‹ Géologie de JerseyChapitre 9 sur 38 · PORPHYRES ET PYR0MÉRIDE · texte numérisé non relu

PORPHYRES ET PYR0MÉRIDE

D'ailleurs, lakaoliuisaiion, qui semble avoir provoqué quelques doutes dans l'esprit de Transon , sur la nature de cette formation, devrait, à elle seule, empêcher de ranger cette roche dans la série siliceuse. Presque partout, à la surface, la décomposition laisse de l'argile ; elle est même très épaisse sur les plateaux d*où la pluie n'a pu l'entraîner. Dans certains cas, la couleur blanche que prend la roche en se décomposant, est assez pure. C'est en particulier ce qui se voit, à Rock Mount, au-dessus de Boulay Bay ; là, on se croirait aisément au milieu d'une région calcaire.

L'exploitation des porphyres pétrosiliceiLX et euritiques est générale dans l'Ile. La carrière d'Archirondel a dernièrement fourni des blocs pour la construction du quai de Gorey. D'ordinaire, cependant, cette roche est destinée à l'empierrement des chemins, et elle donne d'excellents résultats. 11 serait difficile de nommer tous les points d'extraction. Voici les principaux : la Crête et Anneville, à l'est; Jardin d'Olivet, Mont au Poids et Frémont, sur la côte nord ; Blanche-Pierre et la Commune, au sud-est de la Trinité; Belles-Roches, dans la vallée des Vaux, etc.

Au monument druidique situé entre Anne-Port et Montorgueil , neuf grosses pierres granitiques sont plantées debout en circonférence : sur cinq d'entre elles, s'étend une table horizontale en porphyre brunchocolat, à texture fluidale bien visible. Elle peut peser vingt mille kilogrammes.

Une autre pierre appartenant au même terrain, mais se rapprochant du quartzite et dite Pierre de la Fételle (1), se voit sur le monticule qu'on a devant soi, «n arrivant au bas de la rue à la Dame, au nord de Five Oaks. Si on passe le pont, et qu'on remonte la petite vallée , on trouvera le bloc derrière la maison bâtie à l'entrée, sur le côté gauche de la route. Elle est couverte d'un beau lierre arborescent. La manière dont elle repose sur des pierres détachées , montre qu'elle a été dressée intentionnellement à cet endroit. Sa forme est à peu près cylindrique, et son poids doit dépasser celui de la table de Montorgueil. xMalgré cela le travail de la pose a été peu considérable , car elle est à peine élevée de terre de quelques centimètres , et ce n'est qu'un bloc détaché des pierres adjacentes.

(1) LesFélcauxouFétiaux, je le tiens d'un cantonnier âgéde soixantecinq à soixante-dix ans, étaient un peuple de toute petite taille, qui habitait autrefois Jersey. Ils ontdisparu, on ncsaitni pourquoi ni comment, il y a environ cent ans. Sa mère à lui , quand elle était toute jeune, avait encore vu une petite Fételle. Cette race de nains vivait sous terre ; chacun peut voir, sur différents points de l'ile, leurs maisons et leurs églises bâties en grosses pierres. On ne s'étonnera pas qu'ils aient pu remuer ces énormes blocs, si on pense que leur force tenait du surnaturel. Ils étaient, du reste, bienfaisants et de mteurs très douces. Par exemple, le vieillard tient de personnes dignes de foi , qui elles-mêmes l'ont appris des anciens, qu'un jour, les Kétiaux servirent un festin de leurs gaufres chaudes, à des laboureurs qui travaillaient au-dessus de leurs souterrains. Un des villageois avait senti la gaufre et témoigné le désir d'en manger. Ils sont un instant éblouis, et puis aperçoivent une table richement servie. Tous prennent part au repas; mais l'un d'eux manque de délicatesse et met dans sa poche un couteau d'argent. La table disparait comme elle est venue, et l'on reprend le travail. Cependant une voix s;)utcrraine suit le sillon tracé par le voleur : « Mon

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i» VEIXES DE DIABASB (flg. I, p. 39).

