CREUSCME.NT DES VALLÉES
schistes, moins résistants que les roches éruptives. Mais ce sera surtout à la jonction des deux terrains que la puissance d'érosion s'exercera; car les lames et les courants, déviés par les granités, se rejetteront sur la roche voisine et épuiseront, à ses dépens, leur force destructive.
Lorsque la mer aura disparu, le ruissellement concentrera les eaux pluviales dans cette dépression schisteuse ; après l'avoir remplie elles s'en échapperont en torrent. Diffus peut-être et vagabond dans les premiers temps , le cours d'eau se fixera bientôt dans une direction unique et se pratiquera à travers la roche un passage de plus en plus profond. Les rives s'adouciront d'ordinaire par une dégradation lente dont le ruisseau entraînera les produits; mais si des éboulements venaient à y former des barrages, il se gonflerait, prendrait des forces, renverserait l'obstacle et déblaierait son lit.
La vallée une fois tracée augmentera de profondeur jusqu'à ce que le cours d'eau atteigne l'état de régime, où il n'aura plus que la pente nécessaire à son écoulement : travail qui ne sera accompli qu'au moment où la vallée, débouchant au niveau de la mer, montera d'une manière insensible jusqu'à son point d'origine. L'eau alors se contentera de couler, sans rien charrier avec elle du gravier ou du sable dont se compose le fond de son lit (1).
(1) Oa a creuâé dernièrement dans la vallée de Millbrook un réservoir
Trarison fait observer que les petites vallées qui sillonnent les plateaux de l'Ile, celles du moins qui se dirigent au sud et à l'est, se déclarent à leur naissance par une brusque dépression de terrain. On croit y voir, dit-il, des traces de grandes fractures. Pour moi, je n'ai constaté ces dépressions aux berges abruptes, qu'à la rencontre de deux roches d'inégale résistance , et ce fait se répète très souvent. Il est d'ailleurs des plus faciles à comprendre ; si l'extrémité supérieure de la vallée s'appuie contre un massif que le ravinement ne puisse entamer, elle se terminera brusquement par le premier bassin de réception des eaux pluviales qui lui ont donné naissance ; si au contraire , il n'y a pas changement de terrain , la dépression ira s'adoucissant dans la plaine jusqu'à y devenir insensible.
Mais comment la faible masse d'eau qui coule dans une région si restreinte pourra-t-elle , même avec le temps, produire ces vallées? Les pluies abondantes qui ont laissé des preuves incontestables de leur chute sur les continents voisins , sont également sans doute tombées ici. Mais encore faut-il une surface assez grande pour fournir un torrent un peu considérable.
sur l'emplacement d'un ancien élang comblé par les aUerrisseuienIs du ruisseau. Le fond était un mélange de gravier et de caillou! is; la surface ne contenait ((ue de l'argile ou un sable très fin. Cette disposition s'explique aisément : au commencement la i>cnte permettait au ruisseau d'entraîner du gravier, mais à mesure que le fond s'éleva , l'eau perdit de sa vitesse et n'apporta plus que des matières pulvérulentes.