les chutes de pierres d'en haut , avait déjà subi plus d'une avarie.

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fente qui prolonge le tunnel à cet endroit, montre qu'il avait au moins 100 mètres de long avant l'effondrement d'une partie de sa voûte. En revenant sur ses pas, on n'est guère tenté d'examiner le plafond; car lesfis- >ures du rocher sont peu rassurantes. De plus le pavé est glissant et l'on se sent poursuivi par la vague bruyante qui s'engouffre à l'entrée. Rassurez-vous cependant : il n'y a pas trois heures que ces murailles, visitées par d'énormes lames, n'ont abandonné que de faibles débris à leur formidable choc. Constatez donc qu'à la voûte il n'y a aucun de ces restes de veine de diabase auxquels la visite de bien des grottes vous avait accoutumé jusqu'ici.

Comment s'est donc creusé ce passage? En sortant du tunnel, on a devant soi les éboulis le long desquels on est d'abord descendu. Ils s'élèvent jusque vers le milieu de la paroi sud et en cachent le pied ; mais au-dessus on reconnaît aisément une veine verticale de 1™, 50 de large, tranchant un peu sur la couleur générale des granités. Elle forme d'ailleurs une traînée plus sombre parmi les éboulis dans l'alignement du tunnel. C'est elle qui, prolongée sous le rocher, a été le point de départ de son percement. Le passage une fois pratiqué s'est naturellement agrandi à la manière ordinaire (1).

(I; Puisqu'il ne reste dans la Toùtc du tunnel aucune trace de cette veine, c'est qu'en s'élevant des profondeurs de la terr<; elle n'a pas , dans toute sa longueur, affleuré jusqu'à la surface du sol. Ce fait n'a rien d'anormal : une veine éruplive est poussée par la pression dans

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C'est une de ces veines de porphyrite micacée dont j'ai parlé plus haut. Les blocs qui en tombent sont des plus compacts et des mieux conservés de toute l'Ile; car ils n'ont pas encore longtemps subi l'action de l'atmosphère.

Pour la fente qui s'ouvrait à l'ouest, du côté des Reusses, et dont la rencontre avec le tunnel a déterminé la formation du grand entonnoir, elle doit son origine î\ une veine de diabase (1). Sa section verticale est celle d'un V largement ouvert, ce qui prouve qu'elle a déjà fourni une quantité considérable de décombres balayés au fur et à mesure par la mer. Et de fait dès que les deux grottes ou fentes se furent rencontrées à l'endroit même où est maintenant la grande cavité , les vagues acquirent plus de puissance pour entraîner les roches tombées des hauteurs. S'engouffrant tour à tour par les

les inlersUces que lui livrent les fissures des rochers, el par suite elle ne monte pas partout au iiiônie niveau. Au fort du sud de la Ville , par exemple, du côté de la jetée Victoria, une veine va en s'amincissant à mesure qu'elle s'élève ; il est probable qu'elle n'atteignait pas la surface du rocher quand il avait quelques mètres de plus. Aux caves du Val- Rouget ou du Lecq, un filon de diabase s'est étalé à la surface; niais il ne descend pas jusqu'au niveau de la grève avec le reste du rocher. La veine qui coupe à l'intérieur la Tombe de Janvrin , s'arréle dans la cote au-dessous de la carrière du Portclet. Enfin un autre filon de porphyrite, vertical et semblable à celui du Trou du Diable, passe sous le roc de Montorgueil, et ne s'élève pas à travers sa masse. Si la veine était montée plus haut, sans atteindre cependant la surface, la partie orientale du rocher, ou bien aurait déjà com[)lètemcnl disparu, ou bien ne reposerait que sur un tunnel.

(1) Si l'on veut voir une fente se formant actuellement dans une veine verte , il suffit d'abaisser les yeux sur le rocher que l'on a à ses pieds quand, de la cabane du gardien, on regarde Piémont.

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