Une des particularités les plus curieuses qui attirent les reg-ards quand on fait le tour de Tile , à mer basse, ce sont les veines de couleur vert foncé, à grain souvent indiscernable, qui traversent les granités rougeàtres. Les auteurs anglais les appellent greenslones , à cause de leur couleur ; les géologues français les ont autrefois décrites sous le nom de veines dioriliques ; mais aujourd'hui, par allusion , je pense , à leur mode d'apparition à travers les autres roches, ils les nomment diabases. La diabase diffère de la diorite en ce qu'elle contient du pyroxène au lieu de l'amphibole.

A Jersey, la plupart de ces veines ne dépassent guère un mètre en épaisseur ; cependant , on en voit qui atteignent jusqu'à cinq mètres. On ne saurait les suivre longtemps, dans le sens de la longueur, si ce n'est sur

couteau d'argent, mou couteau d'argent ■, jusqu'à ce qu'il l'ait planté en terre, d'où il disparait ausMtùt, saisi par une main mystérieuse et invisible. Le fait s'est passé dans la région où est maintenant l'arsenal de l'est. — H m'a paru intéressant de reproduire ces idées populaires sur l'origine de nos monuments préhistoriques. On reconnaît, dans les Fétiaux, les Poulpicans ou nains de r.\rmorique. Je demandai au narrateur, dont la conversation est tout à la fois pleine de finesse et de bonhomie, s'il croyait à ces histoires. La réponse ma laissé la persuasion qu'il y a chez lui une certaine conviction; mais il ne s'est pas formalisé de mon incrédulité pourtant assez apparente, et il m'a raconté comment, dans son enfance, quand le menu billon était sans efligie, il avait essayé, mai» sans succès , de fabriquer des pièces avec un métal trouvé à Bel-Air, dans le creusement d'un puits. C'est la chalcopyrite dont j'ai parlé plus haut.

une plage rocheuse, entre Pontac et la tour Seymour, par exemple , ou bien encore lorsqu'elles long-ent une côte, comme cela se rencontre au-dessous du signal de la Moye. La veine en cet endroit a deux ou trois mètres de largeur, coupe les deux pointes de la Fosse- Vourin et reste visible , sur une longueur de quatre à cinq cents mètres. Il serait impossible de les représenter toutes sur une carte, sans leur faire une trop large part relativement à la place qu'elles occupent en réalité, mais on aura une idée de leur nombre en jetant les yeux sur la figure I ci-jointe. Le contour de la côte représenté par cette portion de la carte comporte un développement de trois kilomètres, et on compte jusqu'à quatre-vingts filons dans cet espace. Je me suis appliqué à n'en omettre aucun , et à en bien assigner la position et la direction. L'épaisseur seule est nécessairement exagérée. Il est évident d'ailleurs que des deux côtés de Noirmont, on n'a que des fragments des mêmes veines traversant la colline.

Parmi ces veines, il en est une plus remarquable que toutes les autres et facile à distinguer ; car, par exception, elle contient des cristaux bien visibles de couleur vert pâle. Elle est aussi plus ancienne que les autres, puisque, sur plus d'un point, ellft est coupée par les veines ordinaires à grain fin. Cela se voit notamment à l'Hermitage de Saint-Hélier. Au Fret, pointe extrême de la baie de Saint-Brelade du côté de l'est, elle se divise en deux branches de quatre jV cinq mètres de largeur.

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C'est à l'ablation de la branche sud qu'est dû , à mer haute, l'isolement du rocher de la pointe. Elle traversait toute la baie du Portelet, au sud du tombeau de Janvrin, et les deux branches se montrent sous Noirmont, au nord del'Ile-Percée. En prolongeant la veine septentrionale à travers Noirmont et la baie de Saint- Aubin , on reconnaît qu'elle doit passer au sud d'Elizabeth Castle. En effet elle affleure à l'Hermitage de Saint-Hélier (fig. II , p. 45.) Elle en coupe le rocher près du pied de la petite rampe qui donne accès à la grotte, et elle se prolonge sur plus de deux cents mètres de chaque côté, jusqu'à l'extrémité des roches basses qui s'étendent dans la direction de Noirmont, et à l'opposé, dans la direction de la Ville. C'est sans doute à la branche sud de cette même veine , qu'il convient de rattacher le court tronçon conservé près de la balise, dans les roches les plus éloignées de la Pointe des Pas, à l'entrée de l'avant-port.

