NOTRE CARTE
Je n'ai pu rencontrer qu'une carte géologique de .Jersey, celle de M. Transon (2). Bien qu'incomplète et se bornant aux côtes et aux vallées principales, elle donne une idée à peu près exacte des granités et des schistes. La seule erreur grave en ce genre est qu'elle substitue des granités aux schistes de la vallée de Saint- Ouen. L'auteur ne marque pas les diorites et n'a pas reconnu les pyromérides ni les porphyres pétrosiliceux qu'il prend pour du grès. D'ailleurs au moins la moitié de l'Ile est laissée en blanc. Ansted écrivait dix ans plus tard ; son ouvrage lui est tout personnel : c'est luimême qui le déclare. Aussi ajoute-t-il assez peu aux connaissances précédentes. La coupe de l'Ile qu'il nous présente s'étend de l'est à l'ouest. Elle commence dans le conglomérat de Sainte-Catherine et finit dans les dunes des Quenvais. Le schiste y apparaît trois fois relevé par la syénite ou granité : cela ne me semble pas
(1) En novembre 1885, j"ai eu l'honneur il'offrir au musée de la Société Jersiaise ma première grande carie géologique de Jersey.
(2) M. Transon, ingénieur des mines, a publié son travail en 1851, dans les Annales des Mines, à Paris.
LA CARTE GÉOLOGIQUE. 1 t
acceptable. Du reste l'auteur lui-même ne regarde pas i ctte coupe comme définitive; voici ses paroles : « In tlie middle of Jereey, the shale seenis to cover the granit at intervais. »
Il est vraiment regrettable que Transon ou Ansted n'aient pas habité longtemps Jereey, ou que quelqu'un des naturalistes de l'ile n'ait pas trouvé le loisir de ^ aïKniner ilavantage à l'étude de la géologie. Nous aurions depuis longtemps une carte exacte. Je n'ai pas la prétention de combler dignement cette lacune, mais puisqu'il défaut de mérite , le temps du moins ne m'a \)SiS manqué pour l'observation , je crois être à même d'étendre les données de Transon et de fournir des renseignements plus exacts sur bon nombre de localités que, de son aveu, il n'a pas visitées, ou qu'il n'a t'videmment pas eu le loisir d'étudier suffisamment.
Les côtes, au moment delà basse mer, et les vallées que longent assez souvent des chemins, ne présentent pas trop de difficulté à l'étude pétrographique, surtout -i des carrières y sont en exploitation. Mais en dehors de là, il faut profiter de toutes les tranchées des routes ; bien heureux serez-vous , si la surface , passée à l'état d'argile, vous laisse apercevoir, çà et là, une roche encore assez vive. Reste encore la ressource d'entrer dans les propriétés où l'on espère trouver quelque roche à découvert. Mais, au premier abord, cela parait moins facile ici que partout ailleurs. Souvent en effet le pauvre visiteur se voit barrer le chemin par un inexorable po-
teau sur lequel il peut lire écrit en gros caractères : Ariy person fourni trespassing on thèse grounds vill beprosecuted;ei de peur qu'on ne s'excuse sur l'ignorance de la langue anglaise, on a pris soin de traduire : Toute personne qui sera trouvée passant sur ces terres, sera poursuivie. D'autres affiches sont encore plus laconiques et supposent qu'on ne peut ignorer l'anglais : No thoroughfare ou bien No road; traduisez : On ne passe jjas. Si je signale cette coutume, ce n'est pas pour m'en plaindre; mais j'ai voulu faire connaître la principale difficulté qu'on rencontre les premiers jours ; celle, par conséquent, que ne peuvent éviter les géologues de passage, pour qui les premiers jours sont aussi les derniers. N'ayant pas le temps de s'attarder à visiter les détails, ils ont encore bien moins celui d'aller demander la permission d'entrer dans les propriétés. Aussi ils se contentent de contourner les côtes, ou de longer quelques vallées. Pour moi, grâce à des circonstances assez connues, depuis cinq ans déjà je suis à Jersey. L'habitude, qui, à la longue, émoussela rigueur même d'un No thorougJifare, a fini par me donner de la hardiesse.
Je regarderais comme superflu de dire que l'autorisation de visiter les propriétés m'a toujours été accordée, quand on a connu le motif de ma demande, et je suis heureux de trouver dans cette déclaration un moyen de témoigner ma reconnaissance. Non seulement on se montrait d'ordinaire facile et bienveillant, mais