CREUSEMENT DES VALLÉES
Cela est très vrai et je sais que le temps est absolument impuissant à prcnluire certains effets, s'il n'est secondé par une cause suffisamment énergique (1). Jamais, par exemple, des pluies, si diluviennes qu'elles fussent, n'auraient fourni le conglomérat de Sainte- Catherine dans les circonstances où il se trouve. Mais aussi pour creuser nos vallées n'avons-nous pas besoin de recourir à des agents bien puissants.
Admettons que les pluies, même les plus fortes, n'aient jamais pu donner lieu ici qu'à de faibles torrents ou même à nos ruisseaux tels qu'ils sont actuellement en hiver ; je ne pense pas qu'il faille davantage pour le creusement de nos vallées. Voyons en effet ce qu'elles sont. Leur section, perpendiculaire à la longueur, a la forme d'un V ; et si bien souvent nous la trouvons changée en U , c'est que l'homme y a passé pour établir sur le fond un ruban de prairies avec des canaux d'irrigation comme lisières. J'en conclus que jamais la masse d'eau qui a coulé dans ces vallées n'a été considérable; car jamais la rivière n'a essayé d'élargir son lit. Elle s'est toujours contentée d'être un petit ruisseau, creusant incessamment son fond tant que la pente est restée un peu rapide , mais ne prenant de ses berges que le produit du ruissellement ou parfois de l'éboulement ; car les bords ne pouvaient rester à pic dans un terrain si morcelé et si friable.
(1) Voir un article de M. de Lapparcnt sur le Rôle du temps dans la nature (Revue des questions scientifiques, avril 1885).
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Enfin l'observation la plus superficielle montre qu'une rivière tend à creuser sa rive concave; ce qui s'explique par la force d'inertie de l'eau : lancée dans une direction, elle ne peut en être détournée qu'en venant heurter contre un obstacle. En un mot, il y a tendance à couler en ligne droite. Cela rend compte de certaines particularités des cours d'eau qui se sont frayé un passage à travers un sol mêlé comme le nôtre.
Lorsqu'on effet une vallée a commencé entre deux terrains de nature différente, par exemple entre le schiste et le granité , il semble qu'elle ne devrait plus quitter leur plan de séparation ; et cependant la tendance à la ligne droite l'emporte souvent : le ruisseau pour éviter un détour coupe la roche la moins résistante et en abandonne des traces ou des lopins du côté de la roche la plus dure (fig. IV, n*^ 1 et 3).
Si même la ligne de séparation fait un coude marqué et que le cours d'eau trouve devant lui le terrain le plus attaquable , il s'y lance définitivement (fig. IV, n°2) .Si au contraire il se heurtait au granité, nedépensant à l'entamer qu'une faible partie de son énergie, il se répandrait à sa surface et ne tarderait pas à retrouver le terrain favorable qu'il avait un instant abandonné. Dans ce cas particulier, le granité pourra se rencontrer sur les deux rives au coude de la rivière (fig. IV, n" 3).
Ces principes trouvent leur application 'dans le
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creusement de plusieurs des vallées de Jersey. Celle de FÉtacq est immédiatement au-dessous de l'arête granitique du nord et elle la suit jusqu'à la mer. Elle est cependant tout entière dans le schiste , car il en reste même quelques lambeaux appuyés sur les granités de la rive droite (n" 1).
Les autres vallées de la baie de Saint-Ouen sont évidemment creusées dans le schiste, et en général leur axe se montre peu oblique à la direction des couches stratifiées.
Le ruisseau âe Pont-Marquet, commencé dans le schiste, continue d'y couler en rasant quelques pointes granitiques sur sa rive droite (n° 3). 11 descend vers le sud jusqu'à ce que le massif granitique de Greenville l'oblige à se rabattre vers l'est (n^S). Dans la partie inférieure de son cours jusqu'à son embouchure à Saint- Aubin , il reprend sa première allure à travers les schistes en effleurant seulement les pointes de granité (n** 3).
La vallée de Saint-Pierre offre dans sa partie supérieure un remarquable exemple de la séparation des terrains. Depuis son origine à Sainte-Marie jusqu'à la Hague Mill , le schiste est à droite et le granité à gauche. La roche molle abandonne, à l'ordinaire, un petit coin sur la rive granitique au-dessus de Gigoulande Mill (n° 1). La roche dure ne se laisse entamer que dans l'arête où vient brusquement finir la vallée.
Le petit vallon qui remonte de la Hague Mill à l'école Saint-Anastase marque aussi la limite des granités
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du nord et les sépare des schistes; mais le ruisseau principal, plutôt que de suivre le détour, s'est jeté en ligne droite dans la roche friable (n** 2).
Les deux embranchements qui rejoignent la grande vallée, entre Gargate Mill et Moulin-Tesson, s'appuient à leur origine sur le plateau septentrional sans pouvoir y pénétrer. Je devrais , ce semble , signaler ici , comme contraire aux principes énoncés plus haut, le creusement de la branche qui relie Gigoulande Mill à la Hougue-Boëte, puiscju'elle est tout entière dans le granité, mais ce fait vient au contraire confirmer la théorie.
En effet, malgré sa longueur et ral)ondance relative de ses eaux, cette vallée forme à peine, comparativement aux autres, une légère dépression dans le sol. Aussi débouchait-elle naturellement dans la vallée schisteuse par une sorte de cascade. On utilise à Gigoulande Mill cette différence extraordinaire de niveau, pour faire tourner les deux roues superposées d'un moulin à double étage.
La belle vallée de Millbrook se dessine à peine à son début, dans les porphyres pétrosiliceux ; elle se creuse davantage entre les granités et les porphyres argileux, mais elle ne devient profonde qu'en entrant dans les schistes au-dessous de la carrière à porcelaine. En face des Handois la rencontre du massif granitique l'a rejetée à angle droit vers le sud ; et, comme à Greenville, un petit coin de la roche dure est resté au coude de la rive convexe (n" 3).
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Le ruisseau de Bellozanne entame à peine les porphyres pétrosiliceux et argileux à son origine. Il coule ensuite dans les schistes.
La vallée des Vaux s'ouvre sur Saint-Hélier parmi les schistes et les spilites. A Augres Mill, pour passer entre les spilites et les porphyres pétrosiliceux, elle se relève soudain vers le nord.
Celle de Saint-Sauveur arrive à Saint-Hélier comme la précédente ; elle est presque en entier dans les porphyres pétrosiliceux ; mais de temps à autre son cours est jalonné par les porphyres argileux, à Paul Mill par exemple , aux Uouaux et à Moulin de Bas.
Le vallon qui aboutit à Catillon de Bas , sur la baie de Grouville, remonte jusqu'au massif porphyrique de la Tour du Prince. Il est creusé dans les porphyres argileux. A la hauteur de Francheville , il fait un coude très accentué pour éviter une pointe de spilite extrêmement dure, où l'on a jadis essayé une carrière.
La vallée qui descend de Saint- Martin ;Y Grouville par Government Farm , débouche à Moulin de Bas , parmi les granités, les diorites, les spilites, les porphyres pétrosiliceux et les schistes. Très peu profonde dans sçi partie supérieure, elle ne prend quelque importance qu'après avoir réuni , sous le Côtil, l'eau de ses trois branches.
Elle est rejetée vers la Ferme de Sa Majesté, au-dessous du chemin de Montorgueil , par la rencontre d'un