Les galets, le sable, une ablation plus profonde ou un affleurement moins élevé, expliquent suffisamment pourquoi on ne la retrouve pas à l'est de Noirmont ; mais l'identité certaine de la portion du Fret avec celle de l'ouest du promontoire et de l'Hermitage, lui assure au moins cinq kilomètres de longueur. Cela n'étonnera personne, puisque sur les côtes voisines, dans le Cotentin, on en connaît qui atteignent dix kilomètres.

Cette veine n'est peut-être pas absolument unique à Jersey. J'ai vu en effet à Petit-Port, au nord de Corbière,

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quelques g-alets de même apparence; mais l'espèce doit être bien rare ; car des géologues de profession m'en ont demandé à plusieurs reprises. Elle a été exploitée à l'Hermitage même , et aussi du côté du rocher qui regarde la Ville, C'est avec cette pierre qu'on a hîVti les murs du bureau de la bascule ou « weigh bridge », de l'entrée du port. La pyrite de fer, dont elle est imprégnée, lui donnera en peu de temps une teinte de rouille.

Deux autres veines méritent une mention spéciale pour les sphérolithes qu'elles contiennent. Ce fait n'a rien d'extraordinaire en soi; car on en voit ailleurs de semblables, notamment à Aurigny. Mais à Jersey ces sphérolithes ne se montrent, à ma connaissance, que dans un filon de la pointe de Noirmont et dans un autre du Portelet, à gauche du petit sentier qui descend à la grève. Ils ont de un à trente centimètres de diamètre. Les divisions concentriques, peu marquées (railleui-s, semblent provenir plutôt de la décomposition périphérique que d'une concentration autour d'un point. Pour moi, je suis tenté d'y voir des espèces de bombes volcaniques qui, lancées dans l'air ou dans l'eau au moment de l'éruption, seraient retombées solides dans la masse encore pâteuse et y auraient été englobées. D'autres n'y verront peut-être que le résultat d'une fragmentation par retrait de la masse éruptive.

Il n'est guère de points de la côte où l'on ne puisse

aisément trouver des veines de diabase. Il faut excepter pourtant le nord-est de l'Ile, depuis Anne-Port jusqu'à Frémont; c'est-à-dire la partie occupée par les porphyres pétrosiliceux et le conglomérat. A la pointe entre Montorgueil et Anne-Port, la diabase a traversé un porphyre de couleur grise, se rapprochant assez du porphyre pétrosiliceux ordinaire , mais d'un aspect plus foncé et provenant d'un épanchement plus ancien.

Je n'ai rencontré qu'une seule veine dans le porphyre pétrosiliceux, mais elle doit être rangée parmi les porphyrites micacées. Elle traverse une petite carrière de la vallée du nord de Saint-Sauveur, sous la propriété de Vermont.

Les veines de dialjase fussent-elles nombreuses dans les schistes, on les distinguerait difficilement à cause de leur couleur. Elles n'y font cependant pas complètement défaut. A la seule pointe qui ferme, à l'est, la baie de Belc route, deux filons coupent presque perpendiculairement les couches schisteuses, elle rocher isolé qui dans cette même baie marque le passage des schistes aux granulites, est encore divisé par une de ces veines. Deux autres, larges de 1™,50 à 2 mètres, se rencontrent sensiblement à angle droit , à vingt pas au sud-est du fort de Saint-Aubin. Leur érosion a donné lieu à des tranchées dans la masse schisteuse.

Les plus rapprochées de Saint-Hélier, sont au Mont de l'Ouest, dans la carrière de Gheapside; au Mont du

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Sud, dans la tranchée du chemin de fer près de la gare ; et enfin dans les rochers de la Pointe des Pas. Là le t lui) de natation a profité de l'érosion de l'une d'elles, à une ving-laine de mètres de la digue projetée, pour préparer un sentier en lopins de ciment. Tout près de là on voit encore une veine très large qui, prolongée à travers la même digue, va probablement rejoindre celle qui passe au sud du rocher de l'Hermitage et qui s'étend plus loin du côté de Noirmont dans les rochers de la plage,

La plupart des veines de diabase sont verticales, c'est-à-dire dans la position d'une muraille; il en est [►ourtant d'inclinées et même d'horizontales. Ces dernières offrent un intérêt tout spécial, comme je le prouverai plus loin.

