PLI OC K N F. INF K RIEUR
Pliocène
Etage inférieur. — Le terrain dont le dépôt s’est efTectué immédiatement sur le Miocène supérieur (Sahélien), est une formation de consistance généralement sableuse, et à laquelle le nom de molasse , qu’on lui a donné, convient parfaitement. Son épaisseur moyenne peut être évaluée à 60 mètres environ ; quelquefois elle est supérieure à ce chiffre, d’autres fois inférieure.
Ce terrain n’est pas très homogène, au point de vue de sa composition minéralogique ; mais on peut très bien le caractériser en disant qu’il consiste essentiellement en une sédimentation calcaire.
J’ai constaté qu’il repose indifféremment, tantôt sur la marne sahélienne, tantôt sur les sables cartenniens, tantôt sur les roches azoïques ; autrement dit, ses couches franchissent sur plusieurs points les limites des deux bassins miocène inférieur et miocène supérieur. On peut donc admettre que son dépôt est postérieur à un léger affaissement de la région dans laquelle il s’est effectué.
On comprend dès lors ce qui s’est passé : pendant que la mer déposait du calcaire, elle affou illait les surfaces des terrains qu’elle recouvrait ; elle en désagrégeait les éléments, les déplaçait en les mélangeant, pour les déposer à nouveau et les faire entrer dans la composition de la formation nouvelle.
En même temps, le sédiment calcaire englobait les éléments ainsi remaniés et se consolidait avec eux pour constituer, ici de la marne sableuse, là des grès grossiers à ciment calcaire. Peu à peu, cependant, les apports de graviers dimi-
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nuaient d’intensité ; l’élément calcaire allait prédominant de plus en plus dans la masse, et bientôt il se déposait seul.
Une observation un peu attentive du terrain dont je parle montre, en effet, qu’il s’est formé successivement dans l’ordre que je viens d’indiquer. Au voisinage du Miocène inférieur ou des micaschistes, c’est-à-dire aux alentours d’Alger, il est constitué à la base par des graviers granitiques imprégnés de calcaire ; plus loin, au contact de la marne, il débute par un salile argilo-calcaire jaunâtre qui, en certains points, est en meme temps très glauconieux ; enfin, partout, au fur et à mesure qu’on s’élève dans la série des assises, le calcaire devient de plus en plus pur et conserve généralement son caractère sableux. C’est alors qu’on peut l’appeler un véritable tuf. Toutefois il forme, dans plusieurs localités, des bancs assez compactes et assez résistants, pour être exploités et utilisés comme pierre à bâtir.
Le terrain qui se trouve ainsi défini est en discordance de stratification avec le Miocène supérieur (marne sahélienne). Les points où la constatation de ce fait est facile ne sont pas précisément nombreux, et cela tient surtout à ce que les couches marneuses ne sont pas d’ordinaire très nettes ; mais partout où l’on peut les distinguer, on voit qu’elles diffèrent des couches du terrain superposé par une orientation spéciale et une inclinaison plus accentuée. (Voy. pl. II, fig. 4 et pl. III, fig. 9.)
On peut s’en assurer, par exemple, dans les marnières qui alimentent les briqueteries échelonnées sur la route de Chéraga, ou bien encore dans le gisement marneux du Télemly. Enfin, on trouve une autre preuve de discordance à
PLIOCÈNE INFÉRIEUR
Mustapha inférieur, près de la Fontaine-Bleue. Un tunnel, creusé horizontalement jusqu’à environ 850 mètres, dans un but de captation d’eaux, a traversé plusieurs fois alternativement la marne sahélienne et les couches sableuses inférieures de la molasse. J’ai visité ce tunnel et j’ai pu constater, comme je l’avais déjà fait ailleurs, que la surface de la marne y est irrégulière, mamelonnée, ce qui prouve qu’entre le dépôt de la marne et celui du Pliocène, il s’est écoulé un laps de temps pendant lequel la marne a été plus ou moins profondément affouillée par les eaux.
Il est donc certain que les deux terrains ne sont pas la continuation directe l’un de l’autre.
Au surplus, si la discordance de stratification qui les sépare ne suffisait pas pour les faire rapporter à deux époques différentes, la faune de la molasse calcaire pliocène ne laisserait aucun doute à cet égard.
En effet, cette faune, très riche et très variée, est, comme on va le voir, en grande majorité pliocène. Sans doute, quelquesunes de ses espèces se montrent déjà dans le Miocène supérieur ou Sahélien, surtout en dehors du Sahel; mais ce fait n’a rien de surprenant, car ce n’est pas là seulement que Ton constate le passage d’espèces fossiles d’un terrain dans un autre. D’ailleurs, un certain nombre de celles auxquelles je fais allusion vivent encore dans la Méditerranée, ce qui prouve simplement l’énergie de leur résistance à la destruction et à la. variabilité spécifique.
Avant d’entrer dans les détails que je me propose de donner sur cette faune, je crois devoir exposer la distribution géographique de l’étage auquel elle appartient. Et d’abord, je ferai
so
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remarquer que le Pliocène du Sahel n’est pas entièrement représenté par cet étage; j’en ai distingué et délimité un autre, que je décrirai plus loin, et qui se différencie de celuici, non seulement par sa plus grande étendue, mais encore par son allure et sa composition lithologique spéciales, et même par une discordance très marquée de stratification.
