VUE GÉNÉRALE : FORMATION DES GNEISS ET DES MICASCHISTES
L'étude de la constitution physique et chimique de la terre, indépendamment des analogies tirées de l'astronomie, amène à conclure, presque sans doute possible , que notre globe fut autrefois tout entier à l'état de fusion ignée. Le rayonnement dans l'espace causa un refroidissement progressif et les composés les plus stables (1) , provenant précisément des éléments lesplus légers , arrivèrent à former autour de la masse liquide une couche d'abord pâteuse pénétrée de vapeur d'eau,
(Ij Les comjwsés les plus stables, c'est-à-dire les plus capables de résister à la dissociatioa {lar la chaleur. Or l'acide siliciquc et ses com» I)osés possèdent à un haut degré celte propriété, ainsi que tous les oxydes des métaux les plus l^ers et les chlorures correspondants.
La densité de l'eau étant prise comme unité pour les métaux, et celle de l'air pour les gaz, voici la densité des éléments les plus répandus dans les roches :
Potassium 0,86; Sodium 0,97; Calcium 1,6; Magnésiam 1,75; Aluminium 2,56; Fer 7,7; Silicium 2,5; Carbone (graphite) 2,20. Oxygène 1,10; acide carbonique 1,5; Chlore 2,4; Hydrogène 0,07.
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puis une croûte continue , mais encore bien fragile.
Les roches sont peu conductrices : la pellicule extérieure put donc , malgré la haute température des matières sous-jacentes, parvenir à un degré relativement considérable de refroidissement ; et les eaux, jusque-là relancées dans l'espace à l'état de vapeur, commencèrent à se déposer.
D'ailleurs la pression fournie par cette énorme quantité de vapeur, aujourd'hui condensée dans les océans, et par l'acide carbonique fixé depuis dans les végétaux et plus encore, ce semble, dans les immenses dépôts de calcaire , contribuait puissamment aux premières condensations. Cette pression n'était pas inférieure à 250 ou 300 fois ce qu'elle est actuellement.
Tandis que l'enveloppe solide allait s'épaississant, la masse fluide interne subissait un retrait. C'était le résultat nécessaire de la perte continue de chaleur. Comme la peau d'un fruit se ride, quand, en hiver, il se dessèche et se contracte , de même l'écorce terrestre se plissa lorsqu'elle ne trouva plus un appui suffisant sur la matière rétrécie qu'elle recouvrait. De là des ondulations et des bosselures. Elles furent d'abord peu 4narquées ; car les contreforts et les clefs de voûte n'étaient pas encore assez fermes , et n'auraient pu soutenir des masses comparables même à nos simples collines; mais ensuite, avec le progrès de la solidification, elles s'accentuèrent de plus en plus et constituèrent un commencement de relief du sol.
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Cependant la température des eaux, estimée au moins à 300 degrés centigrades, ou plus de 500 Farenheit, leur donnait un pouvoir dissolvant considérable, et elles l'exerçaient largement sur le sol granitique où «■lies reposaient. Grâce à l'action mécanique de leurs \ agues sur un fond encore peu couvert et nouvellement formé , grâce aussi à leur masse toujours accrue par la condensation de nouvelles vapeurs, elles purent malgré l'abaissement de la température conserver longtemps à l'état visqueux ou pâteux d'énormes quantités de roches reprises à la croûte solidifiée. Or ce sont ces masses remaniées qui , d'après les explications les plus plausibles, donnèrent naissance, en cristallisant et en s'isolanl sous l'action de la concentration moléculaire, aux gneiss et aux micaschistes dont les éléments sont identiques à ceux du granité.
Ce travail incessant de retrait et de plissement produisait de nombreuses fractures dans la croûte solide. De grandes quantités d'eau se trouvèrent ainsi souvent ramenées au contact des matières incandescentes, et de larges plaques de l'écorce solidifiée furent replongées parmi les éléments en fusion. La vaporisation et la liquéfaction qui s'ensuivaient ne contribuaient pas peu à hâter le refroidissement intérieur, sur lequel désormais le rayonnement n'exercera plus qu'une action extrêmement lente.
Les dépôts cristallins s'épaississaient de plus en plus, et les matériaux ne leur faisaient pas défaut ; car tan-
dis que l'enveloppe devenue plus pesante s'écrasait sur un point, sur un autre elle refoulait jusqu'à la surface les matières fondues qui lui servaient d'appui. La mer y trouvait une facile et abondante contribution pour de nouveaux dépôts. C'est ainsi que, durant de longs siècles , se formèrent les immenses assises cristallines, devenues assez épaisses et assez continues pour qu'on puisse, à peu près partout, les trouver comme substratum commun de toutes les roclies accessibles à nos investigations.
Les granités seront encore longtemps refoulés à la surface ; mais le progrès de la solidification et par suite de la pression les amènera en masses de plus en plus compactes, et se prêtant d'autant moins au remailiement par les eaux. Celles-ci du resteperdaient insensiblement leur pouvoir dissolvant. Après les roches granitiques plus légères , les éléments plus lourds furent rejetés à l'extérieur. Ce fut le tour des syénites et des diorites. Reprises et remaniées par les mers , elles s'ajoutèrent ici et là aux dépôts de gneiss et de micaschistes, et donnèrent les amphiboloschistes. Enfin en.dernier lieu se formèrent les chloritoschistes.
Il ne faudrait pourtant pas croire que des circonstances locales n'aient pu faire remonter des roches plus denses avant l'apparition d'autres roches plus légères. Mais nous ne pouvions qu'indiquer le mode général de formation du terrain primitif.
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