S'il fallait leur assigner une direction générale, je dirais qu'elles courent de l'est à l'ouest. Mais de fait, souvent elles se croisent, et il ne pouvait en être autrement, vu leur mode d'apparition à travers les fentes des roches plus anciennes.

Un plan géologique détaillé des terrains de Jersey montrerait des lignes sombres formant un réseau analogue à celui des chemins qui en coupent la surface. Mais, à en juger par le rapprochement et la direction des veines actuellement visDjles sur les côtes, les mailles du réseau formé par la diabase seraient de beaucoup les plus serrées, quelque multipliées que soient les routes dans plusieurs quartiers de l'Ile.

5° VEINES DE PORPIIYRITE MICACÉE (fig. II).

Ce nom est nouveau; il a été donné par M, Michel i Lévy à une roche que beaucoup d'auteurs ont jusqu'ici décrite sous le nom de minelle, bien que le mica noir et l'oligoclase en forment le fond (1). L'exposition à l'air rend cette roche très friable et y détruit en grande partie la couleur sombre pour lui donner l'aspect d'un sable d'or mêlé d'argile. Des lamelles de mica noir ou brun-marron y atteignent jusqu'à deux centimètres carrés de surface , et la pâte grise contient parfois des traînées feldspathiques de couleur rouge violacé.

Ces filons sont incomparablement moins nombreux que les veines de diabase, et je ne penserai pas en avoir omis beaucoup, quand j'aurai nommé ceux du Mont de l'Ouest, « Westmount », et du Fort du Sud , d'Impérial Hôtel ou Saint-Louis, de la carrière sous Vermont et du chemin de Saint-Clément au moulin de Grouville , de Montorgueil et de la Crète Point , du fort de Rozel et de la Plaine , du Trou du Diable , de l'anse du Crabbé et de la Grève au Lançon , du chemin de Saint-Ouen à la mer et de Bouilly-Port entre les Jetures et les Creux-Fantômes, avec celui de la pointe qui limite Belcroùte Bay du côté de Saint-Aubin;

(1) La minelle se compose de mica brun et â'orthose. Elle lire son nom de la minç de fer qui lui est parfois associée.

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A6 GÉOLOGIE DE JEHSEY.

enfin j'indiquerai un dernier filon de porpliyrite ù Elizabeth Castle, à 100 mètres à l'est de Tentrée des fortifications. La direction de presque toutes ces veines est sensiblement du nord-ouest au sud-est.

La veine du Fort du Sud est une des plus épaisses; elle n'a pas moins de trois mètres de puissance. On peut la voir dans la tranchée du chemin de fer construit autrefois pour l'exploitation de la carrière. Sa direction est sensiblement nord-sud, et elle passe à 6 mètres à l'est du petit fort qui couronne le rocher. Encore assez compacte et presque noire au centre, elle i n'a plus sur les bords qu'une faible consistance et elle ] y prend un aspect terreux. La veine du Mont de l'Ouest est très endommagée. Elle est cependant assez visible I sur le chemin de People's Park au nouveau cimetière. Dirigée de l'est à l'ouest, elle croise la route à l'endroit où commence le mur d'enclos de la maison car- J rée. On la voyait autrefois près du petit escalier qui I descend de la hauteur à People's Park , mais aujour- ■ d'hui elle a disparu sous la végétation.

Dans l'enclos d'Impérial Hôtel, un petit tunnel est dû à la friabilité de la porphyrite micacée.

Les veines de Saint-Clément sont à 200 mètres environ de l'église , à mi-côte , en remontant vers le moulin de Groiiville. Bien que décomposées dans toute leur masse, elles font cependant saillie sur le chemin. Leur direction est du nord-ouest au sud-est; elles soni à 20 pas l'une de l'autre.