C’est donc exclusivement de l’étage inférieur que je m’occupe pour le moment. Mes observations m’ont convaincu que ses couches ne se montrent que sur le versant sud du massif sahélien. Elles montent parfois jusqu’à la ligne de faîte; mais elles s’arrêtent là et font totalement défaut sur le versant nord, qui regarde la mer. On peut admettre qu’elles sont à peu près exactement limitées de ce côté, par la ligne qui réunirait les villages d’El-Biar, Cliéraga, Ouled-Fayet, Maëlma, Chaïba, et qui se continuerait ainsi le long de la crête du Sahel.
Sur le versant sud, ces couches affleurent sur d’assez vastes surfaces, où l’on peut voir qu’elles ont été fortement disloquées. Aux environs immédiats d’Alger, dans le quadrilatère compris entre Mustapha, Cliéraga, Tixeraïn et Birmandreis, elles ne paraissent pas avoir beaucoup souffert des phénomènes de dénudation ; mais il n’en est pas de même au delà, notamment entre Dély-Ibrahim et le Mazafran, où elles ne sont plus guère représentées que par des lambeaux, qui occupent, le plus souvent comme des témoins, les sommets des collines marneuses. Ces lambeaux sont même appelés à disparaître dans un avenir prochain, car ils appartiennent aux couches sableuses inférieures de l’étage, et, chaque année, les pluies les ravinent et en entraînent d’assez notables parties.
Vers la moitié inférieure du versant, les couches pliocènes affleurent suivant une zone, çà et là interrompue, mais que
PLIOCÈNE INFÉRIEUR
l’on peut suivre depuis la route de Grescia à Birtouta, jusqu’à plus de 1 2 kilomètres au delà de Koléa. Il n’y a pas de doute qu’elles plongent au-dessous des alluvions de la Mi tidja ; mais, avant d’arriver au niveau de la plaine, elles disparaissent sous une bande de même allure et formée par les couches de l’étage pliocène supérieur.
La faune du Pliocène inférieur est loin d’être également répartie dans tout l’étage. Sans doute beaucoup des memes espèces s’y rencontrent à tous les niveaux ; mais, par contre, beaucoup d’autres affectionnent particulièrement le bas ou le haut de la formation et y sont, sinon tout à fait, du moins à peu près exclusivement parquées.
Si le besoin s’en faisait sentir, je proposerais la création, dans l’étage, de deux zones : l’une inférieure, l’autre supérieure.
Dans la zone inférieure, dont le type serait alors représenté par les couches que traverse le tunnel-aqueduc de la Fontaine- Bleue, par celles d’El-Achour, de Dély-Ibraliim, de la tribu des Beni-Messous, près Chéraga, etc., on trouve spécialement : Terebratula ampulla, Ostrea cochlear, Pecten varias, Venus multilamella, Cardium echinatum, Dentalium elephantinum , Vermetus intortus, Spatangus pauper, etc. On y trouve aussi et surtout d’assez abondants débris de crustacés décapodes, parmi lesquels j’ai recueilli cinq à six individus plus ou moins complets. Pour les déterminer, j’ai eu recours à la haute compétence de M. Alpli. Milne-Edwards, de l’Institut, qui a aussitôt reconnu en eux les âges et sexes différents d’une seule et même espèce, Cancer Deshayesii, qu’il a décrite naguère, dans son Histoire des crustacés fossiles, tome I, p. 314 (pi. 22, fi g. I et 2 ; pl. 23, fig. 2.)
TICH RA INS TERTIAIRES
D’autres fragments, représentant des pinces, des morceaux de carapace, me paraissent bien appartenir à une ou plusieurs espèces différentes ; mais les caractères en sont trop incomplets pour que je puisse proposer un nom quelconque.
Ceux des fossiles de cette zone inférieure, qui, en dehors du Sahel, se montrent également dans le Miocène supérieur (Sahélien), y sont presque partout accompagnés d’une espèce dont l’horizon est constant et bien connu, la Cardita Jouannetli , qui fait absolument défaut dans le Sahel. Je n’y en ai du moins jamais rencontré le moindre fragment.
Ces espèces, à la fois miocènes et pliocènes, ne peuvent pas évidemment être considérées comme caractéristiques. Cependant elles caractérisent, dans le Sahel, la zone dont je parle, parce qu’elles lui appartiennent en propre et qu’on ne les rencontre que très rarement, ou point du tout, au-dessous et au-dessus. On pourrait presque dire qu’elles s’y éteignent.
Quant à ma zone supérieure, elle serait constituée par la molasse calcaire blanche d’El-Biar, Colonne-Voirol, Mustapha supérieur, Birmandreis, Ivaddous. Ses caractères paléontologiques consisteraient : d’abord, dans l’absence des fossiles spéciaux à la zone inférieure ; ensuite et par contre, dans l’abondance de certaines espèces, telles que Lithothamnium pliocenicum, Ostrea foliacea , etc., qui y pullulent, et qui se montrent partout à ce niveau.
Voici maintenant la liste complète, et sans distinction de zones, des espèces que j’ai recueillies dans l’étage entier. Quelques-unes sont nouvelles ; je les décrirai plus loin. Celles dont les noms sont suivis d’un point interrogatif (?) sont représentées dans ma collection par des spécimens incomplets ou par des moules internes.
PLIOCÈNE INFÉRIEUR
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Algues
Lithothamnium
pliocenicum
Birmandreis
Colonne-Voirol
Très abondant. Formes variées, nodulcuses, rameuses.
Polypiers