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A Montorgueil, le filon dont la direction nord-sud passe entre le fort et les ruines qui couvrent la pointe nord-est du massif granitique, est visible des deux cùtés sur une trentaine de mètres. Au nord , dans l'anse du Petit-Portelet , il se bifurque, puis plonge sous le rocher et reparait au sud en deux branches amoindries. Pour la porphyrite de la Crète, je doute qu'on puisse la voir longtemps encore; car l'extrémité de la colline qu'elle traverse fournit une roche activement exploitée pour les chemins. Elle n'est déjà plus qu'au niveau de la route , et disparaît sous les débris de la carrière.

Parmi les innombrables fractures de la partie basse du conglomérat entre le fort et la Tour de Rozel , deux paraissent un peu plus régulièrement tranchées que la plupart des autres. Elles sont parallèles, de direction nord-sud, à 50 mètres de distance l'une de l'autre. I^ plus éloignée de la pointe du fort en est à une centaine de pas. Le long de ces fentes, profondes et larges d'un mètre environ, on trouve des restes de porphyrite à texture sphérolithique. Cette texture apparaît aussi dans le filon de la Crète ; mais elle sera décrite plus loin à propos d'une veine de la Grève au I-^nçon, où elle se montre d'une manière plus remarquable. La porphyrite qui limite à l'est la pointe de la Plaine a produit, sous l'action de la mer, une fente dont le sol répond, par ses deux étages, aux terrasses de basse et de haute mer.

De tous ces filons celui du Trou du Diable est le plus intéressant. Qu'il me suffise ici de dire que les gros blocs micacés tombés au fond du vaste entonnoir, ne sont que des morceaux détachés de la veine.

Les filons de porphyrite du Crabbé , au nombre de trois, pénètrent jusqu'au fond de l'anse. Tous d'un grain très fin , non seulement ils ont aussi bien résisté que le granité dans la grève des cailloux roulés, mais deux d'entre eux ont même laissé des dykes ou murailles en saillie au pied de la falaise. On a ces dykes à droite en arrivant au bas de la descente. Le plus considérable limite à l'ouest une tranchée creusée dans la diabase, et il appartient à la veine qui coupe le petit massif granitique resté dans la partie basse de la plage. La diabase, à cet endroit, contrairement aux autres filons de même nature , présente de petites cavités tapissées de cristaux. Je pense que cette particularité doit se rattacher à un commencement de métamorphisme produit par l'éruption de la porphyrite.

Bien qu'il y ait une assez grande différence entre la couleur verte de la diabase et la couleur grise ou brune de la porphyrite , ces deux roches sont moins distinctes dans la falaise que dans la grève. L'action de l'atmosphère les recouvre en effet également d'argile, tandis que le frottement des galets maintient toujours à nu la roche vive, avec la couleur qui lui est propre. Des granulations, plutôt prismatiques que sphérolithiques, se montrent sur différents points de ces veines

PORPIITRITE MICACÉE. 49

de porphyrite , et la roche est de plus imprégnée de carlxmate de chaux.

Quand on entre dans la Grève au Lançon par le pont de planches , on a sur la droite un rocher coupé presque à pic. Le long de sa ba^ apparaît une première veine de porphyrite rendue spongieuse par l'affouillement de la mer. I^ première cave, près du pont, doit son existence à une autre veine de même nature. Les restes verdàtres en sont très visibles à la clef de voûte et au fond de la grotte.

La seconde cave , dont la chute d'eau barre un peu l'entrée , et dont un long couloir forme le prolongement vers la mer, provient de la même cause.

Ici la veine est moins visible, elle se montre seulement le long de la muraille de droite, en regardant le fond de la cavité. Parfois même elle est complètement cachée sous les galets ; mais il en reste un tronçon assez considérable et très compact sous le cAble télégraphique, dans le couloir, en dehors de la grotte.

Si l'on continue de longer la côte en allant vers l'ouest, on trouve bientôt une autre veine de même sens que la précédente , coupant le rocher grisâtre , sur lequel sa teinte de rouille la fait trancher. Elle a 80 centimètres d'épaisseur, et forme une espèce de gouttière. Ce qui lui donne un intérêt spécial , c'est que la partie concave de la gouttière est entièrement constituée de petites granulations rondes , pisolithiques , recouvertes

CEOLOCIE DE iEnSET.

d'oxyde de fer, qui ont plus ou moins résisté pendant que l'eau en affouillait les interstices. Ces globules sont surtout feldspathiques et ne dépassent pas k millimètres de diamètre. Je suppose qu'au moment de son éruption , cette veine resta plus longtemps liquide en son centre que sur ses bords, ce qui permit au feldspath de se concentrer en granulations.

Ces globules sont en réalité plus durs que le reste du filon, mais le mica qui les sépare se laissant facile- . ment entamer, ils se trouvent détachés un à un , et la rigole se creuse dans l'intérieur de la veine. Des traînées d'oxyde de fer, formant patine sur les roches, se voient dans les fissures avoisinant cette veine.

L'aspect de la porphyrite de la Grève au Lançon rappelle celui de l'émeri ; il n'est donc pas étonnant qu'on ait pu s'y tromper A première vue ; mais sa densité n'est que 24 tandis que celle de l'émeri est VO ; au chalumeau elle donne un verre mat, gris-verdâtre, et se laisse aisément rayer : autant de caractères qui la séparent nettement de l'émeri.

Deux autres veines de porphyrite, dont l'une a l'°,80 d'épaisseur, coupent la c6te un peu plus vers l'ouest ; mais ce n'est pas à elles qu'on doit les grandes grottes, dont l'axe est d'ailleurs dans une direction différente. Ces grottes plus éloignées du pont se rattachent sans doute à des veines de diabase parallèles à celles qu'on voit à la coupée de la pointe de Piémont ; elles sont dirigées du nord-est au sud-ouest, tandis

VEINES DIORITIOUES. Til

que les veines tle porphyrite courent toutes du nordouest au sud-est.

Les autres veines de porphyrite, à ElizabethCastle, à Bouilly-Port et à Belcroùte Bay, sont très friables et exposées à disparaître promptement sous les galets. I/emplacement de la dernière a donné lieu à une tranchée parallèle à deux filons de diabase situés entre elle et la falaise.

6** ^TKINKS DIORITIQUES (fig. II, p. 45).

Au nord de la baie de Sainte-Catherine , en face de la carrière d'où sont sortis les matériaux de la digue, une tranchée et une petite grotte se sont formées par la disparition presque complète d'une veine. Bien que dans le peu qui en reste on aperçoive encore quelques cristaux noirs au milieu d'une pâte jaune-verdàtre, laroche est trop décomposée pour qu'on puisse en déterminer la nature. Il ressort d'ailleurs évidemment des veinules latérales que ce n'est pas une enclave mais une veine d'intrusion. Dans Fliquet Bay, 100 pas au sud de la Coupe, il y a une autre veine, large de trois mètres, dont les salbandes reproduisent la précédente; le centre au contraire est assez bien conservé , et de longues aiguilles d'hornblende font reconnaître une veine dioritique. En s'ouvrant un passage dans le conglomérat , elle l'a pénétré et soudé plus intimement , peut-être même fondu jusqu'à un mètre de distance.

L'ablation de la veine et des murailles enveloppantes n'est pas due tout entière à l'action de la mer : on y a employé la mine.

Quelques pas plus au nord, une veinule de la même éruption, épaisse d'un décimètre au plus, très compacte , et de couleur verte , longe les roches qui ferment au sud la crique de la Coupe. Sa direction prolongée sous la mer rencontre la grande veine, dont elle n'est qu'une ramification. La pointe de la Coupe ellemême se termine brusquement au sud par une tranchée creusée dans une veine de 80 centimètres d'épaisseur, semblable pour la couleur et la décomposition au filon de Sainte-Catherine. Enfin plus au nord encore, 250 mètres au sud du Couperon, une dernière veine pénètre , comme les précédentes , perpendiculairement dans la falaise. Tous ces filons passeraient faci- .lement inaperçus, si les tranchées plus régulières qu'ils ont déterminées dans le chaos des blocs du conglomérat, n'attiraient l'attention du géologue.

Je crois devoir rattacher à cet épanchement dioritique deux petites veines qui coupent le porphyre argileux sur un autre point de l'ile. Elles se montrent dansla vallée des Vaux, sous SpringBank (p. 45), à gauche en remontant la route. Leur épaisseur ne dépasse pas 50 centimètres et leur couleur d'argile tranche peu sur la roche encaissante. L'état de décomposition où leur surface est arrivée ne permet pas de les reconnaître à première vue ; mais leuranalogie avec la veine de

CDLORITOSCUISTE. 53

Sainte-Catherine et les salbandes de la Coupe, m'a donné l'idée de les comparer au chalumeau. Elles s'y conduisent delà même façon : fusion assez difficile, verre noir-verdàtre, un peu bulbeux.

ROCHES SEDIME.VTAIRES.

1*» CHLORITOSCilISTE.

l'ne roche, qui doit sans doute à son peu de développement d'avoir jusqu'ici passé inaperçue, est le chloritoschiste de Vicart Point et de Petit-Port, à l'ouest de Boulay Bay.

C'est une pierre verdàtre , douce au toucher, d'une schistosité encore marquée malgré le contact des porphyres pétrosiliceux. Avec de la chlorite , du quartz et du talc, on y trouve une assez grande quantité de pyrite de fer. Elle occupe la c jte et la grève sur une longueur de huit cents mètres environ , et sa profondeur dans les terres n'fitteint pas cent mètres en moyenne. Au fond même de Vicart Harbour, elle est interrompue par le conglomérat et le porphyre , et à la pointe qui ferme Petit-Port à l'ouest, elle est pénétrée par un épanchement de ce même porphyre assez siliceux en cet endroit, comme en plusieurs autres, pour rappeler un quartzite ordinaire.

2" SCHISTE ou GRÈS FELDSPATHIQUE.

La principale région sédimentaire de Jersey est comprise, quoi qu'on en ait dit, entre les massifs granitiques du sud-ouest et du nord-ouest et elle s'étend depuis la baie de Saint-Ouen jusqu'au chemin qui relie Saint-Hélier à Bonne-Nuit par Sion Chapel. Cette bande mesure au moins sept kilomètres en longueur sur une largeur moitié moindre ; sa grande dimension est de l'ouest à l'est. Elle est pénétrée par le prolongement granitique qui descen dau sud de Sainte-Marie jusqu'à la Hague Mill ; mais en revanche elle s'étend en pointe du côté de Saint-Hélier et enveloppe une partie de la ville.

Des lambeaux assez considérables de cette roche sont restés intacts au fond de la baie de Grouville et sur les hauteurs de Gorey. De plus, en bien des points de l'ile, dans les carrières, ou dans les talus des chemins , on voit des bandes schisteuses qui ont été englobées par les roches éruptives, principalement aux environs du manoir de Longueville et de la vallée du Radier. A Saint-Hélier même, la carrière à gravier de Rouge Roaden présente en ce moment un exemple, mais il peut disparaître d'un jour à l'autre.

Dansles vallées qiiis'ouvrent surlabaie de Saint-Ouen , et encore plus sur la baie de Saint-Aubin, la stratification et la texture feuilletée de cette formation sont parfaite-

SCUISTE. 55

ment conservées. Il y a une alternance singulière dont la loi, si elleexiste, m'aéchappé jusqu'ici. Les premières couches, de 1 à 10 centimètres d'épaisseur, et d'un grain indiscernable, sont répétées un grand nombre de fois, séparées ou soudées entre elles. Leur nature aussi arénacée qu'argileuse en fait presque de la lydite. Les divisions sont assfez souvent rbomboédriques, mais la cassure des petits fragments est conclioïde. Cette roche se délite aisément à l'air. Les autres couches, dont l'épaisseur varie de cinq centimètres à l^jSO, se rapprochent beaucoup des roches cristallines et le nom de grès feldspathique leur convient parfaitement; le grain, en effet, est très visible.

La teinte de la roche est d'un gris bleuâtre; ce qui, joint à sa dureté assez grande, la l'ait parfois employer avec d'autres matériaux d'une couleur plus claire, pour les murs qui soutiennent les grilles à l'entrée des maisons de campagne. Ces petites clôtures, construites en prismes rectangulaires, roses et bleuâtres symétriquement mêlés, sont d'un joli effet. On utilise de la même manière, et peut-être avec encore plus de succès, la diorite et la diabase. ^ : t.

Cependant le grand usage des grès feldspathiques est pour l'empierrement des routes, et c'est naturellement aux environs de Saint-Laurent, de Saint- Aubin et de Saint-Pierre qu'on les rencontre le plus souvent. Bien des murs de jardin sont aussi bâtis avec ces schistes fins ou grenus, et les stalactites provenant de

la chaux des jointures s'étalent à leur surface et pénètrent dans leurs fissures en une multitude de minces filets entrecroisés. La cassure des schistes grenus est la même que celle des schistes fins, et c'est par exception que la roche se divise en longs prismes. Cette particularité remarquable, visible il y a deux ans dans la partie nord de la carrière du Moulin-Tesson, me parait tenir à un métamorphisme local; car au même endroit, on trouve aussi des veines assez épaisses de calcite et de quartz avec de la pyrite de fer.

Les strates de cette formation sont plus ou moins déviées de l'horizontalité primitive : en général elles plongent vers le sud-est (1). Aux environs du Mont- Cochon et du Mont-Felard, les couches sont redressées presque verticalement, et leur série me semble assez continue, au bas de la vallée de Millbrook, depuis Half Way jusqu'au premier étang, pour autoriser à conclure que la puissance du dépôt est supérieure à mille mètres.

A cet endroit de la vallée, c'est-à-dire à un kilomètre environ de la mer, et près du grand chalet dernièrement construit sur la rive droite du ruisseau, la direction

(1) Un habitant de Sainl-Ouen me disait que la rocUe devait être différenle des deux côtés de la vallée de la Mare ; car elle s'enlève par larges plaques au sud des massifs , tandis (ju'au nord elle vole on |)etits éclats. L'explication est aisée. Au nord on atta(|uo la tranche des strates, au sud au contraire on découvre et on exploite les couches l'une après l'autre. Cette inclinaison est due sans doute à lapparilion des granités du nord-ouest de l'ile.

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(les strates change de 80 à 90 degrés. Leur ligne de plus grande pente se porte du sud-est au nord-est et cette direction se continue en remontant la vallée jusqu'au Mont-Misère. Une pareille disposition des couches concorderait avec un soulèvement dirigé de l'ouest à Test et s'accentuant dans les environs de Blanche- Pierre ou de la Rousseterie, au nord du Mont-Cambrai. Au contact immédiat des roches granitiques, par exemple à Victoria Collège, et au-dessus de Saint-Aubin en remontant la vallée, la structure schisteuse s'efface entièrement ou ne laisse apparaître qu'une surface rubannée. A l'Étacq la schistosité subsiste, mais la roche a pris une teinte violacée et une grande dureté.

L'ensemble de cette formation qui, comme on le voit, se rattache à celle de Granville en Normandie, reste toujours le même, sauf la différence du grain et l'épaisseur des strates, comme si l'eau qui les déposait avait suivi dans sa puissance sédimentaire des alternatives de saison. De fait au Mont-Felard, dans la tranchée du chemin de Saint-Laurent, les deux sortes de couches se succèdent presque aussi régulièrement que si l'une était due à l'été, l'autre à l'hiver. Cependant, puisque nous sommes en présence d'une formation marine, et que d'ailleurs les saisons ne semljlent pas avoir existé ù l'époque dont il s'agit , c'est à la succession des mortes eaux et des vives eaux , ou bien des calmes et des tempêtes, qu'il convient d'attribuer celte différence dans

la composition des strates. Aux environs de Saint-Hélier où il semble, d'après l'inclinaison moins prononcée, que nous ayons la partie supérieure de la formation, la roche à gros éléments est plus rare que dans la vallée de Millbrook.

A Bellozane Valley, en aval de Fliquet Mill , le schiste vient de recevoir une nouvelle application : on l'emploie pour la fabrication de la brique. Un broyage préalable de la matière, suivi d'un moulage sous forte pression j prépare les petits prismes à la mise immédiate au four. Ces deux opérations principales de broyage et de moulage se font à la vapeur, et bien que l'entreprise ne fasse que de commencer, elle pourrait déjà fournir, dit-on, de quinze à vingt mille briques par jour.

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